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{"id":6603,"date":"2015-05-26T09:40:12","date_gmt":"2015-05-26T15:40:12","guid":{"rendered":"http:\/\/www.csj.ualberta.ca\/imaginations\/?p=6603"},"modified":"2016-01-19T10:19:27","modified_gmt":"2016-01-19T17:19:27","slug":"quand-le-cinema-autochtone-deviant-exemplaire-diversite-culturelle-et-patrimoine-cinematographique-sous-les-visions-authochtones-de-lonf","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/imaginations.space\/?p=6603","title":{"rendered":"Quand le cin\u00e9ma autochtone devient exemplaire : diversit\u00e9 culturelle et patrimoine cin\u00e9matographique sous les visions authochtones de l\u2019onf"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/imaginations.space\/?p=6547\">6-1 | Table\u00a0des mati\u00e8res<\/a>\u00a0|\u00a0http:\/\/dx.doi.org\/10.17742\/IMAGE.ONF.6-1.7 |\u00a0<a href=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/6.1_Pgs_85-106_Croteau.pdf\">Visions autochtones PDF<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<div class=\"sixcol first\"><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>La plateforme web <em>Visions autochtones<\/em> de l\u2019Office national du film du Canada, inaugur\u00e9e en 2006 et subventionn\u00e9e par le Fonds M\u00e9moire canadienne, vise \u00e0 pr\u00e9senter 64 ans d\u2019histoire du cin\u00e9ma autochtone produit par l\u2019ONF (de 1940 \u00e0 2004), par le biais d\u2019une s\u00e9lection de 32 films documentaires ayant \u00e9t\u00e9 choisie par l\u2019institution. Dans cet essai, il s\u2019agira de s\u2019attarder sp\u00e9cifiquement sur la version francophone de cette plateforme (offerte en fran\u00e7ais et en anglais), d\u2019analyser les extraits audiovisuels mis en valeur par l\u2019Office ainsi que l\u2019encadrement discursif d\u00e9ploy\u00e9 via les articles, r\u00e9sum\u00e9s de films et documents p\u00e9dagogiques ayant \u00e9t\u00e9 mis en ligne sur ce site. On examinera comment les diverses modalit\u00e9s discursives qui traversent <em>Visions autochtones <\/em>viennent d\u2019une part accompagner ce patrimoine cin\u00e9matographique, mais aussi\u2014et surtout\u2014le <em>commenter<\/em>, et d\u2019autre part de quelle mani\u00e8re ce discours vient g\u00e9rer la \u00ab\u00a0question indienne\u00a0\u00bb subjacente aux films autochtones du Canada.<\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><div class=\"sixcol last\"><strong>Abstract<\/strong><\/p>\n<p>The National Film Board of Canada (NFB)\u2019s <em>Aboriginal Perspectives <\/em>Web platform, launched in 2006 and funded by the Canadian Memory Fund, aims\u00a0to present 64 years of Aboriginal film history produced by the NFB (from 1940 to 2004), through a selection of 32 documentary films chosen by the institution. This article focuses on the French version of this platform (available in French and English), examining the audio-visual excerpts highlighted by the Office as well as the discursive framework deployed on this site by way of the articles, summaries of films, and educational materials available there. The author reviews not only how the various discursive modalities that exist on the <em>Aboriginal Perspectives<\/em> platform accompany this cinematographic heritage, but also\u2014and especially\u2014how they <em>comment <\/em>on and deal with the underlying \u201cindigenous issue\u201d within the NFB\u2019s Aboriginal films.<\/div><div class=\"clearfix\"><\/div><\/p>\n<hr \/>\n<p>ST\u00c9PHANIE CROTEAU | UNIVERSIT\u00c9 DE MONTR\u00c9AL\/UNIVERSIT\u00c9 SORBONNE NOUVELLE PARIS 3<\/p>\n<h2>QUAND LE CIN\u00c9MA AUTOCHTONE DEVIENT EXEMPLAIRE\u00a0:<br \/>\nDIVERSIT\u00c9 CULTURELLE ET PATRIMOINE CIN\u00c9MATOGRAPHIQUE SOUS LES <em>VISIONS AUTOCHTONES<\/em> DE L\u2019ONF<\/h2>\n<p><span class=\"cb-dropcap-small\">S<\/span>i la question indienne se trouve ces derni\u00e8res ann\u00e9es au c\u0153ur de plusieurs projets initi\u00e9s par la communaut\u00e9 savante de tous les horizons et qu\u2019elle a donn\u00e9 lieu \u00e0 des alliances entre diverses chaires de recherche et les communaut\u00e9s autochtones, on remarque que les \u00e9tudes cin\u00e9matographiques ne sont pas en reste et partagent \u00e9galement un int\u00e9r\u00eat marqu\u00e9 envers cette probl\u00e9matique. Par exemple, depuis 2011, les recherches sur le cin\u00e9ma autochtone ont notamment abouti sur quatre th\u00e8ses doctorales,<a id=\"_ednref1\" href=\"#_edn1\">[1]<\/a> \u00e0 Montr\u00e9al seulement. La vitrine institutionnelle et scientifique que l\u2019on accorde aujourd\u2019hui au cin\u00e9ma autochtone du Canada est \u00e0 cet \u00e9gard int\u00e9ressante et, dans le cas qui nous concernera, plus particuli\u00e8rement celle entourant le cin\u00e9ma autochtone produit par l\u2019Office national du film. On pourrait d\u2019ailleurs souligner que l\u2019ONF est au Canada une \u00ab\u00a0r\u00e9f\u00e9rence en mati\u00e8re de films sur les peuples autochtones\u00a0\u00bb, et que l\u2019institution aime rappeler qu\u2019elle \u00ab\u00a0poss\u00e8d[e] la plus grande collection de films r\u00e9alis\u00e9s par et sur les autochtones\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0RIDM\u00a0: 15 ans, 15 suggestions de films\u00a0\u00bb sur <em>ONF\/blogue<\/em>).<\/p>\n<p>En parcourant la litt\u00e9rature portant sur le cin\u00e9ma autochtone produit par l\u2019Office, on observe n\u00e9anmoins qu\u2019un enjeu est parfois laiss\u00e9 de c\u00f4t\u00e9, \u00e0 savoir que l\u2019ONF est financ\u00e9 par le minist\u00e8re du Patrimoine canadien, qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une institution culturelle f\u00e9d\u00e9rale responsable de notre patrimoine audiovisuel et que celle-ci se situe donc, qu\u2019elle le veuille ou non, dans des sch\u00e8mes institutionnels et politiques. Deux r\u00e9f\u00e9rences majeures sont toutefois \u00e0 mentionner\u00a0: d\u2019une part, cette probl\u00e9matique a \u00e9t\u00e9 finement analys\u00e9e dans la th\u00e8se doctorale de Bruno Cornellier intitul\u00e9e <em>La \u00ab\u00a0chose indienne \u00bb\u00a0: cin\u00e9ma et politiques de la repr\u00e9sentation autochtone dans la colonie de peuplement lib\u00e9rale<\/em>, et soutenue en 2011. D\u2019autre part, on pourrait citer un propos de Daniel Sal\u00e9e qui, dans son compte rendu du livre de Randolph Lewis consacr\u00e9 au cin\u00e9ma d\u2019Alanis Obomsawin et publi\u00e9 sous le titre <em>Alanis Obomsawin : The Vision of a Native <\/em><em>Filmmaker<\/em>, avait critiqu\u00e9 le mutisme de cet auteur quant aux pratiques institutionnelles et politiques qui entourent le cin\u00e9ma de cette r\u00e9alisatrice. Le commentaire de Daniel Sal\u00e9e se pr\u00e9sentait comme suit\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px;\">je ne peux m\u2019emp\u00eacher de faire \u00e9tat du sentiment d\u2019agacement qui m\u2019a accompagn\u00e9 tout au long de la lecture de ce livre. En prenant le parti \u00e9vident de faire la part belle au travail d\u2019Obomsawin, Lewis se laisse entortiller dans les filets d\u2019une na\u00efvet\u00e9 b\u00e9ate qui le pousse \u00e0 \u00e9viter les questionnements plus controvers\u00e9s [\u2026] [1]l fait montre plut\u00f4t d\u2019une r\u00e9serve g\u00ean\u00e9e et inexpliqu\u00e9e, comme si, du fait de son ext\u00e9riorit\u00e9 \u00e0 la dynamique socio-politique canadienne, il ne pouvait se reconna\u00eetre l\u2019autorit\u00e9 d\u2019interroger les pratiques \u00e9tatiques et soci\u00e9tales [\u2026]. (2007)<\/p>\n<p>Dans la continuit\u00e9 de la pens\u00e9e de ces deux chercheurs, cet article a ainsi pour objectif d\u2019aborder, \u00e0 partir d\u2019une approche critique, un cas sp\u00e9cifique\u00a0: celui de la plateforme <em>Visions autochtones<\/em> de l\u2019ONF, disponible en ligne depuis 2006. Si l\u2019engagement de l\u2019Office envers la production et la promotion du cin\u00e9ma autochtone du Canada se jouait et se joue encore aujourd\u2019hui sur plusieurs fronts (on peut penser \u00e0 des initiatives telles que <em>First Stories<\/em>, <em>Second Stories<\/em>, <em>Studio One<\/em>, Wakiponi Mobile ou <em>Nunavut Animation Lab<a id=\"_ednref2\" href=\"#_edn2\">[2]<\/a><\/em>), <em>Visions autochtones<\/em> est une plateforme des plus int\u00e9ressantes si l\u2019on y observe la position adopt\u00e9e par l\u2019ONF \u00e0 l\u2019\u00e9gard de son propre cin\u00e9ma. Ce n\u2019est pas moins de 64 ans d\u2019histoire de sa cin\u00e9matographie (de 1940 \u00e0 2004) que ce site web vise \u00e0 pr\u00e9senter et \u00e0 condenser, par l\u2019interm\u00e9diaire d\u2019une s\u00e9lection de 32 films<a id=\"_ednref3\" href=\"#_edn3\">[3]<\/a> ayant \u00e9t\u00e9 produits par l\u2019institution. Par ailleurs, parmi cette s\u00e9lection, douze films font l\u2019objet d\u2019extraits cibl\u00e9s qui se retrouvent dans les grandes th\u00e9matiques du site (\u00ab\u00a0Les arts\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Cin\u00e9ma et repr\u00e9sentation\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Colonialisme et racisme\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Connaissances indig\u00e8nes\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Histoire et origines\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Jeunesse\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Souverainet\u00e9 et r\u00e9sistance\u00a0\u00bb), et huit d\u2019entre eux proviennent de la cin\u00e9matographie de la r\u00e9alisatrice Alanis Obomsawin.<\/p>\n<p>Que faut-il donc comprendre de cette priorit\u00e9 accord\u00e9e au cin\u00e9ma obomsawinien, et quel discours l\u2019institution porte-t-elle \u00e0 l\u2019\u00e9gard de son propre cin\u00e9ma\u00a0? Pour tenter de r\u00e9pondre \u00e0 ces interrogations, on s\u2019int\u00e9ressera ici \u00e0 la fois \u00e0 <em>Visions autochtones<\/em> en la consid\u00e9rant pour ce qu\u2019elle est (une collection patrimoniale), et \u00e0 la fois aux strat\u00e9gies discursives d\u00e9ploy\u00e9es d\u2019une part et d\u2019autres sur cette plateforme, et qu\u2019il nous faudra analyser minutieusement. Enfin, on se posera d\u00e8s lors ces questionnements en portant une attention particuli\u00e8re aux dynamiques politiques et soci\u00e9tales se retrouvant sur la plateforme on\u00e9fienne, plateforme qui, bien \u00e9videmment, concerne la <em>question indienne<\/em>.<\/p>\n<p>Mais avant toute chose, quelques d\u00e9tails cruciaux devraient toutefois \u00eatre mentionn\u00e9s, le premier \u00e9tant que <em>Visions autochtones<\/em> b\u00e9n\u00e9ficie de l\u2019appui financier du minist\u00e8re du Patrimoine canadien par l\u2019entremise de Culture canadienne en ligne et qu\u2019il est g\u00e9r\u00e9 notamment par le Fonds M\u00e9moire canadienne (comme en t\u00e9moigne le \u00ab\u00a0G\u00e9n\u00e9rique\u00a0\u00bb du site web). Par ailleurs, il faut savoir que cette plateforme est dot\u00e9e d\u2019un triple mandat, le premier \u00e9tant \u00e9ducatif. D\u00e9crit comme un outil p\u00e9dagogique et \u00e9ducatif visant \u00e0 faire conna\u00eetre le cin\u00e9ma et les r\u00e9alit\u00e9s autochtones, ce site web a en effet pour public cible les professeurs de niveau primaire et secondaire (on y fournit des questionnaires, des bibliographies sugg\u00e9r\u00e9es, des extraits filmiques, etc.), mais aussi les citoyens ordinaires, ceux \u00ab\u00a0qui s\u2019int\u00e9ressent aux peuples autochtones au Canada\u00a0\u00bb (voir l\u2019onglet \u00ab\u00a0\u00c0 propos de ce site\u00a0\u00bb.) \u00c9galement, puisqu\u2019on peut lire sur la plateforme que <em>Visions<\/em> <em>autochtones<\/em> vise \u00ab\u00a0surtout [\u00e0] donner la parole aux gens des premiers peuples\u00a0du Canada\u00a0\u00bb, on pourrait voir l\u00e0 son deuxi\u00e8me mandat, celui de \u00ab\u00a0donner la parole\u00a0\u00bb aux autochtones. Enfin, le troisi\u00e8me mandat du site est quant \u00e0 lui, et sans aucun doute, patrimonial. On y sp\u00e9cifie en effet que les films disponibles en ligne ont \u00e9t\u00e9 choisis, parmi ces 700 r\u00e9alisations produites par l\u2019ONF, en raison de leur exemplarit\u00e9\u00a0: car ils forment \u00ab\u00a0un \u00e9chantillon repr\u00e9sentatif\u00a0de l\u2019ensemble\u00a0\u00bb de l\u2019histoire du cin\u00e9ma autochtone produit par l\u2019institution. L\u2019ONF se pr\u00e9munit d\u2019ailleurs de toute contestation vis-\u00e0-vis de cette s\u00e9lection, en sp\u00e9cifiant d\u2019embl\u00e9e que \u00ab\u00a0[c]ertaines personnes s\u2019\u00e9tonneront peut-\u00eatre de ne pas retrouver quelques titres importants dans la liste propos\u00e9e [\u2026] le projet, soutenu par le Fonds M\u00e9moire canadienne, doit donner priorit\u00e9 \u00e0 une collection \u00e0 haute valeur patrimoniale\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>En naviguant sur ce site web, on remarque d\u2019abord que les entrevues offertes en ligne sont dans la majorit\u00e9 des cas peu \u00e9toff\u00e9es et toujours de tr\u00e8s courte dur\u00e9e (au maximum trois minutes trente), et que les sujets de discussion sont majoritairement centr\u00e9s autour de la crise identitaire des jeunes ainsi que sur la lutte entre tradition et modernit\u00e9. Pour cette raison m\u00eame, je ne les aborderai pas davantage. Par ailleurs, la plupart des publications offertes en ligne ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crites par des Autochtones et, \u00e9trangement, rel\u00e8vent d\u2019un ton bon enfant, hormis deux textes, qui constituent les deux exceptions du site.\u00a0Il y a d\u2019abord l\u2019article \u00ab\u00a0Souverainet\u00e9 et r\u00e9sistance\u00a0\u00bb d\u2019Ellen Gabriel (militante autochtone ayant notamment \u00e9t\u00e9 l\u2019une des porte-parole des Mohawks durant la crise d\u2019Oka en 1990), ce texte \u00e9tant dot\u00e9 d\u2019un aplomb unique sur la plateforme (on y retrouve d\u2019ailleurs les termes \u00ab\u00a0oppression\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Canada colonisateur\u00a0\u00bb) ; il y a ensuite celui d\u2019Emma LaRocque (M\u00e9tisse Cri et professeur \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 du Manitoba).\u00a0Ce dernier article est int\u00e9ressant puisque l\u2019auteure y souligne que l\u2019oppression et la discrimination \u00e0 l\u2019\u00e9gard des peuples autochtones perdurent encore aujourd\u2019hui au sein des instances gouvernementales et, peut-on en comprendre, \u00e0 l\u2019ONF. Elle sp\u00e9cifie d\u2019ailleurs qu\u2019on \u00ab\u00a0justifie maintenant ces pratiques en utilisant une terminologie n\u00e9ocoloniale comme \u201cprogr\u00e8s\u201d et \u201cd\u00e9veloppement\u201d dans \u201cl\u2019int\u00e9r\u00eat national\u201d\u00a0; \u00e0 cause d\u2019elles, la conjoncture dans laquelle se retrouvent les peuples autochtones s\u2019apparente \u00e0 celle du tiers-monde\u00a0\u00bb. Il va sans dire que LaRocque vise juste, car cette terminologie (<em>progr\u00e8s<\/em>, <em>d\u00e9veloppement<\/em>, <em>int\u00e9r\u00eat national<\/em>) se retrouve \u00e0 demi-mot, on le verra, dans le discours qui accompagne les extraits filmiques offerts sur la plateforme on\u00e9fienne.<\/p>\n<p>Enfin, il faut savoir que <em>Visions autochtones<\/em> est une plateforme d\u00e9di\u00e9e \u00e0 l\u2019une des communaut\u00e9s du Canada surnomm\u00e9es \u00ab\u00a0communaut\u00e9s sous-repr\u00e9sent\u00e9es \u00bb dans les Plans strat\u00e9giques de l\u2019Office depuis 2008, communaut\u00e9s envers lesquelles l\u2019institution s\u2019est engag\u00e9e \u00e0 promouvoir la diversit\u00e9 culturelle par le biais de la production cin\u00e9matographique. L\u2019Office exprime d\u2019ailleurs un certain enthousiasme \u00e0 l\u2019id\u00e9e que cette plateforme contribuerait \u00e0 une \u00e9criture \u00e0 la fois multiculturelle et d\u00e9mocratique de l\u2019Histoire, car<\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px;\">[j]usqu\u2019\u00e0 une \u00e9poque r\u00e9cente, les Canadiens n\u2019ont \u00e9t\u00e9 expos\u00e9s qu\u2019\u00e0 une seule version de l\u2019histoire, celle qui relate les \u00e9v\u00e9nements d\u2019un point de vue europ\u00e9en et patriarcal. [\u2026] Aujourd\u2019hui, l\u2019histoire autochtone est racont\u00e9e de plusieurs fa\u00e7ons, par des voix diff\u00e9rentes, et les Autochtones en ressentent une grande fiert\u00e9. Gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019entremise des films, de la musique, de la t\u00e9l\u00e9vision, des journaux et des livres, la riche diversit\u00e9 des collectivit\u00e9s autochtones du Canada est conserv\u00e9e pour toujours, et dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de tous. Nous ne pouvons que nous en r\u00e9jouir\u00a0! (onglet \u00ab\u00a0Histoire et origines\u00a0\u00bb, voir \u00ab\u00a0\u00c0 propos du th\u00e8me\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>L\u2019ONF propose en ce sens, sur <em>Visions autochtones<\/em>, une s\u00e9lection de films qui \u00ab\u00a0repr\u00e9sentent des moments forts, des \u00e9v\u00e9nements historiques incontournables, pr\u00e9sentent des personnages marquants \u00bb (voir \u00ab\u00a0\u00c0 propos de ce site\u00a0\u00bb), et aborde \u00ab\u00a0 de nombreux sujets controvers\u00e9s et souvent mal compris auxquels se heurte la communaut\u00e9 autochtone\u00a0\u00bb (voir \u00ab\u00a0En classe\u00a0\u00bb) par le biais de th\u00e9matiques cibl\u00e9es, telles que le racisme, le colonialisme, la souverainet\u00e9 et la r\u00e9sistance. En d\u2019autres mots, c\u2019est \u00e0 travers ce programme on\u00e9fien, rempli d\u2019intentions inspirantes, prometteuses et louables, que l\u2019usager du site est amen\u00e9 \u00e0 commencer sa visite.<\/p>\n<h3><strong>Diversit\u00e9 culturelle et espace national <\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>L\u2019Am\u00e9rindien<\/em> <em>! Quel beau sujet!<\/em><br \/>\nPierre Perrault, <em>Cam\u00e9ramages<\/em><\/p>\n<p><span class=\"cb-dropcap-small\">J<\/span>e m\u2019attarderai d\u2019abord sur l\u2019onglet \u00ab\u00a0Souverainet\u00e9 et r\u00e9sistance\u00a0\u00bb de la plateforme, une th\u00e9matique importante qui concerne sp\u00e9cifiquement les revendications culturelles, territoriales, politiques et socio\u00e9conomiques des communaut\u00e9s autochtones du Canada. On constate d\u2019abord que les extraits audiovisuels s\u00e9lectionn\u00e9s par l\u2019Office ne comportent pas de sc\u00e8nes abordant les grands conflits contemporains entre le Canada et les peuples autochtones (par exemple, on ne retrouve ni d\u2019images ni de mots sur la crise d\u2019Oka). On trouve en effet un extrait de <em>La survie de nos enfants<\/em> (Obomsawin, 2003) dans lequel Troy Jerome est en pourparlers avec le gouvernement du Qu\u00e9bec en 1998 afin que les Mi\u2019kmaq de Listuguj obtiennent une certaine autonomie quant \u00e0 l\u2019exploitation de leur for\u00eat ; dans un autre extrait, on donne \u00e0 voir des Mi\u2019kmaq qui n\u00e9gocient pour obtenir leur propre plan de gestion de p\u00eache au saumon, refus\u00e9 en 1984 par le gouvernement du Qu\u00e9bec. Dans une s\u00e9quence du film de Gil Cardinal (<em>Le totem d\u2019origine de G\u2019psgolox<\/em>, 2003), on voit des Haisla discuter ensemble sur leur n\u00e9gociation avec un mus\u00e9e su\u00e9dois, n\u00e9gociation visant \u00e0 obtenir la restitution d\u2019un totem mortuaire confisqu\u00e9 dans leur village de Kitamaat par des Europ\u00e9ens en 1929. Dans les s\u00e9quences offertes pour le th\u00e8me \u00ab\u00a0Souverainet\u00e9 et r\u00e9sistance\u00a0\u00bb, on remarque ainsi une donn\u00e9e commune\u00a0: les extraits sont tous centr\u00e9s autour d\u2019un processus de <em>n\u00e9gociation<\/em> ou de m\u00e9diation entre les Blancs et les Autochtones du Canada. \u00c9galement, la pr\u00e9sentation du th\u00e8me offerte par l\u2019Office mise sur un aspect particulier de cette probl\u00e9matique, soit celui du <em>chemin de la gu\u00e9rison <\/em>:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px;\">Le chemin de la gu\u00e9rison<strong> \u2013<\/strong> L\u2019\u00e9tude d\u2019exemples pr\u00e9cis de batailles engag\u00e9es sur les droits fonciers issus de trait\u00e9s, sur la gestion des ressources naturelles et sur les droits aux terres ancestrales et aux art\u00e9facts culturels, nous \u00e9veille \u00e0 la lutte livr\u00e9e par les Autochtones en vue de parvenir \u00e0 l\u2019autod\u00e9termination et \u00e0 l\u2019autonomie gouvernementale. Les films, rattach\u00e9s \u00e0 ce th\u00e8me, offrent une image riche et fi\u00e8re des Autochtones et de la lutte qu\u2019ils m\u00e8nent contre l\u2019oppression [\u2026]. (\u00ab\u00a0\u00c0 propos du th\u00e8me\u00a0\u00bb)<\/p>\n<p>La description de cette th\u00e9matique se conclue de mani\u00e8re positive, on y mentionne que \u00ab\u00a0[m]algr\u00e9 tout, les Autochtones ont accompli et continuent d\u2019accomplir des r\u00e9alisations telles que \u00ab\u00a0l\u2019ench\u00e2ssement de leurs droits dans la constitution canadienne\u00a0\u00bb et que, peut-on lire, \u00ab\u00a0[b]ien que le <em>chemin de la gu\u00e9rison <\/em>soit loin d\u2019\u00eatre \u00e0 son terme, les Autochtones connaissent un nouvel \u00e9lan qui renforce leur d\u00e9termination \u00e0 relever les d\u00e9fis qui subsistent\u00a0\u00bb. Ainsi, si l\u2019Office salue la capacit\u00e9 des Autochtones \u00e0 lutter pour l\u2019obtention de nouvelles formes d\u2019autod\u00e9termination, force est d\u2019admettre qu\u2019il demeure \u00e9vasif, dans sa s\u00e9lection filmique tout autant que dans le discours qui entoure ces images, quant aux \u00e9l\u00e9ments les plus controvers\u00e9s des circonstances culturelles, politiques et territoriales ayant forc\u00e9 les Autochtones du Canada \u00e0 lutter contre l\u2019oppression, et \u00e0 r\u00e9sister pour obtenir une forme de souverainet\u00e9. \u00c9galement, la pr\u00e9sentation que l\u2019ONF fait de ces th\u00e8mes met en valeur, par deux fois, l\u2019id\u00e9e du <em>chemin de<\/em> <em>la<\/em> <em>gu\u00e9rison<\/em>, puis f\u00e9licite l\u2019embo\u00eetement (l\u2019<em>ench\u00e2ssement<\/em>) des droits des autochtones dans le moule <em>des politiques canadiennes<\/em>, et non l\u2019inverse. Or, il faut bien comprendre que les diverses victoires cit\u00e9es sur la plateforme de l\u2019ONF (l\u2019\u00ab\u00a0abolition des pensionnats et l\u2019obtention d\u2019une indemnisation pour les victimes\u00a0; la r\u00e9solution de diff\u00e9rents [sic], de longue date, en mati\u00e8re de r\u00e9clamations territoriales, particuli\u00e8res et compl\u00e8tes\u00a0; la constitution des syst\u00e8mes d\u2019\u00e9ducation, de sant\u00e9 et de justice\u00a0\u00bb) font partie des r\u00e9alisations autochtones ayant d\u00fb \u00eatre n\u00e9goci\u00e9es et int\u00e9gr\u00e9es <em>aux politiques canadiennes<\/em>, car comme l\u2019\u00e9crit Daniel Sal\u00e9e\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px;\">[q]uel que soit le palier administratif, l\u2019\u00c9tat demeure on ne peut plus clair\u00a0: il ne saurait y avoir de n\u00e9gociation avec les autochtones que dans le respect le plus strict des param\u00e8tres politiques, juridiques et institutionnels de l\u2019\u00c9tat canadien et de ses composantes sous-\u00e9tatiques\u00a0; l\u2019int\u00e9grit\u00e9 de ces param\u00e8tres ne doit en aucun cas \u00eatre compromise par quelque avantage que pourraient retirer les autochtones des n\u00e9gociations avec l\u2019\u00c9tat [\u2026] <em>les r\u00e8gles de l\u2019interaction entre l\u2019\u00c9tat et les peuples autochtones au Canada sont principalement \u00e9nonc\u00e9es par l\u2019\u00c9tat<\/em>. (2005, 63, je souligne)<\/p>\n<p>Enfin, on retrouve \u00e9galement dans l\u2019onglet \u00ab\u00a0Souverainet\u00e9 et r\u00e9sistance\u00a0\u00bb un court extrait du film <em>Au pays de Riel <\/em>(1996) de Martin Duckworth, sur lequel il faudrait maintenant nous attarder plus longuement. Dans cette s\u00e9quence, une a\u00een\u00e9e m\u00e9tisse sp\u00e9cifie aux adolescents m\u00e9tis assis tout autour d\u2019elle que \u00ab\u00a0Nous appartenons \u00e0 la race humaine. Je suis contente que vous avez [sic] pris votre place et que vous en soyez fiers. Vous pouvez marcher la t\u00eate droite et danser comme eux. Vous \u00eates aussi bien qu\u2019eux\u00a0\u00bb. \u00c0 la question \u00ab\u00a0Connaissez-vous la langue de la r\u00e9serve et votre famille\u00a0?\u00a0\u00bb, l\u2019a\u00een\u00e9e r\u00e9pond\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px;\">Je ne connais pas la langue, j\u2019ai v\u00e9cu hors d\u2019une r\u00e9serve. Voyez-vous, je suis une descendante de Louis Riel et Louis Riel ne souhaitait cela pour personne, pour personne. Ni les Indiens, ni les M\u00e9tis, ni les Anglais, ni les Irlandais. Pour personne. \u00a0Nous sommes tous Canadiens, le pays est \u00e0 nous tous.<\/p>\n<p>Un paradoxe \u00e9merge alors lorsqu\u2019un jeune M\u00e9tis tient ensuite des propos sur lesquels viendra se conclure l\u2019extrait. Il dira\u00a0: \u00ab\u00a0Je pense exactement la m\u00eame chose. Je suis Autochtone aussi, je pourrais avoir mon statut, mais je ne l\u2019ai pas parce que je me consid\u00e8re comme une personne comme tout le monde. Je ne veux pas de privil\u00e8ges pour ce qui est arriv\u00e9 avant et que je suis pr\u00eat \u00e0 oublier\u00a0\u00bb (je cite la traduction offerte par l\u2019ONF, mais le jeune ne dit pas \u00ab\u00a0qu\u2019il est pr\u00eat \u00e0 oublier\u00a0\u00bb, mais qu\u2019il est pr\u00eat \u00e0 pardonner\u00a0: \u00ab\u00a0<em>I am willing to forgive what happened before <\/em>\u00bb).<\/p>\n<p>Mon questionnement est le suivant\u00a0: dans ce court extrait ayant \u00e9t\u00e9 s\u00e9lectionn\u00e9 par l\u2019Office, a-t-on r\u00e9ellement affaire \u00e0 la \u00ab\u00a0Souverainet\u00e9 et la r\u00e9sistance\u00a0\u00bb d\u2019une communaut\u00e9\u00a0? Pas vraiment. Au contraire, ce qui \u00e9tait de prime abord un discours de fiert\u00e9 et d\u2019autonomie de la part du M\u00e9tis (on en arrive \u00e0 cette conclusion lorsque l\u2019on cherche ensuite \u00e0 visionner le film dans son int\u00e9gralit\u00e9) est compris ici, par l\u2019usager du site, comme \u00e9tant \u00e0 la fois un refus de revendiquer le statut m\u00e9tis, et \u00e0 la fois comme une incompr\u00e9hension vis-\u00e0-vis de la l\u00e9gitimit\u00e9 des \u00ab\u00a0privil\u00e8ges\u00a0\u00bb accord\u00e9s aux Autochtones. D\u2019ailleurs, l\u2019Office ne cherche pas outre mesure \u00e0 clarifier ce propos\u00a0: l\u2019institution y souligne plut\u00f4t \u00e0 grands traits, dans le texte accompagnant l\u2019extrait du film de Martin Duckworth, \u00ab\u00a0la fiert\u00e9 d\u2019\u00eatre qui ils sont, la langue et le sentiment d\u2019appartenance au Canada\u00a0\u00bb. Autrement dit, cet extrait a pour dr\u00f4le d\u2019effet d\u2019exprimer une remise en cause des privil\u00e8ges autochtones et de l\u2019utilit\u00e9 du statut m\u00e9tis, charriant pourtant historiquement avec eux des enjeux de souverainet\u00e9 et de r\u00e9sistance (le d\u00e9sir de ce jeune homme de ne pas faire reconna\u00eetre ses droits li\u00e9s \u00e0 l\u2019indianit\u00e9 de sa culture touche d\u2019ailleurs la question du statut d\u2019Indien, faisant encore en 2014 l\u2019objet de batailles juridiques pour les M\u00e9tis du Canada<a id=\"_ednref4\" href=\"#_edn4\">[4]<\/a>). \u00c9galement, ce que l\u2019on retient de cette s\u00e9quence, c\u2019est la phrase sur laquelle elle vient se conclure, ce fameux \u00ab\u00a0<em>I am willing to forgive what happened before <\/em>\u00bb\u2026<\/p>\n<p>\u00c0 cet \u00e9gard, l\u2019article d\u2019Ellen Gabriel, publi\u00e9 dans cette m\u00eame th\u00e9matique, est en quelque sorte un formidable contrepied vis-\u00e0-vis de la rh\u00e9torique r\u00e9gnant sur l\u2019onglet \u00ab\u00a0Souverainet\u00e9 et r\u00e9sistance\u00a0\u00bb. Gabriel n\u2019h\u00e9site pas, en effet, \u00e0 \u00e9num\u00e9rer d\u2019abord les grands conflits entre l\u2019\u00c9tat canadien et les communaut\u00e9s autochtones\u00a0: Restigouche, la crise d\u2019Oka, les barricades de Kanehsatake et de Kahnawake, les confrontations d\u2019Ipperwash et m\u00eame, pr\u00e9cise-t-elle, le \u00ab\u00a0barrage de la rivi\u00e8re Oldman de la nation des P\u00e9igans, en Alberta, de la nation Haida Gwaii, des Six Nations pr\u00e8s de Caledonia, et de nombreux autres un peu partout au Canada\u00a0\u00bb. Gabriel aborde \u00e9galement la toile de fond politique de la probl\u00e9matique de la \u00ab\u00a0Souverainet\u00e9 et r\u00e9sistance\u00a0\u00bb des peuples autochtones du Canada, toile de fond politique qui ne sera pratiquement jamais soulev\u00e9e sur la plateforme on\u00e9fienne, \u00e0 savoir qu\u2019<\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px;\">au Canada, la <em>Loi sur les Indiens<\/em> renferme des politiques et des programmes sp\u00e9cifiquement con\u00e7us pour exercer un \u00ab\u00a0contr\u00f4le\u00a0\u00bb sur la vie des peuples autochtones. Depuis sa mise en vigueur, les peuples autochtones ont oppos\u00e9 une r\u00e9sistance aux lois qui ont \u00e9t\u00e9 con\u00e7ues, non seulement pour exercer un contr\u00f4le, mais aussi pour d\u00e9truire la structure sociale, spirituelle et politique des nations autochtone.<\/p>\n<p>En terminant son article, Ellen Gabriel nous rappelle enfin que \u00ab\u00a0la <em>Loi sur les Indiens<\/em> [\u2026] oblige encore les Autochtones \u00e0 vivre sous la tutelle de l\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb. En somme, la formidable franchise ainsi que la port\u00e9e politique de ce texte sont chose rare sur \u00ab\u00a0Souverainet\u00e9 et r\u00e9sistance\u00a0\u00bb\u00a0: elles demeurent exceptionnelles si l\u2019on tient compte, de mani\u00e8re plus g\u00e9n\u00e9rale, du discours ambiant sur cette th\u00e9matique.<\/p>\n<h3><strong><em>Colonialisme, racisme et r\u00e9conciliation<\/em><\/strong><\/h3>\n<p><span class=\"cb-dropcap-small\">S<\/span>i l\u2019on navigue maintenant sur la th\u00e9matique \u00ab\u00a0Colonialisme et racisme\u00a0\u00bb de la plateforme, on visionne d\u2019abord une s\u00e9quence du film <em>Au pays de Riel<\/em> (1996) de Martin Duckworth, dans laquelle des adolescents discutent des tensions entre les francophones et les anglophones de Winnipeg. \u00a0Dans les derni\u00e8res secondes de l\u2019extrait, un jeune M\u00e9tis leur r\u00e9pliquera alors que \u00ab\u00a0Vous \u00eates chanceux d\u2019avoir conserv\u00e9 votre langue. Nous, les colonisateurs nous ont interdit la n\u00f4tre. Et avec notre langue, ils nous ont interdit notre culture. La plupart de nos jeunes ne parlent plus leur langue\u00a0\u00bb. Dans un deuxi\u00e8me extrait du m\u00eame film, on donne \u00e0 voir une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre mettant en sc\u00e8ne une relation amoureuse entre un Autochtone et une Blanche, les deux familles n\u2019approuvant pas cette union et faisant preuve de racisme l\u2019une envers l\u2019autre. On nous explique ensuite dans un film de Todd Loretta (<em>Guerriers oubli\u00e9s<\/em>, 2006) que les terres de la r\u00e9serve Montigny ont \u00e9t\u00e9 saisies en vertu de la Loi d\u2019\u00e9tablissement de soldats et vendues \u00e0 prix modiques \u00e0 des v\u00e9t\u00e9rans non-autochtones. Dans <em>Je m\u2019appelle Kahentiiosta<\/em> (1996) d\u2019Alanis Obomsawin, on visionne des sc\u00e8nes donnant \u00e0 voir le territoire de Kahnawake envahi par le trafic fluvial et les nouveaux ponts qui l\u2019entourent puis, du m\u00eame film, on \u00e9coute un deuxi\u00e8me extrait, celui du t\u00e9moignage de Kahentiiosta, une Mohawk de Kahnawake arr\u00eat\u00e9e durant la crise d\u2019Oka, et qui nous raconte comment elle a r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 l\u2019intimidation exerc\u00e9e par les avocats et par un juge qui exigeaient, pour les dossiers de la cour, qu\u2019elle fournisse un nom canadien-anglais en plus de son nom mohawk. Dans le premier extrait de <em>M\u00e8re de tant d&#8217;enfants <\/em>(Alanis Obomsawin, 1977), on rencontre Marle Williamson, une Ojibway ayant \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9e au \u00ab\u00a0couvent St. Anthony\u2019s\u00a0\u00bb\u00a0; dans le second, on nous explique comment Jeannette Corbi\u00e8re a perdu son statut d\u2019Ojibway ainsi que le droit d\u2019\u00eatre inscrite dans sa r\u00e9serve \u00e0 la suite de son mariage avec un Blanc. Dans une s\u00e9quence du film <em>Ojigkwanong &#8211; Rencontre avec un sage algonquin <\/em>(Lucie Ouimet, 2000), William Commanda, ancien chef de la r\u00e9serve de Maniwaki, nous explique que les agents des Affaires indiennes d\u00e9tenaient en 1978 un pouvoir entier sur sa r\u00e9serve indienne, il d\u00e9crit ensuite le racisme des Blancs \u00e0 l\u2019\u00e9gard des Autochtones\u00a0; dans <em>La survie de nos enfants <\/em>(Alanis Obomsawin, 2003), on nous mentionne comment la Loi sur les Indiens de 1876 a cr\u00e9\u00e9 des conflits qui perdurent encore aujourd\u2019hui. Enfin, dans <em>Uranium <\/em>(Magnus Isacsson, 1990), on nous r\u00e9v\u00e8le que la r\u00e9serve Ojibway ne \u00ab\u00a0b\u00e9n\u00e9ficie pas, contrairement \u00e0 la communaut\u00e9 non autochtone adjacente, d\u2019une usine gouvernementale de traitement des eaux contamin\u00e9es\u00a0\u00bb (voir la Description longue du film en ligne) par l\u2019usine des mines d\u2019Elliott Lake. Dans une \u00ab\u00a0Description courte\u00a0\u00bb visant \u00e0 r\u00e9sumer le film d\u2019Isacsson (et non l\u2019extrait qui en a \u00e9t\u00e9 tir\u00e9), on peut lire\u00a0par ailleurs que \u00ab\u00a0[c]e film d\u00e9crit les cons\u00e9quences de l\u2019exploitation de mines d\u2019uranium, au Canada, particuli\u00e8rement dans les r\u00e9gions autochtones, o\u00f9 cette exploitation viole leur vie, aux plans spirituel et \u00e9conomique\u00a0\u00bb. Fait int\u00e9ressant, la courte s\u00e9quence provenant de ce long m\u00e9trage n\u2019aborde pas du tout lesdites cons\u00e9quences <em>aux plans spirituel et \u00e9conomique<\/em>.<\/p>\n<p>\u00c0 vrai dire\u2014et c\u2019est l\u00e0 le probl\u00e8me que je veux souligner\u2014les extraits filmiques ayant \u00e9t\u00e9 choisis par l\u2019ONF demeurent somme toute peu repr\u00e9sentatifs du th\u00e8me mis en valeur sur la plateforme. D\u2019ailleurs, pour les deux s\u00e9quences audiovisuelles susceptibles d\u2019\u00eatre les plus controvers\u00e9es (<em>Je m\u2019appelle Kahentiiosta<\/em> et <em>M\u00e8re de tant d\u2019enfants<\/em>), les probl\u00e9matiques politiques ne sont jamais abord\u00e9es de front. Pour le film <em>Je m\u2019appelle Kahentiiosta<\/em>, le court extrait ne permet pas de comprendre en quoi consistait la crise d\u2019Oka. Il s\u2019agit pourtant d\u2019un \u00e9v\u00e9nement sociopolitique marquant que la r\u00e9alisatrice ne manque pas de contextualiser dans ce m\u00eame film\u00a0: certaines de ces s\u00e9quences auraient sans doute tr\u00e8s bien pu \u00eatre ins\u00e9r\u00e9es sur <em>Visions autochtones<\/em>, ce qui n\u2019est pas le cas. Le choix d\u2019extraits propos\u00e9 par l\u2019ONF provoque ainsi un dr\u00f4le d\u2019effet\u00a0: la crise d\u2019Oka, qui constitue pourtant la toile de fond du t\u00e9moignage de Kahentiiosta (et du film d\u2019Obomsawin) n\u2019est qu\u2019un objet flottant, ind\u00e9fini et relay\u00e9 au hors champ.<a id=\"_ednref5\" href=\"#_edn5\">[5]<\/a><\/p>\n<p>De plus, l\u2019extrait du film <em>M\u00e8re de tant d\u2019enfants<\/em> d\u2019Obomsawin s\u00e9lectionn\u00e9 par l\u2019ONF nous d\u00e9crit la grande solitude des enfants autochtones s\u00e9par\u00e9s d\u00e8s leur jeune \u00e2ge de leur famille pour \u00eatre envoy\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9tablissement St. Anthony\u2019s, surnomm\u00e9\u00a0\u00ab\u00a0l\u2019\u00e9cole\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0couvent de ce genre\u00a0\u00bb dans cette s\u00e9quence audiovisuelle et \u00ab\u00a0\u00e9cole r\u00e9sidentielle\u00a0\u00bb par l\u2019ONF (sous l\u2019onglet \u00ab\u00a0Colonialisme et racisme\u00a0\u00bb). Or, cet extrait ne permet pas de comprendre v\u00e9ritablement, au-del\u00e0 du malaise que laisse planer le t\u00e9moignage de Marle Williamson, quelles \u00e9taient les implications sociopolitiques et culturelles de ce genre d\u2019\u00e9tablissement. St. Anthony\u2019s \u00e9tait un pensionnat indien, l\u2019une des \u00e9coles d\u2019assimilation responsables de la scolarisation des enfants ayant particip\u00e9 notamment au \u00ab\u00a0g\u00e9nocide culturel\u00a0\u00bb \u00a0programm\u00e9 par l\u2019\u00c9tat canadien. Cette expression est mise entre guillemets (\u00ab\u00a0g\u00e9nocide culturel\u00a0\u00bb), car elle fait encore l\u2019objet d\u2019un d\u00e9bat et ce, bien que \u00ab\u00a0de nombreux groupes autochtones au pays, dont l\u2019Assembl\u00e9e des Premi\u00e8res Nations, de m\u00eame que le juge Murray Sinclair, qui pr\u00e9side la Commission de v\u00e9rit\u00e9 et r\u00e9conciliation, jugent que les pensionnats autochtones ont constitu\u00e9 une forme de g\u00e9nocide culturel\u00a0\u00bb<a id=\"_ednref6\" href=\"#_edn6\">[6]<\/a> (\u00ab\u00a0Mus\u00e9e des droits de la personne\u00a0\u00bb). \u00c0 cet \u00e9gard, puisque l\u2019Office vise \u00e0 traiter de colonialisme et de racisme\u2014il s\u2019agit apr\u00e8s tout du th\u00e8me \u00e9labor\u00e9 ici, pourquoi les donn\u00e9es sociopolitiques et culturelles les plus primordiales vis-\u00e0-vis de cette probl\u00e9matique ne se retrouvent ni dans l\u2019extrait s\u00e9lectionn\u00e9, ni dans le bagage p\u00e9dagogique l\u2019entourant\u00a0?<a id=\"_ednref7\" href=\"#_edn7\">[7]<\/a> Le discours on\u00e9fien pr\u00e9f\u00e8re plut\u00f4t orienter la discussion concernant St. Anthony\u2019s autour de l\u2019isolement ressenti par ces jeunes autochtones, priv\u00e9s de leur famille, tel que nous pouvons le lire sur la description du film offerte sur l\u2019onglet\u00a0: \u00ab\u00a0Du d\u00e9but des ann\u00e9es 1830 jusqu\u2019\u00e0 1969, la plupart des Autochtones ont \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9s dans des \u00e9coles r\u00e9sidentielles situ\u00e9es loin de chez eux. Marle Williamson, une Ojibway, confie qu\u2019elle a perdu le lien avec son peuple et plus particuli\u00e8rement avec sa grand-m\u00e8re quand elle a d\u00fb partir pour St. Anthony\u2019s\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019aide d\u2019un en-t\u00eate, l\u2019institution nous informe pourtant que \u00ab\u00a0les extraits de films pr\u00e9sent\u00e9s dans cette th\u00e9matique [Colonialisme et racisme] t\u00e9moignent de l\u2019effet d\u00e9vastateur des politiques colonialistes des Blancs sur les populations autochtones. Ils montrent aussi des actes racistes dont elles ont \u00e9t\u00e9 victimes dans leurs rapports avec les blancs\u00a0\u00bb. On constate ainsi que le discours de l\u2019Office d\u00e9passe largement ce que les extraits s\u00e9lectionn\u00e9s donnent \u00e0 voir v\u00e9ritablement et qu\u2019entre les deux, il y a un \u00e9cart. Au-del\u00e0 d\u2019un apprentissage sommaire des actes racistes v\u00e9cus par les Autochtones (comme nous le fait d\u00e9couvrir le t\u00e9moignage de Marle Williamson), les extraits offerts en ligne n\u2019abordent pas cesdites politiques colonialistes\u00a0: on mise certes sur \u00ab\u00a0l\u2019effet d\u00e9vastateur\u00a0\u00bb de ces r\u00e9alit\u00e9s et sur ses victimes (l\u2019isolement des jeunes Autochtones, par exemple), mais jamais sur l\u2019arri\u00e8re-fond politique (l\u2019\u00c9tat canadien, le \u00ab\u00a0g\u00e9nocide culturel\u00a0\u00bb, les \u00e9tablissements d\u2019assimilation, la l\u00e9gislation canadienne, la marginalisation socio\u00e9conomique, etc.).<\/p>\n<p>Si l\u2019on examine par la suite le bagage p\u00e9dagogique de cet onglet, outre le texte \u00ab\u00a0Colonialisme et racisme\u00a0\u00bb \u00e9crit par Emma LaRocque (l\u2019un des textes les plus pertinents sur la plateforme et qui constitue la deuxi\u00e8me exception du site, on l\u2019a d\u00e9j\u00e0 dit), on retrouve un article \u00e9ponyme de Taiaiake Alfred. Intellectuel mohawk, activiste et professeur \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Victoria, Taiaiake Alfred est une figure importante dans les recherches men\u00e9es sur la d\u00e9colonisation des peuples autochtones en Am\u00e9rique du Nord. Sa critique rigoureuse \u00e0 l\u2019\u00e9gard du colonialisme et de l\u2019\u00c9tat canadien est largement connue au sein des milieux universitaires et politiques. \u00c9tonnamment, dans son article publi\u00e9 sur <em>Visions autochtones<\/em>, Alfred convoque toutefois des valeurs universelles (\u00ab\u00a0la lutte au colonialisme\u00a0\u00bb) et n\u2019aborde pas en d\u00e9tail ce que peuvent \u00eatre le colonialisme et le racisme v\u00e9cus par les Autochtones du Canada, hormis un passage o\u00f9 il adopte une tournure beaucoup plus critique. Ce passage se lit comme suit\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px;\">Le refus d\u2019entendre la voix des peuples autochtones et l\u2019ignorance de leur pass\u00e9 sont les pierres angulaires du \u00ab\u00a0colonialisme\u00a0\u00bb. Ce colonialisme coupe les liens qui unissent les Autochtones \u00e0 leurs terres, \u00e0 leur histoire, \u00e0 leur identit\u00e9 et \u00e0 leurs droits, afin que d\u2019autres personnes puissent en tirer avantage. Cette pratique d\u00e9nonc\u00e9e par les Nations Unies constitue une forme d\u2019injustice courante partout dans le monde. Pourtant, nous n\u2019avons jamais reconnu le fait que le Canada a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9 en vertu d\u2019un r\u00e9gime colonialiste dont plusieurs aspects perdurent encore aujourd\u2019hui. [\u2026] Depuis les ann\u00e9es 1970, l\u2019image projet\u00e9e par les m\u00e9dias en ce qui concerne la r\u00e9sistance autochtone a tr\u00e8s peu \u00e9volu\u00e9\u00a0; elle se concentre sur certains th\u00e8mes nourris par des id\u00e9es colonialistes et d\u00e9peint de mani\u00e8re n\u00e9gative la lutte livr\u00e9e par les peuples autochtones pour d\u00e9fendre leur existence et leurs droits.<\/p>\n<p>Le politologue rappelle par ailleurs que les Autochtones habitaient le Canada bien avant l\u2019arriv\u00e9e des colons et d\u00e9plore le manque d\u2019int\u00e9r\u00eat et d\u2019\u00e9ducation des Canadiens eurodescendants vis-\u00e0-vis des peuples autochtones du Canada, car comme il le sp\u00e9cifie\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px;\">l\u00e0 s\u2019arr\u00eate leur vision des choses, comme si les peuples autochtones faisaient partie du pass\u00e9 et de l\u2019histoire de ce pays mais non de son pr\u00e9sent\u00a0! Au lieu de pr\u00e9senter les faits r\u00e9els, actuels et pass\u00e9s, l\u2019enseignement scolaire, tout comme la culture populaire, pr\u00e9sentent aux Canadiens et aux Canadiennes une version de l\u2019histoire qui ne constitue en fait qu\u2019un c\u00f4t\u00e9 de la m\u00e9daille.<\/p>\n<p>Pour la suite du texte, l\u2019auteur n\u2019aborde toutefois pas vraiment en quoi consistent ledit \u00ab\u00a0r\u00e9gime colonialiste\u00a0\u00bb de l\u2019\u00c9tat canadien ainsi que ses diverses mouvances historiques et politiques, dont il est un expert notoire. Dans ce texte, on est donc tr\u00e8s loin de la ferveur de ses publications hors ONF, ne serait-ce que ses trois ouvrages majeurs\u00a0: <em>Heeding the Voices of Our Ancestors<\/em>, <em>Was\u00e1se: Indigenous pathways of action and freedom<\/em> et <em>Peace, Power, Righteousness<\/em>. L\u2019article se conclut de mani\u00e8re positive, c\u2019est-\u00e0-dire que l\u2019auteur rappelle que les films on\u00e9fiens \u00ab\u00a0constituent de bons outils qui [n]ous permettront de parfaire [n]otre \u00e9ducation sur cette question et, en un sens, de \u201cd\u00e9coloniser\u201d [n]otre esprit\u00a0\u00bb. Il nous invite \u00e0 prendre \u00ab\u00a0le temps de les regarder et d\u2019apprendre puis, arm\u00e9[s] de [n]os nouvelles connaissances\u00a0\u00bb, \u00e0 \u00ab\u00a0contribue[r] concr\u00e8tement \u00e0 faire \u00e9chec au colonialisme et \u00e0 b\u00e2tir pour le Canada un avenir prometteur pour tous, peuples autochtones et nouveaux arrivants\u00a0\u00bb. En d\u2019autres mots, est-ce peut-\u00eatre l\u00e0, justement, la vis\u00e9e principale de cet article\u00a0: soutenir que l\u2019Histoire ne doit pas \u00eatre racont\u00e9e que par <em>un<\/em> <em>seul c\u00f4t\u00e9 de la m\u00e9daille<\/em> (celui des Blancs) mais aussi par les peuples autochtones\u00a0; souligner la capacit\u00e9 du cin\u00e9ma \u00e0 lutter contre le colonialisme et le racisme et sp\u00e9cifier, avec raison, la contribution importante de l\u2019ONF \u00e0 cet \u00e9gard. Or, ce que l\u2019on voudrait toutefois faire remarquer ici, c\u2019est que les affirmations d\u2019Alfred paraissent pr\u00e9cipit\u00e9es ou du moins, l\u2019enthousiasme de l\u2019usager du site d\u00e9chante, si l\u2019on tient compte des extraits audiovisuels ayant \u00e9t\u00e9 mis en ligne par l\u2019Office. Par exemple, l\u2019auteur nous propose de visionner les films <em>Ojigkwanong\u00a0: Rencontre avec un sage algonquin<\/em> (Lucie Ouimet); <em>Guerriers oubli\u00e9s<\/em> (Loretta Todd); <em>La Couronne cherche-t-elle \u00e0 nous faire la guerre\u00a0?<\/em> (Obomsawin, 2002) ainsi que <em>Kanehsatake\u00a0: 270 ans de r\u00e9sistance <\/em>(Obomsawin, 1993). Or, ces deux derniers films\u2014le premier portant sur les attaques orchestr\u00e9es par des agents de la Gendarmerie Royale du Canada et du minist\u00e8re de P\u00eaches et Oc\u00e9ans sur les Autochtones de Burnt Church, attaques qui visaient \u00e0 faire suspendre les activit\u00e9s autochtones de p\u00eaches pourtant l\u00e9galement autoris\u00e9es par la Cour Supr\u00eame du Canada\u00a0; le second film ayant quant \u00e0 lui \u00e9t\u00e9 tourn\u00e9 durant la crise d\u2019Oka\u2014ne figurent pas dans les extraits filmiques s\u00e9lectionn\u00e9s par l\u2019ONF. Par ailleurs, si Alfred y sp\u00e9cifie que nous serons \u00ab\u00a0scandalis\u00e9[s] de voir des images contemporaines montrant des Autochtones devant repousser les attaques violentes de la police et des forces arm\u00e9es canadiennes afin de d\u00e9fendre leur territoire et les leurs\u00a0\u00bb, on ne retrouve pourtant pas d\u2019extraits filmiques faisant suite aux commentaires de l\u2019auteur. Ces diverses \u00ab\u00a0attaques violentes de la police canadienne\u00a0\u00bb, on ne les montre et ne les aborde jamais, ni sur cet onglet, ni de mani\u00e8re plus g\u00e9n\u00e9rale sur <em>Visions autochtones<\/em>.<\/p>\n<p>Que faut-il donc conclure de la s\u00e9lection d\u2019extraits de films se retrouvant sur cet onglet\u00a0? Une partie de la r\u00e9ponse se situe peut-\u00eatre dans la pr\u00e9sentation de cette th\u00e9matique (\u00ab\u00a0\u00c0 propos de ce th\u00e8me\u00a0\u00bb)\u00a0: on nous indique que \u00ab\u00a0Colonialisme et racisme\u00a0\u00bb est une section nous permettant d\u2019<strong>\u00ab <\/strong>explorer la fa\u00e7on dont deux cultures, aux visions du monde diam\u00e9tralement oppos\u00e9es, <em>peuvent r\u00e9soudre leurs diff\u00e9rends <\/em>\u00bb (je souligne). Qui plus est, on y rappelle, d\u00e8s la deuxi\u00e8me phrase de ce texte, que \u00ab\u00a0le partage d\u2019un pass\u00e9 douloureux donne l\u2019\u00e9lan n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019instauration d\u2019un <em>processus de r\u00e9conciliation<\/em>, fond\u00e9 sur de nouveaux rapports inspir\u00e9s par le respect mutuel \u00bb (je souligne). Par cons\u00e9quent, on peut comprendre que cette mani\u00e8re de pr\u00e9senter ces <em>visions autochtones<\/em>, accompagn\u00e9e par des extraits de films cibl\u00e9s par l\u2019ONF, cherche moins \u00e0 promouvoir un v\u00e9ritable <em>processus de r\u00e9conciliation <\/em>(avec toutes les consid\u00e9rations politiques et cin\u00e9matographiques que cela suppose) qu\u2019\u00ab\u00a0\u00e0 jouir de l\u2019id\u00e9al lib\u00e9ral de la R\u00e9conciliation\u00a0\u00bb (Cornellier 2011, 12). J\u2019entends par l\u00e0 qu\u2019elle ne permet pas de <em>rencontrer<\/em> les enjeux du colonialisme et du racisme v\u00e9cus par les Autochtones du Canada, elle vise plut\u00f4t \u00e0 les enseigner sommairement pour ensuite leur prescrire, \u00e0 tout prix et en d\u00e9pit de tout, un processus de r\u00e9conciliation <em>idyllique <\/em>qui se pr\u00e9sente comme allant de soi, et qui demande \u00e0 \u00eatre senti et v\u00e9cu ainsi de la part des Autochtones. Un processus de r\u00e9conciliation <em>idyllique<\/em>, en effet, si l\u2019on s\u2019appuie sur la d\u00e9finition usuelle de ce mot (\u00ab\u00a0qui est marqu\u00e9 par une entente parfaite, sans nuages\/qui est merveilleux, id\u00e9al\u00a0\u00bb (Larousse)), mais \u00e9galement sur celle de \u00ab\u00a0l\u2019idylle r\u00e9gnante\u00a0\u00bb d\u00e9finie par le philosophe Jacques Ranci\u00e8re, c\u2019est-\u00e0-dire cette \u00ab\u00a0d\u00e9mocratie consensuelle\u00a0\u00bb dans laquelle on s\u2019enthousiasme \u00e0 \u00ab\u00a0voi[r] l\u2019accord raisonnable des individus et des groupes sociaux\u00a0\u00bb (1995, 143).<\/p>\n<p>Cette idylle, d\u2019ailleurs, on la retrouve \u00e9galement dans un document officiel de l\u2019ONF publi\u00e9 en 2002-2006, c\u2019est-\u00e0-dire dans le Plan strat\u00e9gique de cette p\u00e9riode. On peut y lire en effet que le mandat de l\u2019ONF sera d\u00e9sormais de \u00ab\u00a0Produire et distribuer des \u0153uvres audiovisuelles distinctives, audacieuses et pertinentes qui refl\u00e8tent la diversit\u00e9 culturelle et qui pr\u00e9sentent au Canada et au monde un point de vue authentiquement canadien\u00a0\u00bb, on y apprend par ailleurs que l\u2019institution sera envisag\u00e9e comme un \u00ab\u00a0instrument dynamique de coh\u00e9sion sociale\u00a0\u00bb\u00a0; qu\u2019il est un \u00ab\u00a0organisme indispensable \u00e0 la coh\u00e9sion sociale au pays\u00a0\u00bb et m\u00eame, que \u00ab\u00a0[n]otre pays a besoin de coh\u00e9sion sociale, de dialogue et de discussion sur les grands enjeux de soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb. La pr\u00e9sence de cette terminologie dans ce document on\u00e9fien, \u00e0 la m\u00eame p\u00e9riode o\u00f9 <em>Visions autochtones<\/em> a \u00e9t\u00e9 mise en ligne (en 2006), est int\u00e9ressante. C\u2019est-\u00e0-dire que la question de la diversit\u00e9 culturelle, accot\u00e9e \u00e0 un d\u00e9sir <em>d\u2019identit\u00e9<\/em> <em>authentiquement canadienne<\/em> et d\u2019unit\u00e9 nationale (la<em> coh\u00e9sion<\/em>) que l\u2019ONF d\u00e9crit dans ce Plan strat\u00e9gique, est dans ce cas-ci totalement en phase avec le discours m\u00eame d\u00e9ploy\u00e9 sur <em>Visions autochtones<\/em>. On mise ici et l\u00e0 sur un vivre-ensemble rassembleur, sur une dynamique au sein de laquelle, pour citer \u00e0 nouveau Ranci\u00e8re, \u00ab\u00a0les donn\u00e9es sensibles, les situations et leur signification sont elles-m\u00eames plac\u00e9es hors de contestation\u00a0\u00bb (2007).<\/p>\n<p>Autrement dit, si on parle de \u00ab\u00a0coh\u00e9sion sociale\u00a0\u00bb sur le document de 2002-2006, on retrouve son \u00e9quivalent\u2014le consensus\u2014sur la plateforme on\u00e9fienne\u00a0: la souverainet\u00e9 et la r\u00e9sistance des Autochtones du Canada sont accot\u00e9es \u00e0 une rh\u00e9torique<em> de la gu\u00e9rison<\/em> menant, on l\u2019a vu, vers la proposition d\u2019un espace national homog\u00e9n\u00e9isant. Le colonialisme et le racisme, quant \u00e0 eux, se trouvent investis dans un <em>processus de<\/em> <em>r\u00e9conciliation<\/em> idyllique neutralisant sur son passage toute la question du politique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3><strong>Un regard \u00e0 rebours\u00a0: <\/strong><strong>m\u00e9moire en jeu \/ m\u00e9moire d\u00e9jou\u00e9e <\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>Who is ethnographized is dependent on who is doing the looking.<br \/>\n<\/em>Christopher E. Gittings (33)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span class=\"cb-dropcap-small\">O<\/span>n s\u2019attardera maintenant sur l\u2019onglet \u00ab\u00a0Cin\u00e9ma et repr\u00e9sentation\u00a0\u00bb de la plateforme. Cette section est int\u00e9ressante, car elle concerne particuli\u00e8rement le travail de l\u2019ONF\u00a0: l\u2019institution s\u2019int\u00e9resse ici \u00e0 la <em>repr\u00e9sentation<\/em> des Autochtones dans le cin\u00e9ma documentaire, pour laquelle l\u2019Office a occup\u00e9 un r\u00f4le majeur, ne serait-ce que par le biais de son cin\u00e9ma documentaire. On peut lire sur l\u2019en-t\u00eate de la section qu\u2019on nous propose \u00ab\u00a0des extraits de films t\u00e9moignant de l\u2019\u00e9volution de la repr\u00e9sentation des peuples autochtones au cours des cinquante derni\u00e8res ann\u00e9es\u00a0\u00bb, qu\u2019on nous informera sur \u00ab\u00a0la fa\u00e7on dont les Autochtones ont \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9s dans le cin\u00e9ma documentaire de l\u2019ONF\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Dans les s\u00e9quences \u00e9tant mises en ligne, on remarque d\u2019abord que l\u2019Autochtone y est r\u00e9duit, de toutes sortes de mani\u00e8res, \u00e0 n\u2019\u00eatre qu\u2019un sujet ethnographique, un \u00ab\u00a0objet de connaissance\u00a0\u00bb (Sal\u00e9e 2005, 71). Trois extraits sur quatre rel\u00e8vent en effet d\u2019un regard colonialiste\u2014ou d\u2019une \u00ab\u00a0mentalit\u00e9 de collectionneur d\u2019objets lithiques\u00a0\u00bb telle que l\u2019entendait Perrault (83)\u2014particuli\u00e8rement ceux tourn\u00e9s respectivement dans les ann\u00e9es 1940, 1950 et 1960 par les Blancs. Autrement dit, ces films emprisonnent l\u2019Autochtone dans un statut d\u2019\u00ab\u00a0objet touristique\u00a0\u00bb (74)\u00a0: les extraits de <em>Chasseurs de caribou<\/em> (Stephen Greenlees, 1951), <em>Comment construire votre iglou<\/em> (Douglas Wilkinson, 1949) et <em>Le Soleil perdu<\/em> (Colin Low, 1961) exposent les fourrures, les chiens d\u2019attelage, les trocs de peaux de castors et de loutres, les habits autochtones et leurs pratiques rituelles \u00e0 la mani\u00e8re de trouvailles exotiques. Or, on constate que le discours de l\u2019ONF s\u2019occupe de d\u00e9samorcer ces images\u00a0: dans la section \u00ab\u00a0\u00c0 propos du th\u00e8me\u00a0\u00bb, ces films sont d\u00e9peints comme des incidents malheureux et sont d\u00e9crits avec l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, l\u2019humour que l\u2019on doit aujourd\u2019hui avoir \u00e0 leur \u00e9gard \u00e9tant m\u00eame parfois \u00e9voqu\u00e9 : \u00ab\u00a0La gu\u00e9rison par l\u2019humour est une d\u00e9marche usuelle pour traiter des enjeux li\u00e9s aux collectivit\u00e9s autochtones, et cette r\u00e8gle ne fait pas exception quand il est question de traiter de la repr\u00e9sentation st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e dont les autochtones sont victimes, dans les films\u00a0\u00bb. Tous les articles de cet onglet iront en ce sens.<\/p>\n<p>Carol Geddes, dans son article \u00ab\u00a0Cin\u00e9ma et repr\u00e9sentation\u00a0\u00bb, aborde la probl\u00e9matique des films \u00e9tats-uniens mais aussi des films canadiens ayant \u00e9t\u00e9 sous l\u2019influence du cin\u00e9ma hollywoodien, et dans lesquels on repr\u00e9sentait les Autochtones soit \u00ab\u00a0comme des barbares primitifs, \u00e0 cheval, qui mena\u00e7aient les nobles efforts des pionniers voulant s\u2019\u00e9tablir dans l\u2019Ouest\u00a0\u00bb ou bien comme \u00ab\u00a0le triste reliquat d\u2019un pass\u00e9 colonial collectionnant un grand nombre de probl\u00e8mes sociaux issus de leur incapacit\u00e9 \u00e0 s\u2019ajuster \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 et \u00e0 s\u2019int\u00e9grer dans le courant culturel dominant\u00a0\u00bb. Or, l\u2019auteure pr\u00e9cise que \u00ab\u00a0d\u2019autres repr\u00e9sentations des Autochtones ont coexist\u00e9. Elles se retrouvaient, en majorit\u00e9, dans les productions de l\u2019Office national du film du Canada et de la CBC\u00a0\u00bb. On remarque \u00e0 cet \u00e9gard un changement de ton lorsque l\u2019auteure aborde les productions on\u00e9fiennes\u00a0: si les films hollywoodiens sont carr\u00e9ment condamn\u00e9s, sa critique des documentaires de l\u2019Office est plus aimable. Dans la suite de son texte, les reproches trop frontaux sont en effet habilement \u00e9vit\u00e9s\u00a0: les d\u00e9tails historiques les plus embarrassants sont simplifi\u00e9s, ou bien les remarques n\u00e9gatives sont contrebalanc\u00e9es par un point plus positif. Par exemple, si l\u2019auteure d\u00e9plore le fait que les films de l\u2019ONF repr\u00e9sentaient les Autochtones comme des \u00ab\u00a0sujets anthropologiques pittoresques et \u00e9tranges ou constamment aux prises avec des probl\u00e8mes sociaux, politiques et de sant\u00e9\u00a0\u00bb, et pr\u00e9cise que \u00ab\u00a0ce type de productions a souvent eu recours \u00e0 des pr\u00e9sentations qui donnaient l\u2019impression que les Canadiens devaient trouver des solutions au \u201cprobl\u00e8me indien\u201d\u00a0\u00bb, le n\u0153ud du probl\u00e8me, \u00e0 en lire Carol Geddes, semble \u00eatre que ces <em>suggestions [cin\u00e9matographiques]<\/em>, <em>aussi bien intentionn\u00e9es soient-elles<\/em>, \u00ab\u00a0laissaient peu de place au fait que les Autochtones eux-m\u00eames <em>pouvaient et devaient \u00eatre consult\u00e9s \u00e0 ce sujet<\/em> \u00bb (je souligne). Par ailleurs, ces repr\u00e9sentations, \u00ab\u00a0qu\u2019elles soient terribles, bien intentionn\u00e9es ou issues du cin\u00e9ma \u201cv\u00e9rit\u00e9\u201d\u00a0\u00bb, ont en revanche incit\u00e9 les Autochtones du Canada \u00e0 \u00ab\u00a0commence[r] \u00e0 ressentir le besoin de se repr\u00e9senter eux-m\u00eames, et de pr\u00e9senter toutes les versions complexes de leurs propres histoires\u00a0\u00bb, et m\u00eame, \u00ab\u00a0[p]endant la m\u00eame p\u00e9riode, l\u2019ONF et la CBC ont essay\u00e9 de refl\u00e9ter une vision plus juste de la r\u00e9alit\u00e9 autochtone\u00a0\u00bb. On ne nous explique pas, d\u2019ailleurs, comment l\u2019ONF en est arriv\u00e9 \u00e0 cette r\u00e9flexion (\u00e0 proposer une \u00ab\u00a0vision plus juste\u00a0\u00bb)\u00a0: on pourrait toutefois rappeler qu\u2019\u00e0 cette m\u00eame \u00e9poque (les ann\u00e9es 1970), la politique multiculturelle faisait son entr\u00e9e au Canada. La suite de ce texte sera enfin enti\u00e8rement d\u00e9di\u00e9e aux initiatives on\u00e9fiennes innovantes en mati\u00e8re de cin\u00e9ma autochtone au Canada.<\/p>\n<p>Dans son article intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Point de vue inuit sur le cin\u00e9ma\u00a0\u00bb, Zebedee Nungak semble pour sa part vouloir justifier les pr\u00e9jug\u00e9s accablants du film <em>L\u2019artisanat esquimau<\/em> (1943) envers les Inuit, en nous donnant comme explication que \u00ab\u00a0ces erreurs sont excusables du fait qu\u2019elles ont \u00e9t\u00e9 commises par des non-Inuit jetant un regard ext\u00e9rieur, et donc l\u00e9g\u00e8rement biais\u00e9, sur [eux]\u00a0\u00bb. \u00c9galement, pour le film <strong><em>Pierres vives<\/em><\/strong> (1958), on peut y lire qu\u2019\u00ab\u00a0il est tr\u00e8s \u00e9vident que le film a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9 par un non-Inuit\u00a0\u00bb, notamment pour les erreurs langagi\u00e8res, mais on nous rassure\u00a0: \u00ab\u00a0Mais, bon&#8230; nous parlons ici des premiers balbutiements issus de la rencontre de la culture inuit et du cin\u00e9ma\u00a0\u00bb. Enfin, dans la \u00ab\u00a0Description\u00a0\u00bb de l\u2019extrait du film <em>Comment construire votre iglou<\/em> de Wilkinson Douglas, l\u2019ONF pr\u00e9cise que cette s\u00e9quence propose une image \u00ab\u00a0candide\u00a0\u00bb des chasseurs inuit. Dans la section \u00ab\u00a0\u00c0 propos de ce th\u00e8me\u00a0\u00bb pr\u00e9sentant la th\u00e9matique \u00ab\u00a0Cin\u00e9ma et repr\u00e9sentation\u00a0\u00bb, on nous apprend que les images de ces films \u00ab\u00a0ont ouvert le chemin pour une repr\u00e9sentation plus juste<em>, <\/em>et plus contemporaine du caract\u00e8re autochtone\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ainsi, le racisme et le colonialisme de ces images ne sont non pas envisag\u00e9s pour ce qu\u2019ils sont, mais comme des passages oblig\u00e9s qui nous ont permis d\u2019en arriver l\u00e0 o\u00f9 nous sommes aujourd\u2019hui, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 une \u00ab\u00a0repr\u00e9sentation plus juste\u00a0\u00bb, pour reprendre la rh\u00e9torique employ\u00e9e, ainsi qu\u2019\u00e0 une collectivit\u00e9 multiculturelle saine et \u00e9panouie. Au bas mot, l\u2019ONF semble vouloir justifier un pan important de sa cin\u00e9matographie, qui touche \u00e9videmment une probl\u00e9matique sociopolitique d\u00e9licate, par le biais d\u2019une strat\u00e9gie discursive cherchant \u00e0 en d\u00e9samorcer ou \u00e0 contourner ce qui, en fin de compte, est fort embarrassant. Le discours que l\u2019Office porte \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ce patrimoine cin\u00e9matographique\u2014sous-entendre que c\u2019est une r\u00e9alit\u00e9 d\u00e9pass\u00e9e et qu\u2019il faut en rire\u2014viendra m\u00eame \u00eatre renforc\u00e9 par l\u2019id\u00e9e qu\u2019il s\u2019agit apr\u00e8s tout, peut-on lire, de repr\u00e9sentations \u00ab\u00a0innocemment st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9[es]\u00a0\u00bb (voir \u00ab\u00a0Point de vue inuit sur le cin\u00e9ma\u00a0\u00bb de Zebedee Nungak).<\/p>\n<p>De l\u00e0, une id\u00e9e se profile doucement, \u00e0 savoir qu\u2019il existe une certaine tendance conciliante sur la plateforme, et qui ne pourrait \u00eatre expliqu\u00e9e (ou justifi\u00e9e) par les vis\u00e9es p\u00e9dagogiques de ce site web, pr\u00e9sentant certes un contenu simple et accessible pour tous\u00a0: celle-ci semble surtout \u00eatre le r\u00e9sultat d\u2019un d\u00e9sir de pr\u00e9senter un patrimoine cin\u00e9matographique et d\u2019en tirer, \u00e0 tout prix, une exp\u00e9rience positive.\u00a0Pour ce faire, l\u2019Office propose un dispositif rh\u00e9torique venant commenter l\u2019histoire de ce cin\u00e9ma autochtone on\u00e9fien, et celui-ci comporte de grands risques, que l\u2019on pourrait r\u00e9sumer comme suit\u00a0: \u00e0 la fois les r\u00e9alit\u00e9s historiques sont d\u00e9pouill\u00e9es de leur charge conflictuelle, \u00e0 la fois le regard colonial des films tourn\u00e9s par les Blancs est escamot\u00e9 puisque ces r\u00e9alisations sont pr\u00e9sent\u00e9es comme \u00e9tant des \u00ab\u00a0passages oblig\u00e9s\u00a0\u00bb, et \u00e0 la fois ces conflits historiques et ces repr\u00e9sentations coloniales sont maintenus dans une \u00e9poque donn\u00e9e, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019on les envisage et les pr\u00e9sente comme une chose du pass\u00e9. Cette proc\u00e9dure permet en outre de profiler notre \u00e9poque actuelle comme \u00e9tant <em>de facto<\/em> \u00e0 l\u2019abri de ces d\u00e9rives d\u2019\u00e9poque.<\/p>\n<p>En d\u2019autres mots, on assiste bien ici aux revers d\u2019une <em>politique de la m\u00e9moire<\/em>, celle qu\u2019Alain Brossat d\u00e9crit comme \u00e9tant un \u00ab\u00a0rassemblement consensuel\u00a0\u00bb entrepris par un \u00ab\u00a0gouvernement \u00e0 la m\u00e9moire\u00a0\u00bb, celui \u00ab\u00a0adopt[ant] un tour r\u00e9solument <em>\u00e9thique<\/em>, \u00e9thique et donc rassembleur plut\u00f4t que diviseur\u00a0\u00bb (100, je souligne). Ce \u00ab\u00a0tour r\u00e9solument \u00e9thique\u00a0\u00bb s\u2019op\u00e8re sur <em>Visions<\/em> <em>autochtones<\/em> \u00e0 travers les modalit\u00e9s discursives mentionn\u00e9es plus haut, celles faisant de l\u2019escamotage historique pour mieux insister sur les victoires autochtones ou sur un vivre-ensemble unificateur. Est-ce un hasard, d\u2019ailleurs, si cette hypoth\u00e8se semble se confirmer dans le plus r\u00e9cent Plan strat\u00e9gique de l\u2019ONF (2013-2018), pr\u00e9cis\u00e9ment dans la d\u00e9finition de l\u2019\u00e9thique que l\u2019institution s\u2019est donn\u00e9e pour les ann\u00e9es \u00e0 venir\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019\u00e9thique t\u00e9moigne de notre responsabilit\u00e9 d\u2019intendance culturelle\u00a0; de la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019englober dans la construction du sens le meilleur du pass\u00e9 et les espoirs de l\u2019avenir\u00a0\u00bb\u00a0? Et, l\u2019<em>\u00e9thique<\/em> on\u00e9fienne valoris\u00e9e sur <em>Visions autochtones<\/em>, celle qui d\u00e9termine m\u00eame de ce dont il faut rire (ou non), de ce qui rel\u00e8ve du colonialisme (ou non), de ce qu\u2019est une repr\u00e9sentation plus juste (ou non), n\u2019est-elle pas porteuse de ce que Jacques Ranci\u00e8re nomme une \u00ab\u00a0police\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire cet \u00ab\u00a0ensemble [de] processus par lesquels s\u2019op\u00e8rent l\u2019agr\u00e9gation et le consentement des collectivit\u00e9s, l\u2019organisation des pouvoirs, la distribution des places et fonctions et les syst\u00e8mes de l\u00e9gitimation de cette distribution\u00a0\u00bb (1995, 51) ? Cette formulation, d\u2019ailleurs\u2014\u00ab\u00a0donner la parole aux gens des premiers peuples du Canada\u00a0\u00bb, n\u2019indiquait-elle pas d\u00e9j\u00e0, involontairement certes, une posture polici\u00e8re d\u00e9limitant un rapport de force entre deux communaut\u00e9s : la culture dominante (les Canadiens blancs) <em>donne<\/em> la parole aux Autochtones, car elle le veut bien, et sous ses conditions \u00e0 elle\u00a0?<\/p>\n<p>Enfin, dans un chapitre intitul\u00e9 \u00ab\u00a0La f\u00eate du patrimoine et le d\u00e9capage patriotique\u00a0\u00bb de son ouvrage <em>Cam\u00e9ramage<\/em>s, Pierre Perrault mentionnait un colloque s\u2019\u00e9tant d\u00e9roul\u00e9 \u00e0 Qu\u00e9bec et ayant pour th\u00e8me la \u00ab\u00a0pr\u00e9servation du patrimoine\u00a0\u00bb, colloque dans lequel \u00ab\u00a0les hautes assises de la brocante dipl\u00f4m\u00e9e\u00a0\u00bb \u00e9crivait-il, proposaient de \u00ab tirer du pass\u00e9 ce qu\u2019il a de stable (bien que r\u00e9volu) en vue d\u2019un avenir f\u00e9cond\u00a0\u00bb (84). Il semble que Perrault pr\u00e9disait quarante ans plus t\u00f4t un dispositif aujourd\u2019hui \u00e0 l\u2019\u0153uvre sur <em>Visions autochtones<\/em>. On explorera maintenant davantage cette id\u00e9e \u00e0 partir du cin\u00e9ma fortement prioris\u00e9 sur la plateforme\u00a0: celui d\u2019Alanis Obomsawin.<\/p>\n<h3><strong>L\u2019enrayement du politique\u00a0: le cas Obomsawin<\/strong><\/h3>\n<p><span class=\"cb-dropcap-small\">A<\/span>lanis Obomsawin est surnomm\u00e9e \u00e0 l\u2019ONF \u00ab\u00a0la premi\u00e8re dame du cin\u00e9ma autochtone, l\u2019une des plus illustres cin\u00e9astes du Canada\u00a0\u00bb,<a id=\"_ednref8\" href=\"#_edn8\">[8]<\/a> ou encore la \u00ab\u00a0cin\u00e9aste l\u00e9gendaire\u00a0\u00bb (synopsis \u00ab\u00a0Le peuple de la rivi\u00e8re Kattawapiskak\u00a0\u00bb sur ONF.ca). Son travail figure d\u2019ailleurs dans le s\u00e9lect choix des r\u00e9alisateurs pr\u00e9sent\u00e9s dans le film <em>L\u2019art du r\u00e9el\u00a0: le cin\u00e9ma documentaire <\/em>(2008, Pepita Ferrari), et dans lequel on pr\u00e9sente \u00ab\u00a0les plus grands documentaristes du monde\u00a0\u00bb. On peut \u00e9galement remarquer que cette r\u00e9alisatrice se retrouve en avant-plan de plusieurs initiatives on\u00e9fiennes, notamment dans le projet de remast\u00e9risation que l\u2019institution a entrepris il y a quelques ann\u00e9es avec les films \u00ab\u00a0\u00e0 valeur ajout\u00e9e\u00a0\u00bb. Par ailleurs, sur le site web officiel de l\u2019ONF, le cin\u00e9ma d\u2019Obomsawin est abondamment cit\u00e9 et traverse les plus grandes cha\u00eenes du site (\u00ab\u00a0Peuples autochtones\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Droits de la personne\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Grands enjeux\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Histoire\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Accessibilit\u00e9\u00a0\u00bb ainsi que les \u00ab\u00a0Nouvelles s\u00e9lections\u00a0\u00bb), faisant de lui l\u2019un des cin\u00e9mas les plus cit\u00e9s sur ONF.ca (tout comme celui de Pierre Perrault et de Michel Brault). Toutefois, c\u2019est en parcourant <em>Visions autochtones<\/em> que l\u2019on se rend compte \u00e0 quel point sa pr\u00e9sence est centrale. Dans l\u2019onglet \u00ab\u00a0Colonialisme et racisme\u00a0\u00bb, quatre films sur huit sont d\u2019elle\u00a0; dans \u00ab\u00a0Connaissances indig\u00e8nes\u00a0\u00bb deux films proviennent de sa cin\u00e9matographie\u00a0; dans \u00ab\u00a0Histoire et origine\u00a0\u00bb le seul film pr\u00e9sent\u00e9 est celui d\u2019Obomsawin\u00a0; dans \u00ab\u00a0Jeunesse\u00a0\u00bb trois films sur quatre sont d\u2019elle et enfin dans \u00ab\u00a0Souverainet\u00e9 et r\u00e9sistance\u00a0\u00bb, on y retrouve un film d\u2019Obomsawin parmi les trois s\u00e9lectionn\u00e9s. \u00c0 cet \u00e9gard, force est d\u2019admettre que la r\u00e9alisatrice est consid\u00e9r\u00e9e comme le porte-\u00e9tendard du patrimoine cin\u00e9matographique autochtone, car elle y occupe une place fortement privil\u00e9gi\u00e9e. Or, la production de ses films au sein de l\u2019institution ne fut pas toujours issue d\u2019une relation harmonieuse et ch\u00e9rie ni par le gouvernement du Qu\u00e9bec, ni par le gouvernement du Canada, ni par l\u2019ONF lui-m\u00eame, il faut le rappeler. Que l\u2019une des derni\u00e8res r\u00e9alisations d\u2019Obomsawin, <em>Le peuple de la rivi\u00e8re Kattawapiskak <\/em>(2012), soit la premi\u00e8re \u00e0 \u00eatre cit\u00e9e dans les projets pr\u00e9sent\u00e9s comme \u00e9tant admirables dans le plus r\u00e9cent Plan strat\u00e9gique de l\u2019ONF (2013-2018), cela aurait \u00e9t\u00e9 inconcevable vingt ans plus t\u00f4t.<\/p>\n<p>On pourrait ainsi se demander pourquoi ses films sont choisis syst\u00e9matiquement, et au d\u00e9triment d\u2019autres, sur <em>Visions autochtones<\/em>. Par exemple, le d\u00e9tonant <em>You Are on Indian Land<\/em> de Mort Ransen r\u00e9alis\u00e9 en 1969 dans le cadre du programme Soci\u00e9t\u00e9 Nouvelle\/<em>Challenge for Change<\/em>, film qui est pour toutes sortes de raisons l\u2019un des plus exceptionnels<a id=\"_ednref9\" href=\"#_edn9\">[9]<\/a> que l\u2019ONF ait produits sur les r\u00e9alit\u00e9s autochtones, ne figure dans aucun onglet de la plateforme, hormis la cat\u00e9gorie g\u00e9n\u00e9rale de \u00ab\u00a0Films \u00e0 voir\u00a0\u00bb. Que faut-il donc comprendre de cette priorit\u00e9 accord\u00e9e au cin\u00e9ma d\u2019Obomsawin\u00a0? Plusieurs raisons pourraient expliquer ce choix, et j\u2019aborderai sp\u00e9cifiquement sur l\u2019une d\u2019entre elles\u00a0: le cin\u00e9ma de cette r\u00e9alisatrice, ainsi que la r\u00e9alisatrice elle-m\u00eame, sont \u00e9rig\u00e9s par l\u2019Office en un mod\u00e8le multiculturel et interracial <em>exemplaires<\/em> (j\u2019y reviendrai).<\/p>\n<p>Bruno Cornellier, dans son article intitul\u00e9 \u00ab\u00a0The thing about Obomsawin\u2019s Indianness\u00a0: Indigenous Reality and the Burden of Education at the National Film Board of Canada\u00a0\u00bb rappelle d\u2019ailleurs que ce sont ces qualit\u00e9s\u2014le militantisme acceptable (\u00ab\u00a0acceptable militancy\u00a0\u00bb (10)) ainsi que la multiculturalit\u00e9 (interculturalit\u00e9) pos\u00e9e, raisonnable\u2014qui ont \u00e9t\u00e9 mises de l\u2019avant par l\u2019ONF ainsi que la presse culturelle \u00e0 l\u2019\u00e9poque de <em>Kanehsatake<\/em> et, plus r\u00e9cemment, dans le coffret DVD de la r\u00e9alisatrice:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px;\">The narrative produced by the NFB press kits, news releases and pedagogical material at the time of the different festival or theatrical releases of <em>Kanehsatake<\/em> (and fifteen years later, in the context of the launch of the DVD box set covering all of Obomsawin\u2019s Oka tetralogy) reveals the way it packaged for the cultural press factual and anonymous (that is, <em>public<\/em>) knowledge about the film, the filmmaker, and the history of settle and Native relations leading up the initial police raid. [\u2026] Quite predictably, this literature fittingly presents a favourable and conciliatory image of a courageous and gracious Obomsawin. [\u2026] [She] is portrayed as a sensible, resilient, and approachable Native woman whose determination and courage in the face of life-threatening danger offers \u00ab\u00a0us\u00a0\u00bb an opportunity to re-explore \u00ab\u00a0from the inside\u00a0\u00bb an event whose historical ramifications had challenged our understanding of Canada\u2019s commitment to peace and social justice. [\u2026] Obomsawin is here depicted and constantly quoted as one of those elected few, gifted with the unique potential to regenerate sympathies between the ethnic and linguistic groups and interests involved in this hostile and unfortunate struggle. (11)<\/p>\n<p>Pour faire suite aux remarques de Cornellier, on pourrait par ailleurs ajouter que ces qualit\u00e9s accol\u00e9es \u00e0 Obomsawin\u2014qualit\u00e9s qui ont \u00e9t\u00e9 <em>packag\u00e9es<\/em> par l\u2019Office (\u00ab\u00a0<em>packaged\u00a0<\/em>\u00bb \u00e9crit l\u2019auteur) et ce <em>peu importe <\/em>les positions politiques fortes d\u2019Obomsawin (dans ses films et en dehors de ceux-ci)\u2014, pouvaient \u00eatre exploit\u00e9es, voire exag\u00e9r\u00e9es par l\u2019ONF, car une atmosph\u00e8re mod\u00e9r\u00e9e se retrouve effectivement ici et l\u00e0, dans son cin\u00e9ma.\u00a0Je r\u00e9f\u00e8re ici \u00e0 la cam\u00e9ra fixe et patiente captant le t\u00e9moignage des autochtones, \u00e0 la voix calme de la r\u00e9alisatrice commentant les images, \u00e0 ses lentes explications accompagn\u00e9es de dessins, \u00e0 la finale positive sur laquelle se concluent ses documentaires (que ce soient ses premiers films, \u00e0 vocation strictement p\u00e9dagogique, ou ses plus r\u00e9cents), \u00e0 la musique douce qui accompagne les derni\u00e8res images de ses films, etc. Or \u2013 et c\u2019est sur ce point qu\u2019il nous faut insister \u2013, si ces \u00e9l\u00e9ments qui caract\u00e9risent l\u2019approche obomsawinienne peuvent certes \u00eatre compris en des termes p\u00e9dagogiques et \u00e9ducationnels, ils ne correspondent pas pour autant \u00e0 l\u2019image <em>conciliante<\/em> (c\u2019est-\u00e0-dire \u00ab\u00a0politiquement correcte\u00a0\u00bb) ayant \u00e9t\u00e9 mise en valeur par l\u2019ONF. Le travail que cette r\u00e9alisatrice op\u00e8re \u00e0 m\u00eame son cin\u00e9ma cherche tout au contraire \u00e0 secouer ce que Daniel Sal\u00e9e nomme \u00ab\u00a0le moule homog\u00e9n\u00e9isant de la nation [canadienne] et ses param\u00e8tres citoyens\u00a0\u00bb (2005, 66). \u00c0 propos de <em>Kanehsatake<\/em>, dans lequel on retrouve de longues s\u00e9quences tourn\u00e9es en cam\u00e9ra \u00e0 l\u2019\u00e9paule durant la crise d\u2019Oka, Jerry White notait d\u2019ailleurs qu\u2019Obomsawin \u00ab\u00a0complicate the national self\u00a0\u00bb\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px;\">in so forcefully putting forth an imagining of a different kind of nation and demanding that it be given an equal place at the table. [\u2026] [In] the brutal and often totalitarian treatment by the SQ, yell out that this shouldn\u2019t be happening here because \u00ab\u00a0this is Canada\u00a0!\u00a0\u00bb Obomsawin show that the violent conflict between differing definitions of \u00ab\u00a0Canada\u00a0\u00bb proves that the federalist myth of many nations <em>peacefully co-existing in a benevolent Canadian<\/em> state is indeed an illusion. (373)<\/p>\n<p>Bruno Cornellier aborde \u00e9galement cette probl\u00e9matique dans sa th\u00e8se doctorale, et j\u2019aimerais ici en reprendre l\u2019argument de d\u00e9part. Le chercheur \u00e9voque une binarit\u00e9 qui se remarque dans le film <em>Kanehsatake, 270 ans de r\u00e9sistance<\/em> d\u2019Obomsawin, et sur laquelle le film de Mort Ransen (<em>You are on Indian Land<\/em>) repose \u00e9galement enti\u00e8rement\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px;\"><em>You are on Indian Land\u00a0: no Trespassing.<\/em> By barricading (and thus signifying) the land as un-Canadian <em>and yet <\/em>Indian, they intervened in making ever so visible the binary opposition that is constitutive of settler colonialism and yet needs to remain invisible\u2014That binary between Natives and Canada (or Qu\u00e9bec). (2012<em>, <\/em>8)<\/p>\n<p>Le chercheur note par ailleurs que cette binarit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 neutralis\u00e9e par la litt\u00e9rature on\u00e9fienne, \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la sortie du film d\u2019Obomsawin en 1993 et dans le coffret DVD de la r\u00e9alisatrice sorti en 2008. J\u2019aimerais ici retenir l\u2019id\u00e9e de cette <em>binarit\u00e9<\/em> \u00e9voqu\u00e9e par Cornellier, du point de vue de la politique canadienne (\u00ab\u00a0that binary between Natives and Canada [\u2026] that is constitutive of settler colonialism [\u2026]\u00a0\u00bb) et du point de vue esth\u00e9tique (\u00ab\u00a0they intervened in making [it] ever so visible\u00a0\u00bb), et proposer de l\u2019envisager (ou de la d\u00e9placer) vers ce que Jacques Ranci\u00e8re nomme un moment \u00ab\u00a0politique\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire ce moment o\u00f9 <em>le <\/em>logos<em> se divise.<\/em><a id=\"_ednref11\" href=\"#_edn11\">[11]<\/a> Ce sont les moments de rupture, de dichotomie, de perturbation dans la distribution des r\u00f4les sociopolitiques et dans les modes d\u2019appara\u00eetre qui m\u2019int\u00e9resseront ici dans le cin\u00e9ma d\u2019Obomsawin\u00a0: \u00ab\u00a0ce qu\u2019une intervention artistique peut produire\u00a0\u00bb \u00e9crit Ranci\u00e8re, \u00ab\u00a0ce en quoi elle peut \u00eatre politique, c\u2019est une modification du visible, des mani\u00e8res de le percevoir et de le dire, de le ressentir comme tol\u00e9rable ou intol\u00e9rable\u00a0\u00bb (2009, 590-591).<\/p>\n<p>Ces moments politiques, on peut moins les reconna\u00eetre dans le sujet m\u00eame de <em>Kanehsatake<\/em> (o\u00f9 l\u2019on voit certes un affrontement entre deux cultures, ainsi que des man\u0153uvres d\u2019oppression et de r\u00e9sistance) que dans quelques sc\u00e8nes qui sont toujours de tr\u00e8s courte dur\u00e9e, et dans lesquelles un d\u00e9tournement s\u2019op\u00e8re, notamment par le biais du montage, par des jeux de cam\u00e9ra, par la bande sonore ou carr\u00e9ment par des interventions d\u2019Obomsawin dans le champ de l\u2019image. Ces petites s\u00e9quences, d\u2019ailleurs, sont peu commodes\u00a0: on voit mal comment l\u2019Office aurait pu y \u00e9crire que \u00ab\u00a0Nous ne pouvons que nous en r\u00e9jouir\u00a0!\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019\u00e9gard de celles-ci, tant elles viennent travailler un certain \u00e9cart entre la rh\u00e9torique discursive de l\u2019ONF sur <em>Visions autochtones<\/em>, et la charge politique\u2014et donc potentiellement d\u00e9rangeante\u2014de ces petits moments de cin\u00e9ma. En d\u2019autres termes, il s\u2019agit de sc\u00e8nes qui <em>\u00e9chappent\u2014f\u00fbt-ce un moment\u2014\u00e0 la tendresse paternaliste que l\u2019\u00c9tat voue \u00e0 <\/em><em>\u00ab <\/em><em>sa\u00a0\u00bb culture<\/em>,<a id=\"_ednref12\" href=\"#_edn12\">[12]<\/a> et qui ne pourraient \u00eatre n\u00e9goci\u00e9es par le discours mis de l\u2019avant sur la plateforme. Ces s\u00e9quences ancr\u00e9es dans la cin\u00e9matographie obomsawinienne, qui sont d\u2019ailleurs largement connues et document\u00e9es dans les recherches sur le cin\u00e9ma de cette r\u00e9alisatrice, sont enfin fondamentales \u00e0 rem\u00e9morer, car elles indiquent combien <em>ces formes d\u2019intervention artistique<\/em>\u2014<em>et ce qu\u2019elles produisent<\/em>\u2014ont \u00e9t\u00e9 enti\u00e8rement \u00e9cart\u00e9es sur <em>Visions autochtones<\/em>.<\/p>\n<h3><strong>Les petites r\u00e9sistances<\/strong><\/h3>\n<p><span class=\"cb-dropcap-small\">P<\/span>our le film <em>Kanehsatake\u00a0: 270 ans de r\u00e9sistance<\/em>, Gilles Marsolais accusa Obomsawin d\u2019avoir fait un film partisan (ce qui n\u2019est pas un d\u00e9faut en soi d\u2019ailleurs), de faire de la simplification historique et de verser dans le documentaire d\u00e9magogique. En r\u00e9ponse \u00e0 Marsolais, Jerry White avait \u00e9crit que\u00a0: \u00ab\u00a0[g]oing so far as to call the film\u2019s approach demagogic shows a lack of clear understanding of the uses to which Obomsawin\u2019s subjective voice is put\u00a0\u00bb (368). Tout en \u00e9tant d\u2019accord avec la position de White, on pourrait \u00e9galement faire remarquer que le film d\u2019Obomsawin comporte des effets de montage et de jeux de cam\u00e9ra, toujours de tr\u00e8s courte dur\u00e9e, et dans lesquels se profile un certain <em>agir politique<\/em>. Pensons notamment \u00e0 la sc\u00e8ne de <em>Kanehsatake<\/em> dans laquelle Obomsawin s\u2019amuse \u00e0 soulever les paradoxes et contradictions du gouvernement du Qu\u00e9bec et du Canada durant la crise d\u2019Oka, en juxtaposant les propos d\u2019un Autochtone en hors champ (qui nous rappelle que les gouvernements pr\u00f4naient, pr\u00e9tendaient-ils, des \u00ab\u00a0n\u00e9gociations pacifiques\u00a0\u00bb) sur une image nous donnant \u00e0 voir les Forces arm\u00e9es canadiennes d\u00e9ploy\u00e9es sur le terrain \u00e0 la demande du premier ministre du Qu\u00e9bec de l\u2019\u00e9poque, Robert Bourassa (voir figure 1).<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0014.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"6856\" data-permalink=\"https:\/\/imaginations.space\/?attachment_id=6856\" data-orig-file=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0014.png\" data-orig-size=\"530,397\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"image001\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0014.png\" class=\"aligncenter wp-image-6856 size-medium\" src=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0014-300x225.png\" alt=\"image001\" width=\"300\" height=\"225\" srcset=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0014-300x225.png 300w, https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0014-150x112.png 150w, https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0014.png 530w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>Figure 1. La juxtaposition soul\u00e8ve les paradoxes et contradictions du gouvernement du Qu\u00e9bec et du Canada dans <em>Kanehsatake<\/em>. \u00a91993 Office national du film du Canada. Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>\u00c9galement, on peut noter qu\u2019on assiste d\u2019une part et dans la majorit\u00e9 du film \u00e0 de longues explications narr\u00e9es en voix off par Obomsawin, suivies de plans dans lesquels on donne \u00e0 voir l\u2019arm\u00e9e canadienne et les Warriors occup\u00e9s \u00e0 remplir leurs r\u00f4les et fonctions respectifs et propres au temps de guerre (\u00eatre Warrior ou soldat, surveiller les barricades, distribuer les vivres, se tenir aux aguets, confronter les opposants, etc.). Or, parall\u00e8lement \u00e0 cela, il se met en place des proc\u00e9d\u00e9s ridiculisant, de toutes sortes de mani\u00e8res, la posture autoritaire de la politique canadienne, incarn\u00e9e par ses soldats. \u00c0 deux moments dans le film, Obomsawin s\u2019y prend notamment en juxtaposant sur des images de l\u2019arm\u00e9e une musique joyeuse et ringarde qui propose une ambiance tout \u00e0 fait inhabituelle pour ce genre de sc\u00e8nes documentaires (et pour le sujet qui y est abord\u00e9). On retrouve \u00e9galement des s\u00e9quences dans lesquelles on aper\u00e7oit les forces de l\u2019ordre d\u00e9sorient\u00e9es, <em>ne sachant plus quoi faire <\/em>: on peut penser \u00e0 la sc\u00e8ne dans laquelle un soldat semble visiblement h\u00e9b\u00e9t\u00e9 devant un Autochtone \u00e9tant en train d\u2019ins\u00e9rer une branche d\u2019arbre \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du canon du tank canadien, branche au bout de laquelle pend une petite plume. La sc\u00e8ne acquiert ici une forme d\u2019efficacit\u00e9\u00a0: les fonctions militaires id\u00e9alis\u00e9es par l\u2019arm\u00e9e canadienne se trouvent d\u00e9samorc\u00e9es, elles sont forc\u00e9es vers un mode d\u2019appara\u00eetre inopin\u00e9 et contradictoire \u00e0 leur r\u00f4le usuel. De plus, on a bien affaire ici \u00e0 un temps mort cocasse \u00a0qui, durant quelques secondes, contrarie les fonctions auxquelles Warriors et soldats canadiens se livrent. De l\u2019aveu m\u00eame d\u2019Obomsawin pendant la pr\u00e9sentation du film le 14 f\u00e9vrier 2014 \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Montr\u00e9al, ces courtes sc\u00e8nes ont \u00e9t\u00e9 introduites dans <em>Kanehsatake<\/em> afin de donner \u00e0 voir ces \u00e9carts ou ces dr\u00f4leries qui font, eux aussi, partie de la guerre, et qui sont en parfait contraste avec la gravit\u00e9 du conflit en cours. Mais plus fondamentalement encore, il semble que ces sc\u00e8nes viennent trafiquer la distribution des r\u00f4les et pointer le ridicule de la guerre, sa th\u00e9\u00e2tralit\u00e9<a id=\"_ednref13\" href=\"#_edn13\">[13]<\/a> (voir figure 2).<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"6868\" data-permalink=\"https:\/\/imaginations.space\/?attachment_id=6868\" data-orig-file=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0033.png\" data-orig-size=\"530,396\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"image003\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0033.png\" class=\"aligncenter wp-image-6868 size-medium\" src=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0033-300x224.png\" alt=\"image003\" width=\"300\" height=\"224\" srcset=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0033-300x224.png 300w, https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0033-150x112.png 150w, https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0033.png 530w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>Figure 2. Petite sc\u00e8ne contrastant avec la gravit\u00e9 du conflit dans <em>Kanehsatake. <\/em>\u00a91993 Office national du film du Canada. Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>En guise de dernier exemple, on pourrait enfin rappeler la c\u00e9l\u00e8bre sc\u00e8ne du film <em>Les \u00e9v\u00e9nements de Restigouche<\/em> (1984), dans laquelle Alanis Obomsawin se f\u00e2che contre Lucien Lessard, le ministre du Loisir, de la Chasse et de la P\u00eache \u00e0 l\u2019\u00e9poque des deux descentes de policiers dans la r\u00e9serve des Mi\u2019kmaq en 1981. On y voit en effet la cin\u00e9aste qui, jusqu\u2019alors en train de discuter calmement avec lui, se met \u00e0 confronter soudainement\u2014et avec vigueur\u2014le discours bureaucratique de Lessard qui, jusqu\u2019alors, r\u00e9p\u00e9tait oisivement \u00ab\u00a0qu\u2019il devrait y avoir des ententes qui devraient \u00eatre respect\u00e9es et qui r\u00e8gleraient le conflit entre les Blancs et les Autochtones\u00a0\u00bb. L\u2019extraordinaire de cette s\u00e9quence se situe d\u2019abord dans le fait qu\u2019Obomsawin sort de l\u2019exposition d\u2019une situation donn\u00e9e, s\u2019empare du champ de l\u2019image et prend position. La cin\u00e9aste coupe la parole au ministre, l\u2019emp\u00eache de parler (en haussant le ton et en faisant un signe de main pour le d\u00e9courager de placer un mot), et r\u00e9plique qu\u2019elle avait \u00e9t\u00e9 enrag\u00e9e d\u2019entendre les Canadiens fran\u00e7ais revendiquer leur souverainet\u00e9. Elle poursuit, de plus en plus en col\u00e8re, en expliquant que les Autochtones\u00a0ont \u00e9t\u00e9\u00a0surpris de ne pas \u00eatre compris par les Canadiens fran\u00e7ais, lorsqu\u2019ils exprim\u00e8rent eux aussi leur d\u00e9sir d\u2019\u00eatre souverains sur des territoires qu\u2019ils ont pourtant habit\u00e9s bien avant les Canadiens fran\u00e7ais. Or, dans ce moment en particulier, alors qu\u2019Obomsawin continuera de talonner verbalement l\u2019ex-ministre, la cam\u00e9ra se mettra soudainement \u00e0 s\u2019int\u00e9resser au visage de Lessard, en effectuant un zoom avant, en hors focal, sur celui-ci. Au moment m\u00eame o\u00f9 la cin\u00e9aste rem\u00e9morera \u00e0 Lessard l\u2019un des propos qu\u2019il avait lanc\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9poque aux Autochtones, ce terrible \u00ab\u00a0Vous ne pouvez pas demander une souverainet\u00e9, parce que pour avoir une souverainet\u00e9, il faut avoir sa culture, sa langue et sa terre\u00a0\u00bb, le zoom de la cam\u00e9ra s\u2019arr\u00eatera alors brusquement sur le visage de l\u2019ex-ministre, d\u00e9sormais en tr\u00e8s gros plan, et l\u2019image deviendra soudainement nette. En des termes plus pr\u00e9cis, la cam\u00e9ra agit exactement comme un fusil visant sa cible, qu\u2019elle atteint\u00a0: on a affaire \u00e0 un gros plan assassin, accusateur (voir figure 3).<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0054.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"6869\" data-permalink=\"https:\/\/imaginations.space\/?attachment_id=6869\" data-orig-file=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0054.png\" data-orig-size=\"1082,813\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"image005\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0054-1024x769.png\" class=\"aligncenter wp-image-6869 size-medium\" src=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0054-300x225.png\" alt=\"image005\" width=\"300\" height=\"225\" srcset=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0054-300x225.png 300w, https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0054-150x113.png 150w, https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0054-1024x769.png 1024w, https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0054.png 1082w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>Figure 3. Le zoom de la cam\u00e9ra se transforme en dispositif politique et op\u00e8re un gros plan accusateur dans <em>Les \u00e9v\u00e9nements de Restigouche. <\/em>\u00a91984 Office national du film du Canada. Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Suite \u00e0 cela, une coupe a lieu et on verra ensuite Obomsawin dire, hors d\u2019elle, une r\u00e9plique qui deviendra c\u00e9l\u00e8bre, soit\u00a0: \u00ab\u00a0Le Canada nous appartient. Est-ce qu\u2019on vous a d\u00e9j\u00e0 dit de sacrer votre camp\u00a0? Non, on a toujours partag\u00e9. Vous, vous avez pris, pris, pris, pris, quand est-ce que vous allez reconna\u00eetre nos gens d\u2019ici\u00a0? Il n\u2019y a pas d\u2019histoire au Qu\u00e9bec qui commence avec le Canadien fran\u00e7ais\u00a0!\u00a0\u00bb. S\u2019ensuit une coupe, puis un plan nous montrant Lessard lors d\u2019une rencontre avec les Autochtones, la chanson <em>Escarmouche \u00e0 Restigouche<\/em> d\u2019\u00c9dith Butler \u00e9tant juxtapos\u00e9e \u00e0 l\u2019image, venant narguer ultimement l\u2019ex-ministre. En d\u2019autres termes, ce n\u2019est pas seulement les propos et le corps d\u2019Obomsawin qui entrent en lutte contre l\u2019id\u00e9ologie discriminative incarn\u00e9e par Lessard, mais tout l\u2019appareillage\u00a0: la r\u00e9alisatrice qui, physiquement, emp\u00eache l\u2019ex-ministre de parler et exige d\u2019\u00eatre \u00e9cout\u00e9e (voir figure 4)\u00a0; la cam\u00e9ra transform\u00e9e en fusil et son gros plan assassin\u00a0; la musique, qui finira par discr\u00e9diter enti\u00e8rement Lessard. L\u2019ensemble de ce dispositif provoque ainsi un acte politique, au sens fort que lui attribue Ranci\u00e8re\u00a0: en s\u2019emparant d\u2019un espace de parole alors qu\u2019on ne voulait pas que celle-ci soit entendue, en se d\u00e9collant de la place qui lui est socialement attribu\u00e9e, Obomsawin r\u00e9clame, par son action, <em>l\u2019\u00e9galit\u00e9 de n\u2019importe quel \u00eatre parlant avec n\u2019importe quel autre \u00eatre parlant <\/em>(1995, 53). Et, \u00ab\u00a0spectaculaire ou non\u00a0\u00bb \u00e9crit Ranci\u00e8re, \u00ab\u00a0l\u2019activit\u00e9 politique est toujours un mode de manifestation qui d\u00e9fait les partages sensibles de l\u2019ordre policier\u00a0\u00bb (53). La r\u00e9action de Lessard (qui, sous le choc, ne peut vraisemblablement plus rien dire) n\u2019est qu\u2019une cons\u00e9quence de l\u2019appareillage politique d\u2019Obomsawin, un changement dans l\u2019ordre des partages.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0072.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"6867\" data-permalink=\"https:\/\/imaginations.space\/?attachment_id=6867\" data-orig-file=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0072.png\" data-orig-size=\"763,574\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"image007\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0072.png\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-6867\" src=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0072-300x226.png\" alt=\"image007\" width=\"300\" height=\"226\" srcset=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0072-300x226.png 300w, https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0072-150x113.png 150w, https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0072-759x574.png 759w, https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0072.png 763w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>Figure 4. Alanis Obomsawin exige d\u2019\u00eatre \u00e9cout\u00e9e par Lucien Lessard, ancien ministre du Loisir, de la Chasse et de la P\u00eache dans <em>Les \u00e9v\u00e9nements de Restigouche. <\/em>\u00a91984 Office national du film du Canada. Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>D\u00e8s lors, on peut ainsi deviner que les petits d\u00e9rangements pr\u00e9sents dans l\u2019histoire du cin\u00e9ma autochtone\u2014ces courtes sc\u00e8nes politiques abord\u00e9es dans le cin\u00e9ma d\u2019Obomsawin ne sont que des exemples parmi d\u2019autres\u2014ne se retrouvent pas sur <em>Visions autochtones<\/em>. D\u2019ailleurs, cette volont\u00e9 d\u2019assoupir le politique se constate ais\u00e9ment sur la plateforme, ne serait-ce que par la s\u00e9lection des films d\u2019Obomsawin que l\u2019Office a choisi de prioriser. En effet, on y retrouve des s\u00e9quences tir\u00e9es de <em>La Couronne cherche-t-elle \u00e0 nous faire la guerre\u00a0?<\/em> (2002), <em>M\u00e8re de tant d\u2019enfants<\/em> (1977), <em>Je m&#8217;appelle Kahentiiosta<\/em> (1996<em>)<\/em>,<em> La survie de nos enfants<\/em> (2003) et <em>Sans adresse<\/em> (1988), s\u00e9quences \u00e9tant peu \u00ab\u00a0pol\u00e9miques\u00a0\u00bb si on les compare \u00e0 l\u2019ensemble de l\u2019\u0153uvre d\u2019Obomsawin. Aucun mot ni d\u2019extrait filmique ne sont accord\u00e9s \u00e0 <em>Kanehsatake<\/em> (alors qu\u2019il s\u2019agit pourtant du film le plus connu de cette r\u00e9alisatrice), ni pour <em>Les \u00e9v\u00e9nements de Restigouche<\/em>, ces deux documentaires \u00e9tant seulement relay\u00e9s \u00e0 la cat\u00e9gorie plus g\u00e9n\u00e9rale de \u00ab\u00a0Films \u00e0 voir\u00a0\u00bb du site web. De plus, <em>Pluie de pierres \u00e0<\/em> <em>Whiskey Trench<\/em> (2000), qui est probablement l\u2019un des films les plus d\u00e9rangeants de la cin\u00e9matographie obomsawinienne, a totalement \u00e9t\u00e9 \u00e9cart\u00e9 de la plateforme.\u00a0Est-ce une co\u00efncidence si ces trois films sont ici rel\u00e9gu\u00e9s aux oubliettes?\u00a0On pourrait se poser la question plus largement\u00a0: si <em>Visions autochtones<\/em> pr\u00e9tend offrir une s\u00e9lection de films repr\u00e9sentant des moments forts, des \u00e9v\u00e8nements historiques incontournables, qu\u2019elle d\u00e9sire \u00ab\u00a0traiter de nombreux sujets controvers\u00e9s et souvent mal compris auxquels se heurte la communaut\u00e9 autochtone\u00a0\u00bb, faire r\u00e9fl\u00e9chir sur de grands probl\u00e8mes (le racisme, le colonialisme, la souverainet\u00e9 et la r\u00e9sistance, etc.) auxquels sont confront\u00e9s les Autochtones du Canada, et enfin \u00ab\u00a0lib\u00e9rer la parole autochtone\u00a0\u00bb, pourquoi cela ne se concr\u00e9tise pas vraiment, ou si peu, ni par\u00a0le visionnement des extraits filmiques disponibles en ligne, ni par\u00a0le bagage p\u00e9dagogique con\u00e7u par l\u2019ONF ? Parce que ce patrimoine cin\u00e9matographique touche \u00e9videmment une question sociopolitique d\u00e9licate, ce que l\u2019on nomme commun\u00e9ment la \u00ab\u00a0question indienne\u00a0\u00bb\u00a0: d\u2019ailleurs, ce qui se joue sur <em>Visions autochtones<\/em> n\u2019est pas sans rappeler ce qui se joue entre les porteurs de la diversit\u00e9 culturelle au Canada et la politique canadienne du multiculturalisme. Autrement dit, <em>Visions autochtones<\/em> vise certes \u00e0 c\u00e9l\u00e9brer la \u00ab\u00a0parole autochtone\u00a0\u00bb ainsi que le fonds audiovisuel autochtone du Canada, mais on voit bien que ceux-ci sont charg\u00e9s de rallier le pays entier\u00a0: c\u2019est-\u00e0-dire que la diversit\u00e9 culturelle est acceptable et mise en valeur sur la plateforme, pour autant qu\u2019elle ne d\u00e9range pas l\u2019unit\u00e9 du groupe, qu\u2019elle ne cr\u00e9e pas d\u2019\u00e9cart, de malaises, et qu\u2019elle ne r\u00e9active pas non plus les profondes in\u00e9galit\u00e9s qui caract\u00e9risent encore les dynamiques socioculturelles et politiques entre les autochtones et les non-autochtones du Canada.<\/p>\n<p>Par ailleurs, il faut rappeler qu\u2019un patrimoine cin\u00e9matographique charrie avec lui une m\u00e9moire collective, et une m\u00e9moire collective, selon les mots de Patrice B\u00e9ghain, est \u00ab\u00a0porteuse d\u2019une histoire qui peut \u00eatre conflictuelle\u00a0\u00bb (118). Or, on voit bien que la s\u00e9lection de films ainsi que la vaste majorit\u00e9 des articles offerts sur <em>Visions autochtones<\/em> pr\u00e9sentent un patrimoine cin\u00e9matographique\u2014et la m\u00e9moire autochtone dont il est porteur\u2014de mani\u00e8re plus positive, plus pr\u00e9sentable, et par ailleurs plus <em>exemplaire<\/em>. Par <em>exemplaire<\/em>, je renvoie ici \u00e0 la d\u00e9finition la plus simple de ce terme, la plus commune\u00a0: \u00ab\u00a0ce qui peut servir d\u2019exemple par sa conduite, qui peut \u00eatre cit\u00e9\u00a0\u00bb (Larousse). L\u2019exemplarit\u00e9, telle qu\u2019envisag\u00e9e ici, est donc pourvue d\u2019une fonction d\u2019enseignement ou de r\u00e9gulations de conduite. Sur le site on\u00e9fien, on remarque bel et bien une certaine rh\u00e9torique qui exemplifie<a id=\"_ednref14\" href=\"#_edn14\">[14]<\/a> ces films, en les tirant de c\u00f4t\u00e9 (en les situant en dehors de leur contexte d\u2019origine), en les pr\u00e9sentant de mani\u00e8re \u00e0 faire adh\u00e9rer l\u2019utilisateur web \u00e0 une lecture du pass\u00e9, \u00e0 guider celui-ci dans sa perception du pr\u00e9sent. On a vu combien les extraits s\u00e9lectionn\u00e9s sur \u00ab\u00a0Cin\u00e9ma et repr\u00e9sentation\u00a0\u00bb et de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale sur <em>Visions autochtones<\/em> \u00ab\u00a0fonctionnent comme <em>exemples<\/em> convoqu\u00e9s au sein du discours critique ou dans un \u201csavoir lire\u201d qui s\u2019offre bient\u00f4t comme \u201csavoir-vivre\u201d\u00a0\u00bb (Bouju <em>et al<\/em>14)\u00a0; on a not\u00e9 ce \u00ab\u00a0mouvement qui consiste \u00e0 imprimer une direction aux \u0153uvres\u00a0\u00bb et qui se d\u00e9ploie \u00e0 travers la mise en discours de l\u2019ONF. En plus d\u2019\u00eatre porteuse de valeurs cern\u00e9es, la mise en discours de l\u2019ONF emprunte parfois la strat\u00e9gie de l\u2019accompagnement\u2014en engageant tout un appareillage p\u00e9dagogique empreint de valeurs sp\u00e9cifiques (le chemin de la gu\u00e9rison, la r\u00e9conciliation, etc.)\u00a0; celle de la prescription\u2014en donnant \u00e0 voir des s\u00e9quences qui expriment un id\u00e9al de cohabitation entre les communaut\u00e9s autochtones et non-autochtones du Canada, ainsi que des param\u00e8tres de citoyennet\u00e9 participant \u00e0 un certain projet national (l\u2019ench\u00e2ssement des revendications autochtones dans les politiques canadiennes)\u00a0; ou celle de l\u2019\u00e9vitement\u2014de certains films, ou de certaines donn\u00e9es sociopolitiques qui ne seront jamais abord\u00e9s sur la plateforme, strat\u00e9gies qui neutralisent ce qui d\u00e9range au sein des documentaires autochtones que l\u2019institution a pourtant produits. Ce dispositif de savoir, il se retrouve donc tout autant dans ce que l\u2019ONF tait, c\u2019est-\u00e0-dire dans ce que l\u2019ONF <em>ne dit pas<\/em> sur son patrimoine cin\u00e9matographique, que dans les commentaires que l\u2019Office adresse \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ses films.<\/p>\n<p>De ce fait, c\u2019est cette direction donn\u00e9e aux films on\u00e9fiens, \u00e9rig\u00e9s en exemples, qui m\u2019int\u00e9resse ici, car elle incarne une certaine prise de position\u00a0: elle \u00ab\u00a0n\u2019est pas seulement un processus mental ou une d\u00e9cision herm\u00e9neutique, mais aussi une donn\u00e9e historique fluctuante qui nous r\u00e9v\u00e8le ce que l\u2019on [peut] attendre [de ce patrimoine cin\u00e9matographique], ce que l\u2019on veut en esp\u00e9rer\u00a0\u00bb (Bouju <em>et al.<\/em> Gefen 14). Cette rh\u00e9torique vient soutenir, prolonger ou illustrer une exemplarit\u00e9 qui \u00e0 la fois est situ\u00e9e historiquement, et qui \u00e0 la fois <em>situe<\/em> historiquement un pass\u00e9 (Giavarini 126), le fait parler, le lit, lui assigne du sens. Il faut prendre \u00ab\u00a0ce discours pour ce qu\u2019il est\u2014<em>un dispositif de savoir<\/em> \u00bb, et il faut tenter de comprendre ce qui se joue dans ce dispositif, dans cette rh\u00e9torique \u00e9tant \u00ab\u00a0porteuse d\u2019un mod\u00e8le historique\u00a0\u00bb (17). Dans le cas qui nous concerne, cette mani\u00e8re de mettre en relief, de construire et d\u2019\u00e9riger les films de la plateforme en \u00ab\u00a0cas-exemple[s]\u00a0\u00bb (Bouju <em>et al.<\/em> 249) est dot\u00e9e d\u2019une exemplarit\u00e9 qui agit \u00e0 titre de force prescriptive, et dont les tics et travers d\u00e9coulent d\u2019une pratique socio-institutionnelle semblable \u00e0 celle des politiques canadiennes vis-\u00e0-vis de la question autochtone au Canada.<\/p>\n<p>\u00c0 ce sujet, et \u00e0 partir d\u2019un point de vue historique, Christian Poirier nous rappelle d\u2019ailleurs que les sp\u00e9cialistes des politiques multiculturalistes du Canada (Micheline Labelle, Daniel Sal\u00e9e, Fran\u00e7ois Houle, Richard J. F. Day, Eva Mackey) ont \u00ab\u00a0analys\u00e9 de quelles fa\u00e7ons la politique canadienne du multiculturalisme avait \u00e9volu\u00e9 depuis son \u00e9laboration \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1960 et au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970\u00a0\u00bb (208), et que ces chercheurs ont tous remarqu\u00e9 \u00ab\u00a0un glissement conceptuel important d\u2019un \u201cv\u00e9ritable\u201d multiculturalisme vers un multiculturalisme de plus en plus inscrit au sein des principaux param\u00e8tres de l\u2019universalisme civique\u00a0\u00bb. Selon Poirier, cette \u00ab\u00a0tendance est nettement plus marqu\u00e9e depuis 1993\u00a0\u00bb\u2014et quoique \u00ab\u00a0[c]ertains diraient qu\u2019elle a toujours \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue, de la part du gouvernement f\u00e9d\u00e9ral, comme \u00e9tant au-dessus des autres appartenances identitaires\u00a0\u00bb (208). Il pr\u00e9cise \u00e0 cet \u00e9gard son hypoth\u00e8se, en soutenant que<\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px;\">[p]lusieurs facteurs\u2014dont les \u00e9checs de renouvellement de la Constitution canadienne (Meech et Charlottetown) et la crainte d\u2019un \u00e9clatement de la f\u00e9d\u00e9ration suite \u00e0 une possible souverainet\u00e9 du Qu\u00e9bec, les revendications sp\u00e9cifiques des groupes minoritaires d\u00e9finis dans la Charte de 1982 (Autochtones, femmes, minorit\u00e9s ethniques, etc.), la crainte manifest\u00e9e au Canada anglais d\u2019une assimilation culturelle aux \u00c9tats-Unis\u2014ont incit\u00e9 le gouvernement lib\u00e9ral \u00e0 mettre de l\u2019avant et \u00e0 effectuer la promotion d\u2019une identit\u00e9 canadienne commune susceptible de rallier le pays entier. Cette identit\u00e9, que plusieurs ont qualifi\u00e9e de <em>Canadian<\/em> est d\u00e9sormais plac\u00e9e <em>au-dessus<\/em> des autres appartenances identitaires (qu\u00e9b\u00e9coise, autochtone, etc.). (208)<\/p>\n<p>L\u2019auteur ajoute que depuis, \u00ab\u00a0[l]a cr\u00e9ation du minist\u00e8re du Patrimoine canadien ainsi que l\u2019\u00e9laboration de son mandat sont <em>tr\u00e8s r\u00e9v\u00e9lateurs \u00e0 cet \u00e9gard <\/em>\u00bb\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px;\">Sous la direction de Sheila Copps, ce minist\u00e8re [\u2026] a v\u00e9ritablement mis l\u2019accent sur les initiatives visant \u00e0 effectuer la promotion de l\u2019identit\u00e9 canadienne (distribution de drapeaux, promotion du Canada sur d\u2019immenses affiches, crit\u00e8res de contenu typiquement canadien, etc.). <em>Les programmes du Secr\u00e9tariat d\u2019\u00c9tat au multiculturalisme, qui rel\u00e8ve \u00e9galement de Patrimoine canadien<\/em>, sont d\u00e9sormais arrim\u00e9s au plus vaste objectif de promotion et de partage d\u2019une identit\u00e9 pancanadienne commune. (209, je souligne)<\/p>\n<p>Du point de vue des dynamiques soci\u00e9tales et politiques, Poirier note que le multiculturalisme canadien (et de mani\u00e8re plus g\u00e9n\u00e9rale le multiculturalisme au sein des soci\u00e9t\u00e9s d\u00e9mocratiques lib\u00e9rales) a pour particularit\u00e9 de conjuguer le concept de \u00ab\u00a0culture\u00a0\u00bb\u2014c\u2019est-\u00e0-dire \u00ab\u00a0les revendications et expressions identitaires et\/ou nationales\u00a0\u00bb (209)\u2014avec celui de \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9galit\u00e9\u00a0\u00bb, selon laquelle \u00ab\u00a0une culture ou aucun groupe ne puisse s\u2019\u00e9riger ou se proclamer au-dessus des autres groupes et surtout que les m\u00eames droits et devoirs soient appliqu\u00e9s \u00e0 tous les individus vivant au sein d\u2019une m\u00eame soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb. Or, c\u2019est l\u00e0 o\u00f9 le b\u00e2t blesse selon l\u2019auteur\u00a0: en r\u00e9sumant l\u2019hypoth\u00e8se de Brian Barry, Poirier \u00e9crit que le principe lib\u00e9ral de l\u2019\u00e9galit\u00e9 est d\u2019une part \u00ab\u00a0incompatible avec la protection de certaines cultures et l\u2019octroi de droits sp\u00e9cifiques aux groupes\u00a0\u00bb, et d\u2019autre part que \u00ab\u00a0la pr\u00e9occupation multiculturelle pour la culture et l\u2019identit\u00e9 fait oublier les sources v\u00e9ritables de traitements in\u00e9galitaires et d\u2019injustices entre groupes\u00a0\u00bb (209-210). Plus encore,<\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px;\">le multiculturalisme b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019abord et avant tout aux \u00e9lites et aux leaders des groupes plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 l\u2019ensemble des individus, notamment les plus vuln\u00e9rables [\u2026]. Autrement dit, l\u2019accent sur la culture tel qu\u2019exprim\u00e9 par les \u00e9lites des groupes ne va pas du tout dans le sens d\u2019un meilleur traitement de l\u2019ensemble des personnes et d\u2019une meilleure \u00e9galit\u00e9 entre les individus, mais sert \u00e0 renforcer un syst\u00e8me hi\u00e9rarchique de pouvoir b\u00e9n\u00e9ficiant d\u2019abord \u00e0 l\u2019\u00e9lite culturelle. (210)<\/p>\n<p>D\u2019un point de vue sp\u00e9cifiquement orient\u00e9 autour de la \u00ab\u00a0question autochtone\u00a0\u00bb au Canada, Daniel Sal\u00e9e d\u00e9fend cette m\u00eame id\u00e9e : si nos politiques f\u00e9d\u00e9rales mettent en valeur le fait que le Canada est un pays multiculturel, l\u2019identit\u00e9 canadienne, elle, est dite multiculturelle certes, mais sous les conditions de la politique f\u00e9d\u00e9rale du multiculturalisme, politique faisant la promotion d\u2019une identit\u00e9 pancanadienne commune. En d\u2019autres mots, la diversit\u00e9 culturelle dont sont porteurs les Autochtones du Canada est <em>n\u00e9goci\u00e9e<\/em> par la politique gouvernementale du multiculturalisme, laquelle \u00ab\u00a0gomme en quelque sorte l\u2019exp\u00e9rience coloniale et le caract\u00e8re profond\u00e9ment eurocentrique de l\u2019espace national canadien dans le but de recomposer et de rel\u00e9gitimer la nation afin de la rendre attrayante au plus grand nombre\u00a0\u00bb (Sal\u00e9e 2005, 67). C\u2019est cette m\u00eame fa\u00e7on d\u2019envisager la diversit\u00e9 culturelle des autochtones du Canada, celle qui s\u2019impose comme allant de soi et qui demande \u00e0 \u00eatre v\u00e9cue ainsi de la part de ses sujets, qui est de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale mise en valeur sur <em>Visions autochtones <\/em>et ce, quoique le terme \u00ab\u00a0multiculturalisme\u00a0\u00bb ne figure nulle part sur cette plateforme.<\/p>\n<p>Enfin, ce qu\u2019\u00e9crit Daniel Sal\u00e9e concernant \u00ab\u00a0l\u2019exp\u00e9rience coloniale et le caract\u00e8re profond\u00e9ment eurocentrique de l\u2019espace national canadien\u00a0\u00bb est \u00e9galement un sujet abord\u00e9 dans l\u2019article \u00ab\u00a0Mamu minu-tutamutau (bien faire ensemble). L\u2019\u00e9thique collaborative et la relation de recherche\u00a0\u00bb de Louise Lachapelle et Shan dak Puana (2012). Commentant la relation de recherche interculturelle autochtone-allochtone, ces auteures y sp\u00e9cifient fort bien\u00a0l\u2019importance de \u00ab\u00a0la prise en compte d\u2019une analyse historique qui reconna\u00eet l\u2019h\u00e9ritage culturel colonial ethnocentriste et discriminatoire\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0l\u2019exigence d\u2019actualiser cette analyse dans une critique de la culture occidentale contemporaine o\u00f9 survivent ces processus discriminatoires\u00a0\u00bb. Cet <em>arri\u00e8re-plan<\/em> <em>est d\u00e9terminant<\/em> \u00e9crivent-elles, <em>en regard des possibilit\u00e9s tout autant que des limites<\/em> dans la recherche collaborative entre Autochtones et Allochtones, ou bien dans tout projet institutionnel impliquant les peuples autochtones du Canada. Ne pourrait-on pas y constater ces m\u00eames possibilit\u00e9s et limites sur une plateforme telle que <em>Visions autochtones<\/em>, le \u00ab\u00a0probl\u00e8me autochtone\u00a0\u00bb \u00e9tant encore \u00e0 ce jour, faut-il le rappeler, une question non r\u00e9gl\u00e9e au sein de la politique f\u00e9d\u00e9rale canadienne ?<\/p>\n<h3><strong>Sur quelques conclusions<\/strong><\/h3>\n<p><span class=\"cb-dropcap-small\">S<\/span>\u2019il y avait quelque chose \u00e0 conclure, c\u2019est bien que l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019Office envers le cin\u00e9ma autochtone ne d\u00e9rougira pas. Les nouveaux axes th\u00e9matiques pour l\u2019ann\u00e9e 2014 ayant \u00e9t\u00e9 d\u00e9voil\u00e9s (onglet \u00ab\u00a0(Co)produire avec le programme fran\u00e7ais de l\u2019ONF\u00a0\u00bb sur le site de l\u2019institution), on remarque que la programmation \u00e0 venir privil\u00e9giera certains th\u00e8mes\u2014dont la sant\u00e9 mentale, la migration des populations, la qu\u00eate de sens et identit\u00e9, th\u00e8mes ayant d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 prioris\u00e9s dans les plus r\u00e9cents films autochtones produits par l\u2019ONF. \u00c0 cet \u00e9gard, tout un travail m\u00e9riterait d\u2019\u00eatre fait pour observer, d\u2019une part, <em>comment <\/em>l\u2019Office commente ses propres films, et d\u2019autre part si ces documentaires correspondent au discours officiel \u00e9mis sur les diff\u00e9rentes plateformes de l\u2019institution. D\u2019ailleurs, fait int\u00e9ressant\u00a0: alors que <em>Visions autochtones<\/em> cherche, on l\u2019a vu, \u00e0 \u00e9viter de toutes sortes de mani\u00e8res les images qui pouvaient poser probl\u00e8me \u00e0 un id\u00e9al multiculturel, le blogue officiel <em>ONF\/blogue<\/em><a id=\"_ednref15\" href=\"#_edn15\">[15]<\/a> met quant \u00e0 lui l\u2019accent sur la r\u00e9alit\u00e9 parfois tragique et r\u00e9voltante des communaut\u00e9s autochtones (la pauvret\u00e9, les habitations d\u00e9labr\u00e9es, etc.), et s\u2019en sert comme argument publicitaire pour nous inciter \u00e0 visionner ses documentaires. Pensons notamment \u00e0 la promotion du <em>Peuple de la rivi\u00e8re Kattawapiskak <\/em>d\u2019Obomsawin sorti en 2012\u00a0: le blogue n\u2019a pas manqu\u00e9 de le pr\u00e9senter comme un \u00ab\u00a0documentaire choc\u00a0\u00bb (billet du blogue ONF \u00ab\u00a05 films\u2026\u00a0\u00bb), nous sp\u00e9cifiant d\u2019ailleurs que \u00ab\u00a0[f]ilm\u00e9 \u00e0 des temp\u00e9ratures de moins 40 degr\u00e9s Celsius, ce film vous donnera froid dans le dos\u2026\u00a0\u00bb (billet du blogue ONF \u00ab\u00a0RIDM\u00a0: 15 ans\u2026\u00a0\u00bb). Ainsi, si on retrouve sur <em>Visions autochtones<\/em> le renforcement d\u2019une identit\u00e9 nationale par le biais d\u2019une c\u00e9l\u00e9bration de la diversit\u00e9 culturelle incarn\u00e9e par les Autochtones, le blogue de l\u2019ONF semble tout au contraire valoriser ce que Alain Brossat nomme \u00ab\u00a0l\u2019intensification de la sensibilit\u00e9 au d\u00e9sastre\u00a0\u00bb (109),<a id=\"_ednref16\" href=\"#_edn16\">[16]<\/a> d\u00e9sastres sur lesquels on se d\u00e9sole certes, mais tout en en faisant de ceux-ci les enjeux promotionnels du film.<\/p>\n<p>Par ailleurs, puisque l\u2019histoire du cin\u00e9ma autochtone au Canada ne se limite pas aux films produits par l\u2019ONF, on pourrait mentionner au passage que les r\u00e9alisations d\u2019<em>Isuma Productions <\/em>sont financ\u00e9es par une soci\u00e9t\u00e9 presque enti\u00e8rement ind\u00e9pendante (75 % de la compagnie appartient aux Inuit). Or, de mani\u00e8re surprenante et tr\u00e8s cr\u00e9ative, on retrouve sur leur site web des \u0153uvres de fiction comiques, dans lesquelles les images ne cherchent pas \u00e0 \u00ab\u00a0d\u00e9coloniser le Blanc\u00a0\u00bb\u00a0: elles s\u2019ouvrent plut\u00f4t sur un espace de souverainet\u00e9, de dignit\u00e9, d\u2019humour, d\u2019exploration. D\u2019ailleurs, est-ce un hasard si <em>Isuma Productions<\/em> lan\u00e7a en 2007 un bo\u00eetier DVD comprenant la collection des grands classiques de la maison pour c\u00e9l\u00e9brer leur 20<sup>e<\/sup> anniversaire\u00a0? <em>\u00ab\u00a0<em>Twenty Years of Filmmaking from an Inuit Point of View <\/em><\/em><em>\u00bb, y<\/em> pr\u00e9cise-t-on\u00a0: \u00ab\u00a0Suitable for schools, universities, libraries, museums and any collectors of Inuit filmmaking, the <em>Isuma Inuit Classic Collection<\/em> comprises the most complete film library of any indigenous culture in history, <em>telling its own stories by its own members in its own language and point of view<\/em> \u00bb (je souligne). Ne pourrait-on pas y voir, dans un tout autre contexte bien s\u00fbr, l\u2019envers de <em>Visions autochtones<\/em> ? Enfin, il existe \u00e9galement un site en ligne consacr\u00e9 au cin\u00e9ma inuit produit par l\u2019Office (<em>Unikkausivut\u00a0: transmettre nos histoires<\/em>) : il s\u2019agit de l\u2019une des derni\u00e8res grandes cha\u00eenes disponibles sur le site de l\u2019institution. Il serait en ce sens int\u00e9ressant de faire une comparaison critique entre <em>Visions autochtones<\/em> et cette nouvelle plateforme, car \u00e0 elles seules, ces deux initiatives comportent des diff\u00e9rences majeures. Ainsi, chaque plateforme on\u00e9fienne (<em>Visions autochtones<\/em>, <em>Unikkausivut\u00a0: transmettre nos histoires<\/em>, le blogue, voire m\u00eame le site du Wakiponi mobile sur ONF.ca) constitue un cas unique et donc, sans doute, enti\u00e8rement diff\u00e9rent de celui que nous avons \u00e9tudi\u00e9. Si l\u2019Office semble ici adopter un discours politiquement bienveillant \u00e0 l\u2019\u00e9gard de son cin\u00e9ma autochtone, il n\u2019est pas dit que cette tendance se retrouve sur tous les sites on\u00e9fiens.<\/p>\n<p>Dans la \u00ab\u00a0Philosophie de programmation\u00a0\u00bb de l\u2019Office mise en ligne dans la m\u00eame p\u00e9riode que <em>Visions autochtones<\/em> (la derni\u00e8re modification de la Philosophie date de 2007), on y pr\u00e9cise que l\u2019institution visera, pour les ann\u00e9es \u00e0 venir, \u00e0 produire ou <em>\u00e0 proposer<\/em>, peut-on lire, \u00ab\u00a0des films qui provoquent le d\u00e9bat, bousculent les id\u00e9es re\u00e7ues et remettent en cause le <em>statu quo<\/em> pour faire changer les choses\u00a0\u00bb. En s\u2019appuyant sur ces intentions, on pourrait affirmer que <em>Visions autochtones<\/em> ne remplit pas ce mandat, et que la plateforme nous convie plut\u00f4t \u00e0 d\u00e9couvrir l\u2019histoire du cin\u00e9ma autochtone du Canada produit par l\u2019ONF en convoquant une m\u00e9moire simplifi\u00e9e, voire m\u00eame \u00ab\u00a0d\u00e9saffect\u00e9e, inoffensive\u00a0\u00bb, comme l\u2019\u00e9crivait Pierre Perrault \u00e0 propos des objets artisanaux expos\u00e9s dans les mus\u00e9es (93). Le probl\u00e8me de ce site web, finalement, ne se situe pas toujours dans les films eux-m\u00eames\u2014certains d\u2019entre eux ayant parfois \u00e9t\u00e9 ce que Marion Froger nomme une \u00ab\u00a0exp\u00e9rience de la communaut\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0; d\u2019autres une possibilit\u00e9 de \u00ab\u00a0r\u00e9appropriation culturelle\u00a0\u00bb (Bertrand)\u2014mais bien le fait qu\u2019ils ne sont l\u00e0 que pour exemplifier une id\u00e9e, qu\u2019ils sont entour\u00e9s d\u2019un discours qui se les r\u00e9approprie, les redirige vers un cadre institutionnel. <em>Peu importe<\/em> les qualit\u00e9s sociopolitiques et esth\u00e9tiques de ce patrimoine audiovisuel, donc, la \u00ab\u00a0parole autochtone\u00a0\u00bb est ici amen\u00e9e \u00e0 naviguer dans des barri\u00e8res et des limites consid\u00e9rables, celles-ci \u00e9tant notamment li\u00e9es au mandat patrimonial du site. Lucie K. Morisset n\u2019\u00e9crivait-elle pas, d\u2019ailleurs, que \u00ab\u00a0[a] patrimony teaches us more about the people who have patrimonialized it than it does about that past to which the act of patrimonialisation supposedly refers\u00a0\u00bb (55)\u00a0?<\/p>\n<p>Enfin, concernant la question du patrimoine, du lien social et de l\u2019identit\u00e9 partag\u00e9e, Patrice B\u00e9ghain fait une distinction int\u00e9ressante : il soutient que des objets patrimonialis\u00e9s<a id=\"_ednref17\" href=\"#_edn17\">[17]<\/a> peuvent devenir \u00ab\u00a0les instruments d\u2019un patrimoine de circonstance par lequel s\u2019instaurent des solidarit\u00e9s d\u2019illusion et des identit\u00e9s de complaisance\u00a0\u00bb (138), ou bien soit <em>a<\/em> <em>contrario<\/em> \u00ab\u00a0ouvrir le temps de la r\u00e9conciliation, <em>de la m\u00e9moire assum\u00e9e<\/em> \u00bb (140, je souligne) et ainsi participer \u00e0 une v\u00e9ritable identit\u00e9 collective et partag\u00e9e. Dans le cas de <em>Visions autochtones<\/em>, il semble qu\u2019on ait affaire au revers que peut avoir la pratique du patrimoine\u00a0: que celle-ci a donn\u00e9 lieu \u00e0 une \u00ab\u00a0reconstruction id\u00e9ologique\u00a0\u00bb (137), qu\u2019elle nous pr\u00e9sente un patrimoine cin\u00e9matographique exemplaire, porteur d\u2019un <em>fardeau d\u2019\u00e9ducation<\/em>, pour reprendre une expression de Bruno Cornellier. En somme, le patrimoine cin\u00e9matographique de <em>Visions autochtones<\/em> se situe au c\u0153ur de vastes enjeux discursifs, certes patrimoniaux mais aussi historiques, soci\u00e9taux, culturels et politiques, enjeux qui semblent le moduler en un patrimoine didactique et l&#8217;organiser en un patrimoine-repr\u00e9sentant.<\/p>\n<p>On sait que la m\u00e9moire des peuples autochtones du Canada est un enjeu de gouvernementalit\u00e9,<a id=\"_ednref18\" href=\"#_edn18\">[18]<\/a> historiquement li\u00e9 \u00ab\u00a0aux fondements de la dynamique socio-institutionnelle \u00e0 laquelle [l\u2019\u00c9tat] a soumis les peuples autochtones depuis la mise en \u0153uvre de la Loi sur les Indiens, il y a pr\u00e8s de 130 ans\u00a0\u00bb (Sal\u00e9e 2005, 62) ainsi qu\u2019aux \u00ab\u00a0<em>a priori <\/em>normatifs ancr\u00e9s dans l\u2019imaginaire occidental qui trop souvent n\u2019ont servi qu\u2019\u00e0 d\u00e9naturer les usages et cultures des peuples autochtones et \u00e0 justifier leur assujettissement\u00a0\u00bb (71). Du point de vue de l\u2019histoire du cin\u00e9ma, le \u00ab\u00a0probl\u00e8me\u00a0\u00bb de <em>Visions autochtones<\/em> se situe \u00e9galement \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019enjeux plus vastes, notamment li\u00e9s au mandat que l\u2019ONF \u00e9met publiquement versus le discours des films produits par l\u2019institution<a id=\"_ednref19\" href=\"#_edn19\">[19]<\/a> ; cette donn\u00e9e est d\u2019autant plus int\u00e9ressante \u00e0 examiner, d\u2019ailleurs, dans un contexte num\u00e9rique o\u00f9 l\u2019institution poss\u00e8de d\u00e9sormais un large espace pour commenter sa cin\u00e9matographie et r\u00e9affirmer ses vis\u00e9es.<\/p>\n<p>La \u00ab\u00a0parole autochtone\u00a0\u00bb a donc toujours d\u00fb traverser des relations, des m\u00e9canismes, des r\u00e9seaux et des techniques de pouvoir : la politique multiculturelle du Canada depuis les ann\u00e9es 1970 en \u00e9tant une, et la pratique patrimoniale de l\u2019ONF en \u00e9tant une autre\u2026Si un certain rapprochement \u00e0 faire entre le discours produit par l\u2019ONF et celui de la politique multiculturaliste du Canada vis-\u00e0-vis de la question autochtone semblait \u00eatre une hypoth\u00e8se excessive (ou injustement suspicieuse) au tout d\u00e9but de cette recherche, force est d\u2019admettre, au bout de ce parcours, que cette plateforme on\u00e9fienne est bel et bien coinc\u00e9e dans une approche double et paradoxale, \u00e0 cheval entre une d\u00e9marche hospitali\u00e8re et un <em>logos<\/em> prescriptif\u00a0; que le discours ambiant du site encadre ces <em>Visions autochtones<\/em> et se fait ici <em>police<\/em>\u2014d\u2019une m\u00e9moire collective, des conditions du vivre-ensemble et des identit\u00e9s en jeu.<\/p>\n<hr \/>\n<h4 style=\"text-align: center;\"><strong>Ouvrages cit\u00e9s<\/strong><\/h4>\n<p>\u00ab\u00a05 films sur les peuples autochtones.\u00a0\u00bb <em>ONF\/blogue<\/em> 16 jan. 2013. Web. 25 f\u00e9v. 2015.<\/p>\n<p>Association des juristes d\u2019expression fran\u00e7aise de la Colombie-Britannique. \u00ab\u00a0Octroi du statut d\u2019indiens pour les M\u00e9tis.\u00a0\u00bb <em>AJEFCB <\/em>17 avr. 2014. Web. 12 nov. 2014.<\/p>\n<p>B\u00e9ghain, Patrice. <em>Patrimoine, politique et soci\u00e9t\u00e9<\/em>. Paris\u00a0: Les Presses de Sciences Po, 2012. Imprim\u00e9.<\/p>\n<p>Bertrand, Karine. \u00ab\u00a0Le cin\u00e9ma des Premi\u00e8res Nations du Qu\u00e9bec et des Inuit du Nunavut\u00a0: r\u00e9appropriation culturelle et esth\u00e9tique du sacr\u00e9.\u00a0\u00bb Th\u00e8se de doctorat. Universit\u00e9 de Montr\u00e9al, 2013. PDF.<\/p>\n<p>Bouchard, G\u00e9rard. \u00ab\u00a0L\u2019interculturalisme qu\u00e9b\u00e9cois.\u00a0\u00bb <em>Association francophone pour le savoir<\/em> <em>ACFAS,<\/em> f\u00e9v. 2013. Web. 4 mars 2015.<\/p>\n<p>Bouju, Emmanuel, Alexandre Gefen, Guiomar Hautc\u0153ur et Marielle Mac\u00e9, dir. <em>Litt\u00e9rature &amp; Exemplarit\u00e9<\/em>. Paris\u00a0: Presses Universitaires de Rennes, 2007. Imprim\u00e9.<\/p>\n<p>Brossat, Alain. <em>Entre chiens et loup\u00a0:<\/em><em> Philosophie et ordre des discours<\/em>. Paris\u00a0: L\u2019Harmattan, 2009. Imprim\u00e9.<\/p>\n<p>Cornellier, Bruno. \u00ab\u00a0La \u201cchose indienne\u201d\u00a0: cin\u00e9ma et politiques de la repr\u00e9sentation autochtone dans la colonie de peuplement lib\u00e9rale.\u00a0\u00bb Th\u00e8se de doctorat. Universit\u00e9 Concordia, 2011. PDF.<\/p>\n<p>&#8212;. \u00ab\u00a0The thing about Obomsawin\u2019s Indianness\u00a0: Indigenous Reality and the Burden of Education at the National Film Board of Canada.\u00a0\u00bb <em>Canadian Journal of Film Studies\/Revue canadienne d\u2019\u00e9tudes cin\u00e9matographiques<\/em> 21.2 (2012)\u00a0: 2-26. Imprim\u00e9.<\/p>\n<p>Didi-Huberman, Georges. <em>Peuples expos\u00e9s, peuples figurants. L\u2019Oeil de l\u2019Histoire<\/em>. Les \u00c9ditions de Minuit, tome 4, 2012. Imprim\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Exemplaire.\u00a0\u00bb <em>Dictionnaire<\/em> <em>Larousse<\/em>. Web. 10 mars 2015.<\/p>\n<p>Froger, Marion. <em>Le cin\u00e9ma \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de la communaut\u00e9. Le cin\u00e9ma francophone de l\u2019Office national du film 1960-1985<\/em>. Montr\u00e9al\u00a0: Presses universitaires de l\u2019Universit\u00e9 de Montr\u00e9al, 2010. Imprim\u00e9. Coll. \u00ab\u00a0Socius\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Giavarini, Laurence. <em>Construire l\u2019exemplarit\u00e9 &#8211; Pratiques litt\u00e9raires et discours historiens (xvi<sup>e<\/sup>-xviii<sup>e<\/sup> si\u00e8cles). <\/em>Dijon\u00a0: \u00c9ditions universitaires de Dijon, 2008. Imprim\u00e9.<\/p>\n<p>Gittings, Christopher E. <em>Canadian National Cinema<\/em>. Routledge, 2002. Imprim\u00e9.<\/p>\n<p>Government of Manitoba. \u00ab\u00a0The Rights and Responsibilities of Metis People.\u00a0\u00bb <em>The Hunting Guide<\/em>. Web. 10 mars 2015.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Idyllique.\u00a0\u00bb<em> Dictionnaire Larousse.<\/em> Web. 10 mars 2015.<\/p>\n<p><em>IsumaTV<\/em>. Isuma.tv.Web. 10 mars 2015.<\/p>\n<p><em>Kanehsatake\u00a0: 270 ans de r\u00e9sistance<\/em>. R\u00e9al. Alanis Obomsawin. ONF, 1993. Film.<\/p>\n<p>Lachapelle, Louise et Shan Dak Puana. \u00ab\u00a0Manu minu-tutamutau (bien faire ensemble).\u00a0\u00bb <em>\u00c9thique publique<\/em> 14.1 (2012)\u00a0: p. de pag. Web. 4 mai 2014.<\/p>\n<p>Lamy Beaupr\u00e9, Jonathan. \u00ab\u00a0Du st\u00e9r\u00e9otype \u00e0 la performance\u00a0: les d\u00e9tournements des repr\u00e9sentations conventionnelles des Premi\u00e8res Nations dans les pratiques performatives.\u00a0\u00bb Th\u00e8se de doctorat. Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec \u00e0 Montr\u00e9al, 2012. PDF.<\/p>\n<p><em>Les \u00e9v\u00e9nements de Restigouche<\/em>. R\u00e9al. Alanis Obomsawin. ONF, 1984. Film<\/p>\n<p>Lewis, Randolph. <em>Alanis Obomsawin : The Vision of a Native Filmmaker<\/em>. Lincoln\u00a0: University of Nebraska Press, 2006. Imprim\u00e9.<\/p>\n<p>Marsolais, Gilles. <em>L\u2019aventure du cin\u00e9ma direct revisit\u00e9<\/em>. Montr\u00e9al\u00a0: \u00c9ditions Les 400 coups, 1997. Imprim\u00e9.<\/p>\n<p>Morisset, Lucie K. \u00ab\u00a0Patrimony, the Concept, the Object, the Memory, and the Palimpsest &#8211; A View from the History of Architecture.\u00a0\u00bb <em>Architecture Canada <\/em>35.2 (2010)\u00a0: 53-62. Web. 10 mars 2015.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Mus\u00e9e des droits de la personne\u00a0: \u201cpensionnats autochtones\u201d, mais pas \u201cg\u00e9nocide.\u201d\u00a0\u00bb <em>Radio Canada<\/em> 26 juil. 2013. Web. 10 nov. 2014.<\/p>\n<p>Office national du film du Canada. <em>Onf.ca<\/em>. Web. 10 mars 2015.<\/p>\n<p>&#8212;. <em>Plan strat\u00e9gique de l\u2019Office national du film 2002-2006<\/em>. ONF<em>,<\/em> jan. 2002. Web. 4 mars 2015.<\/p>\n<p>&#8212;. <em>Plan strat\u00e9gique de l\u2019Office national du Film 2008-2013<\/em>. ONF<em>,<\/em> 22 avr. 2008. Web. 4 mars 2015. PDF.<\/p>\n<p>&#8212;. <em>Plan strat\u00e9gique de l\u2019Office national du film 2013-2018<\/em>. ONF, 12 juin 2013. Web. 4 mars 2015. PDF.<\/p>\n<p>&#8212;. <em>Visions autochtones.<\/em> ONF. Web. 26 mars 2015.<\/p>\n<p>Perrault, Pierre. <em>Cam\u00e9ramages<\/em>. Paris\u00a0: \u00c9dilig, 1983. Imprim\u00e9.<\/p>\n<p>Poirier, Christian. \u00ab\u00a0Les villes et la gestion de la diversit\u00e9 ethnique\u00a0: enjeux politiques et discursifs du multiculturalisme.\u00a0\u00bb <em>Diversit\u00e9 et identit\u00e9s au Qu\u00e9bec et dans les r\u00e9gions d\u2019Europe<\/em>. Dir. Bernard Gagnon, Jacques Palard, Alain-G. Gagnon. Qu\u00e9bec\u00a0: Presses de l\u2019universit\u00e9 Laval, 2006. 193-212. Imprim\u00e9.<\/p>\n<p>Ranci\u00e8re, Jacques. <em>Et tant pis pour les gens fatigu\u00e9s<\/em>. Paris\u00a0: \u00c9ditions Amsterdam<em>, <\/em>2009. Imprim\u00e9.<\/p>\n<p>&#8212;. \u00ab\u00a0La d\u00e9mocratie est n\u00e9e d\u2019une limitation du pouvoir de la propri\u00e9t\u00e9.\u00a0\u00bb Entretien avec Ir\u00e8ne (AL Montrouge). <em>Alternative libertaire<\/em> 167 (2007)\u00a0: p. de pag. Web. 4 mars 2015.<\/p>\n<p>&#8212;. <em>La M\u00e9sentente<\/em>. Paris\u00a0: \u00c9ditions Galil\u00e9e, 1995. Imprim\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0RIDM\u00a0: 15 ans, 15 suggestions de films.\u00a0\u00bb <em>ONF\/blogue<\/em> 5 nov. 2012. Web. 25 f\u00e9v. 2015.<\/p>\n<p>Sal\u00e9e, Daniel. CR de <em>Alanis Obomsawin. <\/em><em>The Vision of a Native Filmmaker<\/em>, Randolph Lewis. <em>Nouvelles vues sur le cin\u00e9ma qu\u00e9b\u00e9cois<\/em> 7 (2007)\u00a0: p. de pag. Web. 4 mars. 2015.<\/p>\n<p>&#8212;. \u00ab\u00a0Peuples autochtones, racisme et pouvoir d\u2019\u00c9tat en contextes canadien et qu\u00e9b\u00e9cois\u00a0: \u00e9l\u00e9ments pour une r\u00e9-analyse.\u00a0\u00bb <em>Nouvelles pratiques sociales<\/em> 17.2 (2005)\u00a0: 54-74. Imprim\u00e9.<\/p>\n<p>St-Amand, Isabelle. \u00ab\u00a0La crise d\u2019Oka lors du si\u00e8ge, dans les films documentaires et dans les r\u00e9cits litt\u00e9raires autochtones et allochtones au Qu\u00e9bec et au Canada\u00a0: \u00e9v\u00e9nement, rapport \u00e0 l\u2019espace et repr\u00e9sentations.\u00a0\u00bb Th\u00e8se de doctorat. Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec \u00e0 Montr\u00e9al, 2012. PDF.<\/p>\n<p>White, Jerry. \u00ab\u00a0Alanis Obomsawin &#8211; Documentary Form, and the Canadian Nation(s).\u00a0\u00bb <em>North of Everything: English-Canadian Cinema Since 1980<\/em>. Dir. William Beard et Jerry White. Edmonton: The University of Alberta Press, 2002. 364-375. Imprim\u00e9.<\/p>\n<hr \/>\n<h4 style=\"text-align: center;\"><strong>Notes sur les images <\/strong><\/h4>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Figure 1. <em>Kanehsatake\u00a0: 270 ans de r\u00e9sistance<\/em>. R\u00e9al. Alanis Obomsawin. ONF, 1993. Film. Capture d\u2019\u00e9cran.<\/p>\n<p>Figure 2. Capture d\u2019\u00e9cran du film <em>Kanehsatake\u00a0: 270 ans de r\u00e9sistance<\/em>.<\/p>\n<p>Figure 3. <em>Les \u00e9v\u00e9nements de Restigouche<\/em>. R\u00e9al. Alanis Obomsawin. ONF, 1984. Film. Capture d\u2019\u00e9cran.<\/p>\n<p>Figure 4. Capture d\u2019\u00e9cran du film <em>Les \u00e9v\u00e9nements de Restigouche<\/em>.<\/p>\n<hr \/>\n<h4 style=\"text-align: center;\">Notes<\/h4>\n<p><a id=\"_edn1\" href=\"#_ednref1\">[1]<\/a> Les th\u00e8ses en question sont\u00a0: <em>La \u00ab chose indienne \u00bb : cin\u00e9ma et politiques de la repr\u00e9sentation autochtone dans la colonie de peuplement lib\u00e9rale <\/em>par Bruno Cornellier soutenue en 2011 \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Concordia, <em>Du st\u00e9r\u00e9otype \u00e0 la performance\u00a0: les d\u00e9tournements des repr\u00e9sentations conventionnelles des Premi\u00e8res Nations dans les pratiques performatives<\/em> par Jonathan Lamy Beaupr\u00e9 soutenue en 2012 \u00e0 l\u2019UQAM, <em>La crise d\u2019Oka lors du si\u00e8ge, dans les films documentaires et dans les r\u00e9cits litt\u00e9raires autochtones et allochtones au Qu\u00e9bec et au Canada\u00a0: \u00e9v\u00e9nement, rapport \u00e0 l\u2019espace et repr\u00e9sentations<\/em> par Isabelle St-Amand en 2012 \u00e0 l\u2019UQAM et <em>Le cin\u00e9ma des Premi\u00e8res Nations du Qu\u00e9bec et des Inuit du Nunavut\u00a0: r\u00e9appropriation culturelle et esth\u00e9tique du sacr\u00e9<\/em> par Karine Bertrand soutenue en 2013 \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Montr\u00e9al.<\/p>\n<p><a id=\"_edn2\" href=\"#_ednref2\">[2]<\/a> Certaines de ces initiatives ont \u00e9t\u00e9 ferm\u00e9es.<\/p>\n<p><a id=\"_edn3\" href=\"#_ednref3\">[3]<\/a> Il est mentionn\u00e9, sur le site, que trente-trois films sont disponibles sur la plateforme, mais on en retrouve plut\u00f4t trente-deux.<\/p>\n<p><a id=\"_edn4\" href=\"#_ednref4\">[4]<\/a> Ce statut permet notamment aux M\u00e9tis \u00ab\u00a0d\u2019exercer leurs droits ancestraux de chasse et de p\u00eache sans \u00eatre l\u2019objet de poursuites\u00a0\u00bb (Association des juristes d\u2019expression fran\u00e7aise de la Colombie-Britannique). Voir \u00e9galement le site web du Manitoba (province o\u00f9 a \u00e9t\u00e9 film\u00e9 le documentaire de Martin Duckworth)\u00a0: \u00ab\u00a0Metis in Manitoba have constitutionally protected aboriginal rights to hunt for food and domestic use. Manitoba courts have affirmed the existence of Metis natural resource harvesting rights in regions of the province, which requires Manitoba&#8217;s regulatory regime to recognize the Metis right to harvest. The Government of Manitoba will continue to work with Metis communities to legally recognize these rights\u00a0\u00bb (<em>Hunting Guide<\/em>).<\/p>\n<p><a id=\"_edn5\" href=\"#_ednref5\">[5]<\/a> D\u2019ailleurs, les deux questions propos\u00e9es par l\u2019ONF afin d\u2019accompagner cet extrait ressemblent davantage \u00e0 un examen de compr\u00e9hension orale qu\u2019\u00e0 un document \u00e9tant cens\u00e9 alimenter une r\u00e9flexion chez l\u2019utilisateur : \u00ab\u00a01. Quelles sont les conditions que le tribunal a impos\u00e9es aux femmes mohawks arr\u00eat\u00e9es parce qu\u2019elles \u00e9taient soup\u00e7onn\u00e9es d\u2019\u00eatre impliqu\u00e9es dans une alerte \u00e0 la bombe? 2. Une impasse dans les instances judiciaires a emp\u00each\u00e9 une de ces femmes d\u2019\u00eatre rel\u00e2ch\u00e9e. Qui est-elle? Qu\u2019est-ce qui \u00e9tait en jeu?\u00a0\u00bb. Voir les \u00ab\u00a0Questions\u00a0\u00bb de l\u2019onglet.<\/p>\n<p><a id=\"_edn6\" href=\"#_ednref6\">[6]<\/a> Par ailleurs, le fait que l\u2019ONF soit \u00e9vasif quant \u00e0 la nature des pensionnats indiens ne surprend finalement pas, tout comme il n\u2019est pas \u00e9tonnant que \u00ab\u00a0le Mus\u00e9e canadien des droits de la personne [ait] d\u00e9cid\u00e9 de ne pas utiliser le mot g\u00e9nocide en ce qui concerne les Autochtones sur l\u2019un des murs d\u2019exposition\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0Mus\u00e9e des droits de la personne\u00a0\u00bb). Dans ce m\u00eame article publi\u00e9 par Radio-Canada en juillet 2013, Robert Falcon Ouellette, directeur des programmes autochtones \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 du Manitoba, souligne en effet que la d\u00e9cision du Mus\u00e9e des droits de la personne n\u2019a rien d\u2019\u00e9tonnant\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019\u00e9tablissement demeure apr\u00e8s tout une institution f\u00e9d\u00e9rale, selon lui. Et le gouvernement du Canada n\u2019est pas pr\u00eat encore \u00e0 qualifier le traitement des Autochtones au Canada comme un g\u00e9nocide\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><a id=\"_edn7\" href=\"#_ednref7\">[7]<\/a> L\u2019article d\u2019Ellen Gabriel, sous l\u2019onglet \u00ab\u00a0Souverainet\u00e9 et r\u00e9sistance\u00a0\u00bb, aborde bri\u00e8vement cette probl\u00e9matique. L\u2019auteure \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019histoire des pensionnats r\u00e9v\u00e8le clairement l\u2019attitude g\u00e9nocidaire du Canada \u00e0 l\u2019endroit des peuples autochtones\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><a id=\"_edn8\" href=\"#_ednref8\">[8]<\/a> On retrouve cette expression sur le site web de l\u2019ONF, dans la description du documentaire <em>L\u2019art du R\u00e9el<\/em><\/p>\n<p><a id=\"_edn9\" href=\"#_ednref9\">[9]<\/a> L\u2019utilisation de la cam\u00e9ra \u00e0 l\u2019\u00e9paule dans ce documentaire r\u00e9alis\u00e9 en 1969 par Mort Ransen, en collaboration avec Mike Mitchell, constitue d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 un dispositif \u00e9minemment politique. La cam\u00e9ra ne cesse de se positionner parmi les Mohawks et de filmer<em>, <\/em>\u00e0 hauteur d\u2019hommes et <em>de leur point de vue<\/em>, leur manifestation depuis la r\u00e9serve de St-R\u00e9gis. Ce proc\u00e9d\u00e9, t\u00e9moignant d\u2019une solidarit\u00e9 vis-\u00e0-vis des activistes mohawks, m\u00e9riterait \u00e0 lui seul une enqu\u00eate approfondie du point de vue de l\u2019histoire du documentaire autochtone \u00e0 l\u2019ONF. Pour l\u2019heure, je me contenterai de rappeler ici que les dialogues des Mohawks ont \u00e9t\u00e9, dans ce documentaire, film\u00e9s en langue native (la langue anglaise \u00e9tant employ\u00e9e lors des sc\u00e8nes d\u2019interactions entre les policiers et les Mohawks, ou par Mike Mitchell, narrant le film en voix off), et \u00e9galement que la finale du film refuse cat\u00e9goriquement d\u2019\u00eatre conciliante. En effet, on y comprend que la lutte est au pr\u00e9sent et est encore \u00e0 venir\u00a0: ne se souvient-on pas que Mike Mitchell y sp\u00e9cifie, avant que son image ne se fige pour clore le film, que \u00ab\u00a0Vous voyez M. McGill, quand ce trait\u00e9 a \u00e9t\u00e9 viol\u00e9, \u00e7a signifie que nous devions \u00eatre de nouveau en guerre, car quand on viole un trait\u00e9, c\u2019est ce que \u00e7a veut dire. Je vous prouve que nous sommes en paix. On n\u2019est pas entr\u00e9s en guerre. <em>Pas encore<\/em> \u00bb\u00a0? On pourrait \u00e9galement mentionner que les phrases politico-bienveillantes des Blancs \u00e0 leur \u00e9gard, telles que \u00ab\u00a0Nous sommes derri\u00e8re vous\u00a0\u00bb seront carr\u00e9ment <em>d\u00e9mont\u00e9es <\/em>par le film (\u00ab\u00a0What are you doing <em>behind us <\/em>? You should have been up there, <em>with us <\/em>!\u00a0\u00bb), et enfin que le fait d\u2019avoir une image, c\u2019est-\u00e0-dire que leur lutte ait une couverture m\u00e9diatique, ne suffit \u00e9videmment pas. Je pense notamment \u00e0 la sc\u00e8ne o\u00f9 un policier dit aux Mohawks\u00a0: \u00ab\u00a0Je pense que les Indiens se sont exprim\u00e9s. Il n\u2019y a aucune raison de bloquer cette route plus longtemps\u00a0\u00bb. Un Mohawk lui demande alors\u00a0: \u00ab\u00a0Est-ce que l\u2019agent peut nous dire dans quelle mesure nous nous sommes exprim\u00e9s\u00a0?\u00a0\u00bb, ce \u00e0 quoi l\u2019agent r\u00e9pondra\u00a0: \u00ab\u00a0Tous les m\u00e9dias en parleront, vous avez \u00e9t\u00e9 reconnus\u00a0\u00bb. Une Mohawk r\u00e9pliquera alors\u00a0: \u00ab\u00a0Well, we want more than that\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><a id=\"_edn10\" href=\"#_ednref10\">[10]<\/a> Quoique je r\u00e9f\u00e8re dans la majorit\u00e9 de cet article au multiculturalisme canadien, j\u2019emploie ici le terme \u00ab\u00a0interculturalisme\u00a0\u00bb, car l\u2019auteur (Cornellier) l\u2019utilise (\u00ab\u00a0<em>intercultural <\/em>\u00bb) pour analyser le cin\u00e9ma de la r\u00e9alisatrice ab\u00e9naquise qu\u00e9b\u00e9coise, Alanis Obomsawin. Il faut savoir qu\u2019en r\u00e9action \u00e0 la politique multiculturelle canadienne \u00e9nonc\u00e9e dans les ann\u00e9es 1970 par le premier ministre du Canada de l\u2019\u00e9poque, Pierre Elliot Trudeau, le premier ministre du Qu\u00e9bec, Robert Bourassa, \u00ab\u00a0a fait valoir que ce mod\u00e8le ne convenait pas \u00e0 la situation et aux aspirations du Qu\u00e9bec. D\u00e8s lors, les conseillers de l\u2019\u00c9tat [Qu\u00e9b\u00e9cois], de concert avec le milieu universitaire, se sont employ\u00e9s \u00e0 concevoir un mod\u00e8le original qui a progressivement pris forme au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies \u00bb (Bouchard). S\u2019appuyant sur une philosophie pluraliste tout comme le multiculturalisme, l\u2019interculturalisme aurait comme particularit\u00e9 de mieux \u00ab\u00a0\u00e9pouser la r\u00e9alit\u00e9 qu\u00e9b\u00e9coise [puisque] le multiculturalisme canadien, par exemple, ne reconna\u00eet pas l\u2019existence d\u2019une culture majoritaire au Canada\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0On notera que l\u2019interculturalisme ne cr\u00e9e ni ne favorise la dualit\u00e9 majorit\u00e9-minorit\u00e9s\u00a0\u00bb et propose un ensemble de politiques communes dont la neutralit\u00e9 favoriseraient la pr\u00e9vention d\u2019une \u00ab\u00a0domination culturelle, \u00e9conomique et sociale des minorit\u00e9s par la majorit\u00e9\u00a0\u00bb. Enfin, quoique les distinctions entre politiques multiculturelles et politiques interculturelles soient int\u00e9ressantes, je m\u2019en tiendrai, pour la suite de cet article portant sur le cin\u00e9ma autochtone produit par l\u2019Office national du Canada, \u00e0 la politique multiculturelle propos\u00e9e par l\u2019\u00c9tat canadien.<\/p>\n<p><a id=\"_edn11\" href=\"#_ednref11\">[11]<\/a> Le \u00ab\u00a0<em>propre<\/em> de la politique\u00a0\u00bb, \u00e9crit Ranci\u00e8re, se retrouve \u00ab\u00a0l\u00e0 o\u00f9 le <em>logos<\/em> se divise\u00a0\u00bb (2005, 15).<\/p>\n<p><a id=\"_edn12\" href=\"#_ednref12\">[12]<\/a> Georges Didi-Huberman \u00e9crit que certaines images sont \u00ab\u00a0capable[s] de cette ruse n\u00e9cessaire qui consiste \u00e0 \u00e9chapper\u2014f\u00fbt-ce un moment\u2014\u00e0 la tendresse que l\u2019\u00c9tat voue \u00e0 \u201csa\u201d culture, tendresse paternaliste o\u00f9 les images, en \u00e9tat de libert\u00e9 conditionnelle ou surveill\u00e9e, sont justement requises d\u2019\u00eatre \u201csages comme des images\u201d, selon l\u2019expression consacr\u00e9e de nos vieux ma\u00eetres d\u2019\u00e9cole\u00a0\u00bb (97).<\/p>\n<p><a id=\"_edn13\" href=\"#_ednref13\">[13]<\/a> Dans la majorit\u00e9 du film en effet, les Warriors et soldats prennent leur r\u00f4le tr\u00e8s au s\u00e9rieux, ils sont m\u00eame tout \u00e0 fait conscients d\u2019\u00eatre film\u00e9s, comme en t\u00e9moigne la fameuse r\u00e9plique de Robert Skidders (un Warrior), qui interpellera des soldats canadiens pour leur crier de mani\u00e8re tr\u00e8s th\u00e9\u00e2trale\u00a0: \u00ab\u00a0Vous devriez \u00eatre tr\u00e8s fiers, votre photo sera dans le journal. Des l\u00e2ches\u00a0! Faites croire \u00e0 votre m\u00e8re que vous \u00eates en Allemagne, sinon elle vous bottera les fesses\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><a id=\"_edn14\" href=\"#_ednref14\">[14]<\/a> L\u2019exemplification est \u00ab\u00a0le travail rh\u00e9torique\u00a0\u00bb, la mise en discours (voir Bouju <em>et al.<\/em> 254).<\/p>\n<p><a id=\"_edn15\" href=\"#_ednref15\">[15]<\/a> Il s\u2019agit d\u2019une initiative r\u00e9cente dont le mandat se r\u00e9sume \u00e0 \u00eatre \u00ab\u00a0une vitrine privil\u00e9gi\u00e9e sur les activit\u00e9s de l\u2019Office national du film du Canada\u00a0\u00bb. On pourrait \u00e9galement souligner que <em>Visions<\/em> <em>autochtones<\/em> a eu depuis un \u00ab\u00a0successeur\u00a0\u00bb 2.0, soit la cha\u00eene <em>Peuples autochtones<\/em> mise en ligne r\u00e9cemment sur le site web officiel de l\u2019ONF. Cette nouvelle plateforme ne comporte toutefois pas de contenu p\u00e9dagogique (articles, entrevues, extraits).<\/p>\n<p><a id=\"_edn16\" href=\"#_ednref16\">[16]<\/a> \u00c0 propos de ce qu\u2019il nomme \u00ab\u00a0la m\u00e9moire endeuill\u00e9e\u00a0\u00bb, Brossat pr\u00e9cise par ailleurs que celle-ci remplace le \u00ab\u00a0culte f\u00e9roce des singularit\u00e9s nationales, religieuses ou ethniques\u00a0\u00bb par \u00ab\u00a0l\u2019universel vague d\u2019une humanit\u00e9 d\u00e9sol\u00e9e, inconsolable \u00e0 l\u2019\u00e9preuve du souvenir des grands d\u00e9sastres du xx<sup>e<\/sup> si\u00e8cle\u00a0\u00bb (100). Par ailleurs, le discours de l\u2019ONF \u00e0 propos du film <em>Le peuple de la rivi\u00e8re Kattawapiskak<\/em> est d\u2019autant plus troublant car on a affaire \u00e0 une <em>intensification de la sensibilit\u00e9 au d\u00e9sastre<\/em>, qui ne renvoie pas ici \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 pass\u00e9e mais <em>actuelle<\/em>, et dont on se d\u00e9sole pourtant avec une certaine oisivet\u00e9.<\/p>\n<p><a id=\"_edn17\" href=\"#_ednref17\">[17]<\/a> Par \u00ab\u00a0objets patrimonialis\u00e9s\u00a0\u00bb, j\u2019entends l\u2019action d\u2019inclure un objet, un lieu, une pratique dans la notion de patrimoine.<\/p>\n<p><a id=\"_edn18\" href=\"#_ednref18\">[18]<\/a> Je m\u2019inspire ici d\u2019une question pos\u00e9e par B\u00e9ghain\u00a0: \u00ab\u00a0En quel sens la m\u00e9moire collective s\u2019est-elle intensifi\u00e9e aujourd\u2019hui en tant qu\u2019enjeu de gouvernementalit\u00e9\u00a0?\u00bb (100).<\/p>\n<p><a id=\"_edn19\" href=\"#_ednref19\">[19]<\/a> Christopher E. Gittings s\u2019est pench\u00e9 sur la question dans son ouvrage <em>Canadian National Cinema<\/em>, plus pr\u00e9cis\u00e9ment dans son chapitre intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Funding differences at the NFB\u00a0: regionalization, Studio D and new initiatives in film\u00a0\u00bb. Le chercheur affirme en effet que si la repr\u00e9sentation de la diversit\u00e9 \u00e0 l\u2019ONF (que celle-ci soit de nature ethnoculturelle, linguistique ou autre) a notamment \u00e9t\u00e9 propuls\u00e9e par le programme Soci\u00e9t\u00e9 Nouvelle\/<em>Challenge for Change<\/em> entre 1969 et 1980, celle-ci se remarquait d\u00e9j\u00e0 dans le grand mouvement de d\u00e9centralisation de la production de l\u2019ONF op\u00e9r\u00e9 quelques ann\u00e9es plus t\u00f4t (l\u2019auteur r\u00e9f\u00e8re notamment au d\u00e9but de la production fran\u00e7aise \u00e0 l\u2019ONF en 1964 ainsi qu\u2019\u00e0 l\u2019ouverture des bureaux r\u00e9gionaux de l\u2019ONF \u00e0 Halifax, Toronto, Winnipeg et Vancouver en 1965). \u00ab\u00a0The state funding of regional images of difference\u00a0\u00bb, pr\u00e9cise Gittings, devait d\u00e9j\u00e0 se faire pr\u00e9f\u00e9rablement \u00ab\u00a0[from a] <em>Ottawa-centred vision of a homogeneous national community<\/em> [\u2026], [a] nationalism which wants to see everything in an obvious Pan-Canadian frame of reference and submerge debate <em>in celebration<\/em> [\u2026]\u00a0\u00bb (89, je souligne). Gittings explore ensuite, dans la suite de son ouvrage, comment plusieurs films de tous genres (le Studio D, ouvert en 1974 et ferm\u00e9 en 1996, qui produisait exclusivement des films r\u00e9alis\u00e9s par des femmes cin\u00e9astes ; le cin\u00e9ma autochtone produit par le Studio One en 1991, le Aboriginal Filmmaking Programme en 1996, les films produits par la Soci\u00e9t\u00e9 Nouvelle\/<em>Challenge for Change<\/em>, etc.), travaillaient de l\u2019int\u00e9rieur ce discours pr\u00f4nant une conception homog\u00e9n\u00e9isante de la nation canadienne.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>ST\u00c9PHANIE CROTEAU | UNIVERSIT\u00c9 DE MONTR\u00c9AL\/UNIVERSIT\u00c9 SORBONNE NOUVELLE PARIS 3 | Si la question indienne se trouve ces derni\u00e8res ann\u00e9es au c\u0153ur de plusieurs projets initi\u00e9s par la communaut\u00e9 savante de tous les horizons&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":4062,"featured_media":6868,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[114,4],"tags":[],"class_list":["post-6603","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-lonf-6-1","category-article","wpautop"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0033.png","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p707hj-1Iv","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/imaginations.space\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6603","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/imaginations.space\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/imaginations.space\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/imaginations.space\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4062"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/imaginations.space\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=6603"}],"version-history":[{"count":49,"href":"https:\/\/imaginations.space\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6603\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8494,"href":"https:\/\/imaginations.space\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6603\/revisions\/8494"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/imaginations.space\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/6868"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/imaginations.space\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=6603"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/imaginations.space\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=6603"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/imaginations.space\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=6603"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}