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{"id":6590,"date":"2015-05-26T09:50:41","date_gmt":"2015-05-26T15:50:41","guid":{"rendered":"http:\/\/www.csj.ualberta.ca\/imaginations\/?p=6590"},"modified":"2016-01-19T10:19:16","modified_gmt":"2016-01-19T17:19:16","slug":"les-droits-de-la-personne-sur-onf-ca-discours-et-images-de-la-tolerance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/imaginations.space\/?p=6590","title":{"rendered":"Les droits de la personne sur ONF.ca : discours et images de la tol\u00e9rance"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><a href=\" https:\/\/imaginations.space\/?p=6547\">6-1 | Table\u00a0des mati\u00e8res<\/a>\u00a0|\u00a0http:\/\/dx.doi.org\/10.17742\/IMAGE.ONF.6-1.6 |\u00a0<a href=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/6.1_Pgs_69-84_Albert.pdf\">Les droits PDF<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<div class=\"sixcol first\"><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En d\u00e9cembre 2012, ONF.ca ajoutait une cha\u00eene consacr\u00e9e aux \u00ab\u00a0Droits de la personne\u00a0\u00bb \u00e0 sa plateforme web celle-ci proposant une s\u00e9lection de films portant sur \u00ab\u00a0les droits fondamentaux qui prot\u00e8gent tout \u00eatre humain\u00a0\u00bb. Pour examiner cette derni\u00e8re, on partira du postulat selon lequel l\u2019encadrement discursif qui accompagne cette s\u00e9lection peut influencer la fa\u00e7on dont l\u2019utilisateur regardera les films propos\u00e9s. Dans un premier temps on se concentrera sur l\u2019espace discursif, pour en d\u00e9gager les strat\u00e9gies de mise en valeur\u00a0: sur quoi insistent-elles\u00a0? Quelles sont les attitudes valoris\u00e9es par le discours\u00a0? Dans un second temps, on observera, \u00e0 partir d\u2019analyses filmiques, si les promesses avanc\u00e9es par ces discours s\u2019av\u00e8rent tenues, en d\u2019autres termes on se demandera en quoi ces films r\u00e9pondent ou non aux attentes suscit\u00e9es par l\u2019encadrement discursif.<\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><div class=\"sixcol last\"><strong>Abstract<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">In December 2012, NFB.ca added a channel to its website dedicated to \u201cHuman rights.\u201d This channel offers a selection of films pertaining to \u201cthe inalienable fundamental rights to which all persons are entitled.\u201d This article consists of an examination of this channel, using as a starting point the assumption that the discursive framework accompanying the channel may influence the way in which the user views the selected films found there. The initial focus falls on the discursive space and identifying therein the strategies that are used to describe the selected films: What do they draw attention to? Which attitudes are emphasized by the discourse? The article then moves to examine, through film analysis, the promises made by these discourses, and whether or not they are fulfilled; we will examine the extent to which the films meet the expectations provoked by the discourses. <\/div><div class=\"clearfix\"><\/div><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: left;\">CHRISTINE ALBERT | UNIVERSIT\u00c9 DE MONTR\u00c9AL<\/p>\n<h2 style=\"text-align: left;\"><strong>LES DROITS DE LA PERSONNE SUR ONF.CA\u00a0: DISCOURS ET IMAGES DE LA TOL\u00c9RANCE<\/strong><\/h2>\n<p><span class=\"cb-dropcap-small\">E<\/span>n d\u00e9cembre 2012, le site internet de l\u2019ONF lan\u00e7ait une cha\u00eene consacr\u00e9e aux \u00ab\u00a0droits de la personne\u00a0\u00bb qui consiste, selon le programme annonc\u00e9 sur celle-ci, en une s\u00e9lection de \u00ab\u00a0films sur les droits et libert\u00e9s fondamentaux qui prot\u00e8gent tout \u00eatre humain\u00a0\u00bb (voir fig. 1). En organisant la mise en valeur d\u2019une partie de son patrimoine audiovisuel \u00e0 partir du th\u00e8me des \u00ab\u00a0droits de la personne\u00a0\u00bb, l\u2019ONF propose un cadre interpr\u00e9tatif \u00e0 cette s\u00e9lection de films. Par \u00ab\u00a0cadre interpr\u00e9tatif\u00a0\u00bb, on entend ici les th\u00e8mes sous lesquels sont regroup\u00e9s divers films, l\u2019encadrement discursif qui les accompagne ainsi que la s\u00e9lection de films \u00e0 travers laquelle ils se trouvent, et enfin la place qu\u2019ils occupent dans cette s\u00e9lection. Nous faisons l\u2019hypoth\u00e8se, \u00e0 la suite de Matteo Treleani, que l\u2019ensemble de ces \u00e9l\u00e9ments influe sur la perspective avec laquelle l\u2019internaute abordera le film. Pour offrir un exemple simple, le film d\u2019Alanis Obomsawin, <em>Kanehsatake, 270 ans de r\u00e9sistance<\/em>, appara\u00eet sur plusieurs \u00ab\u00a0cha\u00eenes\u00a0\u00bb\u00a0: Peuples autochtones, Droits de la personne, Grands enjeux, Histoire. En fonction du \u00ab\u00a0lieu\u00a0\u00bb o\u00f9 l\u2019usager entre en contact avec le film, c\u2019est soit sous un angle plut\u00f4t culturel, moral, politique ou encore historique qu\u2019il visionne celui-ci et prend connaissance des \u00e9v\u00e8nements qu\u2019il relate.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le but d\u2019observer ce qui est valoris\u00e9 sur cette cha\u00eene des \u00ab\u00a0Droits de la personne\u00a0\u00bb, on proposera dans cet article une analyse crois\u00e9e des films et des discours. Il sera dans un premier temps question de d\u00e9crire attentivement les objets textuels qui composent la s\u00e9lection\u00a0: outre le programme de la cha\u00eene mentionn\u00e9 ci-dessus, ce qu\u2019on appellera le paratexte, se compose syst\u00e9matiquement du titre des films et de leur synopsis, et occasionnellement, d\u2019un \u00ab\u00a0point de vue\u00a0\u00bb de sp\u00e9cialiste, de fiches p\u00e9dagogiques et de commentaires des utilisateurs. \u00c0 partir de ces discours, qui servent d\u2019encadrement discursif aux films, on rel\u00e8vera certains motifs pr\u00e9dominants ou encore certains effets discursifs qui r\u00e9appara\u00eetront fr\u00e9quemment. Dans un second temps, on confrontera ces observations aux films diffus\u00e9s sur la cha\u00eene et plus pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 deux d\u2019entre eux\u00a0: <em>Mon fils sera arm\u00e9nien <\/em>(2004) et <em>Les chariots de l\u2019enfer <\/em>(2008)<em>.<\/em> \u00c0 partir de ces analyses filmiques, on examinera comment ces films r\u00e9pondent ou non aux attentes suscit\u00e9es par les discours de mise en valeur. En d\u2019autres termes, on se demandera si l\u2019ONF tient les promesses qui se manifestent dans l\u2019espace discursif.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image001.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"6817\" data-permalink=\"https:\/\/imaginations.space\/?attachment_id=6817\" data-orig-file=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image001.png\" data-orig-size=\"1277,703\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"image001\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image001-1024x564.png\" class=\"aligncenter wp-image-6817 size-full\" src=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image001.png\" alt=\"image001\" width=\"1277\" height=\"703\" srcset=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image001.png 1277w, https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image001-150x83.png 150w, https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image001-300x165.png 300w, https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image001-1024x564.png 1024w\" sizes=\"auto, (max-width: 1277px) 100vw, 1277px\" \/><\/a>Figure 1. La cha\u00eene des \u00ab\u00a0Droits de la personne\u00a0\u00bb telle qu\u2019elle appara\u00eet sur ONF.ca. Une banderole annonce quelques films en vedette, et on peut voir, au-dessous de celle-ci, l\u2019inventaire complet de la cha\u00eene. \u00a92015 Office national du film du Canada. Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<h3><strong>Description de l\u2019objet<\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span class=\"cb-dropcap-small\">U<\/span>ne part de l\u2019\u00e9ditorialisation du site ONF.ca s\u2019organise sous forme de cha\u00eenes. Celles-ci proposent une s\u00e9lection de films \u00e0 partir d\u2019un th\u00e8me particulier, par exemple l\u2019\u00e9cologie (\u00ab\u00a0Espace vert\u00a0\u00bb), le droit des femmes (\u00ab\u00a0Les femmes au cin\u00e9ma\u00a0\u00bb), les arts (\u00ab\u00a0Arts\u00a0\u00bb). On se penchera ici sur la cha\u00eene des \u00ab\u00a0Droits de la personne\u00a0\u00bb telle qu\u2019elle a exist\u00e9 de 2012 \u00e0 2013\u2014seuls quelques films s\u2019y sont ajout\u00e9s depuis. Il est important de noter que, contrairement \u00e0 des plateformes comme <em>Visions autochtones <\/em>ou <em>D\u2019une culture \u00e0 l\u2019autre<\/em>, les regroupements th\u00e9matiques pr\u00e9sents sur la plus r\u00e9cente plateforme de l\u2019ONF sont accompagn\u00e9s de relativement peu de textes. Par contre, le blogue et l\u2019infolettre alimentent en discours divers aspects de cette plateforme web, et ce, en s\u2019adressant aux utilisateurs avec un ton relevant davantage du <em>marketing <\/em>que de la p\u00e9dagogie. Contrairement aux plateformes pr\u00e9c\u00e9dentes, on s\u2019adresse \u00e0 l\u2019utilisateur en employant l\u2019imp\u00e9ratif, en recourant au champ lexical de l\u2019urgence et en posant des questions ferm\u00e9es pour feindre le dialogue<a id=\"_ednref1\" href=\"#_edn1\">[1]<\/a>, tandis qu\u2019auparavant, on convoquait le savoir de sp\u00e9cialistes pour accompagner, de mani\u00e8re informative, l\u2019utilisateur dans sa visite du site. Seules les br\u00e8ves fiches p\u00e9dagogiques offertes dans l\u2019espace Campus<a id=\"_ednref2\" href=\"#_edn2\">[2]<\/a> rappellent, \u00e0 certains \u00e9gards, le ton p\u00e9dagogique employ\u00e9 sur les anciennes plateformes web.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La cha\u00eene des Droits de la personne se consulte \u00e0 la fois en fran\u00e7ais et en anglais\u00a0: chacune des versions est compos\u00e9e de 25 films dont 22 qui sont communs aux cha\u00eenes francophone et anglophone. Contrairement aux cha\u00eenes Histoires et Classiques, o\u00f9 les cha\u00eenes anglophones et francophones ne partagent que quelques films (respectivement 22% et 8% de films communs), les cha\u00eenes des Droits de la personne anglophone et francophone ne laissent appara\u00eetre que des diff\u00e9rences anecdotiques\u00a0: par exemple, on soulignera la participation d\u2019un groupe de musique canadien \u00e0 la bande-son des <em>Chariots de l\u2019enfer<\/em> dans la version anglophone, et non pas dans la version francophone, tout simplement parce que le groupe en question est connu dans le Canada anglais. Au total, c\u2019est donc 25 films qui composent les cha\u00eenes des Droits de la personne francophone et anglophone. Parmi ceux-ci on compte quatre films d\u2019animation<a id=\"_ednref3\" href=\"#_edn3\">[3]<\/a> et deux films de fictions<a id=\"_ednref4\" href=\"#_edn4\">[4]<\/a> qui ont des vis\u00e9es essentiellement p\u00e9dagogiques\u00a0: on y apprend de fa\u00e7on didactique \u00e0 respecter les diff\u00e9rences, les minorit\u00e9s, et \u00e0 comprendre ce qu\u2019est le racisme. Du c\u00f4t\u00e9 des documentaires on observe trois types de d\u00e9marches\u00a0: le portrait<a id=\"_ednref5\" href=\"#_edn5\">[5]<\/a>, le documentaire r\u00e9alis\u00e9 \u00e0 partir d\u2019un fait d\u2019actualit\u00e9<a id=\"_ednref6\" href=\"#_edn6\">[6]<\/a>, et le documentaire qui repose principalement sur les t\u00e9moins d\u2019un \u00e9v\u00e8nement pass\u00e9.<a id=\"_ednref7\" href=\"#_edn7\">[7]<\/a> Dans chacune de celles-ci le t\u00e9moignage est central, mais il n\u2019est pas toujours pr\u00e9sent\u00e9 de la m\u00eame fa\u00e7on\u00a0: parfois on proc\u00e8de de fa\u00e7on classique, en installant le t\u00e9moin face \u00e0 la cam\u00e9ra dans un studio ou dans un lieu qui lui est familier\u00a0; d\u2019autres fois on l\u2019accompagne dans son quotidien (au travail, lors de rencontre entre amis, etc.). Sur le plan des th\u00e8mes trait\u00e9s, on remarquera une pr\u00e9dominance du th\u00e8me de la tol\u00e9rance, de la violence subie en raison d\u2019opinions politiques ainsi que du droit \u00e0 la pr\u00e9servation de sa culture, son identit\u00e9 et ses traditions (23 films). Dans une moindre mesure on remarque des films consacr\u00e9s aux questions humanitaires (2) et aux questions socio-\u00e9conomiques (3). Les vingt-huit films qui composent les cha\u00eenes anglophones et francophones s\u2019apparentent donc \u00e0 un inventaire de droits (droits des minorit\u00e9s culturelles, droits des femmes, droits des homosexuels, doit \u00e0 la non-violence, etc.) qui \u00ab\u00a0prot\u00e8gent tout \u00eatre humain\u00a0\u00bb tel que l\u2019affirme le programme de la cha\u00eene.<\/p>\n<h3><strong>La tol\u00e9rance\u00a0: attitude valoris\u00e9e par le discours<\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span class=\"cb-dropcap-small\">U<\/span>ne attitude de tol\u00e9rance est r\u00e9guli\u00e8rement valoris\u00e9e par les discours apparaissant sur la cha\u00eene des Droits de la personne, soit explicitement, soit \u00e0 partir de sous-th\u00e8mes qui en d\u00e9coulent\u00a0: le racisme, la discrimination, et enfin, les moyens d\u2019\u00e9viter toute violence. Par exemple, le synopsis de <em>Pour Angela<\/em> (Nancy Trites Botkin et Daniel Prouty, 1994) nous indique que le film porte sur \u00ab\u00a0trois jeunes gens batailleurs\u00a0\u00bb ayant tenu \u00ab\u00a0des propos racistes \u00e0 l\u2019endroit d\u2019une jeune Am\u00e9rindienne et de sa m\u00e8re\u00a0\u00bb. En d\u00e9non\u00e7ant cette intol\u00e9rance envers Angela et sa m\u00e8re, le paratexte invite en creux \u00e0 adopter une attitude de tol\u00e9rance \u00e0 leur \u00e9gard. De la m\u00eame mani\u00e8re, dans <em>La couleur de la beaut\u00e9<\/em> (Elizabeth St. Philip, 2010), la couleur de peau de la protagoniste, souhaitant devenir mannequin, est pr\u00e9sent\u00e9e comme l\u2019enjeu dramatique du film\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Or<\/em>, elle est noire, et dans cet univers la femme blanche repr\u00e9sente le canon de beaut\u00e9\u00a0\u00bb (nous soulignons). Pour prendre un dernier exemple du m\u00eame type\u2014malgr\u00e9 le fait qu\u2019ils seraient nombreux, le synopsis accompagnant <em>Jade <\/em>(Cal Caringan, 2010) s\u2019interroge\u00a0: \u00ab\u00a0Et si les blancs formaient les minorit\u00e9s visibles de discrimination raciale en milieu de travail\u00a0?\u00a0\u00bb L\u2019opposition majorit\u00e9\/minorit\u00e9 appara\u00eet clairement dans le paratexte et si elle est souvent li\u00e9e \u00e0 une dimension ethnique, elle sera \u00e9galement li\u00e9e de pr\u00e8s \u00e0 l\u2019identit\u00e9 et \u00e0 la culture. La fiche p\u00e9dagogique de <em>Minoru <\/em>: <em>souvenirs d\u2019un exil <\/em>(Michael Fukushima, 1992) porte pr\u00e9cis\u00e9ment sur la question identitaire\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px; text-align: justify;\">Que signifie \u00eatre canadien\u00a0? Ou japonais\u00a0? Comment une personne peut-elle \u00eatre priv\u00e9e de son identit\u00e9\u00a0? [&#8230;] Existe-t-il dans leur propre famille [celle des \u00e9l\u00e8ves] des histoires li\u00e9es \u00e0 la lutte pour l\u2019identit\u00e9\u00a0? Pourquoi est-il si important de pouvoir choisir notre propre destin et notre propre identit\u00e9\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plus explicitement, la fiche p\u00e9dagogique accompagnant <em>Opre Roma\u00a0: Tsiganes au Canada<\/em> (Tony Papa, 1999) se demande si \u00ab\u00a0[l]a culture de la majorit\u00e9\u00a0\u00bb est\u00a0 visible. Dans chacun de ces cas, il est soit question de pr\u00e9senter le film comme un objet invitant \u00e0 la tol\u00e9rance face \u00e0 l\u2019alt\u00e9rit\u00e9\u2014ethnique, culturelle ou identitaire\u2014soit, \u00e0 travers les fiches p\u00e9dagogiques accompagnant ces films, de former \u00e0 la tol\u00e9rance en incitant les \u00e9l\u00e8ves \u00e0 s\u2019imaginer en position minoritaire ou encore \u00e0 affirmer leur propre situation minoritaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La cha\u00eene invite \u00e9galement \u00e0 une attitude de tol\u00e9rance envers les femmes et les minorit\u00e9s sexuelles. C\u2019est le cas dans le paratexte de <em>Chroniques afghanes<\/em> (Dominic Morissette, 2007) o\u00f9 il est notamment question de la libert\u00e9 d\u2019expression des femmes depuis la chute des talibans, et \u00e9galement dans <em>La charia au Canada <\/em>(Dominique Cardona, 2005) o\u00f9 la fiche p\u00e9dagogique avance\u00a0: \u00ab\u00a0Ce documentaire est excellent pour observer les liens entre musulmans et non-musulmans au Canada ainsi que pour discuter de la pr\u00e9sence de la religion dans le syst\u00e8me judiciaire. <em>La place de la femme devrait-elle en souffrir <\/em>?\u00a0\u00bb (nous soulignons). On remarquera \u00e9galement <em>Cure for Love <\/em>(Francine Pelletier et Christina Willings, 2008) o\u00f9 c\u2019est plut\u00f4t de tol\u00e9rance envers les homosexuels dont il est question, et ce, \u00e0 travers le portrait de certains d\u2019entre eux qui tentent de se \u00ab\u00a0convertir\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9 par le biais d\u2019un mouvement \u00e9vang\u00e9lique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, la cha\u00eene invite \u00e0 la tol\u00e9rance des personnes d\u00e9favoris\u00e9es au plan socio-\u00e9conomique, bien que ce soit dans une moindre mesure.<a id=\"_ednref8\" href=\"#_edn8\">[8]<\/a> Par exemple, le guide p\u00e9dagogique accompagnant <em>L\u2019histoire d\u2019Hannah <\/em>(ONFB, 2007) invite les \u00e9l\u00e8ves \u00e0 \u00e9num\u00e9rer des emplois mal r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s, mais toutefois essentiels \u00e0 leur existence\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px; text-align: justify;\">La valeur d\u2019un emploi se mesure-t-elle seulement au salaire\u00a0? [&#8230;] Quels autres emplois minimalement pay\u00e9s, non sp\u00e9cialis\u00e9s ou peu sp\u00e9cialis\u00e9s sont quand m\u00eame essentiels pour assurer le bon fonctionnement de votre collectivit\u00e9, la s\u00e9curit\u00e9 des gens, leur sant\u00e9 et leur prosp\u00e9rit\u00e9\u00a0? (activit\u00e9 num\u00e9ro 5)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On affirme dans cette fiche le droit de toute personne \u00e0 la dignit\u00e9, qu\u2019importe la classe \u00e9conomique dans laquelle elle se situe. Toutefois, m\u00eame si l\u2019on justifie et rappelle le droit de ces individus \u00e0 un logement ou un travail, jamais les in\u00e9galit\u00e9s qui structurent la soci\u00e9t\u00e9, et qui engendre la pr\u00e9carit\u00e9 et la pauvret\u00e9, ne sont abord\u00e9es. Au contraire, les bas salaires destin\u00e9s aux m\u00e9tiers peu sp\u00e9cialis\u00e9s semblent m\u00eame \u00eatre l\u00e9gitim\u00e9s par la fiche p\u00e9dagogique, qui limite la port\u00e9e du salaire \u00e0 une mesure de la valeur du travail parmi d\u2019autres. Si l\u2019on poursuit l\u2019exploration de cette fiche, on constate, dans le cadre de l\u2019activit\u00e9 num\u00e9ro trois, une invitation \u00e0 cr\u00e9er sa propre fondation. On y incite les \u00e9l\u00e8ves \u00e0 interroger la structure et le r\u00f4le des organismes de bienfaisance venant en aide aux plus d\u00e9munis\u00a0: \u00ab\u00a0A-t-il un conseil d\u2019administration\u00a0? [&#8230;] Quelles sont ses activit\u00e9s annuelles de financement\u00a0? [&#8230;] L\u2019organisme a-t-il un porte-parole c\u00e9l\u00e8bre, est-il appuy\u00e9 par une vedette\u00a0? [&#8230;]\u00a0\u00bb. Par cons\u00e9quent, c\u2019est plut\u00f4t la dimension protectrice des droits de la personne qui est mise en avant, et en ce sens, l\u2019encadrement discursif du film est conforme au programme de la cha\u00eene\u00a0: il concerne \u00ab\u00a0les droits et libert\u00e9s fondamentaux qui <em>prot\u00e8gent<\/em> tout \u00eatre humain\u00a0\u00bb. Par contre, cette \u00ab\u00a0protection\u00a0\u00bb, qui est ici valoris\u00e9e, vise \u00e0 assurer avant tout la dignit\u00e9 de l\u2019individu, et non sa situation mat\u00e9rielle, et rel\u00e8ve du domaine caritatif et non pas d\u2019un dispositif l\u00e9gal mis en place par l\u2019\u00c9tat (par exemple le salaire minimum).<\/p>\n<h3><strong>L\u2019originalit\u00e9 on\u00e9fienne\u00a0: la port\u00e9e sociale de la forme documentaire<\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span class=\"cb-dropcap-small\">M<\/span>is \u00e0 part la tol\u00e9rance face \u00e0 l\u2019<em>autre<\/em>, on peut remarquer une seconde tendance dans le paratexte accompagnant les films de la cha\u00eene. La fiche \u00e9ducative mettant en valeur <em>Le totem de G\u2019psgolox <\/em>(Gil Cardinal, 2006) permet de relier cette tendance au probl\u00e8me de la tol\u00e9rance\u00a0: \u00ab\u00a0Comment les documentaires peuvent-ils favoriser la tol\u00e9rance dans une soci\u00e9t\u00e9 diversifi\u00e9e\u00a0?\u00a0\u00bb Cette question, qui rappelle une fois de plus l\u2019importance de la \u00ab\u00a0tol\u00e9rance\u00a0\u00bb au niveau du discours de mise en valeur, laisse pr\u00e9supposer que la forme documentaire peut agir dans le champ social. Il s\u2019agit donc d\u2019une tendance qui cherche \u00e0 octroyer au documentaire une fonction sociale, une capacit\u00e9 pratique \u00e0 agir dans \u00ab\u00a0une soci\u00e9t\u00e9 diversifi\u00e9e\u00a0\u00bb. Comme le souligne Caroline Z\u00e9au dans ce num\u00e9ro, l\u2019ONF rappelle r\u00e9guli\u00e8rement son originalit\u00e9 et son caract\u00e8re distinctif par rapport aux productions priv\u00e9es, notamment pour justifier, comme toute institution gouvernementale, sa mission d\u2019int\u00e9r\u00eat public. La cha\u00eene des Droits de la personne ne fait pas exception. Par exemple, dans la fiche p\u00e9dagogique accompagnant <em>Les chariots de l\u2019enfer <\/em>(Murray Siple, 2008), on incite les enseignants \u00e0 proposer une activit\u00e9 de comparaison \u00e0 leurs \u00e9l\u00e8ves\u00a0: \u00ab\u00a0Avant le visionnage, demandez aux \u00e9l\u00e8ves de se pencher sur le st\u00e9r\u00e9otype du sans-abri. Comparez les r\u00e9ponses apr\u00e8s le visionnage\u00a0\u00bb. Cette invitation laisse pr\u00e9supposer que la production de l\u2019Office permettrait d\u2019interroger la repr\u00e9sentation qu\u2019on se fait des sans-abris \u00e0 partir des m\u00e9dias de masse. De la m\u00eame mani\u00e8re, la fiche p\u00e9dagogique accompagnant <em>Kanehsatake, 270 ans de r\u00e9sistance <\/em>(1993) invite \u00e9galement \u00e0 comparer le film d\u2019Alanis Obomsawin \u00e0 la couverture m\u00e9diatique du conflit par la presse am\u00e9rindienne, qu\u00e9b\u00e9coise, canadienne-anglaise, et internationale. Outre la valorisation du caract\u00e8re distinctif des productions, le discours de mise en valeur attribue explicitement \u00e0 la forme documentaire des vertus sociales. Par exemple, la fiche \u00e9ducative accompagnant <em>L\u2019arbre qui se souvient<\/em> (Masoud Raouf, 2003) encourage les \u00ab\u00a0\u00e9tudiants en cin\u00e9ma et en \u00e9tudes m\u00e9diatiques\u00a0\u00bb \u00e0 se pencher sur les \u00ab\u00a0techniques efficaces pour livrer un r\u00e9cit politique et au <em>pouvoir du documentaire comme outil de changement <\/em>\u00bb (nous soulignons). C\u2019est par ailleurs ce \u00ab\u00a0pouvoir du documentaire comme outil de changement\u00a0\u00bb que sous-tend la question \u00ab\u00a0Comment les documentaires peuvent-ils favoriser la tol\u00e9rance dans une soci\u00e9t\u00e9 diversifi\u00e9e\u00a0?\u00a0\u00bb, mentionn\u00e9e au d\u00e9but de ce paragraphe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais quelles formes et quelles techniques sont utilis\u00e9es dans les films pr\u00e9sents sur cette cha\u00eene\u00a0? Comme on l\u2019a mentionn\u00e9 ci-dessus, mis \u00e0 part quelques fictions (dont certains films d\u2019animation), ce sont principalement des documentaires, tourn\u00e9s en cin\u00e9ma direct que l\u2019on trouve sur la cha\u00eene\u00a0: portraits, documentaires de t\u00e9moignages, et reportages portant sur un \u00e9v\u00e8nement contemporain au pr\u00e9sent du tournage. Or, comme le rappelle Fran\u00e7ois Niney, le cin\u00e9ma direct, s\u2019il s\u2019est autrefois \u00e9panoui \u00e0 l\u2019ONF, est d\u00e9sormais \u00ab\u00a0devenu la forme canonique du documentaire et du reportage TV\u00a0\u00bb (39). Il nous appara\u00eet donc opportun de nous demander si la singularit\u00e9 des techniques et des formes, que s\u2019attribue l\u2019ONF dans l\u2019encadrement discursif pr\u00e9sent sur la cha\u00eene, est observable lorsque l\u2019on passe au visionnement des films.<\/p>\n<h3><strong>Transposer l\u2019objet du documentaire<\/strong> <strong>: deux cas portant sur la famine <\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span class=\"cb-dropcap-small\">O<\/span>n se penchera sur un dernier aspect du discours \u00e0 partir de deux exemples portant sur un m\u00eame th\u00e8me\u00a0: la famine. Ceux-ci r\u00e9v\u00e8lent que l\u2019encadrement discursif de la cha\u00eene a tendance \u00e0 transposer l\u2019objet v\u00e9ritable du film vers un ailleurs temporel, g\u00e9ographique, ou encore th\u00e9matique. Par exemple, le film culte d\u2019animation <em>La faim <\/em>(Peter Fold\u00e8s, 1973), portant sur la faim dans le monde, est accompagn\u00e9 d\u2019une fiche p\u00e9dagogique sugg\u00e9rant aux enseignants \u00ab\u00a0d\u2019explorer le contexte international de 1973 dans le but de voir si une p\u00e9nurie alimentaire mondiale s\u00e9vissait\u00a0\u00bb. Alors qu\u2019aucun indice dans le film n\u2019inscrit celui-ci dans un lieu ou une \u00e9poque particuli\u00e8re, l\u2019aspect radical de l\u2019\u0153uvre est neutralis\u00e9 par une r\u00e9duction de sa port\u00e9e qui se limite, selon le discours, au contexte g\u00e9opolitique des ann\u00e9es 1970. De la m\u00eame mani\u00e8re, dans un des deux films portant sur l\u2019humanitaire, <em>Attendre <\/em>(Marie-Claude Harvey, 1995), on mettra en valeur la vertueuse \u00ab\u00a0patience\u00a0\u00bb des Dinkas du Soudan plut\u00f4t que de mettre en avant le contexte g\u00e9opolitique qui cause cette famine dans le sud du Soudan\u2014si ce n\u2019est en mentionnant bri\u00e8vement que le pays est empourpr\u00e9 dans une guerre civile\u00a0: un \u00ab\u00a0peuple d\u2019une extr\u00eame patience [&#8230;] r\u00e9sign\u00e9, le ventre creux, ils attendent la prochaine r\u00e9colte\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme on a pu l\u2019observer, le paratexte accompagnant les deux films maintient les v\u00e9ritables causes de la famine hors champ. En d\u00e9pla\u00e7ant l\u2019objet v\u00e9ritable du film vers un ailleurs singulier, ces encadrements discursifs \u00e9loignent temporellement et g\u00e9ographiquement cette probl\u00e9matique pourtant toujours d\u2019actualit\u00e9 et universelle. Ils ont ici pour effet d\u2019adoucir et de d\u00e9placer le caract\u00e8re douloureux et frustrant de ces films qui sont des t\u00e9moignages d\u2019impuissance face \u00e0 l\u2019horreur engendr\u00e9e par la pauvret\u00e9 extr\u00eame.<\/p>\n<h3><strong>Premiers constats<\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span class=\"cb-dropcap-small\">S<\/span>uite \u00e0 ces observations, concernant principalement le paratexte accompagnant les films de la cha\u00eene, deux constats s\u2019imposent. Premi\u00e8rement, les discours pr\u00e9sents sur la cha\u00eene mettent en avant la tol\u00e9rance, en tant qu\u2019attitude mod\u00e8le \u00e0 adopter dans diverses circonstances. Selon la d\u00e9finition principale du Grand Robert, la tol\u00e9rance est \u00ab\u00a0le fait de tol\u00e9rer <em>quelque chose<\/em>, de ne pas interdire ou exiger, alors qu\u2019on pourrait\u00a0\u00bb. Ce <em>quelque chose <\/em>correspond \u00e0 l\u2019ONF \u00e0 toute forme d\u2019alt\u00e9rit\u00e9 culturelle faisant l\u2019objet d\u2019une oppression quelconque. Par cons\u00e9quent, la conception des droits la personne qui se d\u00e9gage des discours de la cha\u00eene s\u2019apparente \u00e0 celle d\u00e9crite par Alain Badiou dans son <em>\u00c9thique<\/em>, au sens o\u00f9 il s\u2019agit toujours de droits se d\u00e9finissant \u00e0 partir d\u2019une <em>atteinte<\/em> \u00e0 la personne humaine, et principalement, \u00e0 son \u00ab\u00a0identit\u00e9 culturelle\u00a0\u00bb\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px; text-align: justify;\">Les \u00ab\u00a0droits de l\u2019homme\u00a0\u00bb sont des droits au non-Mal\u00a0: n\u2019\u00eatre offens\u00e9 et maltrait\u00e9 ni dans sa vie (horreur du meurtre et de l\u2019ex\u00e9cution), ni dans son corps (horreur de la torture, des s\u00e9vices et de la famine), ni dans son <em>identit\u00e9 culturelle<\/em> (horreur de l\u2019humiliation des femmes, des minorit\u00e9s, etc.). (11, nous soulignons)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Loin de nous l\u2019intention de critiquer cette invitation \u00e0 la tol\u00e9rance, qui assur\u00e9ment peut avoir des retomb\u00e9es positives. N\u00e9anmoins il est important de se demander pourquoi c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment autour de ce comportement que s\u2019articule la cha\u00eene des Droits de la personne, qui aurait aussi pu s\u2019articuler autour de principes comme l\u2019\u00e9galit\u00e9, la libert\u00e9, la citoyennet\u00e9 qui sont issues de sa tradition. Pourquoi est-ce cette disposition sociale qui pr\u00e9domine dans les discours\u00a0? Cette derni\u00e8re appara\u00eet-elle \u00e9galement dans les films\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le second constat concerne la forme documentaire telle que pratiqu\u00e9e \u00e0 l\u2019ONF, et qui est consid\u00e9r\u00e9e, on l\u2019a d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9, comme un vecteur de changement social. Toutefois, compte tenu de la ressemblance entre les pratiques documentaires pr\u00e9sentes sur la cha\u00eene et celles qui apparaissent dans les productions relevant du priv\u00e9, on peut se demander, tout en paraphrasant l\u2019institution, si\u00a0le documentaire on\u00e9fien parvient <em>toujours<\/em> \u00e0 favoriser la tol\u00e9rance dans une soci\u00e9t\u00e9 diversifi\u00e9e. C\u2019est \u00e0 la lumi\u00e8re de ces deux constats que l\u2019on examinera de plus pr\u00e8s deux des 25 films de la cha\u00eene\u00a0: <em>Mon fils sera arm\u00e9nien <\/em>et <em>Les chariots de l\u2019enfer<\/em>. Si le premier nous appara\u00eet comme \u00e9tant repr\u00e9sentatif de la plupart des films diffus\u00e9s sur la cha\u00eene, le second, en revanche, nous permettra de faire ressortir une d\u00e9marche documentaire plus singuli\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour analyser ces documentaires, on s\u2019appuiera sur la pens\u00e9e de Jean-Louis Comolli, ce dernier consid\u00e9rant le cin\u00e9ma \u00ab\u00a0comme l\u2019outil et le lieu d\u2019une <em>relation<\/em> possible, r\u00e9elle, entre nous\u00a0\u00bb (36, nous soulignons). Ce \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb chez Comolli correspond au triangle form\u00e9 par le sujet filmant, le sujet film\u00e9 et le spectateur, au c\u0153ur duquel se trouve la \u00ab\u00a0machine filmante\u00a0\u00bb. Toutefois, pour que cette \u00ab\u00a0relation possible\u00a0\u00bb ait lieu, la mise en sc\u00e8ne doit non seulement construire ce triangle, mais \u00e9galement le reconstruire en permanence de sorte que la position des acteurs du documentaire soit r\u00e9guli\u00e8rement remise en jeu (Comolli 635). C\u2019est donc cette derni\u00e8re que l\u2019on examinera, puisque comme l\u2019affirme l\u2019ONF, la forme documentaire, en permettant de nous lier \u00e0 d\u2019autres, peut effectivement favoriser la tol\u00e9rance dans une soci\u00e9t\u00e9 diversifi\u00e9e.<\/p>\n<h3><strong><em>Mon fils sera arm\u00e9nien<\/em><\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><span class=\"cb-dropcap-small\">M<\/span>on fils sera arm\u00e9nien<\/em> est un film documentaire de Hagop Goudsouzian produit en 2004. Second film d\u2019une trilogie<a id=\"_ednref9\" href=\"#_edn9\">[9]<\/a> portant sur le g\u00e9nocide arm\u00e9nien, l\u2019objet de celui-ci est loin d\u2019\u00eatre l\u00e9ger. Le projet initial du film consiste \u00e0 marcher dans les traces des d\u00e9port\u00e9s arm\u00e9niens, et ce, accompagn\u00e9s par quelques membres de la diaspora arm\u00e9nienne du Qu\u00e9bec. Toutefois, \u00e9tant donn\u00e9 un volte-face des autorit\u00e9s syriennes, l\u2019acc\u00e8s au pays sera refus\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9quipe du film. L\u2019objet du documentaire sera alors remplac\u00e9 par une rencontre avec les d\u00e9port\u00e9s et survivants du g\u00e9nocide qui habitent l\u2019actuel territoire arm\u00e9nien. Suite aux t\u00e9moignages de survivants, le film soul\u00e8vera un enjeu politique qui lui est contemporain\u00a0: la reconnaissance du g\u00e9nocide par le gouvernement canadien. Enfin, une fois rentr\u00e9 au pays, le r\u00e9alisateur soulignera le d\u00e9nouement heureux du d\u00e9bat politique canadien\u00a0: l\u2019\u00c9tat reconna\u00eet d\u00e9sormais le g\u00e9nocide arm\u00e9nien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avant d\u2019entreprendre l\u2019analyse du film, il nous semble important de distinguer deux types de t\u00e9moins pour \u00e9viter toute confusion. On retrouve dans un premier temps les membres de la diaspora arm\u00e9nienne du Qu\u00e9bec qui ont accompagn\u00e9 le r\u00e9alisateur en voyage. On les nommera \u00ab\u00a0participants\u00a0\u00bb puisque c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment en interrogeant les raisons de leur \u00ab\u00a0participation\u00a0\u00bb que le r\u00e9alisateur leur demandera d\u2019expliquer leurs motivations. Ceux-ci, en plus d\u2019accompagner le r\u00e9alisateur pendant son tournage, t\u00e9moignent r\u00e9guli\u00e8rement sous une forme orale parfois accompagn\u00e9e d\u2019images photographiques ou filmiques qu\u2019ils ont prises au cours de leur s\u00e9jour. Le second type de t\u00e9moin correspond aux individus qui ont surv\u00e9cu au g\u00e9nocide et qui habitent l\u2019actuel territoire arm\u00e9nien. Les t\u00e9moignages de ces derniers se feront sous une forme classique\u00a0: on les interroge dans leur demeure, entour\u00e9s des autres participants et de membres de leur famille. Il est important de souligner que l\u2019on met en sc\u00e8ne la qu\u00eate par les participants de ces \u00ab\u00a0survivants\u00a0\u00bb. Comme ils se font rares, \u00e9tant donn\u00e9 le fait que le g\u00e9nocide remonte au d\u00e9but du xx<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, le parcours n\u00e9cessaire pour entrer en contact avec ceux-ci devient, dans le film, un enjeu dramatique. Pourtant, d\u00e8s qu\u2019on parvient \u00e0 entrer en contact avec eux, aucune <em>relation documentaire<\/em>, au sens o\u00f9 l\u2019entend Comolli, n\u2019advient. On tentera ici de justifier cette affirmation \u00e0 partir de ce que Serge Daney appelait le \u00ab\u00a0<em>reste<\/em> \u00bb des images, noyau dur toujours pr\u00e9sent, \u00ab\u00a0sans lequel il n\u2019y aurait que des signes \u00e0 \u201clire\u201d et pas d\u2019hommes \u00e0 voir\u00a0\u00bb (54). Ces \u00ab\u00a0<em>restes<\/em> \u00bb correspondent \u00e0 ces visages, ces regards impr\u00e9vus, ces lapsus qui, bien qu\u2019absents du sc\u00e9nario ou de la mise en sc\u00e8ne, sont syst\u00e9matiquement rapport\u00e9s par la \u00ab\u00a0machine filmante\u00a0\u00bb. On examinera cet \u00e9cart entre les \u00ab\u00a0<em>restes<\/em> \u00bb des images et les propos tenus par le r\u00e9alisateur en voix off pour d\u00e9montrer que la relation, si elle fut possible, n\u2019est pas survenue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un de ces \u00e9carts entre les propos du r\u00e9alisateur et l\u2019image appara\u00eet lors de cette rencontre avec Mme Mariam Avoyan. \u00c0 la moiti\u00e9 du film on nous annonce, par la voix off, que les recherches entam\u00e9es jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent ont enfin conduit l\u2019\u00e9quipe chez cette centenaire qui a v\u00e9cu la d\u00e9portation. Toutefois, lors de la premi\u00e8re visite chez les Avoyan, la t\u00e9moin fort recherch\u00e9e semble s\u2019\u00eatre enfuie\u00a0: m\u00eame sa famille n\u2019est pas en mesure de d\u00e9terminer o\u00f9 elle se trouve. On s\u2019inqui\u00e8te, on t\u00e9l\u00e9phone \u00e0 des proches pour tenter de la retrouver, mais ce sera sans succ\u00e8s\u00a0; le r\u00e9alisateur s\u2019interrogera\u00a0: \u00ab\u00a0Est-ce encore un rendez-vous manqu\u00e9?\u00a0\u00bb Lors de la seconde visite de l\u2019\u00e9quipe, on entendra la voix off du r\u00e9alisateur exprimer son apaisement quant \u00e0 la rencontre tant esp\u00e9r\u00e9e avec son t\u00e9moin\u00a0: \u00ab\u00a0Cette fois, \u00e0 notre grand soulagement, Mme Avoyan nous attend <em>de pied ferme <\/em>\u00bb. On verra ensuite cette derni\u00e8re ouvrir une porte et appara\u00eetre \u00e0 l\u2019\u00e9cran. Un \u00e9cart surgit alors entre l\u2019expression utilis\u00e9e par le r\u00e9alisateur pour d\u00e9crire l\u2019attente de Mme Avoyan, \u00ab\u00a0<em>de pied ferme<\/em> \u00bb, et les premiers mots qu\u2019elle exprimera devant l\u2019objectif\u00a0: \u00ab\u00a0Pourquoi vous donnez-vous du mal pour moi\u00a0? Pourquoi vous d\u00e9rangez-vous pour moi\u00a0?\u00a0\u00bb Ensuite, l\u2019image \u00e0 l\u2019\u00e9cran viendra creuser cet \u00e9cart. La dame se d\u00e9placera vers la droite du cadre, pour enfin sortir de la pi\u00e8ce, cherchant visiblement \u00e0 \u00e9viter l\u2019\u00e9quipe de tournage qu\u2019\u00e0 ne l\u2019accueillir <em>de pied ferme<\/em> (figure 2).<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image002.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"6811\" data-permalink=\"https:\/\/imaginations.space\/?attachment_id=6811\" data-orig-file=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image003.png\" data-orig-size=\"964,204\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"image003\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image003.png\" class=\"aligncenter size-full wp-image-6811\" src=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image003.png\" alt=\"image003\" width=\"964\" height=\"204\" srcset=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image003.png 964w, https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image003-150x32.png 150w, https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image003-300x63.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 964px) 100vw, 964px\" \/><\/a>Figure 2. La premi\u00e8re, et tr\u00e8s br\u00e8ve, apparition de Mme Avoyan dans le film. \u00a92004 Office national du film du Canada. Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le plan suivant, o\u00f9 l\u2019on interroge Mme Avoyan au sujet de son \u00e2ge et de son lieu de naissance (comme pour attester, judiciairement, de son statut de \u00ab\u00a0t\u00e9moin\u00a0\u00bb), on verra la dame lancer un regard p\u00e9n\u00e9trant \u00e0 l\u2019objectif, entre les deux questions de son interlocutrice (voir figure 3). Ce regard semble marquer une forme d\u2019irritation face \u00e0 la cam\u00e9ra, cette derni\u00e8re justifiant l\u2019interrogatoire. Alors que Mme Avoyan est entour\u00e9e de la future g\u00e9n\u00e9ration arm\u00e9nienne, ce regard rappelle que cette transmission de la m\u00e9moire du g\u00e9nocide est plut\u00f4t mise en sc\u00e8ne que r\u00e9elle. Imm\u00e9diatement apr\u00e8s ces questions, c\u2019est le r\u00e9alisateur qui en voix off prendra la parole, venant raconter ce qu\u2019a v\u00e9cu Mme Avoyan \u00e0 sa place, et c\u2019est ainsi que seront r\u00e9guli\u00e8rement entrecoup\u00e9s les t\u00e9moignages des survivants\u00a0: soit par la voix off du r\u00e9alisateur, soit par le commentaire d\u2019un participant du film qui t\u00e9moignera ou commentera une sc\u00e8ne que l\u2019on vient de voir avec un t\u00e9moin.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"6812\" data-permalink=\"https:\/\/imaginations.space\/?attachment_id=6812\" data-orig-file=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image004.png\" data-orig-size=\"1280,800\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"image004\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image004-1024x640.png\" class=\"aligncenter size-full wp-image-6812\" src=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image004.png\" alt=\"image004\" width=\"1280\" height=\"800\" srcset=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image004.png 1280w, https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image004-150x94.png 150w, https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image004-300x188.png 300w, https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image004-1024x640.png 1024w\" sizes=\"auto, (max-width: 1280px) 100vw, 1280px\" \/>Figure 3. Le regard de Mme Avoyan en direction de la cam\u00e9ra alors qu\u2019on la questionne sur son pass\u00e9. \u00a92004 Office national du film du Canada. Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: right; padding-left: 270px;\"><em>Quand on pousse un homme du petit peuple devant les cam\u00e9ras, il est r\u00e9duit au r\u00f4le de r\u00e9pondeur. Il r\u00e9pond \u00e0 des questions. Il n\u2019a droit ni \u00e0 l\u2019h\u00e9sitation ni au silence. Il est<\/em><em> somm\u00e9. Autrement, on coupe<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Jean-Louis Comolli (83)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mis \u00e0 part cet \u00e9cart entre la voix off et ce qu\u2019il \u00ab\u00a0<em>reste<\/em> \u00bb des images on observe aussi une sc\u00e8ne, o\u00f9 c\u2019est un des participants du documentaire qui, par ses affirmations, laisse entrevoir le foss\u00e9 existant entre le r\u00e9alisateur et une des t\u00e9moins. La t\u00e9moin en question, dont le r\u00e9alisateur taira le nom, sera pr\u00e9sent\u00e9e comme faisant partie de ces survivants chez qui \u00ab\u00a0l\u2019oubli a d\u00e9j\u00e0 fait son \u0153uvre\u00a0\u00bb compte tenu de leur \u00e2ge. On verra ensuite ce participant t\u00e9moigner (Patrick Masbourian), affirmant qu\u2019il a l\u2019impression que la pr\u00e9tendue \u00ab\u00a0amn\u00e9sie\u00a0\u00bb de cette survivante correspond davantage \u00e0 un refus de t\u00e9moigner\u00a0: \u00ab\u00a0Qui suis-je pour porter un jugement comme \u00e7a, mais j\u2019avais de la difficult\u00e9 \u00e0 y croire, lorsqu\u2019on rencontrait une personne qui disait \u201cAh, je me souviens de rien.\u201d [&#8230;] J\u2019avais l\u2019impression que c\u2019\u00e9tait plus du refus que d\u2019autre chose\u00a0\u00bb. Ce passage est assez surprenant, car le participant semble marquer, par son ton de voix, une certaine impatience. Il est alors possible de deviner que la question qui venait de lui \u00eatre pos\u00e9e par Goudsouzian (le r\u00e9alisateur) niait toujours la possibilit\u00e9 qu\u2019un survivant n\u2019ait pas n\u00e9cessairement une envie urgente de raconter, \u00e0 un inconnu, l\u2019horreur du g\u00e9nocide, diagnostiquant plut\u00f4t \u00e0 ce silence, une perte de m\u00e9moire li\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e2ge. Or, si l\u2019on revient sur le t\u00e9moignage de cette survivante, qui est pr\u00e9sent\u00e9 dans le film comme \u00ab\u00a0souffrant d\u2019amn\u00e9sie\u00a0\u00bb, ce semble plut\u00f4t \u00eatre un souvenir bien vivant et toujours douloureux du g\u00e9nocide qui l\u2019emp\u00eache d\u2019en t\u00e9moigner\u00a0: \u00ab\u00a0Comment puis-je raconter \u00e7a\u00a0? Je n\u2019ai pas le c\u0153ur \u00e0 raconter \u00e7a. [silence] Je ne peux plus. Je suis la derni\u00e8re miette. La derni\u00e8re survivante. Vous ne comprendrez pas. Un morceau d\u00e9chir\u00e9, comme on dit\u00a0\u00bb. Suite \u00e0 ce refus de t\u00e9moigner, qui paradoxalement en dit long, on demandera \u00e0 nouveau\u2014et \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition\u2014\u00e0 cette femme de <em>raconter<\/em>.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Documentaire, identit\u00e9 culturelle et m\u00e9moire collective<\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span class=\"cb-dropcap-small\">\u00c0<\/span> la fois cet \u00e9cart entre les \u00ab\u00a0<em>restes<\/em> \u00bb de l\u2019image et la voix off du r\u00e9alisateur, et ce foss\u00e9 entre le t\u00e9moignage d\u2019une survivante et la pr\u00e9sentation qui en est fait par la voix off, t\u00e9moignent du fait que la <em>relation<\/em>, rendue possible par la forme documentaire, n\u2019a pas eu lieu. De mani\u00e8re plus g\u00e9n\u00e9rale, on peut observer quantitativement qu\u2019une place r\u00e9duite est accord\u00e9e aux v\u00e9ritables victimes du g\u00e9nocide, \u00e0 la fois sur le plan de l\u2019image et du son. R\u00e9guli\u00e8rement leurs t\u00e9moignages sont entrecoup\u00e9s par les r\u00e9actions des participants du film, ou encore par les r\u00e9cits ou les souvenirs de voyage du r\u00e9alisateur. Si la cr\u00e9ation de liens avec ces survivants est si difficile, ce n\u2019est pas parce que les t\u00e9moins que l\u2019on vient rencontrer n\u2019ont rien \u00e0 raconter, mais tout simplement parce que la relation cin\u00e9matographique que l\u2019on met en place est inhospitali\u00e8re\u00a0: elle n\u2019est pas fond\u00e9e sur un rapport d\u2019\u00e9galit\u00e9 entre ceux qui \u00ab\u00a0peuvent se payer le luxe de jouer avec les mots et les images\u00a0\u00bb (Ranci\u00e8re 596) et ceux qui ne l\u2019ont pas, en l\u2019occurrence les survivants du g\u00e9nocide.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019absence de <em>relation documentaire<\/em> \u00ab\u00a0\u00e9quilibr\u00e9e\u00a0\u00bb n\u2019est pas un cas isol\u00e9 sur la cha\u00eene des Droits de la personne, le probl\u00e8me est au contraire r\u00e9current. Pourquoi est-ce que la relation propos\u00e9e par bons nombres de films sur la plateforme est-elle aussi pauvre\u00a0? La r\u00e9ponse semble se trouver dans les Rapports sur les plans et les priorit\u00e9s archiv\u00e9s en ligne (2006-2015) et produits annuellement par l\u2019institution. Dans les sections consacr\u00e9es \u00e0 la production audiovisuelle<a id=\"_ednref10\" href=\"#_edn10\">[10]<\/a> un motif appara\u00eet syst\u00e9matiquement\u00a0: l\u2019ONF se doit de <em>refl\u00e9ter<\/em> la diversit\u00e9 canadienne et le moyen employ\u00e9 pour repr\u00e9senter cette diversit\u00e9 est pr\u00e9cis\u00e9ment de donner la cam\u00e9ra \u00e0 des cin\u00e9astes issus de celle-ci, c\u2019est-\u00e0-dire, de communaut\u00e9s \u00ab\u00a0ethnoculturelles, r\u00e9gionales et linguistiques\u00a0[&#8230;], autochtones\u00a0[&#8230;] et par des personnes handicap\u00e9es\u00a0\u00bb (<em>Rapport sur les plans 2014-2015<\/em>, 8). Par exemple, dans son rapport 2006-2007 l\u2019ONF affirme que l\u2019une de ses missions est de \u00ab\u00a0refl\u00e9ter les diff\u00e9rentes facettes de la diversit\u00e9 canadienne\u00a0\u00bb et pour atteindre cet objectif, l\u2019institution rappelle l\u2019importance de former et de promouvoir \u00ab\u00a0une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de documentaristes et de cin\u00e9astes d\u2019animation qui refl\u00e8tent la diversit\u00e9 canadienne\u00a0\u00bb (22-23). \u00c0 partir de 2012, les objectifs de production viseront \u00e9galement un certain quota d\u2019\u0153uvres produites par ces cin\u00e9astes issues de communaut\u00e9s ethnoculturelles, linguistiques ou r\u00e9gionales.<a id=\"_ednref11\" href=\"#_edn11\">[11]<\/a> Dans un premier temps, cette pratique pourrait sembler logique, toutefois pour aller \u00e0 la rencontre de l\u2019autre, la cam\u00e9ra ne doit pas simplement \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme un miroir r\u00e9fl\u00e9chissant. Le probl\u00e8me n\u2019est pas ici le fait d\u2019offrir la chance \u00e0 des minorit\u00e9s de r\u00e9aliser leurs propres films, il rel\u00e8ve plut\u00f4t de la croyance selon laquelle ces derniers serviraient d\u2019embl\u00e9e \u00e0 produire un cin\u00e9ma qui refl\u00e9terait leur identit\u00e9, comme s\u2019il suffisait de donner une cam\u00e9ra \u00e0 un cin\u00e9aste issu de la diversit\u00e9 pour qu\u2019il partage <em>n\u00e9cessairement<\/em> sa propre histoire ou celle de sa communaut\u00e9. L\u2019institution consid\u00e8re en ce sens la \u00ab\u00a0machine filmante\u00a0\u00bb comme un outil servant \u00e0 \u00ab\u00a0refl\u00e9ter\u00a0\u00bb l\u2019identit\u00e9 ethnoculturelle de celui qui s\u2019en sert, bien loin d\u2019une cam\u00e9ra ayant pour fonction de susciter une rencontre avec l\u2019autre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les films diffus\u00e9s sur la cha\u00eene des Droits de la personne semblent \u00eatre marqu\u00e9s par ces consignes de production. Comme dans beaucoup de films de la cha\u00eene, la communaut\u00e9 ethnoculturelle qui fait l\u2019objet d\u2019un film sera soit film\u00e9e par quelqu\u2019un issu de cette communaut\u00e9,<a id=\"_ednref12\" href=\"#_edn12\">[12]<\/a> soit document\u00e9e \u00e0 partir du point de vue d\u2019un individu issu de celle-ci.<a id=\"_ednref13\" href=\"#_edn13\">[13]<\/a> Bien que la question de l\u2019identit\u00e9 culturelle ne soit pas n\u00e9cessairement au c\u0153ur de plusieurs de ces films, en \u00e9tant d\u2019embl\u00e9e pr\u00e9sente au niveau des objectifs de production, elle finit r\u00e9guli\u00e8rement par faire surface. Celle-ci appara\u00eet \u00e9galement li\u00e9e \u00e0 la question de la tol\u00e9rance. Si l\u2019on se penche de plus pr\u00e8s sur la fiche p\u00e9dagogique accompagnant <em>Minoru\u00a0: souvenirs d\u2019un exil<\/em>, l\u2019identit\u00e9 \u00e0 l\u2019ONF appara\u00eet comme quelque chose dont l\u2019existence peut \u00eatre menac\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Comment une personne peut-elle \u00eatre priv\u00e9e de son identit\u00e9\u00a0? Minoru s\u2019est battu pour \u00eatre canadien. [\u2026] Existe-t-il dans leur propre famille [celles des \u00e9l\u00e8ves] des histoires li\u00e9es \u00e0 la lutte pour l\u2019identit\u00e9\u00a0?\u00a0\u00bb En ce sens, l\u2019usage qui est fait du substantif \u00ab\u00a0identit\u00e9\u00a0\u00bb correspond exactement \u00e0 ceux relev\u00e9s par Vincent Descombes dans les discours r\u00e9cents<a id=\"_ednref14\" href=\"#_edn14\">[14]<\/a> : \u00ab L\u2019identit\u00e9 est maintenant une qualit\u00e9 que l\u2019on peut conserver ce qui veut dire que c\u2019est aussi une qualit\u00e9 que l\u2019on peut perdre ou que l\u2019on peut vouloir d\u00e9fendre contre ce qui menace de la d\u00e9truire\u00a0\u00bb (2013, 13). Ce qui menace \u00ab\u00a0l\u2019identit\u00e9\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019ONF semble \u00eatre d\u2019une part la violence et l\u2019oppression dont furent victimes certains peuples (la Shoah, le g\u00e9nocide arm\u00e9nien, la torture sous des r\u00e9gimes dictatoriaux) et d\u2019autre part, le temps qui, en s\u2019\u00e9coulant, a pour effet de dissiper cette identit\u00e9 transmise, toujours construite, et non essentielle, qui a pour \u00ab\u00a0<em>vertu d\u2019\u00eatre elle-m\u00eame <\/em>\u00bb (14). C\u2019est donc face \u00e0 cette identit\u00e9 que l\u2019on <em>a<\/em>, et que par cons\u00e9quent on peut perdre, que l\u2019ONF invite \u00e0 une attitude de tol\u00e9rance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u2019autre part, comme on l\u2019a remarqu\u00e9 \u00e0 partir du paratexte, la tol\u00e9rance tout comme l\u2019identit\u00e9 \u00e0 l\u2019ONF rel\u00e8ve du culturel, et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce que viennent confirmer les Rapports sur les plans et priorit\u00e9s de l\u2019institution lorsqu\u2019ils insistent sur l\u2019ethnoculturalisme ou encore sur la langue pour refl\u00e9ter la \u00ab\u00a0diversit\u00e9\u00a0\u00bb du pays. Cette inscription de l\u2019identit\u00e9 dans un cadre culturel pose la question de l\u2019identit\u00e9 \u00e0 un niveau collectif, la langue et la culture \u00e9tant par d\u00e9finition partag\u00e9es par plus d\u2019un individu, et ce, sur une certaine dur\u00e9e, c\u2019est-\u00e0-dire \u00ab\u00a0<em>dans le temps<\/em> \u00bb (Descombes 2013, 174). Or, \u00ab\u00a0le probl\u00e8me d\u2019identit\u00e9 pos\u00e9 au niveau collectif implique la difficult\u00e9 \u00e0 se repr\u00e9senter un avenir qui soit <em>notre<\/em> avenir\u00a0\u00bb (Descombes 2011, 56), en d\u2019autres mots, pour conforter cette identit\u00e9 culturelle, il vaut mieux se tourner vers le pass\u00e9, qui a le m\u00e9rite d\u2019\u00eatre fig\u00e9. En se souvenant du pass\u00e9, on rappelle par le fait m\u00eame ce qui fait cette identit\u00e9 et l\u2019acte de se souvenir pose un rempart face au temps qui menace constamment d\u2019effacer celle-ci. Comme le remarque Fran\u00e7ois Hartog\u00a0: \u00ab\u00a0Le devoir de m\u00e9moire est d\u2019abord un droit, pour moi, \u00e0 <em>ma<\/em> m\u00e9moire et \u00e0 sa reconnaissance publique\u00a0\u00bb (2013, 100).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Mon fils sera arm\u00e9nien<\/em> lie \u00e9galement identit\u00e9 culturelle et m\u00e9moire collective. La fiche p\u00e9dagogique du film invite \u00e0 interroger le rapport entre \u00ab\u00a0la m\u00e9moire, le territoire et l\u2019identit\u00e9\u00a0\u00bb. En ce sens, elle inscrit clairement le sujet du film dans cette configuration d\u00e9crite par Hartog o\u00f9 \u00ab le patrimoine se trouve li\u00e9 au territoire et \u00e0 la m\u00e9moire, qui op\u00e8rent l\u2019un et l\u2019autre comme vecteurs de l\u2019identit\u00e9 [&#8230;]\u00a0\u00bb<a id=\"_ednref15\" href=\"#_edn15\">[15]<\/a> (2003, 165). C\u2019est exactement en tant que vecteur identitaire qu\u2019est utilis\u00e9 la m\u00e9moire dans <em>Mon fils sera arm\u00e9nien <\/em>: les participants sont choisis en fonction de leurs origines arm\u00e9niennes, mais \u00e9galement en fonction de l\u2019int\u00e9r\u00eat qu\u2019ils portent \u00e0 d\u00e9couvrir leur propre histoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, si les textes accompagnant le film rappellent, \u00e0 deux reprises, les risques d\u2019une m\u00e9moire tourn\u00e9e uniquement vers le pass\u00e9, et par cons\u00e9quent incapable d\u2019imaginer l\u2019avenir\u00a0(\u00ab\u00a0un film digne et poignant sur le besoin de faire la paix avec le pass\u00e9 pour mieux se tourner vers l\u2019avenir\u00a0\u00bb (synopsis), \u00ab\u00a0D\u00e9sireux de trouver la paix, de faire en sorte que ce lourd fardeau de m\u00e9moire cesse, le cin\u00e9aste entreprend un voyage en Arm\u00e9nie\u00a0\u00bb (opinion dans la section \u00ab\u00a0point de vue\u00a0\u00bb), le r\u00e9alisateur, dans sa narration, semble tout de m\u00eame pris entre pass\u00e9 et futur, r\u00e9v\u00e9lant un rapport paradoxal \u00e0 la m\u00e9moire\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px;\">C\u2019est autant \u00e0 titre d\u2019Arm\u00e9nien que de Canadien que je me suis lanc\u00e9 dans l\u2019aventure de ce film, autant pour mon p\u00e8re<a id=\"_ednref16\" href=\"#_edn16\">[16]<\/a> que pour mon fils\u00a0; pour que les victimes des massacres puissent enfin trouver la paix, et pour que cesse l\u2019<em>obligation<\/em> de transmettre ce lourd fardeau de m\u00e9moire, pour que puisse se faire la r\u00e9conciliation avec le pass\u00e9. (nous soulignons)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u2019une part, demain appara\u00eet impossible \u00e0 envisager, le fardeau du devoir de m\u00e9moire p\u00e8se sur son fils, et d\u2019autre part, hier est inaccessible, d\u2019o\u00f9 cette lutte n\u00e9cessaire contre l\u2019oubli. La m\u00e9moire devient donc une \u00ab\u00a0obligation\u00a0\u00bb, un \u00ab\u00a0lourd fardeau\u00a0\u00bb, elle appara\u00eet comme un devoir r\u00e9alis\u00e9 sous le coup d\u2019une injonction. Comme le remarque Emmanuel Kattan\u00a0: \u00ab\u00a0ces appels \u00e0 la vigilance qui se font entendre lorsqu\u2019il est question des crimes de l\u2019histoire\u00a0\u00bb laissent entendre que \u00ab\u00a0notre pr\u00e9occupation pour le pass\u00e9 devrait \u00eatre arrim\u00e9e \u00e0 un souci moral\u00a0\u00bb (14\u201315). Toutefois, cette moralisation de la m\u00e9moire, qui tout comme l\u2019identit\u00e9 devient quelque chose qu\u2019on se <em>doit<\/em> d\u2019avoir, de conna\u00eetre et de raconter, semble \u00eatre ce qui emp\u00eache le r\u00e9alisateur de regarder \u00e0 la fois le pr\u00e9sent du tournage, mais \u00e9galement d\u2019imaginer un autre futur pour le peuple arm\u00e9nien\u00a0: on compatit certes devant ces sujets se voyant refuser des droits qu\u2019ils auraient m\u00e9rit\u00e9s, mais \u00ab\u00a0l\u2019accent de l\u2019action\u00a0\u00bb se tourne \u00ab\u00a0vers le souvenir [et] la n\u00e9cessit\u00e9 du risque vers la contemplation du pass\u00e9\u00a0\u00bb (Kattan 72).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par cons\u00e9quent, il est possible de constater que les grilles de production en place \u00e0 l\u2019ONF engendrent des films documentaires qui, pour valoriser une attitude de tol\u00e9rance face \u00e0 l\u2019identit\u00e9 culturelle, font g\u00e9n\u00e9ralement appel aux identit\u00e9s et m\u00e9moires collectives par <em>devoir<\/em>. Or ce cadre limite consid\u00e9rablement les potentialit\u00e9s de la \u00ab\u00a0machine filmante\u00a0\u00bb. D\u2019une part, l\u2019institution consid\u00e8re celle-ci comme un outil servant \u00e0 \u00ab\u00a0refl\u00e9ter\u00a0\u00bb l\u2019identit\u00e9 ethnoculturelle de celui qui s\u2019en sert, et non comme l\u2019initiateur d\u2019une relation. D\u2019autre part, ce contr\u00f4le du m\u00e9morable\u2014ce dernier \u00e9tant inscrit dans un cadre moral\u2014, a pour effet de conjurer le singulier, l\u2019incongru, l\u2019ind\u00e9termin\u00e9 (Robin 453) et par cons\u00e9quent, ampute la d\u00e9marche documentaire de toute forme d\u2019impr\u00e9visibilit\u00e9 pourtant n\u00e9cessaire pour que s\u2019y b\u00e2tisse une <em>relation. <\/em>Cette derni\u00e8re ne peut advenir que lorsqu\u2019il y a une certaine prise de risques de la part de tous les sujets du documentaire, pr\u00eats \u00e0 mettre en jeu la position qu\u2019ils occupent par rapport \u00e0 la \u00ab\u00a0machine filmante\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est important de rappeler que le probl\u00e8me soulev\u00e9 ici ne rel\u00e8ve pas uniquement d\u2019un int\u00e9r\u00eat pour la m\u00e9moire collective. Par exemple, un film comme <em>Le c\u00f4t\u00e9 obscur de la Dame blanche <\/em>(Patricio Henriquez), qui porte sur la torture pratiqu\u00e9e par le r\u00e9gime de Pinochet, arrive \u00e0 se pencher sur cette p\u00e9riode sans que le pass\u00e9 ne devienne oppressant pour l\u2019avenir\u00a0: c\u2019est entre autres en filmant le quotidien des habitants que le r\u00e9alisateur y parvient. On observe les sujets documentaires pratiquant leur passion (la photographie) ou leur m\u00e9tier (l\u2019enseignement) et on les observe \u00e9galement lancer un regard vers le ciel, se passer une main dans les cheveux et enfin faire d\u2019autres petits gestes qui t\u00e9moignent d\u2019un regard attentif du r\u00e9alisateur \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 qui se trouve devant lui. De la m\u00eame mani\u00e8re, l\u2019ouverture du film, en nous offrant trois minutes de plans divers du quotidien des Chiliens (p\u00eacheurs sur leurs embarcations, homme qui lit un journal, passants dans la rue) accompagn\u00e9s strictement de musique, nous permet d\u2019entrer progressivement dans cet univers qu\u2019on regarde comme un \u00e9tranger, comme un touriste\u00a0: car <em>regarder<\/em>, que ce soit \u00e0 travers l\u2019objectif de la cam\u00e9ra ou simplement avec les yeux, c\u2019est toujours accepter d\u2019\u00eatre peut-\u00eatre \u00e9tonn\u00e9 par cette r\u00e9alit\u00e9 qui se pr\u00e9sente \u00e0 nous. C\u2019est dans cet univers qu\u2019on surprendra soudainement une confrontation entre des manifestants et des citadins. Ce qui fait partie du quotidien des Chiliens, nous est pr\u00e9sent\u00e9 comme quelque chose d\u2019\u00e9tranger, auquel on est invit\u00e9 \u00e0 s\u2019int\u00e9resser. L\u2019hospitalit\u00e9 ne se limite pas \u00e0 la relation entre le filmeur et le film\u00e9, le spectateur y a aussi droit\u00a0: on lui offre le temps de regarder, \u00e0 son tour, la r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 laquelle on s\u2019est confront\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est pourquoi les promesses d\u2019innovations et d\u2019originalit\u00e9 sont si importantes au plan formel. Toutefois l\u2019ONF ne les tient que trop rarement. Alors qu\u2019autrefois l\u2019institution a permis au cin\u00e9ma direct de se d\u00e9velopper, on observe sur la cha\u00eene que le direct \u00e0 l\u2019ONF s\u2019est consid\u00e9rablement \u00ab\u00a0normalis\u00e9\u00a0\u00bb au sens o\u00f9 on y retrouve les \u00ab\u00a0normes\u00a0\u00bb de tout reportage t\u00e9l\u00e9\u00a0: importance d\u2019une voix off d\u00e9crivant ce qui se pr\u00e9sente \u00e0 l\u2019\u00e9cran, mise en intrigue de la recherche de t\u00e9moins et enfin abondance de t\u00e9moignages, malheureusement trop souvent coup\u00e9s par des questions ou par une voix off pour qu\u2019on puisse se plonger dans la narration propos\u00e9e par le t\u00e9moin. N\u00e9anmoins, au plan formel, c\u2019est \u00e9galement et surtout la relation documentaire qui reste superficielle, voire artificielle, ne permettant pas, comme le sous-entend l\u2019institution, un \u00ab\u00a0documentaire favorisant la tol\u00e9rance dans une soci\u00e9t\u00e9 diversifi\u00e9e\u00a0\u00bb. Enfin, il est important de rappeler que certains films\u2014bien que trop peu nombreux\u2014se distinguent sur la cha\u00eene pour leur originalit\u00e9 et leur capacit\u00e9 \u00e0 proposer cette relation d\u00e9crite par Comolli. Dans la derni\u00e8re partie de cet article, on se penchera sur l\u2019un deux pour d\u00e9montrer non seulement qu\u2019une autre forme documentaire existe, mais \u00e9galement pour entrevoir une autre conception des \u00ab\u00a0droits de la personne\u00a0\u00bb, plus englobante qu\u2019un unique droit \u00e0 la tol\u00e9rance. Le film qui nous int\u00e9ressera, \u00e0 d\u00e9faut d\u2019\u00eatre repr\u00e9sentatif d\u2019un grand nombre de films, a le m\u00e9rite d\u2019\u00eatre populaire. <em>Les chariots de l\u2019enfer<\/em> est le quatri\u00e8me film le plus visionn\u00e9 et recommand\u00e9 de la plateforme web de l\u2019ONF.<\/p>\n<h3><strong><em>Les chariots de l\u2019enfer<\/em><\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span class=\"cb-dropcap-small\">D<\/span>ans <em>Les chariots de l\u2019enfer<\/em>, Murray Siple va \u00e0 la rencontre de \u00ab\u00a0marginaux\u00a0\u00bb habitant son quartier, un quartier ais\u00e9 du nord de Vancouver. Ces derniers sont principalement des sans-abris, souvent alcooliques, qui font la collecte de bouteilles vides \u00e0 m\u00eame les bacs \u00e0 recyclage des r\u00e9sidants. Utilisant le panier d\u2019\u00e9picerie comme moyen de transport, ils ont \u00e9galement d\u00e9velopp\u00e9 un sport extr\u00eame \u00e0 partir de ce v\u00e9hicule pour le moins particulier. C\u2019est depuis cette pratique que le jeune r\u00e9alisateur ira \u00e0 leur rencontre, partageant avec eux une passion pour les sports extr\u00eames qu\u2019il pratiquait avant que ne survienne cet accident de voiture qui lui fit perde l\u2019usage de ses jambes. Ce film a \u00e9t\u00e9 choisi, car il se distingue \u00e0 plusieurs \u00e9gards des autres films pr\u00e9sents sur la cha\u00eene\u00a0: c\u2019est \u00e0 partir de la curiosit\u00e9 du r\u00e9alisateur pour des individus qui lui sont radicalement <em>autre <\/em>(au plan socio-\u00e9conomique) que le projet du film prend forme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans un premier temps, il est important de remarquer qu\u2019on donne ici aux sujets du documentaire la possibilit\u00e9 de se mettre en sc\u00e8ne. Jouer avec les images et les mots n\u2019est pas r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9quipe de tournage. Un des personnages principaux, Al, sait tout particuli\u00e8rement se mettre en sc\u00e8ne lorsqu\u2019il s\u2019agit de nous d\u00e9montrer comment choisir le chariot le plus adapt\u00e9 \u00e0 la descente (12<sup>e<\/sup> minute). Comme dans les magazines t\u00e9l\u00e9 consacr\u00e9s \u00e0 l\u2019automobile, on essaiera trois diff\u00e9rents types de chariots, dans trois supermarch\u00e9s diff\u00e9rents, \u00e9valuant \u00e0 chaque fois leur capacit\u00e9 de contenu (en terme de bouteilles), leur aspect s\u00e9curitaire, le confort qu\u2019ils assurent, et enfin, leur tenue de route, et ce, en indiquant avec son corps les sp\u00e9cificit\u00e9s techniques que l\u2019on souhaite mettre en avant. En plus d\u2019offrir l\u2019hospitalit\u00e9 n\u00e9cessaire au sujet pour qu\u2019il se mette en sc\u00e8ne, la bande-son et le montage viendront appuyer celui-ci. Alors qu\u2019Al nous explique que le chariot en question n\u2019est pas adapt\u00e9 \u00e0 la descente, puisqu\u2019aucun dispositif n\u2019existe pour offrir un minimum de stabilit\u00e9 au pied, il termine son explication en nous pr\u00e9sentant les risques que pose le choix d\u2019un tel chariot\u00a0: \u00ab\u00a0As you see, when I\u2019m riding one, there\u2019s nothing to grab my foot, so I can slip, bail and crash. We don\u2019t want to see that, especially when you go at 70 K\u00a0\u00bb (voir figure 4).<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"6813\" data-permalink=\"https:\/\/imaginations.space\/?attachment_id=6813\" data-orig-file=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image005.png\" data-orig-size=\"794,495\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"image005\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image005.png\" class=\"aligncenter size-full wp-image-6813\" src=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image005.png\" alt=\"image005\" width=\"794\" height=\"495\" srcset=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image005.png 794w, https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image005-150x94.png 150w, https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image005-300x187.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 794px) 100vw, 794px\" \/>Figure 4. Al nous indiquant comment choisir le chariot le plus adapt\u00e9 \u00e0 la descente. \u00a92008 Office national du film du Canada. Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On remarquera dans les propos d\u2019Al un recours \u00e0 une figure de gradation (\u00ab\u00a0slip, bail and crash\u00a0\u00bb) qui dramatise la descente \u00e0 venir et permet au spectateur d\u2019imaginer les risques li\u00e9s \u00e0 la pratique du sport extr\u00eame. De plus, le sportif termine son intervention en mettant, avec sa voix, un accent sur la vitesse que l\u2019on peut atteindre lors de descentes en chariot, cherchant \u00e0 la fois \u00e0 impressionner le spectateur tout en cultivant sa propre excitation quant \u00e0 la descente qui l\u2019attend. Enfin, dans le plan suivant, on verra un chariot film\u00e9 \u00e0 partir du sol \u00eatre pouss\u00e9 violemment contre des chariots d\u00e9j\u00e0 ench\u00e2ss\u00e9s\u00a0: la collision produira alors un fort bruit m\u00e9tallique. Le montage a ici pour effet de renforcer l\u2019accent mis par Al sur la vitesse que peuvent atteindre les chariots, \u00e9voquant du m\u00eame coup la violence qu\u2019impliquerait un accident. Cette juxtaposition des images participe donc <em>avec<\/em> Al de son d\u00e9sir d\u2019impressionner le spectateur et de lui faire sentir ces risques qui font la marque des \u00ab\u00a0sports extr\u00eames\u00a0\u00bb. Enfin on observera les effets de cette hospitalit\u00e9 \u00e0 plusieurs moments du film\u00a0: les sujets n\u2019h\u00e9sitent pas \u00e0 se mettre en sc\u00e8ne ou encore \u00e0 se projeter dans un imaginaire (voir figure 5). \u00c0 ce sujet on verra, lors d\u2019une tr\u00e8s jolie sc\u00e8ne dans les bois, Fergie comparer le lieu \u00e0 son \u00ab\u00a0bureau\u00a0\u00bb, ses amis y \u00e9tant r\u00e9unis en \u00ab\u00a0congr\u00e8s\u00a0\u00bb. Il comparera par ailleurs l\u2019endroit \u00e0 <em>Walt Disney<\/em> en \u00e9voquant les deux moufettes qui lui tiennent compagnie. En s\u2019int\u00e9ressant \u00e0 des moments du quotidien, ainsi qu\u2019\u00e0 un sport qui fait le bonheur de ces \u00ab\u00a0marginaux\u00a0\u00bb, Siple permet \u00e0 la fois \u00e0 lui-m\u00eame, mais \u00e9galement au spectateur de s\u2019identifier \u00e0 Al et Fergie, invitant \u00ab\u00a0\u00e0 la tol\u00e9rance dans une soci\u00e9t\u00e9 diversifi\u00e9e\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"6814\" data-permalink=\"https:\/\/imaginations.space\/?attachment_id=6814\" data-orig-file=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image006.png\" data-orig-size=\"1280,800\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"image006\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image006-1024x640.png\" class=\"aligncenter wp-image-6814 size-large\" src=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image006-1024x640.png\" alt=\"image006\" width=\"800\" height=\"500\" srcset=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image006-1024x640.png 1024w, https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image006-150x94.png 150w, https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image006-300x188.png 300w, https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image006.png 1280w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/>Figure 5. Fergie indiquant la fronti\u00e8re imaginaire de sa \u00ab\u00a0propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e\u00a0\u00bb. \u00a92008 Office national du film du Canada. Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est possible de poser l\u2019hypoth\u00e8se que si l\u2019\u00e9change entre Siple et ces \u00ab\u00a0marginaux\u00a0\u00bb a fonctionn\u00e9, c\u2019est entre autres par l\u2019\u00ab\u00a0\u00e9nergie hors-la-loi\u00a0\u00bb que partagent les amateurs de sport extr\u00eame<a id=\"_ednref17\" href=\"#_edn17\">[17]<\/a>\u2014le r\u00e9alisateur \u00e9voque celle-ci dans l\u2019ouverture du film. Cette \u00ab\u00a0\u00e9nergie hors-la-loi\u00a0\u00bb tourne non seulement en d\u00e9rision le patriotisme canadien\u2014alors qu\u2019on se moque du drapeau canadien pr\u00e9sent sur les chaussettes de Fergie, celui-ci r\u00e9torque \u00ab\u00a0Somebody\u2019s gotta be fucking patriotic\u00a0!\u00a0\u00bb (figure 7)\u2014et le rapport \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 (figure 5)<a id=\"_ednref18\" href=\"#_edn18\">[18]<\/a>, mais elle se moque \u00e9galement ouvertement de la cam\u00e9ra\u00a0: \u00ab\u00a0Smile you bastard\u00a0! Smile\u00a0!\u00a0\u00bb, dit Fergie \u00e0 Al en regardant l\u2019objectif (figure 6). De cette fa\u00e7on on ironise et d\u00e9tourne la violence qu\u2019implique le fait de se faire filmer\u00a0: on fait appara\u00eetre le geste du filmeur, dont la position est par le fait m\u00eame remise en jeu. Le refus d\u2019adh\u00e9sion conscient ou non aux protections offertes par l\u2019\u00c9tat, souvent caract\u00e9ristique du mode de vie des sans-abris, appara\u00eet ici comme un refus d\u2019adh\u00e9sion aux normes actuelles du documentaire on\u00e9fien, o\u00f9 le statut identitaire du sujet film\u00e9 guide le film plus que le sujet film\u00e9, voire m\u00eame que le sujet filmant. Dans ce contexte Siple nous offre des images hors-la-loi, Al et Fergie seront plus que des \u00ab\u00a0sujets documentaires\u00a0\u00bb, on les verra vivre et on rira <em>avec<\/em> eux. La relation documentaire mise en place les pr\u00e9sente comme des personnages \u00e0 part enti\u00e8re, \u00e0 qui on ne se contente pas de donner la parole mais qui, vu la relation d\u2019hospitalit\u00e9 propos\u00e9e, la prennent d\u2019embl\u00e9e.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"6815\" data-permalink=\"https:\/\/imaginations.space\/?attachment_id=6815\" data-orig-file=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image007.png\" data-orig-size=\"737,230\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"image007\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image007.png\" class=\"aligncenter size-full wp-image-6815\" src=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image007.png\" alt=\"image007\" width=\"737\" height=\"230\" srcset=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image007.png 737w, https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image007-150x47.png 150w, https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image007-300x94.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 737px) 100vw, 737px\" \/>Figure 6. Fergie et Al interagissant avec l\u2019appareillage filmique. \u00a92008 Office national du film du Canada. Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On a pu observer qu\u2019une relation documentaire fond\u00e9e sur un \u00e9quilibre entre tous les sujets du documentaire est \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans le film de Siple. <em>Les chariots de l\u2019enfer<\/em> appara\u00eet par cons\u00e9quent non seulement comme un contre-exemple sur cette cha\u00eene, mais \u00e9galement comme une anomalie dans la production r\u00e9cente de l\u2019Office. Au plan formel, on soulignera le jeu avec les conventions\u00a0: en d\u00e9tournant les <em>topo\u00ef <\/em>de l\u2019image t\u00e9l\u00e9visuelle (du magazine automobile) ou encore en rappelant la pr\u00e9sence de la cam\u00e9ra par une interaction des participants avec l\u2019appareil, <em>Les chariots de l\u2019enfer<\/em> vient d\u00e9ranger le spectateur dans le confort de son si\u00e8ge, et remet en jeu les croyances et doutes qu\u2019il peut avoir sur le sans-abri. Par cons\u00e9quent, le film favorise effectivement la tol\u00e9rance envers l\u2019<em>autre<\/em>, tel que l\u2019on peut le rencontrer dans une \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9 diversifi\u00e9e\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image008.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"6816\" data-permalink=\"https:\/\/imaginations.space\/?attachment_id=6816\" data-orig-file=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image008.png\" data-orig-size=\"1280,800\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"image008\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image008-1024x640.png\" class=\"aligncenter size-full wp-image-6816\" src=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image008.png\" alt=\"image008\" width=\"1280\" height=\"800\" srcset=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image008.png 1280w, https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image008-150x94.png 150w, https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image008-300x188.png 300w, https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image008-1024x640.png 1024w\" sizes=\"auto, (max-width: 1280px) 100vw, 1280px\" \/><\/a>Figure 7\u00a0: Les chaussettes de Fergie\u00a0: occasion d\u2019une blague sur le patriotisme. \u00a92008 Office national du film du Canada. Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<h3><strong>Un cin\u00e9ma au service de la tol\u00e9rance\u00a0? <\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span class=\"cb-dropcap-small\">O<\/span>n a pu observer dans l\u2019encadrement discursif pr\u00e9sent sur la cha\u00eene la tol\u00e9rance comme un leitmotiv du discours, on a \u00e9galement pu observer celle-ci dans les films, prenant la forme d\u2019un droit \u00e0 une identit\u00e9 culturelle et une histoire \u00e0 soi\u00a0: le droit d\u2019\u00eatre arm\u00e9nien (<em>Mon fils<\/em>), le droit d\u2019avoir une peau de couleur (<em>La couleur de la beaut\u00e9<\/em>, <em>Minoru<\/em>), le droit de pr\u00e9server sa tradition (<em>Le totem d\u2019origine de G\u2019psgolox<\/em>), le droit de conserver son mode de vie (<em>Opre Roma<\/em>). Ces droits ne peuvent qu\u2019appara\u00eetre face \u00e0 des discriminations d\u00e9j\u00e0 existantes, et c\u2019est en ce sens que l\u2019on retrouve sur la cha\u00eene des \u00ab\u00a0droits\u00a0\u00bb d\u00e9finis \u00e0 partir d\u2019une atteinte \u00e0 la personne (Badiou) et non pas d\u2019une revendication de celle-ci, ou, en d\u2019autres termes, des droits fond\u00e9s sur une n\u00e9gation plut\u00f4t qu\u2019une affirmation. Outre cet appel \u00e0 la tol\u00e9rance au niveau discursif, on constate au niveau filmique une forme documentaire coinc\u00e9e par des directives de production qui misent sur l\u2019identit\u00e9 culturelle des cin\u00e9astes pour \u00ab\u00a0refl\u00e9ter\u00a0\u00bb la diversit\u00e9 canadienne. En invitant, par ses programmes, \u00e0 consid\u00e9rer la \u00ab\u00a0machine filmante\u00a0\u00bb comme un simple miroir, le discours institutionnel limite l\u2019apparition de toute <em>relation documentaire<\/em> au sens o\u00f9 l\u2019entend Comolli. Alors que le documentaire serait, selon les discours relev\u00e9s sur la cha\u00eene, vecteur de changements, et ce \u00e0 un plan social, pr\u00e9cis\u00e9ment dans une \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9 diversifi\u00e9e\u00a0\u00bb, on a constat\u00e9 que la relation mise en place dans bon nombre de films diffus\u00e9s sur la cha\u00eene ne permettait pas un r\u00e9el \u00e9change, une v\u00e9ritable rencontre avec l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, et sans rencontre, difficile de provoquer un changement qui serait d\u2019ordre <em>social<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En incitant ses documentaristes \u00e0 se retourner vers leurs propres identit\u00e9s et m\u00e9moires, l\u2019institution semble repr\u00e9senter des droits de la personne correspondant avant tout au droit d\u2019avoir une \u00ab\u00a0histoire \u00e0 soi\u00a0\u00bb, caract\u00e9ristique de la vague patrimoniale qui a accompagn\u00e9 la fin du xx<sup>e<\/sup> si\u00e8cle (Hartog 2013, 100). En limitant la notion de \u00ab\u00a0droit de la personne\u00a0\u00bb \u00e0 un droit \u00e0 l\u2019identit\u00e9, \u00e0 une culture, \u00e0 une m\u00e9moire, l\u2019ONF semble r\u00e9duire consid\u00e9rablement le sens donn\u00e9 \u00e0 celle-ci qui traditionnellement renvoie entre autres \u00e0 des valeurs telles l\u2019\u00e9galit\u00e9 et la libert\u00e9 ou encore \u00e0 des principes tels la citoyennet\u00e9 ou la d\u00e9mocratie. Ces remarques nous permettent de poser une hypoth\u00e8se pour inscrire dans un contexte plus large la notion de \u00ab\u00a0droits de la personne\u00a0\u00bb telle qu\u2019elle est pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 l\u2019ONF. Effectivement, il est important de souligner que les discours de mise en valeur (le blogue et l\u2019infolettre) qui encadrent cette fois la cha\u00eene, et non les films qui la composent, r\u00e9f\u00e8rent directement \u00e0 la D\u00e9claration universelle des droits de l\u2019Homme. D\u2019une part c\u2019est \u00e0 l\u2019occasion de l\u2019anniversaire de la D\u00e9claration, le 10 d\u00e9cembre 2012, que la cha\u00eene est lanc\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Du 30 novembre au 9 d\u00e9cembre, surveillez notre programmation sp\u00e9ciale en lien avec la Journ\u00e9e des droits de l\u2019Homme (10 d\u00e9cembre)\u00a0\u00bb (voir l\u2019infolettre de l\u2019ONF \u00ab\u00a0Voyez <em>Le peuple invisible\u2026<\/em> \u00bb). D\u2019autre part, l\u2019article du blogue anglophone pr\u00e9sentant la cha\u00eene, \u00ab\u00a0Watch Human Rights Docs<em> Last Chance <\/em>and <em>The Invisible Nation<\/em> for Free on NFB.ca\u00a0\u00bb, ira jusqu\u2019\u00e0 citer les deux premiers articles de la d\u00e9claration de 1948 (Weldon). Or, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment en juxtaposant le premier article de la D\u00e9claration et le programme de la cha\u00eene qu\u2019on observe un renversement de sens entre ces deux discours se r\u00e9clamant des \u00ab\u00a0droits de l\u2019homme\u00a0\u00bb\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px; text-align: justify;\"><em>&#8211; Extrait du blogue anglophone <\/em>qui cite le premier article de la D\u00e9claration universelle des droits de l\u2019Homme\u00a0: \u00ab\u00a0Article 1\u00a0: All human beings are born free and equal in dignity and rights. They are endowed with reason and conscience and should act towards one another in a spirit of brotherhood\u00a0\u00bb (Weldon).<\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px; text-align: justify;\"><em>&#8211; Programme annonc\u00e9 sur la <\/em><em>cha\u00eene<\/em><em> :\u00a0\u00ab <\/em>Films sur les droits et libert\u00e9s fondamentaux qui prot\u00e8gent tout \u00eatre humain\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors que dans la<em> D\u00e9claration<\/em> <em>universelle des droits de l\u2019Homme <\/em>: \u00ab\u00a0tous les \u00eatres humains <em>naissent<\/em> libres et \u00e9gaux en dignit\u00e9 et en droits\u00a0\u00bb, le programme de la cha\u00eene renvoie imm\u00e9diatement aux \u00ab\u00a0droits et libert\u00e9s fondamentaux qui <em>prot\u00e8gent<\/em> tout \u00eatre humain\u00a0\u00bb. Le sujet du verbe passe de l\u2019\u00ab\u00a0\u00eatre humain\u00a0\u00bb aux \u00ab\u00a0droits et libert\u00e9s fondamentaux\u00a0\u00bb, en d\u2019autres termes le sujet actif du discours n\u2019est plus l\u2019homme, mais ce qui le prot\u00e8ge. Ce renversement sugg\u00e8re que les notions de \u00ab\u00a0droits de l\u2019homme\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0droits de la personne\u00a0\u00bb, employ\u00e9s avec indistinction par l\u2019ONF, auraient peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 employ\u00e9es sous d\u2019autres sens depuis 1948.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La notion de \u00ab\u00a0droit de l\u2019homme\u00a0\u00bb est effectivement fort difficile \u00e0 d\u00e9finir car elle est d\u2019embl\u00e9e travaill\u00e9e par une s\u00e9rie de contradictions\u00a0: par exemple, des tensions entre la libert\u00e9 et l\u2019\u00e9galit\u00e9, la d\u00e9mocratie et la libert\u00e9, la dignit\u00e9 et la libert\u00e9, etc. Celles-ci font en sorte que les \u00ab\u00a0droits de l\u2019homme\u00a0\u00bb sont, dans l\u2019histoire des discours et des actes, vivants, \u00e9volutifs, et non fig\u00e9s (Lochak). Dans un article intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Droits de l\u2019homme et droits de la personne\u00a0: r\u00e9flexions sur l\u2019imprudence d\u2019une indistinction\u00a0\u00bb, Genevi\u00e8ve Koubi se penche sur un probl\u00e8me li\u00e9 directement \u00e0 ce caract\u00e8re dynamique des droits de l\u2019homme\u00a0: la substitution progressive, dans les textes juridiques francophones, de la notion de \u00ab\u00a0droit de l\u2019homme\u00a0\u00bb par celle de \u00ab\u00a0droit de la personne\u00a0\u00bb. Toutefois, ces m\u00eames textes continuent de r\u00e9f\u00e9rer aux D\u00e9clarations des droits de l\u2019homme de 1789 et de 1948, il s\u2019agit donc non seulement d\u2019une substitution, mais \u00e9galement d\u2019une indistinction entre les deux notions. On passe, au plan lexical comme au plan s\u00e9mantique, \u00ab\u00a0du genre humain \u00e0 l\u2019\u00eatre humain, puis de l\u2019\u00eatre humain \u00e0 la personne humaine, enfin de la personne humaine \u00e0 la personne\u00a0\u00bb (Koubi 38). Ainsi, la notion de \u00ab\u00a0droits de l\u2019homme\u00a0\u00bb sort du champ de la socialit\u00e9 pour entrer dans celui de la civilit\u00e9 sous pr\u00e9texte d\u2019\u00eatre d\u00e9sormais applicable juridiquement par celui qui voit ses droits \u00eatre brim\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px; text-align: justify;\">Des droits [de l\u2019homme] affirm\u00e9s comme le prolongement de la qualit\u00e9 de citoyen, des droits construits autour des modalit\u00e9s de r\u00e9sistance \u00e0 l\u2019arbitraire et \u00e0 l\u2019injustice, reconnus comme des libert\u00e9s civiques \u00e0 l\u2019encontre des instances de pouvoir, se convertissent ainsi en des droits de la personne, en des droits civils, d\u2019ordre subjectif, de consonance priv\u00e9e. Cette modification repose sur le constat incongru qu\u2019ils ne peuvent \u00eatre concr\u00e9tis\u00e9s s\u2019ils ne sont pas repli\u00e9s autour de l\u2019individu, seul [en tant que personne morale]. (39)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est int\u00e9ressant de constater que c\u2019est ce m\u00eame repli sur la sph\u00e8re individuelle\u2014des droits d\u00e9finis \u00e0 partir d\u2019une atteinte \u00e0 la <em>personne<\/em>\u2014que l\u2019on constate sur la cha\u00eene de l\u2019ONF. Comme la confusion est maintenue entre les deux notions de \u00ab\u00a0droits de l\u2019homme\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0droits de la personne\u00a0\u00bb, \u00e0 la fois \u00e0 l\u2019ONF et dans les discours relev\u00e9s par Koubi, cette indistinction entra\u00eene finalement la <em>d\u00e9politisation<\/em> de la notion de \u00ab\u00a0droits de l\u2019homme\u00a0\u00bb, notion qui, comme on le sait, est issue de luttes politico-sociales (la R\u00e9volution fran\u00e7aise), et d\u2019une volont\u00e9 d\u2019organiser \u00ab\u00a0le bonheur de <em>tous<\/em> \u00bb sur des principes, d\u2019embl\u00e9e politique, tels que l\u2019\u00e9galit\u00e9 et la citoyennet\u00e9 (37, nous soulignons). Il s\u2019agit de principes qui d\u2019une part sont affirmatifs, et non pas fond\u00e9s sur une n\u00e9gation, et, d\u2019autre part, qui inscrivent le citoyen comme sujet de l\u2019action, et non pas l\u2019\u00c9tat comme \u00ab\u00a0protecteur\u00a0\u00bb des libert\u00e9s de ce dernier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour terminer, une derni\u00e8re question m\u00e9rite d\u2019\u00eatre pos\u00e9e puisque cette indistinction concerne \u00e9galement une institution relevant d\u2019un \u00c9tat qui a r\u00e9guli\u00e8rement fait de sa <em>Charte des droits et libert\u00e9s<\/em> ou encore de son respect des \u00ab\u00a0droits de l\u2019homme\u00a0\u00bb ses fiert\u00e9s. Tel que le souligne Andrew Lui dans un ouvrage intitul\u00e9 <em>Why Canada Cares\u00a0?<\/em>, ce n\u2019est que tr\u00e8s rarement, et peut-\u00eatre m\u00eame jamais que le Canada n\u2019a fait de sacrifice mat\u00e9riel pour am\u00e9liorer les \u00ab\u00a0droits de la personne\u00a0\u00bb sur son territoire (165). Il est int\u00e9ressant de se rappeler que le pays, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, n\u2019avait pas particip\u00e9 de fa\u00e7on tr\u00e8s constructive aux n\u00e9gociations entourant la <em>D\u00e9claration universelle des droits de l\u2019Homme<\/em>. C\u2019est uniquement son isolement avec l\u2019URSS\u2014les deux \u00c9tats refusant d\u2019adopter une notion de droit qui \u00ab\u00a0s\u2019appliquerait universellement et ind\u00e9niablement \u00e0 tout individu\u00a0\u00bb (Lui 5, notre traduction)\u2014qui l\u2019entra\u00eena \u00e0 signer l\u2019accord, sous la pression de la Grande-Bretagne et des \u00c9tats-Unis. L\u2019institutionnalisation de la notion de \u00ab\u00a0droits de la personne\u00a0\u00bb n\u2019eut lieu que dans les ann\u00e9es 1970-80<a id=\"_ednref19\" href=\"#_edn19\">[19]<\/a> et visait, suite aux d\u00e9chirements de la crise d\u2019octobre, \u00e0 offrir une fondation \u00e0 une unit\u00e9 canadienne souhait\u00e9e plut\u00f4t que r\u00e9elle. Il devenait n\u00e9cessaire de projeter l\u2019image d\u2019un Canada uni et <em>d\u00e9conflictualis\u00e9 <\/em>aussi bien au plan domestique qu\u2019au plan international (Lui 164\u2013167). L\u2019Office, en <em>patrimonialisant<\/em> une partie de sa collection \u00e0 partir des notions de \u00ab\u00a0droits de la personne\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0droits de l\u2019homme\u00a0\u00bb, vient renforcer le mythe du Canada comme <em>leader<\/em> mondial en termes de droits humains. Par exemple, pour le lancement de sa cha\u00eene, l\u2019institution offrira \u00e0 ses utilisateurs un acc\u00e8s gratuit aux films <em>Une derni\u00e8re chance<\/em>, portant sur les demandeurs d\u2019asile victimes d\u2019homophobie dans leur pays d\u2019origine, et <em>Le peuple invisible<\/em>, portant sur les Algonquins de l\u2019Abitibi. Si on retrouve ici un documentaire s\u2019int\u00e9ressant \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 canadienne (les conditions de vie des Premi\u00e8res nations) il s\u2019agit d\u2019une exception sur la cha\u00eene. La majorit\u00e9 des films (<em>Cure for Love <\/em>(\u00c9tats-Unis), <em>Raoul L\u00e9ger, la v\u00e9rit\u00e9 morcel\u00e9e <\/em>(Guatemala), <em>Quatre femmes en \u00c9gypte <\/em>(\u00c9gypte), <em>Pour m\u00e9moire <\/em>(Allemagne), <em>Le c\u00f4t\u00e9 obscur de la dame blanche <\/em>(Chili), <em>Chroniques afghanes <\/em>(Afghanistan), <em>L\u2019arbre qui se souvient <\/em>(Iran), <em>Une goutte dans l\u2019oc\u00e9an <\/em>(Liberia), <em>Attendre <\/em>(Soudan), <em>Mon fils sera arm\u00e9nien <\/em>(Arm\u00e9nie), <em>Le totem d\u2019origine de G\u2019psgolox<\/em> (Su\u00e8de)) renvoient, tout comme <em>Une derni\u00e8re chance<\/em>, \u00e0 une situation de discrimination, parfois violente, qui se situe <em>hors Canada<\/em>,<a id=\"_ednref20\" href=\"#_edn20\">[20]<\/a> et par le fait m\u00eame, met en avant le r\u00f4le que joue le pays au plan diplomatique. Par ailleurs, l\u2019actualit\u00e9 r\u00e9cente nous rappelle que les \u00ab\u00a0droits de l\u2019homme\u00a0\u00bb, selon le discours gouvernemental, rel\u00e8vent toujours d\u2019une probl\u00e9matique qui ne touche que les <em>autres<\/em> : il faut aller jusqu\u2019\u00e0 Kiev pour voir notre ex-ministre canadien des Affaires \u00e9trang\u00e8res, l\u2019Honorable John Baird, manifester avec la population (B\u00e9langer). Ou encore, lors du d\u00e9c\u00e8s de Nelson Mandela, c\u2019est Brian Mulroney qui rappelle que \u00ab\u00a0Le Canada doit se tenir debout en tout temps et en toutes circonstances lorsque les droits des <em>autres<\/em> sont brim\u00e9s\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0Les le\u00e7ons de Mandela\u00a0\u00bb). Paradoxalement, ces <em>autres<\/em>\u2014et c\u2019est bien un comble\u2014on n\u2019arrive jamais, ou presque, \u00e0 les rencontrer dans les relations documentaires propos\u00e9es sur cette cha\u00eene.<\/p>\n<hr \/>\n<h4 style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-weight: bold;\">Ouvrages cit\u00e9s<\/span><\/h4>\n<p>Adam, Jean-Michel. <em>L\u2019argumentation publicitaire<\/em> <em>: rh\u00e9torique de l\u2019\u00e9loge et de la persuasion<\/em>. Paris: Nathan, 1997. Imprim\u00e9.<\/p>\n<p>Badiou, Alain. <em>L\u2019\u00e9thique\u202f: essai sur la conscience du Mal<\/em>. Paris\u00a0: Hatier, 1993. Imprim\u00e9.<\/p>\n<p>B\u00e9langer, Jean-Fran\u00e7ois. \u00ab\u00a0 Baird parmi les manifestants \u00e0 Kiev.\u00a0\u00bb <em>Radio Canada<\/em> 6 d\u00e9c. 2013. Web. 26 f\u00e9v. 2015.<\/p>\n<p>Comolli, Jean-Louis. <em>Voir et pouvoir <\/em> <em>: l\u2019innocence perdue. Cin\u00e9ma, t\u00e9l\u00e9vision, fiction, documentaire<\/em>. Lagrasse\u00a0: Verdier, 2004. Imprim\u00e9.<\/p>\n<p>Daney, Serge. \u00ab\u00a0 Montage oblig\u00e9.\u00a0\u00bb <em>Cahiers du cin\u00e9ma<\/em> 442 (1991)\u00a0: 50\u201354. Imprim\u00e9.<\/p>\n<p>Descombes, Vincent. \u00ab\u00a0 Combien chacun de nous a-t-il d\u2019identit\u00e9\u00a0?\u00a0\u00bb <em>Identit\u00e9s \u00e0 la d\u00e9rive<\/em>. Dir. Spyros Theodorou. Marseille\u00a0: Parenth\u00e8ses, 2011. 40\u201356. Imprim\u00e9.<\/p>\n<p>&#8212;. <em>Les embarras de l\u2019identit\u00e9<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard, 2013. Imprim\u00e9.<\/p>\n<p>Falardeau-Ramsay, Michelle. \u00ab\u00a0 La Commission canadienne des droits de la personne et l\u2019\u00e9quit\u00e9 en mati\u00e8re d\u2019emploi.\u00a0\u00bb <em>Revue Juridique et Politique. Ind\u00e9pendance et Coop\u00e9ration<\/em> 3-4 (1989)\u00a0: 665\u2013675. Imprim\u00e9.<\/p>\n<p>Hartog, Fran\u00e7ois. <em>Croire en l\u2019histoire<\/em>. Paris\u00a0: Flammarion, 2013. Imprim\u00e9.<\/p>\n<p>&#8212;. <em>R\u00e9gimes d\u2019historicit\u00e9<\/em> <em>: pr\u00e9sentisme et exp\u00e9riences du temps<\/em>. Paris\u00a0: Seuil, 2003. Imprim\u00e9.<\/p>\n<p>Kattan, Emmanuel. <em>Penser le devoir de m\u00e9moire<\/em>. Paris\u00a0: Presses Universitaires de France &#8211; PUF, 2002. Imprim\u00e9.<\/p>\n<p>Koubi, Genevi\u00e8ve. \u00ab\u00a0Droits de l\u2019homme et droits de la personne\u00a0: r\u00e9flexions sur l\u2019imprudence d\u2019une indistinction.\u00a0\u00bb <em>Revue internationale de psychosociologie<\/em> VI.15 (2000)\u00a0: 35\u201343. Imprim\u00e9.<\/p>\n<p><em>Les chariots de l\u2019enfer<\/em>. R\u00e9al. Murray Siple. Office national du film du Canada, 2008. Film.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les le\u00e7ons de Mandela\u00a0: \u201cLe Canada doit se tenir debout en toutes circonstances\u201d &#8211; Mulroney.\u00a0\u00bb <em>Radio Canada<\/em> 7 d\u00e9c. 2013. Web. 25 f\u00e9v. 2015.<\/p>\n<p>Lochak, Dani\u00e8le. \u00ab\u00a0 Les droits de l\u2019homme. Ambivalences et tensions.\u00a0\u00bb <em>Revue internationale de psychosociologie<\/em> X.23 (2004)\u00a0: 9\u201324. Imprim\u00e9.<\/p>\n<p>Lui, Andrew. <em>Why Canada Cares\u202f: Human Rights and Foreign Policy in Theory and Practice<\/em>. Montr\u00e9al\u00a0: McGill-Queen\u2019s University Press, 2012. Imprim\u00e9.<\/p>\n<p><em>Mon fils sera arm\u00e9nien<\/em>. R\u00e9al. Hagop Goudsouzian. Office national du film du Canada, 2004. Film<\/p>\n<p>Niney, Fran\u00e7ois. \u00ab\u00a0 Aux limites du cin\u00e9ma direct.\u00a0\u00bb <em>Images documentaires<\/em> 21 (1995)\u00a0: 39\u201360. Imprim\u00e9.<\/p>\n<p>Office national du film du Canada. <em>Onf.ca.<\/em> Web. 10 mars 2015.<\/p>\n<p>&#8212;. <em>Rapport sur les plans et les priorit\u00e9s 2006-2007<\/em>. Archives du Secr\u00e9tariat du Conseil du Tr\u00e9sor du Canada, 2006. Web. 10mars 2015. PDF.<\/p>\n<p>&#8212;. <em>Rapport sur les plans et priorit\u00e9s 2014-2015.<\/em> ONF, 2014. Web. 25 f\u00e9v. 2015. PDF.<\/p>\n<p>Ranci\u00e8re, Jacques. <em>Et tant pis pour les gens fatigu\u00e9s<\/em> <em>: entretiens<\/em>. Paris\u00a0: \u00c9ditions Amsterdam, 2009. Imprim\u00e9.<\/p>\n<p>Robin, R\u00e9gine. <em>La m\u00e9moire satur\u00e9e<\/em>. Stock, 2003. Imprim\u00e9.<\/p>\n<p>Treleani, Matteo. \u00ab\u00a0Enjeux s\u00e9miotiques de la valorisation audiovisuelle. Le cas de Ina.fr.\u00a0\u00bb <em>Inter media<\/em> <em>: litt\u00e9rature, cin\u00e9ma et interm\u00e9dialit\u00e9<\/em>. Portugal\u00a0: Harmattan, 2011. 127\u2013138. Imprim\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Voyez <em>Le peuple invisible<\/em> et <em>Une derni\u00e8re chance<\/em> gratuitement sur ONF.ca.\u00a0\u00bb <em>ONF\/blogue<\/em> 27 nov. 2012. Web. 25 f\u00e9v. 2015.<\/p>\n<p>Weldon, Carolyne. \u00ab\u00a0Watch Human Rights Docs<em> Last Chance <\/em>and <em>The Invisible Nation<\/em> for Free on NFB.ca.\u00a0\u00bb <em>NFB\/Blog<\/em> 28 nov. 2014. Web. 25 f\u00e9v. 2015.<\/p>\n<hr \/>\n<h4 style=\"text-align: center;\"><strong>Notes sur les images<\/strong><\/h4>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Figure 1. Captures d\u2019\u00e9cran d\u2019une partie de la s\u00e9lection des films offerts sur la cha\u00eene des \u00ab\u00a0Droits de la personne\u00a0\u00bb francophone. Site de l\u2019ONF.<\/p>\n<p>Figure 2. <em>Mon fils sera arm\u00e9nien<\/em>. R\u00e9al. Hagop Goudsouzian. Office national du film du Canada, 2004. Film. Captures d\u2019\u00e9cran.<\/p>\n<p>Figure 3. Capture d\u2019\u00e9cran du film <em>Mon fils sera arm\u00e9nien<\/em>.<\/p>\n<p>Figure 4. <em>Les chariots de l\u2019enfer<\/em>. R\u00e9al. Murray Siple. Office national du film, 2008. Film. Captures d\u2019\u00e9cran.<\/p>\n<p>Figure 5. Capture d\u2019\u00e9cran du film <em>Les chariots de l\u2019enfer<\/em>.<\/p>\n<p>Figure 6. Capture d\u2019\u00e9cran du film <em>Les chariots de l\u2019enfer.<\/em><\/p>\n<p>Figure 7. Capture d\u2019\u00e9cran du film <em>Les chariots de l\u2019enfer<\/em>.<\/p>\n<hr \/>\n<h4 style=\"text-align: center;\">Notes<\/h4>\n<p><a id=\"_edn1\" href=\"#_ednref1\">[1]<\/a> Pour plus de d\u00e9tails, voir Jean-Michel Adam, <em>L\u2019argumentation publicitaire\u00a0: rh\u00e9torique de l\u2019\u00e9loge et de la persuasion<\/em>, particuli\u00e8rement les pages 36-38.<\/p>\n<p><a id=\"_edn2\" href=\"#_ednref2\">[2]<\/a> L\u2019espace Campus du site ONF.ca, pr\u00e9sent\u00e9 comme \u00ab\u00a0La principale ressource \u00e9ducative en ligne au Canada\u00a0\u00bb, a pour but de poursuivre le mandat p\u00e9dagogique de l\u2019institution. C\u2019est un espace payant num\u00e9rique, offert aux \u00e9tablissements scolaires et aux enseignants. Il donne principalement acc\u00e8s \u00e0 des fiches p\u00e9dagogiques venant accompagner les objets audiovisuels, et parfois interactifs, diffus\u00e9s sur le site. Pour plus de d\u00e9tails, voir &lt;onf.ca\/education&gt;.<\/p>\n<p><a id=\"_edn3\" href=\"#_ednref3\">[3]<\/a> <em>\u00ab\u00a0E\u00a0\u00bb<\/em> (1981), <em>La faim <\/em>(1973), <em>Balablok <\/em>(1972), <em>\u00c2me noire <\/em>(2000).<\/p>\n<p><a id=\"_edn4\" href=\"#_ednref4\">[4]<\/a> <em>Jade<\/em> (2010), <em>Pour Angela&#8230; <\/em>(1994).<\/p>\n<p><a id=\"_edn5\" href=\"#_ednref5\">[5]<\/a> <em>Raoul L\u00e9ger, la v\u00e9rit\u00e9 morcel\u00e9e <\/em>(2002), <em>La couleur de la beaut\u00e9 <\/em>(2010), <em>Minoru\u00a0: souvenirs d\u2019un exil <\/em>(1992), <em>L\u2019histoire d\u2019Hannah <\/em>(2007).<\/p>\n<p><a id=\"_edn6\" href=\"#_ednref6\">[6]<\/a> <em>Kanehsatake, 270 ans de r\u00e9sistance<\/em> (1993), <em>Chroniques Afghanes<\/em> (2007), <em>Attendre <\/em>(1995), <em>La charia au Canada <\/em>(2005), <em>Une goutte dans l\u2019oc\u00e9an <\/em>(2001), <em>Cure for love<\/em> (2008).<\/p>\n<p><a id=\"_edn7\" href=\"#_ednref7\">[7]<\/a><em> L\u2019arbre qui se souvient <\/em>(2003), <em>Le c\u00f4t\u00e9 obscur de la Dame blanche<\/em> (2006), <em>Mon fils sera arm\u00e9nien<\/em> (2004), <em>Opre Roma\u00a0: Tsiganes au Canada<\/em> (1999), <em>Scared Sacred<\/em> (2004),<em> Le totem d\u2019origine de G\u2019psgolox <\/em>(2006), <em>Quatre femmes en \u00c9gype <\/em>(1997).<\/p>\n<p><a id=\"_edn8\" href=\"#_ednref8\">[8]<\/a> Seuls deux films s\u2019y int\u00e9ressent\u00a0: <em>Les chariots de l\u2019enfer<\/em> et <em>L\u2019histoire d\u2019Hannah<\/em>.<\/p>\n<p><a id=\"_edn9\" href=\"#_ednref9\">[9]<\/a> \u00c0 noter que seul le second film de cette trilogie fut produit par l\u2019ONF.<\/p>\n<p><a id=\"_edn10\" href=\"#_ednref10\">[10]<\/a> C\u2019est-\u00e0-dire la sous-section 2.2 (de 2006 \u00e0 2009) et la sous-section 1 (de 2009 \u00e0 2015) intitul\u00e9e \u00ab\u00a0Activit\u00e9 de programme : production d\u2019\u0153uvres audiovisuelles\u00a0\u00bb se trouvant dans la section II intitul\u00e9e \u00ab\u00a0Analyse des activit\u00e9s de programme par objectif strat\u00e9gique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><a id=\"_edn11\" href=\"#_ednref11\">[11]<\/a> En 2012, on vise 50% d\u2019\u0153uvres \u00ab\u00a0[&#8230;] sign\u00e9es par des cin\u00e9astes issus des diverses communaut\u00e9s ethnoculturelles, r\u00e9gionales et linguistiques, par des cin\u00e9astes autochtones et par des cin\u00e9astes handicap\u00e9s\u00a0\u00bb parmi la production totale. En 2014 l\u2019objectif est de 51% et en 2015 il augmente \u00e0 55%.<\/p>\n<p><a id=\"_edn12\" href=\"#_ednref12\">[12]<\/a> <em>Minoru\u00a0: souvenirs d\u2019un exil<\/em>, Micheal Fukshima\u00a0; <em>Le totem d\u2019origine de G\u2019psgolox<\/em>, Gil Cardinal\u00a0; <em>Kanehsatake, 270 ans de r\u00e9sistance, <\/em>Alanis Oboomsawin\u00a0; <em>Quatre femmes d\u2019\u00c9gypte<\/em> ; Tahani Rached\u00a0; <em>Le c\u00f4t\u00e9 obscur de la Dame blanche <\/em>; Patricio Henriquez.<\/p>\n<p><a id=\"_edn13\" href=\"#_ednref13\">[13]<\/a> <em>Opre Roma\u00a0: Tsiganes au Canada<\/em>, <em>La couleur de la beaut\u00e9<\/em>.<\/p>\n<p><a id=\"_edn14\" href=\"#_ednref14\">[14]<\/a> Et ce, \u00e0 la suite de Philipe Gleason qui dans ses enqu\u00eates historiques sur la notion d\u2019identit\u00e9 s\u2019est interrog\u00e9 sur le sens que porte le substantif \u00ab\u00a0identit\u00e9\u00a0\u00bb lorsqu\u2019il est utilis\u00e9 \u00ab\u00a0dans des combinaisons telles que \u201cidentit\u00e9 am\u00e9ricaine\u201d, \u201cidentit\u00e9 juive\u201d, etc.\u00a0\u00bb (Descombes 2013, 25). Gleason remarque par cons\u00e9quent que le sens pris actuellement par la notion dans les sciences sociales remonte aux environs des ann\u00e9es 1950 aux \u00c9tats-Unis (25\u201326). Pour plus de d\u00e9tail, voir Philip Gleason, \u00ab\u00a0Identifiying Identity\u00a0: A Semantic History\u00a0\u00bb. <em>Journal of American History<\/em> 69.4 (1983)\u00a0: 910-931.<\/p>\n<p><a id=\"_edn15\" href=\"#_ednref15\">[15]<\/a>Hartog associe r\u00e9guli\u00e8rement les mots-cl\u00e9s \u00ab\u00a0patrimoine\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0identit\u00e9\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0m\u00e9moire\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0comm\u00e9moration\u00a0\u00bb qu\u2019il consid\u00e8re comme des \u00e9l\u00e9ments fonctionnant ensemble, les consid\u00e9rant comme une \u00ab\u00a0configuration\u00a0\u00bb (Hartog 2003, 164), une \u00ab\u00a0trilogie\u00a0\u00bb (il exclut alors la comm\u00e9moration) (156) ou encore un \u00ab\u00a0quatuor\u00a0\u00bb (49).<\/p>\n<p><a id=\"_edn16\" href=\"#_ednref16\">[16]<\/a> \u00c0 noter que le rapport aux grands-parents, et plus g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 la famille, sera mis en avant r\u00e9guli\u00e8rement dans le film\u00a0: deux des participantes (Martine Batani et Lousnak Abdalian) \u00e9voquent comment certaines des survivantes rencontr\u00e9es leur rappellent leurs propres grand-m\u00e8res; Patrick Masbourian, participant, am\u00e8ne les cendres de son grand-p\u00e8re en voyage en plus de partir \u00e0 la recherche de la tombe de sa grand-m\u00e8re\u00a0; et enfin, Garo Shamlian, participant, retrouve un de ses oncles sur la liste des victimes dress\u00e9e par le gouvernement arm\u00e9nien.<\/p>\n<p><a id=\"_edn17\" href=\"#_ednref17\">[17]<\/a> Il est d\u2019ailleurs int\u00e9ressant de constater que cette forme de collaboration entre amateurs de sports extr\u00eames et sans-abris appara\u00eet \u00e9galement dans le documentaire <em>Peace Park <\/em>(2013). Tourn\u00e9 de 2001 \u00e0 2013 par David Leboutillier, ce film qui devait initialement porter sur le skateboard, est devenu un documentaire socio-urbain s\u2019int\u00e9ressant \u00e0 la cohabitation, autour de la Place de la paix \u00e0 Montr\u00e9al, entre amateurs de sports extr\u00eames, sans-abris, et policiers (ces derniers intervenant davantage \u00e9tant donn\u00e9 l\u2019embourgeoisement du quartier).<\/p>\n<p><a id=\"_edn18\" href=\"#_ednref18\">[18]<\/a> Par exemple, Fergie joue les propri\u00e9taires en avertissant ses amis que l\u2019endroit o\u00f9 ces derniers se trouvent (un bois\u00e9) rel\u00e8ve d\u2019une propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e (figure 5). De la m\u00eame fa\u00e7on Al nous pr\u00e9sente son logement (une tente) en affirmant qu\u2019il poss\u00e8de une maison comme tout le monde, mais qu\u2019il ne paie pas 800\u00a0$ par mois pour celle-ci.<\/p>\n<p><a id=\"_edn19\" href=\"#_ednref19\">[19]<\/a> S\u2019il s\u2019av\u00e8re difficile de dater pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019apparition de la notion de \u00ab\u00a0droits de la personne\u00a0\u00bb dans les discours canadiens, on remarquera que la notion prend forme institutionnellement lorsqu\u2019en 1977 le Parlement vote la <em>Loi canadienne sur les droits de la personne<\/em>, fondant par le fait m\u00eame la Commission du m\u00eame nom. \u00c0 ses d\u00e9buts, cette derni\u00e8re obtient un mandat assez restreint\u00a0: \u00ab\u00a0\u00e9liminer la discrimination et promouvoir l\u2019\u00e9galit\u00e9 des chances dans les secteurs de comp\u00e9tence f\u00e9d\u00e9rale\u00a0\u00bb. Elle touche par cons\u00e9quent, en 1977, \u00e0 peine 10\u00a0% de la population active (Falardeau-Ramsay 666\u2013667).<\/p>\n<p><a id=\"_edn20\" href=\"#_ednref20\">[20]<\/a> Et c\u2019est sans compter les quelques films qui se situent tout simplement dans un monde compl\u00e8tement imaginaire\u00a0:\u00a0<em>Jade<\/em>, \u00ab\u00a0<em>E\u00a0\u00bb<\/em>, <em>Balablok.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>CHRISTINE ALBERT | UNIVERSIT\u00c9 DE MONTR\u00c9AL | En d\u00e9cembre 2012, le site internet de l\u2019ONF lan\u00e7ait une cha\u00eene consacr\u00e9e aux \u00ab droits de la personne \u00bb qui consiste, selon le programme annonc\u00e9 sur celle-ci, en une s\u00e9lection de \u00ab films sur les droits et libert\u00e9s fondamentaux qui prot\u00e8gent tout \u00eatre humain \u00bb.<\/p>\n","protected":false},"author":4062,"featured_media":6817,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[114,4],"tags":[],"class_list":["post-6590","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-lonf-6-1","category-article","wpautop"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/image001.png","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p707hj-1Ii","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/imaginations.space\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6590","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/imaginations.space\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/imaginations.space\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/imaginations.space\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4062"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/imaginations.space\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=6590"}],"version-history":[{"count":36,"href":"https:\/\/imaginations.space\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6590\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8493,"href":"https:\/\/imaginations.space\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6590\/revisions\/8493"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/imaginations.space\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/6817"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/imaginations.space\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=6590"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/imaginations.space\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=6590"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/imaginations.space\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=6590"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}