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{"id":6601,"date":"2015-05-26T10:00:46","date_gmt":"2015-05-26T16:00:46","guid":{"rendered":"http:\/\/www.csj.ualberta.ca\/imaginations\/?p=6601"},"modified":"2016-01-19T10:19:08","modified_gmt":"2016-01-19T17:19:08","slug":"immigrant-et-temoin-figure-de-la-diversite-culturelle-a-lonf","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/imaginations.space\/?p=6601","title":{"rendered":"Immigrant et t\u00e9moin : figure de la diversit\u00e9 culturelle \u00e0 l\u2019ONF"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/imaginations.space\/?p=6547\">6-1 | Table des mati\u00e8res<\/a>\u00a0|\u00a0http:\/\/dx.doi.org\/10.17742\/IMAGE.ONF.6-1.5 |\u00a0<a href=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/6.1_Pgs_54-68_Barada.pdf\">Immigrant PDF<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><div class=\"sixcol first\">\u00a0<strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le site internet de l&#8217;ONF D&#8217;une culture \u00e0 l&#8217;autre, devant documenter la diversit\u00e9 culturelle canadienne, est ici examin\u00e9 par le biais de la figure de l&#8217;immigrant, telle que repr\u00e9sent\u00e9e dans les textes et les films du site. Il appara\u00eet que cette figure est aussi celle du t\u00e9moin, \u00e0 travers la valorisation du t\u00e9moignage des immigrants dans les discours et les films de la diversit\u00e9 culturelle. La fonction de cette mise en valeur est questionn\u00e9e dans le rapport qu&#8217;elle entretient aux politiques m\u00e9morielles et multiculturelles canadiennes.\u00a0<\/div><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><div class=\"sixcol last\">\u00a0<strong>Abstract<\/strong><\/p>\n<p>This article considers the NFB website <em>Across Cultures<\/em><em>\u2014<\/em>a site that documents Canada\u2019s cultural diversity\u2014from the perspective of \u201cthe immigrant\u201d as characterized in the website\u2019s texts and films. Part of this characterization places \u201cthe immigrant\u201d in the role of \u201cthe witness,\u201d as can be seen through the emphasis placed on immigrant testimonies in the films and discourses on cultural diversity. The article questions the goal of this emphasis in relation to Canadian memory and multicultural policies.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><\/div><div class=\"clearfix\"><\/div><\/p>\n<hr \/>\n<p>NINA BARADA | UNIVERSIT\u00c9 DE MONTR\u00c9AL<\/p>\n<h2><strong>IMMIGRANT ET T\u00c9MOIN\u00a0:<br \/>\nFIGURE DE LA DIVERSIT\u00c9 CULTURELLE \u00c0 L\u2019ONF<\/strong><\/h2>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00ab\u00a0D\u2019une culture \u00e0 l\u2019autre\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0logiques identitaires\u00a0\u00bb<\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span class=\"cb-dropcap-small\">C<\/span>r\u00e9\u00e9 en 2007, financ\u00e9 par le Programme \u00ab\u00a0Culture canadienne en ligne\u00a0\u00bb du minist\u00e8re du Patrimoine canadien, le site internet de l\u2019ONF \u00ab\u00a0D\u2019une culture \u00e0 l\u2019autre\u00a0\u00bb se donne pour mission de promouvoir la diversit\u00e9 culturelle canadienne par une large documentation \u00e9crite et filmique, elle-m\u00eame distribu\u00e9e en six grands th\u00e8mes\u00a0: (1) \u00ab\u00a0Le Canada\u00a0: une terre d\u2019accueil\u00a0?\u00a0\u00bb, qui \u00ab\u00a0explore l\u2019immigration au Canada\u00a0: son histoire ainsi que les politiques qui ont fa\u00e7onn\u00e9 le pays\u00a0\u00bb, (2) \u00ab\u00a0Quel a \u00e9t\u00e9 notre apport \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 canadienne\u00a0?\u00a0\u00bb qui \u00ab\u00a0met en valeur les contributions des diff\u00e9rentes communaut\u00e9s ethnoculturelles dans les secteurs de la politique, du d\u00e9veloppement \u00e9conomique, des arts, de la musique et des droits des travailleurs\u00a0\u00bb, (3) \u00ab\u00a0Qui sommes-nous\u00a0? Que sommes-nous appel\u00e9s \u00e0 devenir\u00a0?\u00a0\u00bb, qui \u00ab\u00a0explore les diff\u00e9rentes fa\u00e7ons de vivre sa sp\u00e9cificit\u00e9 culturelle au Canada\u00a0\u00bb, (4) \u00ab\u00a0Qu&#8217;est-ce qui nous a amen\u00e9s au Canada\u00a0?\u00a0\u00bb, qui \u00ab\u00a0pr\u00e9sente des gens qui expliquent leur d\u00e9cision d&#8217;immigrer au Canada\u00a0\u00bb, (5) \u00ab\u00a0Comment communiquons-nous avec les autres communaut\u00e9s\u00a0?\u00a0\u00bb, qui \u00ab\u00a0exploite les diff\u00e9rents modes de communication interculturelle\u00a0: conversations, interventions publiques, interactions dans la rue, musique\u00a0\u00bb, (6) \u00ab\u00a0En quoi l&#8217;int\u00e9gration repr\u00e9sente-t-elle un d\u00e9fi pour nous\u00a0?\u00a0\u00bb, qui \u00ab\u00a0se penche sur les d\u00e9fis \u00e9conomiques et sociaux auxquels sont confront\u00e9s les membres des communaut\u00e9s ethnoculturelles du Canada\u00a0\u00bb. Chaque th\u00e8me comprend des articles ou des entrevues film\u00e9es de \u00ab\u00a0sp\u00e9cialistes\u00a0\u00bb des questions d\u2019immigration, des extraits de films de l\u2019ONF (que l\u2019on peut visionner en int\u00e9gralit\u00e9), ainsi que, pour certains d\u2019entre eux, des archives photographiques et de tr\u00e8s courts films (d\u2019une dur\u00e9e moyenne de trois minutes), appel\u00e9s \u00ab\u00a0Vox populi\u00a0\u00bb, sorte de micros-trottoirs sur l\u2019immigration.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par ailleurs, une partie intitul\u00e9e \u00ab\u00a0Pour les profs\u00a0\u00bb propose pour chacun de ces th\u00e8mes des \u00ab\u00a0sc\u00e9narios p\u00e9dagogiques\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019intention des \u00e9l\u00e8ves, et une autre, nomm\u00e9e \u00ab\u00a0Points de vue\u00a0\u00bb, regroupe six \u00ab\u00a0articles de sp\u00e9cialistes\u00a0\u00bb. On retrouve aussi un glossaire de termes, une bibliographie et des liens internet sur la diversit\u00e9 culturelle. Enfin, un espace intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Cin\u00e9ma et repr\u00e9sentation\u00a0\u00bb permet de \u00ab\u00a0reviv[re] une facette de la grande histoire du cin\u00e9ma documentaire de l&#8217;ONF en d\u00e9couvrant comment les communaut\u00e9s culturelles ont \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9es au cours des soixante-cinq derni\u00e8res ann\u00e9es\u00a0\u00bb, constitu\u00e9 de textes \u00e9crits par les \u00ab\u00a0analystes de collection \u00e0 l\u2019ONF\u00a0\u00bb Albert Ohayon et Marc St-Pierre, d\u2019entrevues avec les cin\u00e9astes et d\u2019extraits de films\u2014un th\u00e8me sur lequel l\u2019analyse reviendra plus longuement. Finalement, la section \u00ab\u00a0Tout voir, tout entendre\u00a0\u00bb r\u00e9unit l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 des m\u00e9dias pr\u00e9sents sur le site.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cet aper\u00e7u donne une id\u00e9e de la somme documentaire ici rassembl\u00e9e\u00a0: en bref, quinze articles, huit entrevues, soixante-douze extraits de films et plus de quatre-vingt archives. \u00c0 cet \u00e9gard, \u00ab\u00a0D\u2019une culture \u00e0 l\u2019autre\u00a0\u00bb est l\u2019un des plus vastes sites mis en ligne par l\u2019ONF, attestant de la place centrale de la diversit\u00e9 culturelle dans la production et le mandat de l\u2019institution.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il ne s\u2019agit pas d\u2019examiner en d\u00e9tail, dans le cadre de cette \u00e9tude, le \u00ab\u00a0tournant multiculturel\u00a0\u00bb de l\u2019ONF \u00e0 partir des ann\u00e9es 1980, conform\u00e9ment aux mesures politiques engag\u00e9es par le Canada d\u00e8s les ann\u00e9es 1970. Remarquons seulement, \u00e0 la suite de Mich\u00e8le Garneau, ce que ce tournant engage, soit un \u00ab\u00a0passage des antagonismes sociaux-\u00e9conomiques et politiques aux diff\u00e9rences culturelles\u00a0\u00bb,<a id=\"_ednref1\" href=\"#_edn1\">[1]<\/a> impliquant \u00ab\u00a0une autre mani\u00e8re de repr\u00e9senter m\u00e9diatiquement l\u2019espace public [\u2026], espace public dans lequel les th\u00e8mes reli\u00e9s \u00e0 la diversit\u00e9 culturelle avec son id\u00e9al de repr\u00e9sentativit\u00e9 et de r\u00e9partition de la communaut\u00e9 seront fortement encourag\u00e9s\u00a0\u00bb (38). D\u00e8s lors, les films, souvent r\u00e9alis\u00e9s par des cin\u00e9astes eux-m\u00eames issus des minorit\u00e9s culturelles, si et lorsqu\u2019ils \u00e9voquent les difficult\u00e9s \u00e9conomiques et sociales des immigrants, le font g\u00e9n\u00e9ralement par le biais des discriminations, plut\u00f4t que par celui des in\u00e9galit\u00e9s de classe\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est toujours, en fin de compte, la dimension culturelle et ethnique des probl\u00e8mes qui retient l\u2019attention et demeure au premier plan\u00a0\u00bb, car \u00ab\u00a0il importe d\u2019affirmer que le foss\u00e9 \u00e0 combler est <em>culturel <\/em>d\u2019abord et avant tout\u00a0\u00bb (46).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le site \u00ab\u00a0D\u2019une culture \u00e0 l\u2019autre\u00a0\u00bb est caract\u00e9ristique de cette tendance. Ainsi, le th\u00e8me 6, d\u00e9di\u00e9 aux \u00ab\u00a0d\u00e9fis \u00e9conomiques et sociaux auxquels sont confront\u00e9s les membres des communaut\u00e9s ethnoculturelles du Canada\u00a0\u00bb, contient un seul article, intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Le racisme au Canada\u00a0\u00bb, qui se conclut par ces mots\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 60px;\">Il y a des liens \u00e9vidents entre le racisme et la pauvret\u00e9. La combinaison des diff\u00e9rences culturelles et des in\u00e9galit\u00e9s sociales stimule fortement le racisme. \u00c0 cause des difficult\u00e9s particuli\u00e8res qui rendent plus difficile l\u2019acc\u00e8s \u00e0 certains secteurs pour les immigrants et pour les membres des minorit\u00e9s visibles, il est important d\u2019adopter des mesures adapt\u00e9es, afin de faciliter l\u2019insertion rapide et r\u00e9ussie de ces communaut\u00e9s au march\u00e9 du travail. [\u2026] le plan d\u2019action canadien contre le racisme intitul\u00e9 <em>Un Canada pour tous<\/em>, lanc\u00e9 le 21 mars 2005 [\u2026] reconna\u00eet en outre que l\u2019\u00c9tat ne pourra pas \u00e0 lui seul r\u00e9gler la situation, car le racisme se manifeste aussi dans le cadre des relations interpersonnelles. Chacun d\u2019entre nous peut et doit donc \u00e9galement se demander comment il peut contribuer \u00e0 cette lutte contre le racisme. (Icart)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, cette rh\u00e9torique en deux temps, qui consid\u00e8re d\u2019une part les difficult\u00e9s des immigrants\u2014difficult\u00e9s historiques, sociales, d\u2019int\u00e9gration, etc. \u2014d\u2019autre part les bienfaits du multiculturalisme, se d\u00e9couvre dans un grand nombre de textes. Dans l\u2019article \u00ab\u00a0Les groupes ethnoculturels des Prairies\u00a0\u00bb, plac\u00e9 dans la partie \u00ab\u00a0Points de vue\u00a0\u00bb, on lit par exemple\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 60px;\">En d\u00e9pit de la Loi sur le multiculturalisme canadien, la Charte des droits et libert\u00e9s et diverses sanctions dissuasives cens\u00e9es pr\u00e9venir le racisme et la discrimination, la plupart des comportements et attitudes \u00e0 l\u2019\u00e9gard des minorit\u00e9s ethnoculturelles et des Premi\u00e8res nations demeurent malheureusement inchang\u00e9s. Tant que nous ne nous attaquerons pas collectivement aux pr\u00e9jug\u00e9s qui nous opposent les uns aux autres, nous aurons de la difficult\u00e9 \u00e0 progresser r\u00e9ellement. (Wilkinson)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lorsque les textes du site soulignent les probl\u00e8mes persistants auxquels les immigrants sont confront\u00e9s, ils sugg\u00e8rent donc que le programme de la diversit\u00e9 culturelle doit \u00eatre encore r\u00e9alis\u00e9, qu\u2019il peut \u00eatre, pour ainsi dire, optimis\u00e9. L\u2019article \u00ab\u00a0Conjugaison des identit\u00e9s et de la diversit\u00e9 culturelle\u00a0\u00bb du th\u00e8me 3 conclut ainsi\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 60px;\">Que faire pour comprendre la diversit\u00e9, l\u2019apprivoiser\u00a0? Il faut \u00e9videmment entreprendre une d\u00e9marche d\u2019information et de formation, de mani\u00e8re personnelle et \u00e0 travers le programme de l\u2019\u00e9cole. Cependant, il est essentiel de vivre la diversit\u00e9 culturelle dans le quotidien des interactions sociales pour d\u00e9couvrir \u00e0 la fois l\u2019autre et soi-m\u00eame, pour exp\u00e9rimenter diff\u00e9rents niveaux de gestion des malentendus et des conflits d\u2019ordre culturel. (Kanout\u00e9)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pr\u00e9supposant de fait que les lecteurs adh\u00e8rent \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation multiculturelle du Canada, le site \u00ab\u00a0D\u2019une culture \u00e0 l\u2019autre\u00a0\u00bb retrouve, dans cette optique, les caract\u00e9ristiques de ce que Jacques Ranci\u00e8re nomme le \u00ab\u00a0consensus\u00a0\u00bb. Ce concept d\u00e9signe alors, dans la pens\u00e9e du philosophe, non pas \u00ab\u00a0l\u2019accord g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9, mais une mani\u00e8re d\u2019\u00e9tablir les donn\u00e9es m\u00eames de la discussion, et les postures possibles dans cette discussion\u00a0\u00bb, c&#8217;est-\u00e0-dire \u00ab\u00a0l\u2019id\u00e9e qu\u2019il y a une objectivit\u00e9, une univocit\u00e9 des donn\u00e9es sensibles\u00a0\u00bb, en \u00ab\u00a0ramenant [la politique] \u00e0 des probl\u00e8mes de d\u00e9compte de la population ou de parties de la population\u00a0\u00bb\u00a0: le consensus \u00ab\u00a0ram\u00e8ne les conflits politiques \u00e0 des probl\u00e8mes identifiables, objectivables, relevant de savoirs experts et de d\u00e9cisions fond\u00e9es sur ces savoirs\u00a0\u00bb (Ranci\u00e8re 123).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 plus petite \u00e9chelle, dans le site de l\u2019ONF, les articles de \u00ab\u00a0sp\u00e9cialistes\u00a0\u00bb d\u00e9terminent ainsi la perspective \u00e0 travers laquelle sont abord\u00e9es les questions d\u2019immigration, perspective qui s\u2019accorde elle-m\u00eame aux grandes orientations de la politique canadienne multiculturelle\u2014la plupart des textes louant ouvertement son action. On lit par exemple dans le texte \u00ab\u00a0La formation de l\u2019identit\u00e9 ethnique au Canada\u00a0\u00bb, plac\u00e9 dans le th\u00e8me 3\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 60px;\">Gr\u00e2ce au mod\u00e8le de multiculturalisme canadien et \u00e0 son orientation qui c\u00e9l\u00e8bre la diversit\u00e9, le processus de formation de l\u2019identit\u00e9 ethnique est maintenant plus dynamique, puisque les forces qui poussaient l\u2019immigrant \u00e0 se conformer \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 dominante n\u2019existent plus. (Nayar)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette perspective \u00ab\u00a0comptable\u00a0\u00bb, pour r\u00e9employer l\u2019image de Ranci\u00e8re, qui caract\u00e9rise le syst\u00e8me multiculturel et sa reprise par l\u2019ONF, promeut de la sorte une vision de l\u2019espace public en termes de \u00ab\u00a0logiques identitaires. \u00c0 ce moment-l\u00e0, ce qu\u2019on pourra obtenir, on l\u2019obtiendra en tant qu\u2019on manifeste les qualit\u00e9s de cette appartenance\u00a0\u00bb (334). Le site \u00ab\u00a0D\u2019une culture \u00e0 l\u2019autre\u00a0\u00bb, en identifiant les individus \u00e0 un statut juridique, ou \u00e0 un groupe ethnique ou culturel, donne un portrait des immigrants construit sur leur seule appartenance, pr\u00e9cis\u00e9ment, \u00e0 l\u2019immigration, consolidant ainsi ces \u00ab\u00a0logiques identitaires\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La partie \u00ab\u00a0Cin\u00e9ma et repr\u00e9sentation\u00a0\u00bb est \u00e0 cet \u00e9gard r\u00e9v\u00e9latrice. Constitu\u00e9e par Albert Ohayon et Marc St-Pierre, elle contient \u00e0 la fois des textes \u00e9crits par les deux analystes, des films qui leur sont associ\u00e9s et des entrevues avec les cin\u00e9astes, en quatre th\u00e8mes chronologiques qui correspondent \u00e0 la mani\u00e8re dont \u00ab\u00a0les communaut\u00e9s culturelles ont \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9es au cours des soixante-cinq derni\u00e8res ann\u00e9es\u00a0\u00bb dans les documentaires de l\u2019ONF. Les textes p\u00e9dagogiques qui les accompagnent visent manifestement \u00e0 encourager une vision critique de la production on\u00e9fienne, en soulignant notamment la place du cin\u00e9aste selon chaque p\u00e9riode, comprise dans les intitul\u00e9s des th\u00e8mes\u00a0: \u00ab\u00a0La voix officielle\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Le regard de la majorit\u00e9\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Un regard venu d\u2019ailleurs\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Une voix de l\u2019int\u00e9rieur\u00a0\u00bb. Ainsi, des ann\u00e9es 1940 aux ann\u00e9es 1960, les films sont le fait de cin\u00e9astes \u00ab\u00a0ext\u00e9rieurs\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0n\u2019appartenant pas aux collectivit\u00e9s qu\u2019ils filment\u00a0\u00bb (Ohayon et St-Pierre, \u00ab\u00a0Le regard de la majorit\u00e9\u00a0\u00bb), tandis qu\u2019\u00e0 partir des ann\u00e9es 1970, les films sont majoritairement con\u00e7us par des cin\u00e9astes eux-m\u00eames issus de l\u2019immigration.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si le discours reste nuanc\u00e9, on remarque n\u00e9anmoins la c\u00e9sure qui s\u00e9pare les deux premiers th\u00e8mes des deux derniers\u00a0: la p\u00e9riode initiale exprime le point de vue d\u2019une autorit\u00e9, \u00ab\u00a0officielle\u00a0\u00bb d\u2019abord, c\u2019est-\u00e0-dire \u00ab\u00a0griersonienne\u00a0\u00bb ou \u00e9tatique, \u00ab\u00a0majoritaire\u00a0\u00bb ensuite, c&#8217;est-\u00e0-dire francophone ou anglophone\u00a0; la seconde p\u00e9riode au contraire, introduite dans le texte par l\u2019indicateur temporel de la politique multiculturelle,<a id=\"_ednref2\" href=\"#_edn2\">[2]<\/a> accomplit finalement la repr\u00e9sentativit\u00e9 id\u00e9ale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans \u00ab\u00a0Le regard de la majorit\u00e9\u00a0\u00bb, le discours dit ainsi\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 60px;\">Le cin\u00e9aste peut vraiment se rapprocher de ses sujets, et les membres de ces communaut\u00e9s ont alors l\u2019occasion de s\u2019exprimer, jusqu\u2019\u00e0 un certain point. <em>Car les documentaristes\u2014tant francophones qu\u2019anglophones, mais n\u2019appartenant pas aux collectivit\u00e9s qu\u2019ils filment\u2014veulent interpr\u00e9ter pour nous ce qu\u2019ils pr\u00e9sentent.<\/em> Pour ce faire, ils ont recours \u00e0 une narration quelque peu d\u00e9tach\u00e9e du sujet mais qui sert \u00e0 donner des renseignements importants sur la communaut\u00e9 en question. Il ne s\u2019agit plus de la \u00ab\u00a0voix de Dieu\u00a0\u00bb d\u00e9sincarn\u00e9e d\u2019autrefois, mais plut\u00f4t d\u2019une voix sympathique\u00a0; on emploie souvent quelqu\u2019un ayant un accent, qui est cens\u00e9 incarner un repr\u00e9sentant de cette culture. <em>Ce porte-parole qui nous informe au sujet de la collectivit\u00e9 n\u2019en fait pas lui-m\u00eame partie\u00a0: c\u2019est un acteur ou un narrateur hors-champ qui transmet le point de vue du r\u00e9alisateur.<\/em> [\u2026] \u00c0 l\u2019\u00e9vidence, le cin\u00e9aste respecte son sujet; il s\u2019int\u00e9resse vraiment \u00e0 ce que ses personnages ont \u00e0 dire, mais <em>il se sent toujours oblig\u00e9 d\u2019interpr\u00e9ter<\/em>, d\u2019expliquer certaines choses qui nous sont pr\u00e9sent\u00e9es. (nous soulignons)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le th\u00e8me suivant, \u00ab\u00a0Un regard venu d\u2019ailleurs\u00a0\u00bb, on lit d\u00e9sormais\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 60px;\">Pour le volet production du programme, l\u2019ONF fait appel \u00e0 des cin\u00e9astes de diff\u00e9rents groupes culturels pour qu\u2019ils r\u00e9alisent des films sur les communaut\u00e9s dont ils sont issus. <em>Il ne s\u2019agira donc plus d\u2019un regard port\u00e9 sur telle ou telle minorit\u00e9 par un membre du groupe dominant, mais plut\u00f4t d\u2019une exploration, par une personne de la collectivit\u00e9, des difficult\u00e9s et avantages li\u00e9s \u00e0 l\u2019int\u00e9gration dans la culture canadienne dominante.<\/em> Dans certains cas, des r\u00e9alisateurs d\u2019une ethnie filment des gens d\u2019une autre culture, mais ils s\u2019attachent toujours aux m\u00eames th\u00e8mes\u00a0: l\u2019int\u00e9gration, les difficult\u00e9s et l\u2019attachement \u00e0 la m\u00e8re patrie. Bref, ils nous montrent \u00ab\u00a0l\u2019exp\u00e9rience immigrante\u00a0\u00bb au Canada \u00e0 travers les yeux de ceux qui l\u2019ont v\u00e9cue.<em> Le cin\u00e9aste laisse les personnes qu\u2019il filme raconter leur histoire dans leurs mots. Dans bien des films, il n\u2019y a aucune narration, ou tr\u00e8s peu, afin que les gens puissent parler d\u2019eux-m\u00eames. Et s\u2019il y a de la narration, c\u2019est g\u00e9n\u00e9ralement l\u2019un des participants qui raconte sa propre histoire.<\/em> [\u2026] Dans certains cas, le cin\u00e9aste lui-m\u00eame assume la narration de certains passages de son film, non pour se mettre au c\u0153ur de l\u2019histoire, mais pour se rapprocher de ce que les participants disent ou font \u00e0 l\u2019\u00e9cran\u00a0\u00bb. (nous soulignons)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les extraits de films propos\u00e9s sur le site et pour chaque th\u00e8me, au-del\u00e0 m\u00eame de la partie \u00ab\u00a0Cin\u00e9ma et repr\u00e9sentation\u00a0\u00bb, co\u00efncident pour la plupart avec ce mod\u00e8le (au demeurant, la disproportion num\u00e9rique des films selon les p\u00e9riodes est notable, puisque l\u2019on compte treize extraits de films datant des d\u00e9cennies 1950, 1960 et 1970, pour quarante-deux extraits de films des ann\u00e9es 1980 \u00e0 2000)\u00a0: r\u00e9alis\u00e9s pour la plupart par des cin\u00e9astes eux-m\u00eames issus de l\u2019immigration, les documentaires de la diversit\u00e9 culturelle mettent ainsi de l\u2019avant les r\u00e9cits personnels des immigrants, auxquels s\u2019ajoutent certains motifs que l\u2019on retrouve de film en film, en particulier le montage d\u2019archives priv\u00e9es (souvent sous forme de photographies familiales), lesquelles sont couramment agr\u00e9ment\u00e9es de bruitages \u00e9voquant leur origine, ainsi qu\u2019un usage fr\u00e9quent de musiques du monde. De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, on constate qu\u2019\u00e0 partir des ann\u00e9es 1980, la grande majorit\u00e9 des s\u00e9quences pr\u00e9sente des entrevues d\u2019immigrants, plus ou moins formelles.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Valorisation du t\u00e9moignage <\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span class=\"cb-dropcap-small\">L<\/span>a question de l\u2019\u00e9nonciation, qui est au c\u0153ur de ces textes, conduit ainsi \u00e0 la notion sous-jacente de t\u00e9moignage, autour de laquelle s\u2019articule le th\u00e8me \u00ab\u00a0Cin\u00e9ma et repr\u00e9sentation\u00a0\u00bb, et selon laquelle il divise l\u2019histoire documentaire on\u00e9fienne (si le terme n\u2019appara\u00eet pas ici, il est par contre employ\u00e9 par Marc St-Pierre sur le site principal de l\u2019ONF, dans la page consacr\u00e9e \u00e0 la diversit\u00e9 culturelle et qui r\u00e9sume la chronologie d\u00e9taill\u00e9e plus haut\u00a0: \u00ab\u00a0La narration fait place aux t\u00e9moignages des participants\u00a0\u00bb). Par t\u00e9moignage, nous entendons, selon la d\u00e9finition qu\u2019en donne Renaud Dulong dans son ouvrage <em>Le t\u00e9moin oculaire. Les conditions sociales de l\u2019attestation personnelle<\/em>, \u00ab\u00a0Un r\u00e9cit autobiographiquement certifi\u00e9 d\u2019un \u00e9v\u00e9nement pass\u00e9, que ce r\u00e9cit soit effectu\u00e9 dans des circonstances informelles ou formelles\u00a0\u00bb (43).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La notion de \u00ab\u00a0t\u00e9moignage\u00a0\u00bb, qui se d\u00e9ploie \u00e0 travers des genres divers (litt\u00e9raire, historiographique, juridique, etc.), autorise son emploi dans l\u2019analyse du site \u00ab\u00a0D\u2019une culture \u00e0 l\u2019autre\u00a0\u00bb, puisqu\u2019elle permet d\u2019englober les diff\u00e9rentes formes qu\u2019elle adopte dans les films on\u00e9fiens\u00a0: non seulement les entrevues, mais aussi les films \u00e0 caract\u00e8re autobiographique (plac\u00e9s dans la partie \u00ab\u00a0Une voix de l\u2019int\u00e9rieur\u00a0\u00bb), r\u00e9cits d\u2019\u00e9v\u00e9nements historiques ou d\u2019\u00e9pisodes plus intimes, mais r\u00e9cits, dans tous les cas, tourn\u00e9s vers le pass\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Suivant la pens\u00e9e de Hannah Arendt, Dulong rappelle les \u00ab\u00a0enjeux [\u2026] existentiels\u00a0\u00bb du t\u00e9moignage\u00a0: \u00ab\u00a0la capacit\u00e9 de dialoguer fonde la possibilit\u00e9 de reconna\u00eetre des semblables, de s\u2019auto-identifier et de donner sens au monde. La participation \u00e0 l\u2019espace public n\u2019est pas un attribut accessoire de l\u2019existence humaine, c\u2019est sa condition\u00a0\u00bb (128). Le t\u00e9moignage, en ce sens, est non seulement une pratique essentielle et fondatrice de l\u2019espace public, une institution dit Paul Ric\u0153ur, garante du lien social en ce qu\u2019il est fond\u00e9 sur la confiance dans la parole d\u2019autrui, mais de l\u2019humanit\u00e9 m\u00eame, puisque ce que cette confiance \u00ab\u00a0renforce, ce n\u2019est pas seulement l\u2019interd\u00e9pendance, mais la similitude en humanit\u00e9 des membres de la communaut\u00e9. L\u2019\u00e9change des confiances sp\u00e9cifie le lien entre des \u00eatres semblables\u00a0\u00bb (2000<em>,<\/em> 207).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces remarques sugg\u00e8rent que le questionnement de la figure du t\u00e9moin et de la fonction du t\u00e9moignage dans le site \u00ab\u00a0D\u2019une culture \u00e0 l\u2019autre\u00a0\u00bb n\u2019engage pas leur remise en cause univoque et g\u00e9n\u00e9rale, non plus celle du \u00ab\u00a0film de t\u00e9moins\u00a0\u00bb (on conna\u00eet les grandes \u0153uvres produites par le cin\u00e9ma sur ce sujet), mais bien, dans le cas de l\u2019ONF, l\u2019id\u00e9e qu\u2019il serait la forme de repr\u00e9sentation la plus l\u00e9gitime. C\u2019est en effet cette perspective qui, dans le th\u00e8me \u00ab\u00a0Cin\u00e9ma et repr\u00e9sentation\u00a0\u00bb, m\u00e8ne le sens de l\u2019histoire des documentaires on\u00e9fiens\u00a0: de la domination, marqu\u00e9e par un \u00e9nonciateur (auteur ou narrateur), dont on estime qu\u2019il ne serait pas partie prenante de son sujet, ici l\u2019immigration (et qui devient manifestement le signe d\u2019un tort caus\u00e9 \u00e0 ceux qu\u2019il filme), \u00e0 l\u2019\u00e9mancipation, finalement r\u00e9alis\u00e9e dans la prise de parole des immigrants eux-m\u00eames, et gr\u00e2ce \u00e0 la politique multiculturelle canadienne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On retrouve cette m\u00eame division dans les petites l\u00e9gendes qui pr\u00e9sentent les extraits de films sur le site. Pour exemple, dans le th\u00e8me \u00ab\u00a0Le regard de la majorit\u00e9\u00a0\u00bb, et sur le film <em>Dimanche d&#8217;Am\u00e9rique<\/em> (1961) de Gilles Carle, on peut ainsi lire\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 60px;\">Cet extrait montre bien que l\u2019utilisation d\u2019une cam\u00e9ra l\u00e9g\u00e8re qu\u2019on porte \u00e0 l\u2019\u00e9paule et d\u2019un magn\u00e9tophone portatif capable de capter le son en direct permet au cin\u00e9aste de se rapprocher de son sujet. Par contre, en choisissant d\u2019exprimer son point de vue par le biais d\u2019une narration, il garde une certaine distance avec la communaut\u00e9 italienne dont il veut faire le portrait. (Ohayon et St-Pierre, nous soulignons)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le th\u00e8me \u00ab\u00a0Un regard venu d&#8217;ailleurs\u00a0\u00bb au contraire, introduisant le cin\u00e9ma de la diversit\u00e9 culturelle, il est par exemple \u00e9crit, sur le film <em>Ha\u00efti Qu\u00e9bec<\/em> (1985) de Tahani Rached\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 60px;\">Voici un excellent exemple d\u2019interaction entre la cin\u00e9aste et les protagonistes de son film. Bien qu\u2019on ne voie pas la cin\u00e9aste \u00e0 l\u2019\u00e9cran, on l\u2019entend parler avec un jeune Ha\u00eftien. Il n\u2019y a pas de condescendance dans\u00a0 sa voix. Elle-m\u00eame membre d\u2019une minorit\u00e9 ethnique, elle respecte manifestement l\u2019opinion de son interlocuteur et compatit \u00e0 ses probl\u00e8mes. La cin\u00e9aste n\u2019\u00e9prouve pas le besoin de recourir \u00e0 la narration pour expliquer les \u00e9v\u00e9nements. Elle pr\u00e9f\u00e8re laisser son sujet s\u2019exprimer. (Ohayon et St-Pierre, nous soulignons)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Matteo Treleani, dans son \u00e9tude sur le site internet de l\u2019Institut national de l\u2019audiovisuel (INA), souligne que le travail d\u2019\u00ab\u00a0\u00e9ditorialisation\u00a0\u00bb et les \u00ab\u00a0op\u00e9rations de recontextualisation\u00a0\u00bb (128) des archives effectu\u00e9es sur le site, par leur r\u00e9interpr\u00e9tation, peut jouer sur la compr\u00e9hension de leur contenu et en modifier le sens. Il s\u2019agit donc ici d\u2019interroger le r\u00f4le de cette mise en avant de la figure du t\u00e9moin dans les \u00ab\u00a0parcours interpr\u00e9tatifs\u00a0\u00bb propos\u00e9s par le site. Si l\u2019on peut admettre en effet la perspective on\u00e9fienne pour la p\u00e9riode griersonienne (\u00ab\u00a0La voix officielle\u00a0\u00bb), certains films pr\u00e9sentant parfois un caract\u00e8re folklorique et\/ou pros\u00e9lyte, la critique para\u00eet plus \u00e9tonnante pour le cin\u00e9ma des ann\u00e9es 1960 (\u00ab\u00a0Le regard de la majorit\u00e9\u00a0\u00bb), qui demeure adjoint au discours dominant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est pourquoi la fonction de cette r\u00e9vision critique de sa propre histoire par l\u2019ONF, \u00e0 travers la valorisation du t\u00e9moignage, est ici interrog\u00e9e par la comparaison de<em> Pour quelques arpents de neige\u2026<\/em>, r\u00e9alis\u00e9 en 1962 par Georges Dufaux et Jacques Godbout, situ\u00e9 dans le th\u00e8me \u00ab\u00a0Le regard de la majorit\u00e9\u00a0\u00bb, et de <em>L\u2019arbre qui dort r\u00eave \u00e0 ses racines<\/em>, r\u00e9alis\u00e9 par Michka Sa\u00e4l en 1992, plac\u00e9 dans la partie \u00ab\u00a0Une voix de l\u2019int\u00e9rieur\u00a0\u00bb. Pr\u00e9sent\u00e9s dans le th\u00e8me \u00ab\u00a0Cin\u00e9ma et repr\u00e9sentation\u00a0\u00bb, les deux films sont propices \u00e0 la comparaison\u00a0: tous deux cherchent \u00e0 donner un portrait de groupe des immigrants, comportent des entrevues, et m\u00e9nagent en leur sein des moments de fiction.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Pour quelques arpents de neige\u2026<\/em>, qui fut r\u00e9alis\u00e9 dans le cadre de la s\u00e9rie <em>Temps pr\u00e9sent<\/em> de Radio-Canada, montre l\u2019arriv\u00e9e d\u2019immigrants europ\u00e9ens au port d\u2019Halifax et le voyage en train qui doit les mener \u00e0 Montr\u00e9al. Le texte qui accompagne l\u2019extrait propos\u00e9 sur le site retrouve les pr\u00e9occupations d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9es\u00a0: \u00ab\u00a0Les cin\u00e9astes utilisent un narrateur avec un accent \u00e9tranger, donnant ainsi l\u2019impression d\u2019apporter le point de vue de l\u2019immigrant alors qu\u2019il s\u2019agit, en v\u00e9rit\u00e9, de celui des auteurs\u00a0\u00bb (Ohayon et St-Pierre, \u00ab\u00a0Le regard de la majorit\u00e9\u00a0\u00bb). Rev\u00eatant les attributs du cin\u00e9ma direct, le film de Dufaux et Godbout contient deux voix-off, deux br\u00e8ves entrevues,<a id=\"_ednref3\" href=\"#_edn3\">[3]<\/a> et se concentre en grande partie sur les gestes, les visages et les sc\u00e8nes collectives durant le voyage en train, marqu\u00e9es en particulier par les chants des immigrants italiens et allemands, parfois entrecoup\u00e9es par quelques images de fiction.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>L\u2019arbre qui dort r\u00eave \u00e0 ses racines<\/em> est, d\u2019apr\u00e8s le r\u00e9sum\u00e9 qui en est donn\u00e9 sur le site principal de l\u2019ONF, un \u00ab\u00a0Documentaire sur le parcours difficile de deux jeunes femmes immigrantes au Qu\u00e9bec. L&#8217;une est arabe et libanaise, l&#8217;autre est juive et tunisienne. \u00c0 cette histoire d&#8217;une amiti\u00e9 rare, se greffent les t\u00e9moignages \u00e9mouvants d&#8217;hommes et de femmes d&#8217;horizons et de g\u00e9n\u00e9rations diff\u00e9rentes\u00a0\u00bb. Le film est ainsi b\u00e2ti sur deux grands types de s\u00e9quences\u00a0: d\u2019une part, des entrevues d\u2019immigrants ou d\u2019enfants d\u2019immigr\u00e9s et, d\u2019autre part, des moments de mise en sc\u00e8ne, sp\u00e9cifiques aux deux amies, que sont donc la cin\u00e9aste elle-m\u00eame, Michka Sa\u00e4l, et Nadine Ltaif.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si <em>L\u2019arbre qui dort r\u00eave \u00e0 ses racines<\/em> est en grande partie compos\u00e9 d\u2019entretiens, alors que dans <em>Pour quelques arpents de neige\u2026<\/em>, et comme le signalent les textes de \u00ab\u00a0Cin\u00e9ma et repr\u00e9sentation\u00a0\u00bb, le discours est avant tout pris en charge par un narrateur, la comparaison de l\u2019entrevue principale du film de Dufaux et Godbout avec celles du film de Sa\u00e4l permet d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 d\u2019introduire la question du t\u00e9moignage.<a id=\"_ednref4\" href=\"#_edn4\">[4]<\/a> Dans le premier, un p\u00e8re et sa fille syriens r\u00e9pondent aux questions d\u2019un interlocuteur hors champ, durant le voyage en train (figure 1)\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 60px;\"><em>(Plan fixe, le p\u00e8re et sa fille sont assis l\u2019un \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019autre dans le train) <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 60px;\">Le p\u00e8re\u00a0: Nous avons pris le bateau\u2026 du Liban [\u2026] nous sommes venus d\u2019Alep, de la Syrie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 60px;\">L\u2019interlocuteur\u00a0: [\u2026] Pourquoi vous \u00eates partis de la Syrie\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 60px;\">Le p\u00e8re\u00a0: Pour venir avec le reste de notre famille d\u00e9finitivement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 60px;\">L\u2019interlocuteur s\u2019adresse \u00e0 la fille\u00a0: Vous aussi vous \u00e9tiez contente de partir\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 60px;\">La fille\u00a0: Oui bien s\u00fbr j\u2019\u00e9tais contente, parce que je voulais venir avec ma s\u0153ur, mes ni\u00e8ces, mes neveux, mes deux fr\u00e8res\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 60px;\">L\u2019interlocuteur\u00a0: Ils sont tous contents ceux qui sont ici\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 60px;\">La fille\u00a0: Oui bien s\u00fbr.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 60px;\">Le p\u00e8re\u00a0: Le second il est bon imprimeur [\u2026] l\u2019autre \u00e9tudie\u2026 comment dit-on\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 60px;\">La fille\u00a0: Ing\u00e9nieur. [\u2026] Alors il est venu \u00e0 Montr\u00e9al depuis deux mois [\u2026]. Maintenant il est \u00e0 l\u2019universit\u00e9, il continue. Il travaille tr\u00e8s bien parce qu\u2019il a perdu trois mois\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 60px;\">L\u2019interlocuteur\u00a0: Qu\u2019est-ce que vous faisiez, vous\u2026\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 60px;\">La fille\u00a0: Moi j\u2019allais prendre mon bachot \u00e0 Alep [\u2026] alors je vais continuer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 60px;\"><em>(Coupe \u00e0 l\u2019image. Gros plan sur le visage de la fille, hors cadre l\u2019interlocuteur et le p\u00e8re poursuivent la discussion.)<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 60px;\">L\u2019interlocuteur\u00a0au p\u00e8re\u00a0: Qu\u2019est-ce que vous faisiez en Syrie\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 60px;\">Le p\u00e8re\u00a0: J\u2019avais une imprimerie typographique et je faisais des cachets en caoutchouc. <em>(Recadrage et gros plan sur le visage du p\u00e8re.)<\/em> [\u2026] Je tenais le bazar.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 60px;\">L\u2019interlocuteur\u00a0: Et vous avez l\u2019intention de retravailler ici\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 60px;\">Le p\u00e8re\u00a0: Oui. Si je trouve un travail quelconque je le ferai. Comme une librairie par exemple [\u2026]. Probablement encore je ferai des cachets en caoutchouc. Si jamais mon fils veut faire une imprimerie \u00e0 part je travaillerai avec lui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 60px;\"><em>(Coupe \u00e0 l\u2019image. Gros plan sur le visage de la fille. Le p\u00e8re poursuit, \u00e0 nouveau hors cadre)<\/em> M\u00eame si je suis \u00e2g\u00e9 j\u2019aime \u00e0 travailler.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 60px;\">L\u2019interlocuteur hors champ pose une question (inaudible), \u00e0 la fille\u00a0: Ma s\u0153ur o\u00f9 elle habite c\u2019est dans \u2026 Outremont.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 60px;\">Le p\u00e8re <em>(hors cadre)<\/em> : Outremont PQ.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 60px;\">La fille <em>(regardant par la fen\u00eatre du train et murmurant)<\/em> : On va voir\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 60px;\"><em>(Coupe et nouvelle s\u00e9quence)<\/em><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0012.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"6842\" data-permalink=\"https:\/\/imaginations.space\/?attachment_id=6842\" data-orig-file=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0012.png\" data-orig-size=\"1062,401\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"image001\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0012-1024x387.png\" class=\"aligncenter size-full wp-image-6842\" src=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0012.png\" alt=\"image001\" width=\"1062\" height=\"401\" srcset=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0012.png 1062w, https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0012-150x57.png 150w, https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0012-300x113.png 300w, https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0012-1024x387.png 1024w\" sizes=\"auto, (max-width: 1062px) 100vw, 1062px\" \/><\/a>Fig. 1. <em>Pour quelques arpents de neige\u2026 <\/em>Entrevue dans le train (\u00ab\u00a0On va voir\u2026\u00a0\u00bb). \u00a91962 Office national du film du Canada. Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans <em>L\u2019arbre qui dort r\u00eave \u00e0 ses racines<\/em>, les entrevues se d\u00e9roulent de deux mani\u00e8res. Dans la premi\u00e8re, les individus parlent face cam\u00e9ra, \u00e0 l\u2019image de l\u2019extrait propos\u00e9 sur le site,\u00a0dans lequel Michka Sa\u00e4l t\u00e9moigne de son exp\u00e9rience avec un agent d\u2019immigration (figure 2)\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 60px;\">Il m\u2019a pos\u00e9e des questions et \u00e0 chaque r\u00e9ponse il mettait une note sur son papier. Je lisais \u00e0 l\u2019envers. [\u2026] Je me disais mais c\u2019est quoi la moyenne\u00a0? C\u2019est des questions normales\u00a0: d\u2019o\u00f9 je venais, pourquoi je venais ici et qu\u2019est-ce que j\u2019allais y faire\u00a0? Et puis tout d\u2019un coup il a chang\u00e9 de ton, il est devenu goguenard, m\u00e9prisant, il m\u2019a dit\u00a0: \u00ab\u00a0Vous les Juifs l\u00e0, vous en avez un beau pays. Pourquoi donc vous venez ici\u00a0? Pourquoi vous allez pas habiter en Isra\u00ebl\u00a0?\u00a0\u00bb (<em>Fondu au noir<\/em>) \u00c0 un moment il m\u2019a demand\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Votre ami l\u00e0, ce monsieur qui est votre garant, c\u2019est qui exactement pour vous\u00a0?\u00a0\u00bb Alors j\u2019ai dit \u00ab\u00a0Je vis avec lui\u00a0\u00bb. Il m\u2019a dit\u00a0: \u00ab\u00a0On a tu bris\u00e9 un m\u00e9nage\u00a0?\u00a0\u00bb (<em>Fondu au noir<\/em>) Puis au bout de quelques questions il a fait l\u2019addition [\u2026] il est arriv\u00e9 \u00e0 un chiffre et il a dit\u00a0: \u00ab\u00a0Ah ben c\u2019est dommage mais vous l\u2019avez pas. Pas de beaucoup mais vous l\u2019avez pas\u00a0\u00bb. Et moi j\u2019ai r\u00e9agi tr\u00e8s vite, je sais pas comment mais j\u2019ai eu un sursaut et je lui ai dit\u00a0: \u00ab\u00a0Est-ce que je peux vous poser une question\u00a0?\u00a0\u00bb Alors il avait pas l\u2019air ravi mais il m\u2019a \u00e9cout\u00e9e. \u00ab\u00a0Monsieur l\u00e0 en int\u00e9gration je vois que vous m\u2019avez mis 3, pourquoi\u00a0? Je parle fran\u00e7ais, j\u2019\u00e9tudie en fran\u00e7ais, je vis \u00e0 l\u2019Est de Montr\u00e9al, je vis avec un Qu\u00e9b\u00e9cois, tous mes amis sont qu\u00e9b\u00e9cois, qu\u2019est-ce qu\u2019il faut que je fasse de plus\u00a0?\u00a0\u00bb (<em>Photographie noire et blanc de la c\u00e9r\u00e9monie d\u2019immigration<\/em>) Alors \u00e7a l\u2019a amus\u00e9 et il s\u2019est rassis. Et l\u00e0 j\u2019ai fait l\u2019\u00e9pici\u00e8re. Question par question j\u2019ai marchand\u00e9. Comme un marchand de tapis. Puis il changeait les notes. Et \u00e0 la fin il m\u2019a dit\u00a0: \u00ab\u00a0Ah bah l\u00e0 \u00e7a a l\u2019air que vous l\u2019avez\u00a0\u00bb. Puis il s\u2019est lev\u00e9, il a pris son manteau [\u2026] et il a dit\u00a0: \u00ab\u00a0En tout cas mademoiselle pour votre t\u00e9nacit\u00e9 je vous f\u00e9licite. Vous avez m\u00e9rit\u00e9 de faire partie de notre beau pays\u00a0\u00bb. (<em>Photographie de la c\u00e9r\u00e9monie<\/em>). Puis je suis partie, j\u2019ai march\u00e9 tr\u00e8s vite. [\u2026] Je suis rentr\u00e9e dans le premier restaurant grec venu, je me suis pr\u00e9cipit\u00e9e sur le t\u00e9l\u00e9phone, je devais avoir l\u2019air blanche parce que le monsieur est arriv\u00e9 avec une chaise, j\u2019ai appel\u00e9 et quand j\u2019ai eu mon ami au bout du fil j\u2019ai pleur\u00e9 pleur\u00e9 pleur\u00e9 et puis il me disait \u00ab\u00a0Mais c\u2019est pas grave, tu verras, on va se marier, on va trouver un moyen m\u00eame si tu veux pas mais tu vas rester ici\u00a0\u00bb. Et je lui ai dit \u00ab\u00a0Mais je l\u2019ai eu\u00a0!\u00a0\u00bb Et il comprenait pas pourquoi je pleurais mais moi je crois que c\u2019\u00e9tait pour laver, je me sentais sale (<em>Elle s\u2019\u00e9trangle<\/em>).<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0022.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"6843\" data-permalink=\"https:\/\/imaginations.space\/?attachment_id=6843\" data-orig-file=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0022.png\" data-orig-size=\"1116,481\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"image002\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0022-1024x441.png\" class=\"aligncenter size-full wp-image-6843\" src=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0022.png\" alt=\"image002\" width=\"1116\" height=\"481\" srcset=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0022.png 1116w, https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0022-150x65.png 150w, https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0022-300x129.png 300w, https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0022-1024x441.png 1024w\" sizes=\"auto, (max-width: 1116px) 100vw, 1116px\" \/><\/a>Fig. 2<em> L\u2019Arbre qui dort r\u00eave \u00e0 ses racines<\/em>. T\u00e9moignage face cam\u00e9ra et photographie entrecoupant le t\u00e9moignage. \u00a91992 Office national du film du Canada. Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le reste du temps, ils s\u2019expriment par le biais d\u2019entrevues relativement informelles, voire de discussions, autour d\u2019un repas, sur leur lieu de travail ou chez eux. Ainsi d\u2019une immigrante allemande, qui raconte \u00e0 la cin\u00e9aste son parcours, les deux femmes partageant un th\u00e9 dans le domicile de la premi\u00e8re (figure 3)\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 60px;\">Tu sais Michka pourquoi le Canada\u00a0? C\u2019est tr\u00e8s dr\u00f4le parce que \u00e7a a commenc\u00e9 quand j\u2019\u00e9tais tr\u00e8s petite. Ma m\u00e8re elle vient de la For\u00eat-Noire. Elle est un peu comme moi ou je suis un peu comme elle parce qu\u2019elle a quitt\u00e9 son petit village natal. [\u2026] Mon p\u00e8re voulait jamais voyager <em>(Photographies familiales)<\/em>. [\u2026] Une fois aux \u00e9tudes, j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 comme beaucoup d\u2019Allemands de ma g\u00e9n\u00e9ration d\u2019aller travailler dans un kibboutz en Isra\u00ebl. Tu vois les gens de ma g\u00e9n\u00e9ration il y a une grande curiosit\u00e9 face au peuple juif et on ressent tous une grande culpabilit\u00e9. [\u2026] Donc je suis venue ici, l\u2019ann\u00e9e apr\u00e8s. [\u2026] Je connaissais tr\u00e8s peu de monde. [\u2026] Ensuite j\u2019ai trouv\u00e9 un travail, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 engag\u00e9e comme psychologue dans une commission scolaire ici. Et je travaille depuis pour cette commission scolaire dans le secteur francophone qui est constitu\u00e9 majoritairement d\u2019immigrants <em>(Photographie d\u2019enfants)<\/em>. Je vois les parents aussi, je fais des interventions aupr\u00e8s de la famille. Un parent me dirait\u00a0: \u00ab\u00a0Mon enfant a des probl\u00e8mes, est-ce vous voulez que je le batte pour qu\u2019il change\u00a0?\u00a0\u00bb Pour me plaire il le dit. Moi \u00e9videmment avec tout le bagage qu\u2019on a et tout le devoir face \u00e0 la loi, je saute haut comme \u00e7a. [\u2026] (<em>Photographie d\u2019enfants<\/em>) Mais en m\u00eame temps je vois que \u00e7a fait partie de certaines cultures [\u2026] Des familles me parlent de leur lutte de survie [\u2026] c\u2019est souvent un probl\u00e8me de l\u2019immigration que les familles \u00e9clatent. Je vois beaucoup de familles monoparentales et souvent c\u2019est la m\u00e8re qui reste prise avec plusieurs enfants [\u2026] elle travaille dans une usine [\u2026] c\u2019est la pauvret\u00e9, souvent les enfants qui mangent pas des fois [\u2026] c\u2019est la mis\u00e8re. [\u2026] <em>(Photographie d\u2019elle et de sa fille)<\/em>. Ma fille Myriam j\u2019ai l\u2019impression qu\u2019elle peut vivre quelque chose que j\u2019aurai bien voulu avoir moi-m\u00eame, \u00e7a veut dire grandir dans un milieu multilingue. [\u2026]<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0032.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"6844\" data-permalink=\"https:\/\/imaginations.space\/?attachment_id=6844\" data-orig-file=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0032.png\" data-orig-size=\"1063,397\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"image003\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0032-1024x382.png\" class=\"aligncenter size-full wp-image-6844\" src=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0032.png\" alt=\"image003\" width=\"1063\" height=\"397\" srcset=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0032.png 1063w, https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0032-150x56.png 150w, https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0032-300x112.png 300w, https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0032-1024x382.png 1024w\" sizes=\"auto, (max-width: 1063px) 100vw, 1063px\" \/><\/a>Fig. 3.<em> L\u2019Arbre qui dort r\u00eave \u00e0 ses racines<\/em>. T\u00e9moignage informel et photographie entrecoupant le t\u00e9moignage. \u00a91992 Office national du film du Canada. Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces deux s\u00e9quences sont exemplaires du film de Sa\u00e4l, en refl\u00e9tant la mani\u00e8re dont les immigrants acqui\u00e8rent le statut de t\u00e9moins. En effet, et au contraire du film de Dufaux et Godbout, dont l\u2019entrevue a une valeur essentiellement introductive et a pour principale mati\u00e8re l\u2019avenir\u2014ce qu\u2019expriment les derniers mots murmur\u00e9s par la jeune fille, \u00ab\u00a0On va voir\u2026\u00a0\u00bb, le regard tourn\u00e9 vers un dehors (figure 1) \u2014les paroles des immigrants de <em>L\u2019arbre qui dort r\u00eave \u00e0 ses racines<\/em> se r\u00e9f\u00e8rent, pour une tr\u00e8s large part, \u00e0 un pass\u00e9, proche ou lointain, v\u00e9cu par eux et racont\u00e9 pour les besoins du film. Si la premi\u00e8re forme de mise en sc\u00e8ne s\u2019apparente au t\u00e9moignage de la mani\u00e8re la plus \u00e9vidente, les entrevues informelles s\u2019inscrivent elles aussi dans son cadre, en convoquant de m\u00eame les souvenirs des immigrants. Parce que transmises par le film, et bien que ce pass\u00e9 soit intime et les r\u00e9cits ceux d\u2019histoires personnelles, les entrevues se constituent de fait en t\u00e9moignages de \u00ab\u00a0l\u2019exp\u00e9rience immigrante\u00a0\u00bb, pour reprendre les termes du site, les r\u00e9cits du pass\u00e9 menant par ailleurs \u00e0 des consid\u00e9rations plus g\u00e9n\u00e9rales sur l\u2019immigration et la soci\u00e9t\u00e9 multiculturelle (le statut sanctionnant le point de vue, pour ainsi dire).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces t\u00e9moignages sont en outre largement men\u00e9s par des consid\u00e9rations identitaire et m\u00e9morielle, pr\u00e9occupations \u00e9videntes dans le proc\u00e9d\u00e9, utilis\u00e9 syst\u00e9matiquement dans le film, qui consiste \u00e0 monter les photographies familiales et personnelles des individus durant leurs entrevues (figures 2 et 3). Cet artifice, dont on a d\u00e9j\u00e0 dit la r\u00e9currence au sein de nombreux films de la diversit\u00e9 culturelle, retrouve les signes d\u2019un r\u00e9gime testimonial plus vaste, que Philippe Mesnard, dans son ouvrage <em>T\u00e9moignage en r\u00e9sistance<\/em>, d\u00e9crit pour la litt\u00e9rature comme ce qui, \u00e0 partir des ann\u00e9es 1980, \u00ab\u00a0caract\u00e9rise le rapport [qu\u2019elle] entretient avec le pass\u00e9 sous le signe dominant de la m\u00e9moire\u00a0: famille, filiation, histoire, qu\u00eate d\u2019identit\u00e9, brouillage du sujet, retour \u00e0 l\u2019autobiographie r\u00e9ajust\u00e9e \u00e0 ses propres incertitudes, fonction de l\u2019archive comme attestation moins du pass\u00e9 que de l\u2019accrochage au pass\u00e9 ou \u00e0 <em>un<\/em> pass\u00e9\u2026\u00a0\u00bb (329).<a id=\"_ednref5\" href=\"#_edn5\">[5]<\/a><\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>T\u00e9moignage et comm\u00e9moration <\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span class=\"cb-dropcap-small\">L<\/span>a pr\u00e9sence de ces grands th\u00e8mes de la litt\u00e9rature testimoniale dans le film de Sa\u00e4l, comme dans une partie des documentaires on\u00e9fiens de la diversit\u00e9 culturelle, manifeste leur inscription dans le r\u00e9gime m\u00e9moriel qui configure aujourd\u2019hui largement les repr\u00e9sentations collectives. Pierre Nora a analys\u00e9 dans le dernier tome des <em>Lieux de m\u00e9moire<\/em> cette entr\u00e9e dans l\u2019\u00ab\u00a0\u00e8re de la comm\u00e9moration\u00a0\u00bb, qui a substitu\u00e9 au \u00ab\u00a0mod\u00e8le historique\u00a0\u00bb de l\u2019\u00c9tat nation un \u00ab\u00a0mod\u00e8le m\u00e9moriel\u00a0\u00bb (4696).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bien que l\u2019\u00e9tude porte alors sur la France, ses remarques demeurent pertinentes, en soulignant les m\u00e9canismes qui sont en jeu dans ce passage\u00a0: d\u2019une part, la comm\u00e9moration, traditionnellement prise en charge par l\u2019\u00c9tat, s\u2019est \u00e9tendue \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9poque tout enti\u00e8re\u00a0\u00bb (4704), par la promotion de m\u00e9moires particuli\u00e8res, locales et culturelles, d\u2019autre part, ce renversement signale le passage \u00ab\u00a0d\u2019une conscience nationale unitaire \u00e0 une conscience de soi de type patrimonial\u00a0\u00bb (4699)\u2014le \u00ab\u00a0patrimoine est carr\u00e9ment pass\u00e9 du bien qu\u2019on poss\u00e8de par h\u00e9ritage au bien qui vous constitue\u00a0\u00bb (4713)\u2014, enfin, cette perspective identitaire s\u2019est accompagn\u00e9e d\u2019un nouveau rapport au temps. Paul Ric\u0153ur, revenant sur les analyses de Nora, \u00e9crit ainsi, dans <em>La m\u00e9moire, l\u2019histoire, l\u2019oubli\u00a0:<\/em> \u00ab\u00a0\u201cNation m\u00e9moriale\u201d en lieu et place de \u201cnation historique\u201d, la subversion est profonde. [\u2026] \u00c0 la solidarit\u00e9 du pass\u00e9 et de l\u2019avenir, s\u2019est substitu\u00e9e la solidarit\u00e9 du pr\u00e9sent et de la m\u00e9moire\u00a0\u00bb. Et il ajoute, citant Nora\u00a0: \u00ab\u00a0\u201cC\u2019est \u00e0 l\u2019\u00e9mergence de ce pr\u00e9sent historis\u00e9 qu\u2019est due l\u2019\u00e9mergence corr\u00e9lative de \u2018l\u2019identit\u00e9.\u2019\u201d \u00c0 l\u2019ancien usage purement administratif ou policier du terme s\u2019est substitu\u00e9 un usage m\u00e9moriel\u00a0\u00bb (2000, 534).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le r\u00f4le de la parole testimoniale dans ce basculement est primordial, puisque le t\u00e9moignage devient la forme privil\u00e9gi\u00e9e d\u2019une reprise de l\u2019identit\u00e9 par la m\u00e9moire, et donc des revendications de reconnaissance identitaire des minorit\u00e9s, question centrale des politiques multiculturelles. Fran\u00e7ois Hartog aper\u00e7oit ainsi dans le \u00ab\u00a0quatuor form\u00e9 par la m\u00e9moire, la comm\u00e9moration, le patrimoine et l\u2019identit\u00e9, auquel il faut, au moins, adjoindre le crime contre l\u2019humanit\u00e9, la victime, le t\u00e9moin\u00a0\u00bb, des mots qui, \u00ab\u00a0formant plus ou moins syst\u00e8me, [\u2026] renvoient les uns aux autres et sont devenus des rep\u00e8res tout \u00e0 la fois puissants et vagues, des supports pour l\u2019action, des slogans pour faire valoir des revendications, demander des r\u00e9parations\u00a0\u00bb (49). Pierre Nora peut \u00e9crire de m\u00eame\u00a0: \u00ab\u00a0Identit\u00e9, m\u00e9moire, patrimoine\u00a0: les trois mots cl\u00e9s de la conscience contemporaine, les trois faces du nouveau continent Culture. [\u2026] Trois mots devenus circulaires, presque synonymes [\u2026]\u00a0\u00bb (4713).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La fonction m\u00e9morielle du t\u00e9moin est donc au c\u0153ur des \u00ab\u00a0logiques identitaires\u00a0\u00bb identifi\u00e9es par Jacques Ranci\u00e8re, l\u2019inscription des films dans le r\u00e9gime m\u00e9moriel correspondant ainsi au tour pris par l\u2019ONF lui-m\u00eame, qui a fait de sa collection un usage comm\u00e9moratif du patrimoine canadien, au centre duquel appara\u00eet la c\u00e9l\u00e9bration de la diversit\u00e9 culturelle. Si, on l\u2019a dit, dans le site \u00ab\u00a0D\u2019une culture \u00e0 l\u2019autre\u00a0\u00bb, cette c\u00e9l\u00e9bration se d\u00e9couvre ostensiblement dans les textes, notamment par les r\u00e9f\u00e9rences comm\u00e9moratives aux premi\u00e8res mesures multiculturelles, il faut interroger le d\u00e9tour qu\u2019elle emprunte dans les documentaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De prime abord, la valorisation du t\u00e9moignage par l\u2019ONF dans ses productions semble en effet men\u00e9e par la volont\u00e9 de m\u00e9nager un espace critique\u00a0: la prise de parole des immigrants permettrait ainsi de questionner frontalement, directement et de mani\u00e8re transparente \u00ab\u00a0les difficult\u00e9s et avantages li\u00e9s \u00e0 l\u2019int\u00e9gration dans la culture canadienne dominante\u00a0\u00bb, selon des termes d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9s, quand les films de \u00ab\u00a0la voix officielle\u00a0\u00bb et du \u00ab\u00a0regard de la majorit\u00e9\u00a0\u00bb seraient avant tout l\u2019expression des \u00ab\u00a0membre[s] du groupe dominant\u00a0\u00bb\u2014l\u2019expression de la domination.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, <em>L\u2019arbre qui dort r\u00eave \u00e0 ses racines<\/em>, par la mise en sc\u00e8ne de multiples t\u00e9moins, para\u00eet entrouvrir un espace de controverse, et retrouver de la sorte l\u2019usage judiciaire principiel du terme\u00a0: dans la confrontation des t\u00e9moignages, faire le proc\u00e8s des manquements du multiculturalisme canadien. De fait, les t\u00e9moignages du film de Sa\u00e4l reviennent souvent sur les difficult\u00e9s auxquelles les immigrants se heurtent (x\u00e9nophobie, probl\u00e8mes d\u2019accueil, rapports avec l\u2019administration migratoire, etc.), le film \u00e9tant par ailleurs structur\u00e9 sur un \u00e9loge de la diff\u00e9rence et du dialogue entre cultures.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or l\u2019on reconna\u00eet dans cette composition, au-del\u00e0 d\u2019intentions au demeurant louables, les termes de la rh\u00e9torique employ\u00e9e sur le site de l\u2019ONF\u00a0: d\u2019une part, la reproduction, au sein de t\u00e9moignages relatant des histoires et des parcours divers, de leitmotive typiquement associ\u00e9s \u00e0 l\u2019immigration (exp\u00e9rience de l\u2019exil, de l\u2019int\u00e9gration, choc des cultures, racisme ordinaire, etc.), d\u2019autre part, la promotion de quelques grandes notions f\u00e9d\u00e9ratrices (tol\u00e9rance, diversit\u00e9, etc.) en lieu et place d\u2019antagonismes \u00e9conomico-politiques, enfin, l\u2019accent mis sur les difficult\u00e9s persistantes des immigrants dans une soci\u00e9t\u00e9 pourtant multiculturelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si donc les t\u00e9moignages permettent \u00e0 premi\u00e8re vue d\u2019interroger les qualit\u00e9s et d\u00e9fauts de la politique multiculturelle, il reste que son fondement m\u00eame n\u2019est jamais remis en cause, ses postulats demeurant admis. Le consensus sur l\u2019id\u00e9ologie multiculturelle est ainsi acquis par soustraction du th\u00e8me socio-\u00e9conomique, unanimit\u00e9 autour de valeurs consensuelles, et critique a posteriori\u00a0: en ce cas, et comme dans les textes du site, lorsque le t\u00e9moin signale l\u2019\u00e9cart entre les valeurs de la diversit\u00e9 culturelle et le r\u00e9el v\u00e9cu par lui, il indique un id\u00e9al qui reste \u00e0 accomplir, un mod\u00e8le qui doit se perfectionner.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce sont donc des t\u00e9moins \u00e0 d\u00e9charge que convoque le proc\u00e8s de la diversit\u00e9 culturelle, et cela parce qu\u2019ils sont avant tout les t\u00e9moins <em>de<\/em> la diversit\u00e9 culturelle, c&#8217;est-\u00e0-dire repr\u00e9sentatifs de celle-ci\u00a0: les enfants d\u2019immigr\u00e9s, immigr\u00e9s r\u00e9cents ou de longue date et de toutes cultures, paraissent ainsi rassembl\u00e9s, au sein du film, en tant que segments repr\u00e9sentatifs et inventori\u00e9s du multiculturalisme. \u00c0 cet \u00e9gard, la mise en sc\u00e8ne sur laquelle s\u2019ach\u00e8ve une grande partie des t\u00e9moignages, qui consiste en un plan fixe des individus immobiles, est symptomatique d\u2019un \u00ab\u00a0cin\u00e9ma-reflet\u00a0\u00bb (Garneau 49), qui de la soci\u00e9t\u00e9 multiculturelle veut donner un tableau. \u00c0 la d\u00e9finition stricte du t\u00e9moignage, il faut donc peut-\u00eatre ajouter d\u00e9sormais son sens figur\u00e9\u00a0: le t\u00e9moin comme marque ou preuve de quelque chose, l\u2019immigrant-t\u00e9moin portant ici t\u00e9moignage <em>de<\/em> la diversit\u00e9 culturelle elle-m\u00eame, parce qu\u2019il en est le signe, la manifestation (figure 4).<a href=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0042.png\"><br \/>\n<\/a><a href=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0043.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"6847\" data-permalink=\"https:\/\/imaginations.space\/?attachment_id=6847\" data-orig-file=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0043.png\" data-orig-size=\"1067,1197\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"image004\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0043-913x1024.png\" class=\"aligncenter size-full wp-image-6847\" src=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0043.png\" alt=\"image004\" width=\"1067\" height=\"1197\" srcset=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0043.png 1067w, https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0043-134x150.png 134w, https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0043-267x300.png 267w, https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0043-913x1024.png 913w\" sizes=\"auto, (max-width: 1067px) 100vw, 1067px\" \/><\/a>Fig. 4. <em>L\u2019Arbre qui dort r\u00eave \u00e0 ses racines<\/em>. Un \u00ab\u00a0cin\u00e9ma-reflet\u00a0\u00bb de la diversit\u00e9 culturelle. \u00a91992 Office national du film du Canada. Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Le t\u00e9moin et l\u2019id\u00e9ologie<\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span class=\"cb-dropcap-small\">Q<\/span>ue l\u2019ONF mette de l\u2019avant ce \u00ab\u00a0cin\u00e9ma-reflet\u00a0\u00bb, \u00e0 travers les \u00ab\u00a0films-tableaux\u00a0\u00bb de la diversit\u00e9 culturelle, rejoint l\u2019analogie utilis\u00e9e par Ric\u0153ur dans son \u00e9tude sur l\u2019id\u00e9ologie et l\u2019utopie\u00a0: pour Ric\u0153ur en effet, lorsque l\u2019imagination travaille \u00e0 \u00ab\u00a0garantir un ordre [\u2026], sa fonction est de mettre en sc\u00e8ne un processus d\u2019identification qui refl\u00e8te l\u2019ordre. L\u2019imagination prend ici l\u2019apparence d\u2019un tableau\u00a0\u00bb (2005, 350). Or \u00ab\u00a0Le tableau perp\u00e9tue l\u2019identit\u00e9, alors que la fiction dit autre chose. Par cons\u00e9quent, la dialectique propre \u00e0 l\u2019imagination elle-m\u00eame est peut-\u00eatre ici \u00e0 l\u2019\u0153uvre, dans la relation entre tableau et fiction, comme elle est \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans le champ social, dans la relation entre id\u00e9ologie et utopie\u00a0\u00bb (345).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La valorisation du t\u00e9moignage par l\u2019ONF, qui met de l\u2019avant \u00ab\u00a0l\u2019authenticit\u00e9\u00a0\u00bb<a id=\"_ednref6\" href=\"#_edn6\">[6]<\/a> du t\u00e9moin, cette \u00ab\u00a0adh\u00e9rence \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 de l\u2019\u00e9v\u00e9nement\u00a0\u00bb (Ranci\u00e8re 532) que lui procure son statut, assure donc l\u2019inscription de la diversit\u00e9 culturelle au sein du r\u00e9cit identitaire canadien, en donnant \u00e0 l\u2019id\u00e9ologie multiculturelle une l\u00e9gitimit\u00e9 qui s\u2019appuie sur le \u00ab\u00a0r\u00e9alisme\u00a0\u00bb du t\u00e9moignage face aux \u00ab\u00a0interpr\u00e9tations\u00a0\u00bb des auteurs \u00ab\u00a0dominants\u00a0\u00bb du pass\u00e9. L\u2019immigrant-t\u00e9moin devient alors l\u2019auxiliaire d\u2019une c\u00e9l\u00e9bration de la diversit\u00e9 culturelle red\u00e9finissant la m\u00e9moire et les repr\u00e9sentations collectives\u00a0: \u00ab\u00a0la cl\u00f4ture du r\u00e9cit est mise ainsi au service de la cl\u00f4ture identitaire de la communaut\u00e9. Histoire enseign\u00e9e, histoire apprise, mais aussi histoire c\u00e9l\u00e9br\u00e9e. \u00c0 la m\u00e9morisation forc\u00e9e s\u2019ajoutent les comm\u00e9morations convenues\u00a0\u00bb (Ric\u0153ur 2000, 104).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est bien \u00e0 ce degr\u00e9 de comm\u00e9moration que se distingue, pour Ric\u0153ur, la \u00ab\u00a0pathologie\u00a0\u00bb de l\u2019id\u00e9ologie, et ses sympt\u00f4mes, la dissimulation et la distorsion\u00a0: \u00ab\u00a0La comm\u00e9moration se transmute si facilement en argumentation st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e\u00a0: par celle-ci, nous affirmons qu\u2019il est bien que nous soyons comme nous sommes. [\u2026] Peu \u00e0 peu, l\u2019id\u00e9ologie devient une grille de lecture artificielle et autoritaire, non seulement de la fa\u00e7on de vivre du groupe, mais de sa place dans l\u2019histoire du monde\u00a0\u00bb (1998, 425). Si, pour Ric\u0153ur, l\u2019id\u00e9ologie a pour ultime fonction de pr\u00e9server l\u2019identit\u00e9 de la communaut\u00e9, elle se d\u00e9grade n\u00e9anmoins lorsque la comm\u00e9moration d\u2019\u00e9v\u00e9nements que cette communaut\u00e9 consid\u00e8re comme fondateurs est mise au service de la <em>l\u00e9gitimation<\/em> de l\u2019autorit\u00e9, d\u2019un ordre ou d\u2019un pouvoir, usage qui se prolonge lui-m\u00eame dans la dissimulation\u00a0: \u00ab\u00a0La comm\u00e9moration devient, pour le syst\u00e8me de domination, un proc\u00e9d\u00e9 qui lui permet de maintenir son pouvoir\u00a0: aussi est-il, de la part des dirigeants, un acte de d\u00e9fense et de protection\u00a0\u00bb (2005, 345).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans cette perspective, la valorisation de la figure de l\u2019immigrant-t\u00e9moin par l\u2019ONF exprime la strat\u00e9gie justificative de la domination par le r\u00e9cit comm\u00e9moratif ainsi manipul\u00e9, en tant que cette figure appara\u00eet au c\u0153ur du processus de l\u00e9gitimation\u00a0: la figure de l\u2019immigrant-t\u00e9moin permet tout \u00e0 la fois d\u2019articuler, \u00e0 travers les t\u00e9moignages, les leitmotive identitaire et m\u00e9moriel, confortant ainsi le mod\u00e8le patrimonial et comm\u00e9moratif adopt\u00e9 par l\u2019institution, et la place centrale de la diversit\u00e9 culturelle dans ce mod\u00e8le, prof\u00e9r\u00e9e valeur fondamentale de l\u2019\u00ab\u00a0identit\u00e9 canadienne\u00a0\u00bb depuis les ann\u00e9es 1970.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On peut dire en ce sens que dans la figure du t\u00e9moin, cet immigrant-t\u00e9moin de la diversit\u00e9 culturelle, tel que mis de l\u2019avant par l\u2019ONF, tel que repr\u00e9sent\u00e9 dans ses films, se projette l\u2019id\u00e9ologie multiculturelle\u00a0: en effet, et lorsque la parole de l\u2019immigrant-t\u00e9moin se conforme de plus en plus \u00e0 une rh\u00e9torique publique st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e, r\u00e9ifi\u00e9e, ou d\u00e9grad\u00e9e, celui-ci devient la figure projet\u00e9e d\u2019une repr\u00e9sentation distordue de l\u2019espace public, dont la fonction premi\u00e8re est le maintien de l\u2019ordre existant. Si donc le t\u00e9moignage devient pour l\u2019ONF le mode de repr\u00e9sentation privil\u00e9gi\u00e9, c\u2019est que ce \u00ab\u00a0cin\u00e9ma-reflet\u00a0\u00bb, qui de la diversit\u00e9 culturelle donne un tableau, participe de sa c\u00e9l\u00e9bration \u2013 les t\u00e9moignages individuels des immigrants composant ainsi, et peu \u00e0 peu, le grand r\u00e9cit du Canada multiculturel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Parce que le film de Sa\u00e4l m\u00eale aux entrevues des s\u00e9quences fictionnelles, c&#8217;est-\u00e0-dire manifestement mises en sc\u00e8ne, il faut l\u2019examiner plus longuement, pour se demander si, et dans quelle mesure, cette pr\u00e9sence de la fiction dans le documentaire permet de subvertir le cadre du t\u00e9moignage. Deux s\u00e9quences en particulier mettent en sc\u00e8ne Nadine Ltaif durant une session th\u00e9rapeutique, couch\u00e9e sur un divan et s\u2019adressant \u00e0 un psychiatre silencieux et le plus souvent hors champ. Elle tient ainsi ce discours, retranscrit en partie (figure 5)\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 60px;\"><em>Premi\u00e8re s\u00e9quence<\/em> : On vient du nord du Liban, mais je suis n\u00e9e en \u00c9gypte, alors d\u00e9j\u00e0 j\u2019avais la langue \u00e9gyptienne dans mon corps [\u2026]. En tout cas c\u2019\u00e9tait pas du fran\u00e7ais. Au d\u00e9part j\u2019\u00e9tais \u00e9gyptienne ou libanaise mais peu importe. L\u00e0 je suis arriv\u00e9e ici et l\u00e0 c\u2019\u00e9tait tout \u00e0 fait le choc total parce que l\u2019\u00e9corchement \u00e9tait\u2026 comme des arbres que t\u2019attrapes comme \u00e7a [\u2026]<em> (Fondu au noir)<\/em> Et l\u00e0-bas je pouvais pas rester, je ne pouvais pas rester parce que je ne pouvais pas m\u2019exprimer sans que les hommes, et les femmes, mais les hommes t\u2019emp\u00eachent. [\u2026] <em>(Fondu au noir)<\/em>. Mais ici c\u2019est la libert\u00e9, le contr\u00f4le, je sais pas je comprends rien. D\u2019ailleurs je n\u2019ai jamais rien compris. C\u2019est \u00e7a le probl\u00e8me j\u2019essaie toujours de comprendre mais en v\u00e9rit\u00e9 je comprends rien, je sais pas, je suis juste m\u00eal\u00e9e. Mon p\u00e8re\u2026 <em>(Elle tousse)<\/em>. Ma m\u00e8re\u2026 <em>(Elle tousse. Plan du psychiatre. N. Ltaif l\u2019interpelle)\u00a0: <\/em>Mais je peux rien dire, c\u2019est terrible. T\u2019es vraiment le Qu\u00e9b\u00e9cois type, c\u2019est pas possible. [\u2026] Je suis au moins habitu\u00e9e \u00e0 un Italien, ou quelque chose, mais l\u00e0 qu\u00e9b\u00e9cois qu\u00e9b\u00e9cois \u00e7a je m\u2019y attendais vraiment pas\u00a0! C\u2019est encore plus dur hein\u00a0! C\u2019est tout \u00e0 fait insupportable\u00a0! Tu me sortiras rien du tout de toute mani\u00e8re\u00a0! \u00c7a prendra des ann\u00e9es mais je pourrai jamais rien dire\u00a0! C\u2019est trop, c\u2019est trop, c\u2019est vraiment trop, c\u2019est\u2026 <em>(Coupe et nouvelle s\u00e9quence).<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 60px;\"><em>Seconde s\u00e9quence<\/em> : \u00c0 trois ans mes parents ont quitt\u00e9 l\u2019\u00c9gypte pour le Liban et ma nourrice est venue avec nous et depuis elle nous a pas laiss\u00e9. Et moi je suis une femme qui veut cr\u00e9er, qui veut faire quelque chose, je ne peux pas accepter. J\u2019ai d\u00fb d\u00e9fendre ma m\u00e8re, d\u00e9fendre ma nourrice <em>(Photographie d\u2019elle et de sa nourrice)<\/em>, d\u00e9fendre toutes les femmes, mais\u00a0 l\u00e0-bas j\u2019ai \u00e9chou\u00e9. Alors je suis venue, j\u2019ai mis des distances, des distances, loin de tout ce monde-l\u00e0, de cette ancienne terre, vieille, ancienne, pour ne pas la voir mourir. [\u2026] Mais ici c\u2019est \u00e7a c\u2019est que \u00e7a a \u00e9t\u00e9 encore plus dur <em>(Elle pleure)<\/em>. Et je voulais essayer d\u2019\u00eatre ce que j\u2019\u00e9tais, je l\u2019\u00e9tais plus d\u00e9j\u00e0 je n\u2019avais rien rompu en v\u00e9rit\u00e9. M\u00eame quand tu pars tu t\u2019en vas, tu t\u2019\u00e9loignes, tu n\u2019as vraiment rien rompu, \u00e7a prend tellement de temps. [\u2026] <em>(Fondu au noir)<\/em> On conna\u00eet rien encore du monde, on conna\u00eet rien des autres cultures, on est l\u00e0 avec notre Occident, ma\u00eetre, royal, on connait pas qu\u2019il y a tellement de choses, d\u2019\u00eatres et de gens qui pensent autrement, qui sont tellement diff\u00e9rents. [\u2026] <em>(Gros plan sur son visage, on l\u2019entend en voix-off.) <\/em>Avant \u00e7a allait pas du tout j\u2019ai pass\u00e9 les premi\u00e8res ann\u00e9es comme \u00e7a \u00e0 \u00eatre comme une ombre, j\u2019\u00e9tais sans visage compl\u00e8tement. Je ne savais pas d\u2019o\u00f9 je venais non plus. Et c\u2019est ici que j\u2019ai pu retrouver mon pass\u00e9. Je me suis mise \u00e0 lire sur la mythologie de chez nous, sur les Arabes. De conna\u00eetre ma culture, ici. [\u2026]<a href=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0052.png\"><br \/>\n<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0053.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"6848\" data-permalink=\"https:\/\/imaginations.space\/?attachment_id=6848\" data-orig-file=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0053.png\" data-orig-size=\"1074,396\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"image005\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0053-1024x378.png\" class=\"aligncenter size-full wp-image-6848\" src=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0053.png\" alt=\"image005\" width=\"1074\" height=\"396\" srcset=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0053.png 1074w, https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0053-150x55.png 150w, https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0053-300x111.png 300w, https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0053-1024x378.png 1024w\" sizes=\"auto, (max-width: 1074px) 100vw, 1074px\" \/><\/a>Fig. 5. <em>L\u2019Arbre qui dort r\u00eave \u00e0 ses racines<\/em>. Th\u00e9rapie et t\u00e9moignage. \u00a91992 Office national du film du Canada. Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au-del\u00e0 donc de la mise en sc\u00e8ne, les paroles \u00e9voquant de m\u00eame un pass\u00e9 et ranimant les questions identitaires, perdure le r\u00e9gime du t\u00e9moignage. On peut dire en ce sens que dans le film, les s\u00e9quences de mise en sc\u00e8ne <em>reconstituent<\/em> plus qu\u2019elles ne \u00ab\u00a0fictionnalisent\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>La fiction et l\u2019utopie<\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span class=\"cb-dropcap-small\">D<\/span>ans <em>Pour quelques arpents de neige\u2026<\/em>, les quelques images de fiction sont en particulier celles de vieux westerns, entrecoupant les r\u00eaveries des passagers durant le voyage en train (figure 6). Cette petite s\u00e9quence, qui joue sur une reprise du folklore am\u00e9ricain (les cowboys et les Indiens, l\u2019attaque du train, l\u2019aventure et les grandes terres), distingue d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 le film de ses successeurs qui documentent la diversit\u00e9 culturelle\u00a0: exprimant, non sans humour, l\u2019imaginaire culturel qui configure les repr\u00e9sentations que se feraient du Canada les immigrants<a id=\"_ednref7\" href=\"#_edn7\">[7]<\/a>, elle indique la prise en charge par le film d\u2019un r\u00e9cit collectif, assumant non seulement la vision d\u2019un Canada par le biais de ses fictions, mais aussi l\u2019\u00e9cart entre cet imaginaire et le r\u00e9el.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019absence de t\u00e9moignage, les prises de vue et de son, au moyen d\u2019une cam\u00e9ra mobile et \u00e0 travers les gestes, les visages et les silhouettes, la captation des chants, des bruits du train, des quelques paroles \u00e9chang\u00e9es entre immigrants (plut\u00f4t que pour les besoins du film), promeut ainsi la repr\u00e9sentation d\u2019une communaut\u00e9 avant celle d\u2019individus, de m\u00eame qu\u2019un rapport au temps qui se d\u00e9marque fonci\u00e8rement de l\u2019ancrage m\u00e9moriel consacr\u00e9 par une majorit\u00e9 de films d\u00e8s les ann\u00e9es 1980.<a id=\"_ednref8\" href=\"#_edn8\">[8]<\/a> L\u2019arriv\u00e9e des immigrants au port d\u2019Halifax, leurs all\u00e9es et venues, puis le voyage en train, figurent puissamment la d\u00e9marche m\u00eame du film\u00a0: les immigrants <em>passent<\/em>, la cam\u00e9ra les trouve encore voyageurs, toujours de passage, pris dans un devenir que les discours identitaire et m\u00e9moriel tendent \u00e0 cong\u00e9dier. C\u2019est aussi ce qu\u2019exprime la voix-off \u00ab\u00a0avec un accent \u00e9tranger\u00a0\u00bb,<a id=\"_ednref9\" href=\"#_edn9\">[9]<\/a> dont une grande part du discours est retranscrite ici\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 60px;\"><em>(Pendant l\u2019attente et les commerces \u00e0 la gare.) <\/em>Un jour, on se d\u00e9cide \u00e0 partir, s\u2019imaginant peut-\u00eatre que ce sera plus facile ailleurs. On quitte son village et son quartier, un d\u00e9cor connu, une vie sans surprise. Pendant quelques temps encore, je d\u00e9penserai des dollars, je compterai en francs, en lires, en drachmes, mais un sandwich, un caf\u00e9, feront s\u2019\u00e9vanouir ce dollar que je croyais aussi pr\u00e9cieux que l\u2019or. <em>(Sur les paysages enneig\u00e9s et les chants des immigrants)<\/em> Le Canada n\u2019\u00e9tait qu\u2019un nom, qu\u2019une id\u00e9e. Il devient paysage, neige, for\u00eat. Et si nous chantons dans les trains d\u2019immigrants, c\u2019est parce que nous voulons amener avec nous tout le pays et que c\u2019est notre dernier jour. Demain, nous serons \u00e9trangers. <em>(Sur des t\u00eates soucieuses regardant par la fen\u00eatre.)<\/em> [\u2026] Il faudra transplanter nos r\u00eaves dans ces paysages qui ont form\u00e9 d\u2019autres hommes, dans des villes anonymes, alors qu\u2019on vient d\u2019un pays o\u00f9 chaque caillou a son histoire et chaque arbre un pass\u00e9. [\u2026] Et on enfermera soigneusement dans sa m\u00e9moire des ritournelles, des rengaines d\u00e9j\u00e0 fredonn\u00e9es sur les bords de l\u2019Adriatique ou sur les rives du Rhin. [\u2026] Pendant des ann\u00e9es nous feuill\u00e8terons quelques vieilles photos, qui rappelleront la couleur d\u2019un ciel ou l\u2019odeur des pins maritimes. Les uns se croient paysans, demain ils seront \u00e0 l\u2019universit\u00e9. Certains voulaient \u00eatre pionniers, ils ne seront qu\u2019immigrants. D\u2019autres, qui r\u00eavaient d\u2019aventure, finiront \u00e9piciers. Dans quelques heures les ponts seront coup\u00e9s. Ce train n\u2019\u00e9tait qu\u2019un sursis.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0061.png\"><br \/>\n<\/a><a href=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0062.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"6849\" data-permalink=\"https:\/\/imaginations.space\/?attachment_id=6849\" data-orig-file=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0062.png\" data-orig-size=\"1082,818\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"image006\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0062-1024x774.png\" class=\"aligncenter size-full wp-image-6849\" src=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0062.png\" alt=\"image006\" width=\"1082\" height=\"818\" srcset=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0062.png 1082w, https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0062-150x113.png 150w, https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0062-300x227.png 300w, https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0062-1024x774.png 1024w\" sizes=\"auto, (max-width: 1082px) 100vw, 1082px\" \/><\/a>Fig. 6. <em>Pour quelques arpents de neige\u2026 <\/em>Les passagers du train, les chants, les r\u00eaveries, entrecoup\u00e9es par des images de western. \u00a91962 Office national du film du Canada. Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La voix dit ainsi bien plus que \u00ab\u00a0le point de vue des auteurs\u00a0\u00bb (dans les termes employ\u00e9s sur le site), mais participe, avec les images et le montage, de la construction des immigrants comme <em>figure po\u00e9tique<\/em> : ce narrateur\u2014immigrant \u00ab\u00a0fictionnel\u00a0\u00bb\u2014sa voix, ses paroles, ont pour fonction la po\u00e9tisation, la mise en fiction des immigrants, pour en faire une figure encore non fix\u00e9e, itin\u00e9rante ou transitoire, celle du voyageur, du passant ou du nomade\u2014celle, bien s\u00fbr, de <em>l\u2019immigrant<\/em>, si l\u2019on se souvient que le participe pr\u00e9sent du verbe est le marqueur d\u2019un temps actif et d\u00e9signe l\u2019action en cours de d\u00e9roulement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En ce sens, les textes du site ont raison de souligner l\u2019\u00e9cart entre l\u2019immigrant r\u00e9el et l\u2019immigrant \u00ab\u00a0fictionnel\u00a0\u00bb du cin\u00e9ma direct\u00a0: le propre de la figure po\u00e9tique est bien son \u00e9cart d\u2019avec la r\u00e9alit\u00e9. Mais c\u2019est la fonction de cet \u00e9cart qui importe. L\u2019immigrant-t\u00e9moin aussi est une figure, mais elle est celle de l\u2019id\u00e9ologie multiculturelle. L\u2019immigrant \u00ab\u00a0fictionnel\u00a0\u00bb, s\u2019il ne poss\u00e8de d\u2019identit\u00e9, dispose d\u2019un devenir.<a id=\"_ednref10\" href=\"#_edn10\">[10]<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce cin\u00e9ma, qui des individus tirait des personnages, les saisissant comme <em>acteurs<\/em> plut\u00f4t que comme t\u00e9moins, trouvait dans la mise en fiction la critique de ce qui est, pour \u00ab\u00a0explorer le possible\u00a0\u00bb (Ric\u0153ur 2005, 407), ce \u00ab\u00a0nulle part\u00a0\u00bb de l\u2019imagination utopique \u00e0 partir duquel, pour Ric\u0153ur, se d\u00e9ploie la critique de l\u2019id\u00e9ologie\u00a0: \u00ab\u00a0\u201cL\u2019ailleurs,\u201d l\u2019\u2018autrement qu\u2019\u201c\u00eatre\u201d de l\u2019utopie r\u00e9pond rigoureusement \u00e0 l\u2019\u201c\u00eatre ainsi et pas autrement\u201d prononc\u00e9 par l\u2019id\u00e9ologie\u00a0\u00bb (1998, 428).<a id=\"_ednref11\" href=\"#_edn11\">[11]<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019ONF, en c\u00e9l\u00e9brant la diversit\u00e9 culturelle \u00e0 travers la valorisation du t\u00e9moignage, tout en d\u00e9consid\u00e9rant le cin\u00e9ma ant\u00e9rieur aux politiques multiculturelles (cette \u00ab\u00a0voix\u00a0\u00bb d\u2019une domination qui ne dirait pas son nom), refoule ainsi ce qui, au Canada et au sein de l\u2019institution elle-m\u00eame, fut le temps d\u2019une mise en question de la r\u00e9alit\u00e9 par l\u2019imagination d\u2019autres possibles\u00a0; si la figure du t\u00e9moin pr\u00e9serve l\u2019identit\u00e9 du groupe, la figure po\u00e9tique la bouleverse.<\/p>\n<hr \/>\n<h4 style=\"text-align: center;\"><strong>Ouvrages cit\u00e9s<\/strong><\/h4>\n<p>Deleuze, Gilles, <em>Cin\u00e9ma 2. L\u2019image-temps<\/em>. Paris\u00a0: \u00c9ditions de Minuit, 1985. Imprim\u00e9.<\/p>\n<p>Dulong, Renaud. <em>Le t\u00e9moin oculaire. Les conditions sociales de l\u2019attestation personnelle<\/em>. Paris\u00a0: \u00c9ditions de l\u2019\u00c9cole des hautes \u00e9tudes en sciences sociales, 1998. Imprim\u00e9.<\/p>\n<p><em>D\u2019une culture \u00e0 l\u2019autre. <\/em>Office national du film du Canada, 2007. Web. 5 maFrs 2015.<\/p>\n<p>Garneau, Mich\u00e8le. \u00ab\u00a0La culture sous condition du politique \u00e0 l\u2019Office national du film du Canada.\u00a0\u00bb <em>Multiculturalisme et diversit\u00e9 culturelle dans les m\u00e9dias au Canada et au Qu\u00e9bec<\/em>. Dir. Hans-J\u00fcrgen L\u00fcsebrink et Christoph Vatters. W\u00fcrzburg\u00a0: K\u00f6nigshausen &amp; Neumann, 2013. 35\u201350. Imprim\u00e9.<\/p>\n<p>Hartog, Fran\u00e7ois. <em>Croire en l\u2019histoire<\/em>. Paris\u00a0: Flammarion, 2013. Imprim\u00e9.<\/p>\n<p>Icart, Jean-Claude. \u00ab\u00a0Le racisme au Canada.\u00a0\u00bb <em>D\u2019une culture \u00e0 l\u2019autre<\/em>. ONF.ca, 2007. Web. 5 mars 2015.<\/p>\n<p>Kanout\u00e9, Fasal. \u00ab\u00a0Conjugaison des identit\u00e9s et de la diversit\u00e9 culturelle.\u00a0\u00bb <em>D\u2019une culture \u00e0 l\u2019autre<\/em>. ONF.ca, 2007. Web. 5 mars 2015.<\/p>\n<p><em>L\u2019arbre qui r\u00eave dort \u00e0 ses racines<\/em>. R\u00e9al. Michka Sa\u00e4l. ONF, 1992. Film.<\/p>\n<p>Mesnard, Philippe. <em>T\u00e9moignage en r\u00e9sistance<\/em>. Paris\u00a0: Stock, 2007. Imprim\u00e9.<\/p>\n<p>Nayar, Kamala Elizabeth. \u00ab\u00a0La formation de l\u2019identit\u00e9 ethnique au Canada.\u00a0<em>D\u2019une culture \u00e0 l\u2019autre<\/em>. ONF.ca, 2007. Web. 5 mars 2015.<\/p>\n<p>Nora, Pierre. <em>Les lieux de m\u00e9moire, tome 3\u00a0: Les France \u2013 de l\u2019archive \u00e0 l\u2019embl\u00e8me<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard, 1993. Imprim\u00e9.<\/p>\n<p>Office national du film du Canada. <em>Onf.ca<\/em>. Web. 4 mars 2015.<\/p>\n<p>&#8212;. <em>Plan strat\u00e9gique <\/em><em>de l\u2019Office national du Film <\/em><em>2013-2018<\/em>. ONF, 12 juin 2013. Web. 4 mars 2015. PDF.<\/p>\n<p>Ohayon, Albert et Marc St-Pierre. \u00ab\u00a0Cin\u00e9ma et repr\u00e9sentation.\u00a0\u00bb <em>D\u2019une culture \u00e0 l\u2019autre<\/em>. ONF.ca, 2007. Web. 5 mars 2015.<\/p>\n<p>&#8212;. \u00ab\u00a0Le regard de la majorit\u00e9.\u00a0\u00bb <em>D\u2019une culture \u00e0 l\u2019autre<\/em>. ONF.ca, 2007. Web. 5 mars 2015.<\/p>\n<p>&#8212;. \u00ab\u00a0Un regard venu d\u2019ailleurs.\u00a0\u00bb <em>D\u2019une culture \u00e0 l\u2019autre<\/em>. ONF.ca, 2007. Web. 5 mars 2015.<\/p>\n<p><em>Pour quelques arpents de neige&#8230;<\/em>. R\u00e9al. Georges Dufaux et Jacques Godbout. ONF, 1962. Film.<\/p>\n<p>Ranci\u00e8re, Jacques. <em>Et tant pis pour les gens fatigu\u00e9s\u00a0: entretiens<\/em>. Paris\u00a0: \u00c9ditions Amsterdam, 2009. Imprim\u00e9.<\/p>\n<p>Ric\u0153ur, Paul. <em>La m\u00e9moire, l\u2019histoire, l\u2019oubli<\/em>. Paris\u00a0: Seuil, 2000. Imprim\u00e9. Points \u00ab\u00a0Essais. \u00bb<\/p>\n<p>&#8212;. <em>L\u2019id\u00e9ologie et l\u2019utopie<\/em>. Trad. Myriam Revault d\u2019Allonnes. Paris\u00a0: Seuil, 2005. Imprim\u00e9.<\/p>\n<p>&#8212;. \u00ab\u00a0L\u2019id\u00e9ologie et l\u2019utopie\u00a0: deux expressions de l\u2019imaginaire social.\u00a0\u00bb <em>Du texte \u00e0 l\u2019action, tome 2<\/em>. Trad. Myriam Revault d\u2019Allonnes. Paris\u00a0: Seuil, 1998. Imprim\u00e9.<\/p>\n<p>St-Pierre, Marc. \u00ab\u00a0La diversit\u00e9 culturelle\u00a0: un regard en quatre temps.\u00a0\u00bb <em>D\u2019une culture \u00e0 l\u2019autre. <\/em>ONF.ca, 2007. Web. 5 mars 2015.<\/p>\n<p>Treleani, Matteo. \u00ab\u00a0Enjeux s\u00e9miotiques de la valorisation audiovisuelle. Le cas de Ina.fr.\u00a0\u00bb <em>Inter media<\/em> :<em> litt\u00e9rature, cin\u00e9ma et interm\u00e9dialit\u00e9<\/em>. Portugal\u00a0: Harmattan, 2011. 127\u2013138. Imprim\u00e9.<\/p>\n<p>Wilkinson, Lori. \u00ab\u00a0Les groupes ethnoculturels des prairies.\u00a0\u00bb <em>D\u2019une culture \u00e0 l\u2019autre<\/em>. ONF.ca, 2007. Web. 5 mars 2015.<\/p>\n<hr \/>\n<h4 style=\"text-align: center;\"><strong>Notes sur les images<\/strong><\/h4>\n<p>Figure 1. <em>Pour quelques arpents de neige\u2026<\/em> R\u00e9al. Georges Dufaux et Jacques Godbout. ONF, 1962. Film. Capture d\u2019\u00e9cran.<\/p>\n<p>Figure 2.<em> L\u2019Arbre qui dort r\u00eave \u00e0 ses racines<\/em>. R\u00e9al. Michka Sa\u00e4l. ONF, 1992. Film. Captures d\u2019\u00e9cran.<\/p>\n<p>Figure 3. Captures d\u2019\u00e9cran du film <em>L\u2019Arbre qui dort r\u00eave \u00e0 ses racines<\/em>.<\/p>\n<p>Figure 4. Captures d\u2019\u00e9cran du film<em> L\u2019Arbre qui dort r\u00eave \u00e0 ses racines<\/em>.<\/p>\n<p>Figure 5. Captures d\u2019\u00e9cran du film<em> L\u2019Arbre qui dort r\u00eave \u00e0 ses racines<\/em>.<\/p>\n<p>Figure 6. Captures d\u2019\u00e9cran du film <em>Pour quelques arpents de neige\u2026.<\/em><\/p>\n<hr \/>\n<h4 style=\"text-align: center;\">Notes<\/h4>\n<p><a id=\"_edn1\" href=\"#_ednref1\">[1]<\/a> La politique multiculturelle engag\u00e9e par Pierre Elliott Trudeau est alors envisag\u00e9e comme une \u00ab\u00a0habile strat\u00e9gie de contournement du contentieux historique avec le Qu\u00e9bec\u00a0\u00bb et les Premi\u00e8res Nations, ainsi qu\u2019un d\u00e9tournement des revendications sociales au profit des diff\u00e9rences culturelles (Garneau 38).<\/p>\n<p><a id=\"_edn2\" href=\"#_ednref2\">[2]<\/a> \u00ab\u00a0En 1971, le secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat du Canada annonce une nouvelle politique de soutien \u00e0 tous les groupes ethniques et toutes les cultures du pays. Cette politique de multiculturalisme doit aider \u00e0 faire dispara\u00eetre la discrimination et les conflits interculturels\u00a0\u00bb (Ohayon et St-Pierre, \u00ab\u00a0Un regard venu d\u2019ailleurs\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p><a id=\"_edn3\" href=\"#_ednref3\">[3]<\/a> On se concentrera ici sur les secondes\u00a0: la deuxi\u00e8me voix-off est en effet celle qui est comment\u00e9e dans le texte de l\u2019ONF (le \u00ab\u00a0narrateur avec un accent \u00e9tranger\u00a0\u00bb), c\u2019est donc elle que l\u2019on examinera plus longuement, quant \u00e0 la premi\u00e8re entrevue, elle est extr\u00eamement br\u00e8ve (environ une minute) et reste anecdotique.<\/p>\n<p><a id=\"_edn4\" href=\"#_ednref4\">[4]<\/a> \u00c0 cette fin, les entrevues sont retranscrites en grande partie. En italique et entre parenth\u00e8ses apparaissent quelques indications de mise en sc\u00e8ne.<\/p>\n<p><a id=\"_edn5\" href=\"#_ednref5\">[5]<\/a> L\u2019ouvrage, consacr\u00e9 au r\u00e9gime testimonial de la Shoah, n\u2019en demeure pas moins une source essentielle sur le t\u00e9moignage en g\u00e9n\u00e9ral, rappelant en particulier que celui-ci s\u2019inscrit dans des genres, des cadres, des configurations culturelles, \u00ab\u00a0des formes possibles qui d\u00e9terminent non seulement sa mise en forme, mais encore son interpr\u00e9tation\u00a0\u00bb (Mesnard 63).<\/p>\n<p><a id=\"_edn6\" href=\"#_ednref6\">[6]<\/a> La r\u00e9currence du terme \u00ab\u00a0authenticit\u00e9\u00a0\u00bb dans la rh\u00e9torique on\u00e9fienne est notable. Voir par exemple le <em>Plan strat\u00e9gique 2013-2018<\/em> de l\u2019institution en ligne.<\/p>\n<p><a id=\"_edn7\" href=\"#_ednref7\">[7]<\/a> Cette perspective est introduite d\u00e8s le d\u00e9but du film (l\u2019arriv\u00e9e au port d\u2019Halifax) et par la premi\u00e8re voix-off.<\/p>\n<p><a id=\"_edn8\" href=\"#_ednref8\">[8]<\/a> Sur ce rapport au temps, les titres m\u00eames des films sont \u00e9loquents\u00a0: <em>L\u2019Arbre qui dort r\u00eave \u00e0 ses racines<\/em> pour la m\u00e9moire, <em>Pour quelques arpents de neige\u2026<\/em> sur l\u2019avenir.<\/p>\n<p><a id=\"_edn9\" href=\"#_ednref9\">[9]<\/a> Il s\u2019agit de la voix d\u2019Arthur Lamothe.<\/p>\n<p><a id=\"_edn10\" href=\"#_ednref10\">[10]<\/a> On songe \u00e0 Gilles Deleuze, qui retrouvait dans le cin\u00e9ma direct, et en particulier les films de Pierre Perrault, \u00e0 partir du concept de \u00ab\u00a0fabulation\u00a0\u00bb, le nouveau r\u00f4le d\u2019un cin\u00e9ma politique\u00a0: \u00ab\u00a0Ce que le cin\u00e9ma doit saisir, ce n\u2019est pas l\u2019identit\u00e9 d\u2019un personnage, r\u00e9el ou fictif, \u00e0 travers ses aspects objectifs et subjectifs. C\u2019est le devenir d\u2019un personnage r\u00e9el quand il se met lui-m\u00eame \u00e0 fictionner, quand il entre en flagrant d\u00e9lit de l\u00e9gender, et contribue ainsi \u00e0 l\u2019invention de son peuple\u00a0\u00bb (196).<\/p>\n<p><a id=\"_edn11\" href=\"#_ednref11\">[11]<\/a> Si le t\u00e9moin projette l\u2019id\u00e9ologie, l\u2019acteur devient-il alors la figure de l\u2019utopie\u00a0? Et ne pourrait-on dire que le programme h\u00e9ritier du cin\u00e9ma direct, ce programme au nom d\u00e9j\u00e0 utopique, <em>Soci\u00e9t\u00e9 nouvelle \/ Challenge for change<\/em>, constitua le moment proprement utopique \u00e0 l\u2019ONF\u00a0?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>NINA BARADA | UNIVERSIT\u00c9 DE MONTR\u00c9AL | Cr\u00e9\u00e9 en 2007, financ\u00e9 par le Programme \u00ab Culture canadienne en ligne \u00bb du minist\u00e8re du Patrimoine canadien, le site internet de l\u2019ONF \u00ab D\u2019une culture \u00e0 l\u2019autre \u00bb se donne pour mission de promouvoir la diversit\u00e9 culturelle canadienne par une large documentation \u00e9crite et filmique, elle-m\u00eame distribu\u00e9e en six grands th\u00e8mes&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":4062,"featured_media":6828,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[114,4],"tags":[],"class_list":["post-6601","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-lonf-6-1","category-article","wpautop"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image0061.png","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p707hj-1It","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/imaginations.space\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6601","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/imaginations.space\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/imaginations.space\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/imaginations.space\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4062"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/imaginations.space\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=6601"}],"version-history":[{"count":36,"href":"https:\/\/imaginations.space\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6601\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8492,"href":"https:\/\/imaginations.space\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6601\/revisions\/8492"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/imaginations.space\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/6828"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/imaginations.space\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=6601"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/imaginations.space\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=6601"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/imaginations.space\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=6601"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}