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{"id":6569,"date":"2015-05-26T10:15:47","date_gmt":"2015-05-26T16:15:47","guid":{"rendered":"http:\/\/www.csj.ualberta.ca\/imaginations\/?p=6569"},"modified":"2016-01-19T10:18:56","modified_gmt":"2016-01-19T17:18:56","slug":"la-mise-en-patrimoine-sur-onf-ca","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/imaginations.space\/?p=6569","title":{"rendered":"La mise en patrimoine sur ONF.ca"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/imaginations.space\/?p=6547\">6-1 | Table\u00a0des mati\u00e8res<\/a>\u00a0|\u00a0http:\/\/dx.doi.org\/10.17742\/IMAGE.ONF.6-1.2 |\u00a0<a href=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/6.1_Pgs_9-22_Garneau.pdf\">Patrimoine PDF<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p><div class=\"sixcol first\"><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce texte propose une approche \u00e0 la fois descriptive, analytique et critique de la tr\u00e8s active production patrimoniale actuellement en cours sur ONF.ca. En se donnant comme mission de rendre accessible son patrimoine audiovisuel, l\u2019Office se soucie d\u2019en orienter la r\u00e9ception, de proposer aux internautes l\u2019histoire de son action audiovisuelle depuis sa fondation en 1939. Par le relev\u00e9 d\u2019un certain nombre de valeurs exhib\u00e9es (authenticit\u00e9, repr\u00e9sentativit\u00e9, renomm\u00e9e et proximit\u00e9), et de registres privil\u00e9gi\u00e9s (dont celui de la comm\u00e9moration), l\u2019auteur tente de circonscrire une <em>axiologie du patrimoine<\/em> sur ONF.ca. Dans sa seconde partie, le texte se consacre \u00e0 la question de l\u2019articulation (et de l\u2019\u00e9cart) entre m\u00e9moire patrimoniale et m\u00e9moires particuli\u00e8res (des films) afin de mieux cerner les contours politiques et les enjeux id\u00e9ologiques de l\u2019encadrement discursif des collections.<\/p>\n<p><\/div><div class=\"sixcol last\"><strong>Abstract<\/strong><\/p>\n<p><span style=\"text-align: justify; line-height: 1.5;\">This article offers a descriptive, analytical and critical approach to the very active production of audiovisual heritage currently underway at NFB.ca. Designed to make the National Film Board (NFB)\u2019s audiovisual heritage more accessible, the website carefully guides its users through the history-memory of audiovisual production at the Film Board from its foundation in 1939 through to the present. By analyzing how the website showcases its films, endorsing specific values (authenticity, representativeness, recognition and proximity) and privileging certain registers (such as commemoration), the article first attempts to define an axiology of heritage in NFB.ca. The article then focuses on questions of the articulation of (and the variation between) history-memory and particular memories (of films) in order to better outline the political contours and ideological stakes of the discursive framework of the NFB\u2019s collections.<\/span><\/p>\n<p><\/div><div class=\"clearfix\"><\/div><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: left;\">MICH\u00c8LE GARNEAU | UNIVERSIT\u00c9 DE MONTR\u00c9AL<\/p>\n<h2 style=\"text-align: left;\">LA MISE EN PATRIMOINE SUR ONF.CA<\/h2>\n<p><span class=\"cb-dropcap-small\">S<\/span>i tout au long des d\u00e9cennies cinquante et soixante, et m\u00eame encore pendant la d\u00e9cennie soixante-dix, on pouvait esp\u00e9rer, \u00e0 l\u2019ONF, la constitution d\u2019un imaginaire national et citoyen, le r\u00e9gime d\u2019images g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9es qui s\u2019est peu \u00e0 peu impos\u00e9 au cours des d\u00e9cennies suivantes aura consid\u00e9rablement dilu\u00e9 le projet initial d\u2019une \u00ab\u00a0gouvernementalit\u00e9\u00a0\u00bb par le film, raison d\u2019\u00eatre institutionnelle de l\u2019Office.<a id=\"_ednref1\" href=\"#_edn1\">[1]<\/a> Bien que le film en tant qu\u2019action sociale soit toujours en vigueur aujourd\u2019hui, une action patrimoniale est venue s\u2019y superposer, telle une valeur ajout\u00e9e \u00e0 toutes ces \u00ab\u00a0petites bobines de films\u00a0\u00bb accumul\u00e9es depuis 1939 et devenues, au fil du temps, des <em>tr\u00e9sors du pass\u00e9. <\/em>Entr\u00e9 \u00e0 l\u2019ONF en 1947, Jacques Bobet se rappelle\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px; text-align: justify;\">Quand je suis arriv\u00e9 on m\u2019a dit\u00a0: \u00ab\u00a0Tu vois ces petites bobines de film? Elles ne durent que dix minutes, mais c\u2019est avec cela que nous allons forger l\u2019unit\u00e9 du Canada\u00a0\u00bb. \u00c9videmment, cela paraissait tr\u00e8s dr\u00f4le \u00e0 l\u2019\u00e9poque parce qu\u2019on comparait cela aux chemins de fer. On disait\u00a0: \u00ab\u00a0Elles serviront \u00e0 la m\u00eame chose que la voie ferr\u00e9e\u00a0!\u00a0\u00bb. C\u2019\u00e9tait extr\u00eamement curieux. (<em>Les 50 ans de l\u2019ONF <\/em>15)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le petit ouvrage dont est tir\u00e9e cette citation s\u2019intitule <em>Les 50 ans de l\u2019ONF<\/em> et a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 en 1989 par la Soci\u00e9t\u00e9 Radio-Canada. Il se compose d\u2019entretiens radiophoniques aupr\u00e8s de cin\u00e9astes, producteurs et artisans de la maison. Si tous les intervenants sont conscients de l\u2019importance de l\u2019ONF pour l\u2019histoire du Canada et du cin\u00e9ma, il ne s\u2019agit pas encore d\u2019en <em>c\u00e9l\u00e9brer la grandeur<\/em>, formule des plus caract\u00e9ristiques d\u2019une conscience de soi de type patrimonial. En effet, il faudra attendre quelques ann\u00e9es encore pour que le basculement vers le moment \u00ab\u00a0m\u00e9moire\u00a0\u00bb de l\u2019institution devienne palpable dans les discours. Dans un dossier de la revue montr\u00e9alaise <em>24 Images<\/em> intitul\u00e9 \u00ab\u00a0R\u00eaver l\u2019ONF de demain\u00a0\u00bb, une cin\u00e9aste inqui\u00e8te avance \u00ab\u00a0que l\u2019ONF n\u2019est ni plus ni moins qu\u2019un parc national de notre culture, qui m\u00e9rite d\u2019\u00eatre prot\u00e9g\u00e9, valoris\u00e9 et passionn\u00e9ment habit\u00e9.\u00a0\u00bb (H\u00e9bert <em>et al.<\/em> 30). On ne saurait mieux r\u00e9sumer le changement de statut de l\u2019institution tout au long de la d\u00e9cennie quatre-vingt-dix. La perception collective d\u2019une menace \u00e0 la survie de l\u2019institution, comme \u00e0 l\u2019int\u00e9grit\u00e9 de sa mission, ne fera que s\u2019intensifier \u00e0 partir du d\u00e9but du deuxi\u00e8me mill\u00e9naire, donnant lieu \u00e0 des \u00ab\u00a0processus concrets de patrimonialisation\u00a0\u00bb (Di M\u00e9o 10). Qu\u2019il nous suffise de rappeler celui qui a \u00e9t\u00e9 pos\u00e9 en 2012, suite \u00e0 l\u2019annonce de la fermeture de la Cin\u00e9Roboth\u00e8que de Montr\u00e9al. Le \u00ab\u00a0Mouvement spontan\u00e9 pour la survie de l\u2019ONF\u00a0\u00bb, fond\u00e9 en l\u2019an 2000, organise une manifestation et lance une p\u00e9tition pour demander au gouvernement du Qu\u00e9bec d\u2019intervenir aupr\u00e8s du gouvernement f\u00e9d\u00e9ral. Dans le document en question, \u00ab\u00a0La pr\u00e9servation d\u2019une institution menac\u00e9e \u2013 Lettre ouverte aux partis politiques concernant la survie du Cin\u00e9ma ONF et de la Cin\u00e9Roboth\u00e8que\u00a0\u00bb, on pouvait lire\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px; text-align: justify;\">Nous leur demandons \u00e9galement un engagement ferme pour qu\u2019ils interviennent aupr\u00e8s du gouvernement f\u00e9d\u00e9ral et de l\u2019ONF afin d\u2019assurer, d\u2019abord, l\u2019accessibilit\u00e9 \u00e0 l\u2019ensemble du patrimoine cin\u00e9matographique que repr\u00e9sentent les films de l\u2019ONF. \u00c0 la veille du 50<sup>e<\/sup> anniversaire du documentaire <em>Pour la suite du monde<\/em>, chef-d\u2019\u0153uvre de notre cin\u00e9matographie au titre plus qu\u2019\u00e9vocateur, le MSSO et l\u2019ensemble des citoyen(ne)s qui se sont mobilis\u00e9(e)s depuis le printemps, demandent aux diff\u00e9rents partis de faire preuve de leadership pour garantir la survie du Cin\u00e9ma ONF et de la Cin\u00e9Roboth\u00e8que. Voil\u00e0 une belle occasion pour celles et ceux qui entendent diriger le Qu\u00e9bec de d\u00e9montrer, concr\u00e8tement, qu\u2019ils ont v\u00e9ritablement \u00e0 c\u0153ur l\u2019\u00e9panouissement et le rayonnement de notre culture et de notre identit\u00e9. (MSSO)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si les films de l\u2019ONF repr\u00e9sentent d\u00e9sormais un patrimoine, comme on peut le lire ci-haut, c\u2019est bien parce qu\u2019il faut comprendre ce dernier comme une repr\u00e9sentation relativement ind\u00e9pendante de ses objets. Tous les sp\u00e9cialistes du patrimoine insistent sur ce point\u00a0: \u00ab\u00a0Nous ne devons jamais oublier que l\u2019importance du patrimoine culturel tient moins aux objets et aux lieux qu\u2019aux significations et aux usages que les gens leur attachent et aux valeurs qu\u2019ils repr\u00e9sentent\u00a0\u00bb (Palmer 8). C\u2019est donc dire que s\u2019il y a reconnaissance d\u2019un patrimoine, il y a aussi et surtout \u00ab\u00a0mise en patrimoine, qui est \u00e0 la fois une mobilisation et un mode de d\u00e9signation culturelle [\u2026]\u00a0\u00bb (Schiele 2). Une repr\u00e9sentation donc, mais aussi une appropriation sociale symbolique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme dans de nombreux autres contextes patrimoniaux, nous sommes en pr\u00e9sence, \u00e0 l\u2019ONF, d\u2019un \u00e9lan patrimonial partag\u00e9\u2014mais peut-\u00eatre faudrait-il dire qui se partage\u2014entre les citoyens et l\u2019institution. Sur le site institutionnel, le <em>devenir patrimoine<\/em> (Davallon 2006, 18) des films de l\u2019ONF comme de l\u2019ONF elle-m\u00eame en tant qu\u2019institution, est un processus que l\u2019on pourra observer \u00e9galement \u00e0 partir de la d\u00e9cennie deux mille, et dont le plan strat\u00e9gique de 2002-2006 constitue un point tournant. Sans que l\u2019on parle encore de valorisation du patrimoine, ni de ONF.ca (qui fera son entr\u00e9e officielle en 2009), la formule, \u00ab\u00a0lier l&#8217;image de l&#8217;ONF \u00e0 son patrimoine\u00a0\u00bb amorce l\u2019attribution de la valeur patrimoniale aux objets, et pr\u00e9pare le terrain d\u2019une action patrimoniale de plus en plus revendiqu\u00e9e dans les plans ult\u00e9rieurs. Utilis\u00e9 surtout comme substantif descriptif se r\u00e9f\u00e9rant aux films produits depuis 1939, le terme de patrimoine prendra une signification beaucoup plus proactive dans les plans strat\u00e9giques qui se succ\u00e8deront, notamment par la <em>mise en valeur des collections<\/em>, un des principaux objectifs du plan strat\u00e9gique de 2008-2013. Le changement op\u00e9r\u00e9 en une quinzaine d\u2019ann\u00e9es par cet \u00e9lan patrimonial est bel et bien celui d\u2019une valeur symbolique ajout\u00e9e que traduisent bien les discours de l\u2019institution sur elle-m\u00eame, et dont nous citons ici une des versions les plus r\u00e9centes\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px; text-align: justify;\">La collection des \u0153uvres de l\u2019ONF constitue un bien d\u2019une valeur inestimable pour les Canadiens. En effet, l\u2019ONF est le d\u00e9positaire de l\u2019un des plus pr\u00e9cieux patrimoines audiovisuels du Canada, un patrimoine dans lequel la population canadienne investit depuis plus de 70 ans et qui fait aujourd\u2019hui partie de la m\u00e9moire collective du pays. V\u00e9ritable album de famille des communaut\u00e9s canadiennes, les 13,000 \u0153uvres pr\u00e9sentes dans les salles de conservation de l\u2019ONF sont autant d\u2019instantan\u00e9s auxquels les Canadiens souhaitent pouvoir acc\u00e9der en tout temps. (ONF, \u00ab\u00a0\u00c9valuation de l\u2019espace de visionnage\u00a0\u00bb 12)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Des objets anciens, qui \u00e9taient pour la plupart tomb\u00e9s dans l\u2019oubli, devenus quelconques, remis\u00e9s et bien conserv\u00e9s, vont acqu\u00e9rir peu \u00e0 peu et au fil du temps, une <em>valeur inestimable<\/em>. Au fil du temps, car le processus de patrimonialisation a besoin de temps, mais surtout, il produit de la diff\u00e9rence dans le temps. Jean Davallon parle d\u2019une \u00ab\u00a0rupture dans le temps qui fait que l\u2019objet n\u2019a plus le m\u00eame statut. Ce qui se modifie \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de ce processus, c\u2019est le sentiment d\u2019une valeur de l\u2019objet\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0Du patrimoine \u00e0 la patrimonialisation\u00a0\u00bb). Les formules utilis\u00e9es par l\u2019auteur sont \u00e9clairantes\u00a0: on passe d\u2019un objet \u00ab\u00a0commun\u00a0\u00bb en un objet \u00ab\u00a0exemplaire\u00a0\u00bb\u00a0; ce denier \u00ab\u00a0poss\u00e8de une valeur inestimable qui n\u2019a rien \u00e0 voir\u2014ou tr\u00e8s peu\u2014\u00e0 sa valeur intrins\u00e8que\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est \u00e0 cette exemplarit\u00e9 documentaire, conduite et produite par l\u2019action patrimoniale sur ONF.ca que nous allons ici nous int\u00e9resser en adoptant une perspective \u00e0 la fois descriptive, analytique et critique. Nous nous sommes tr\u00e8s librement inspir\u00e9s de la d\u00e9marche de Nathalie Heinich dans son ouvrage<em> La fabrique du patrimoine, <\/em>\u00e9tude qui se consacre \u00e0 la question de l\u2019inventaire dans le domaine du patrimoine b\u00e2ti. Les notions emprunt\u00e9es sont celles de \u00ab\u00a0valeurs\u00a0\u00bb (du patrimoine), toujours assorties de leur \u00ab\u00a0crit\u00e8res\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0registres\u00a0\u00bb, de patrimonialisation. Comment avons-nous appr\u00e9hend\u00e9 ces valeurs et ses crit\u00e8res\u00a0? Par leur mise en \u0153uvre concr\u00e8te sur le site de l\u2019ONF, ainsi que par la prise en compte de la litt\u00e9rature officielle sur le site institutionnel. Cette derni\u00e8re a le m\u00e9rite de rendre plus explicite les choix sous-jacents \u00e0 la mise en valeur sur ONF.ca. \u00c0 cet \u00e9gard, Heinich indique avec raison\u2014nous avons pu le v\u00e9rifier \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du contexte qui est le n\u00f4tre\u2014que les valeurs, comme les crit\u00e8res, ne sont pas toujours per\u00e7ues ni explicit\u00e9es comme telles par les acteurs de la patrimonialisation, ni non plus toujours ais\u00e9ment explicitables par les observateurs ext\u00e9rieurs (que nous sommes).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La tr\u00e8s active production patrimoniale \u00e0 l\u2019\u0153uvre sur le site grand public de l\u2019ONF repose sur trois donn\u00e9es\u00a0: les propri\u00e9t\u00e9s des objets soumis \u00e0 la patrimonialisation, les comp\u00e9tences des acteurs (analystes de collections, invit\u00e9s en tant qu\u2019expert, blogueurs attitr\u00e9s), et enfin, les contraintes et ressources propres \u00e0 la situation concr\u00e8te d\u2019\u00e9valuation. L\u2019\u00e9l\u00e9ment important \u00e0 prendre ici en consid\u00e9ration est dans le fait que les interventions des acteurs demeurent fortement balis\u00e9es par l\u2019ordonnancement pr\u00e9alable du site, ses ressources et ses r\u00e8gles de fonctionnement. Heinich parle d\u2019un \u00ab\u00a0crit\u00e8re de coh\u00e9rence proc\u00e9durale qui fait que m\u00eame s\u2019il travaille seul, l\u2019acteur de la patrimonialisation r\u00e9pond par ses choix dans un cadre collectif\u00a0\u00bb (69). C\u2019est donc dire que si ce dernier b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019une certaine marge de man\u0153uvre \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du processus, c\u2019est en autant qu\u2019il accepte de ne pas outrepasser les r\u00e8gles implicites de la patrimonialisation \u00ab\u00a0\u00e0 la canadienne\u00a0\u00bb ou encore \u00ab\u00a0\u00e0 l\u2019on\u00e9fienne\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0De fait, il n\u2019existe pas de processus de patrimonialisation sans acteurs collectifs ou individuels\u00a0; inversement, ceux-ci ne peuvent rien, ou presque, sans un minimum d\u2019id\u00e9ologie ambiante, favorable \u00e0 l\u2019intervention patrimoniale\u00a0\u00bb (Di M\u00e9o 12). Dans la th\u00e9orisation issue du patrimoine b\u00e2ti, on oppose souvent deux modalit\u00e9s de patrimonialisation, deux mani\u00e8res diff\u00e9rentes de consid\u00e9rer la cr\u00e9ation du patrimoine et sa reconnaissance en tant que tel\u00a0: \u00ab\u00a0d\u2019un c\u00f4t\u00e9 la construction experte et normative d\u2019un patrimoine officiel et institutionnel et, de l\u2019autre, la construction d\u2019une relation sensible des habitants a\u0300 ce qu\u2019ils consid\u00e8rent comme leur patrimoine\u00a0\u00bb (Watremez 163). Il n\u2019est pas s\u00fbr que nous puissions reconduire cette distinction concernant les modalit\u00e9s de patrimonialisation sur le site de l\u2019ONF, et ce, en associant la premi\u00e8re modalit\u00e9 \u00e0 ONF.ca. En effet, on peut observer des exemples de la seconde modalit\u00e9 dans un grand nombre de films produits par l\u2019ONF ces derni\u00e8res ann\u00e9es, des films o\u00f9 l\u2019on voit se construire une relation sensible de cin\u00e9astes \u00e0 ce qu\u2019ils consid\u00e8rent comme leur h\u00e9ritage et qu\u2019ils se r\u00e9approprient, notamment \u00e0 partir du remake documentaire.<a id=\"_ednref2\" href=\"#_edn2\">[2]<\/a> Notre questionnement aura donc \u00e9t\u00e9 celui-ci\u00a0: qu\u2019est-ce qui ouvre la possibilit\u00e9 d\u2019une s\u00e9lection sur ONF.ca\u00a0; quels en sont les crit\u00e8res, c\u2019est-\u00e0-dire les \u00ab\u00a0caract\u00e9ristiques constantes applicables aux objets patrimoniaux\u00a0\u00bb (Heinich 234) ; quelles sont valeurs qui les sous-tendent\u00a0?<\/p>\n<h3><strong>Registre de valeurs privil\u00e9gi\u00e9es\u00a0: nouveaut\u00e9, renomm\u00e9e, proximit\u00e9 et repr\u00e9sentativit\u00e9<\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span class=\"cb-dropcap-small\">L<\/span>\u2019organisation \u00e9ditoriale de la page d\u2019accueil aura constitu\u00e9 notre terrain d\u2019observation, ainsi que l\u2019onglet FILM sur cette m\u00eame page (en ce qu\u2019il contient tous les films en ligne disponibles). Le parcours \u00ab\u00a0Premi\u00e8re visite\u00a0\u00bb qui est propos\u00e9 au visiteur permet d\u2019identifier ce qui, pour l\u2019institution constitue des valeurs s\u00fbres. Le visiteur du site, tel que le pr\u00e9suppose l\u2019ONF, serait surtout attir\u00e9 par les nouveaut\u00e9s, accorderait une grande importance aux valeurs de renomm\u00e9e et de popularit\u00e9. Voyons cela de plus pr\u00e8s. Deux fois par mois, un film est propos\u00e9 au visiteur, accompagn\u00e9 de \u00ab\u00a0Films reli\u00e9s\u00a0\u00bb venant ouvrir une s\u00e9lection th\u00e9matique soigneusement constitu\u00e9e par l\u2019\u00e9quipe de la \u00ab\u00a0maison\u00a0\u00bb. Sous la s\u00e9lection de ce <em>pr\u00eat-\u00e0-visionner<\/em> r\u00e9guli\u00e8rement renouvel\u00e9, le visiteur se trouve face \u00e0 quatre options\u00a0: (1) C\u2019est votre premi\u00e8re visite? Commencez ici, (2) Jetez un \u0153il \u00e0 nos nouveaut\u00e9s, (3) D\u00e9couvrez notre collection en ligne, (4) Consultez nos chaines th\u00e9matiques. En cliquant sur \u00ab\u00a0C\u2019est votre premi\u00e8re visite? Commencez ici\u00a0\u00bb, l\u2019usager est dirig\u00e9 vers une s\u00e9lection de films pr\u00e9sent\u00e9s comme suit\u00a0: \u00ab\u00a0Voici une s\u00e9lection de films, sp\u00e9cialement con\u00e7ue pour vous aider \u00e0 commencer votre d\u00e9couverte et vous donner le go\u00fbt d\u2019en voir plus\u00a0\u00bb. Chaque film est accompagn\u00e9 de son crit\u00e8re\u00a0: Le plus aim\u00e9 du public \/ R\u00e9alisateur incontournable \/ Film le plus vu \/ Film qui a marqu\u00e9 le cin\u00e9ma \/ Gagnant d\u2019un oscar. Des valeurs s\u00fbres sont donc propos\u00e9es au visiteur par le recours au crit\u00e8re de la notori\u00e9t\u00e9. On constate cependant que la renomm\u00e9e d\u2019un film, qui joue ici comme valeur pr\u00e9dominante, n\u2019est pas seulement d\u00e9cr\u00e9t\u00e9e par des institutions prestigieuses comme Hollywood (film oscaris\u00e9), ou l\u2019ONF elle-m\u00eame (r\u00e9alisateur incontournable). En effet, en situant cette s\u00e9lection maison sur le registre r\u00e9putationnel, on laisse entendre que la renomm\u00e9e d\u2019un film ne provient pas seulement d\u2019une \u00e9valuation par le haut, mais repose aussi sur le bon go\u00fbt du public (le film le plus aim\u00e9 ou le plus vu). Quant au film qui a \u00ab\u00a0marqu\u00e9 le cin\u00e9ma\u00a0\u00bb, on en d\u00e9duit que sa renomm\u00e9e ou son prestige, ou encore son statut de \u00ab\u00a0classique canadien\u00a0\u00bb, provient de sa riche tradition de r\u00e9ception tous azimuts, \u00e0 la fois institutionnelle, critique et populaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Parall\u00e8lement au crit\u00e8re de notori\u00e9t\u00e9, c\u2019est celui de nouveaut\u00e9 qui pr\u00e9vaut sur la page d\u2019accueil. L\u2019incitation \u00e0 \u00ab\u00a0jeter un coup d\u2019\u0153il aux nouveaut\u00e9s\u00a0\u00bb n\u2019a pas son pendant\u2014du moins dans le parcours propos\u00e9 pour la \u00ab\u00a0premi\u00e8re visite\u00a0\u00bb\u2014vers les films anciens. Dans son ouvrage <em>Le Culte moderne des monuments<\/em> Ao\u00efs Riegl dresse un inventaire des valeurs port\u00e9es par le monument historique, dont la fameuse valeur d\u2019anciennet\u00e9. Or, ce dernier remarquait d\u00e9j\u00e0 en 1903 que la valeur de nouveaut\u00e9 repr\u00e9sentait <em>la<\/em> valeur artistique du public (47). Les choses n\u2019ont gu\u00e8re chang\u00e9 un si\u00e8cle plus tard. La valeur d\u2019anciennet\u00e9, qui est souvent activ\u00e9e par le verbe \u00ab\u00a0Replongez\u00a0\u00bb, ou encore, \u00ab\u00a0Red\u00e9couvrez\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0Chantal en vrac\u00a0: Replongez dans les ann\u00e9es 60\u00a0\u00bb), est loin d\u2019\u00eatre une valeur aussi pr\u00e9sente que celle de nouveaut\u00e9. M\u00eame si l\u2019ONF a ses classiques (\u00ab\u00a0Je vous invite \u00e0 revoir quelques Classiques,\u00a0\u00bb Perreault \u00ab\u00a07 films\u00a0\u00bb), le capital d\u2019anciennet\u00e9 ne semble pas aller de soi pour les acteurs de la patrimonialisation. Et pourtant, faire basculer un vieux documentaire dans le registre valorisant de l\u2019ancien, ou encore, le remettre au <em>go\u00fbt du jour<\/em>, est une des t\u00e2ches les plus importantes pour l\u2019action patrimoniale. Mais il y a plus\u00a0: si un vieux documentaire ne suffit pas \u00e0 produire de la valeur, et plus difficilement croyons-nous qu\u2019une vieille \u00e9glise, un vieux navire, ou m\u00eame un vieux film de fiction, c\u2019est parce qu\u2019il exige que l\u2019on se confronte aux dimensions souvent difficilement conciliables qui sont celles de son actualit\u00e9 et de sa post\u00e9rit\u00e9. Sur ONF.ca, on semble avoir pressenti (ou compris) cette difficult\u00e9 inh\u00e9rente au genre du documentaire, ce qui explique la strat\u00e9gie de mise en valeur adopt\u00e9e\u00a0: le m\u00e9lange des documentaires anciens \u00e0 des films plus r\u00e9cents et\/ou des films de fiction. Leur <em>fonction-m\u00e9moire<\/em> est pr\u00e9alablement li\u00e9e \u00e0 un contexte ext\u00e9rieur, activ\u00e9e par le biais d\u2019une s\u00e9lection th\u00e9matique qui ne concerne pas directement le registre de l\u2019ancien. La s\u00e9lection \u00ab\u00a015 films \u00e0 voir au moins une fois dans sa vie\u00a0!\u00a0\u00bb, m\u00e9lange des films r\u00e9cents \u00e0 de vieux documentaire, et celle consacr\u00e9e aux \u00ab\u00a05 grands films des ann\u00e9es 60 en noir et blanc\u00a0\u00bb, m\u00e9lange de la fiction \u00e0 du documentaire. C\u2019est donc dire que l\u2019on penche nettement sur l\u2019actualisation par regroupement th\u00e9matique, plut\u00f4t que sur un travail d\u2019historicisation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le crit\u00e8re th\u00e9matique, autre crit\u00e8re privil\u00e9gi\u00e9 sur la page d\u2019accueil, est bien mis en \u00e9vidence par la derni\u00e8re entr\u00e9e au bas de la page intitul\u00e9e \u00ab\u00a0Consultez nos chaines th\u00e9matiques\u00a0\u00bb. En cliquant sur cet onglet l\u2019usager se retrouve devant une vingtaine de grands sujets. Mais ce sont les S\u00e9lections d\u00fbment nomm\u00e9es comme telles dans l\u2019entr\u00e9e \u00ab\u00a0Film\u00a0\u00bb qui proposent l\u2019encadrement discursif le plus \u00e9labor\u00e9. Elles sont pr\u00e9sent\u00e9es comme suit\u00a0: \u00ab\u00a0Afin de vous aider \u00e0 explorez notre site, nous avons invit\u00e9 des experts \u00e0 discuter des films, \u00e0 faire des recommandations et \u00e0 mettre la collection de l\u2019ONF en contexte.\u00a0\u00bb Les S\u00e9lections offrent quatre entr\u00e9es\u00a0: Nouvelles s\u00e9lections \/ S\u00e9lections d\u2019invit\u00e9s \/ Sp\u00e9cialistes de l\u2019ONF \/ S\u00e9lections th\u00e9matiques. Si le crit\u00e8re de nouveaut\u00e9 est encore \u00e0 l\u2019honneur, d\u2019autres registres de valorisation prennent place, comme celui de l\u2019expertise avec les sp\u00e9cialistes (appel\u00e9s analyste de collection), et les invit\u00e9s sp\u00e9cialis\u00e9s dans diff\u00e9rents domaines li\u00e9s aux m\u00e9dias.<a id=\"_ednref3\" href=\"#_edn3\">[3]<\/a> Le regroupement th\u00e9matique renvoie \u00e0 la valeur de repr\u00e9sentativit\u00e9 des films et au registre privil\u00e9gi\u00e9 de la valorisation sur ONF.ca\u00a0: celui de la pertinence d\u2019un contenu canadien. Avec cette valeur, nous sommes \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une axiologie propre au \u00ab\u00a0r\u00e9gime de communaut\u00e9\u00a0\u00bb, r\u00e9gime dans lequel on accorde cr\u00e9dit au multiple, \u00e0 la s\u00e9rie, et o\u00f9 l\u2019on met de l\u2019avant ce qui est commun \u00e0 plusieurs objets (Heinich 205).<\/p>\n<h3><strong>Valeur de proximit\u00e9 et <em>logique de la trouvaille <\/em>: le blogue <\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span class=\"cb-dropcap-small\">C<\/span>e qui ouvre une s\u00e9lection sur ONF.ca rel\u00e8ve \u00e0 la fois de crit\u00e8res fixes et durables (datation, regroupement th\u00e9matique, nouveaut\u00e9, renomm\u00e9e ou popularit\u00e9), mais aussi de d\u2019autres, beaucoup plus al\u00e9atoires. L\u2019adresse au public par des verbes \u00e0 l\u2019imp\u00e9ratif, est tr\u00e8s fr\u00e9quent\u00a0: \u00ab\u00a0Visionnez\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Retracez\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Replongez\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Red\u00e9couvrez\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0C\u00e9l\u00e9brez\u00a0\u00bb, verbes ponctu\u00e9s par de petites questions d\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral\u00a0: \u00ab\u00a0Quels sont vos films d\u2019automne pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s?\u00a0\u00bb, ou des dialogues fictifs\u00a0: \u00ab\u00a0Bon d\u2019accord. Vous connaissez les Classiques de l\u2019ONF\u2026\u00a0\u00bb. Le blogue est le genre id\u00e9al pour une pratique d\u00e9tendue de mise en valeur et o\u00f9 les crit\u00e8res de s\u00e9lection se fabriquent au gr\u00e9 des id\u00e9es et de la fantaisie des blogueurs de l\u2019\u00e9quipe\u00a0attitr\u00e9e,\u00a0qui se pr\u00e9sente en ces termes\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px; text-align: justify;\">Bonjour et bienvenue sur le blogue d\u2019ONF.ca! [\u2026] Notre \u00e9quipe a le mandat de visionner le plus de films possible (dure, dure la vie!) afin de vous les faire d\u00e9couvrir, un \u00e0 un, et de mieux les mettre en contexte. Ce blogue s\u2019adresse autant aux cin\u00e9philes, qu\u2019au grand public, aux \u00e9tudiants et \u00e9tudiantes, aux membres de l\u2019industrie cin\u00e9matographique et des m\u00e9dias interactifs, aux enseignants et enseignantes\u2026 Vous y trouverez des suggestions de films \u00e0 visionner sur ONF.ca, des informations de premi\u00e8re main concernant l\u2019industrie, les m\u00e9dias interactifs, les innovations technologiques, la communaut\u00e9, l\u2019\u00e9ducation, les coulisses de l\u2019ONF, les festivals, les cin\u00e9astes, et beaucoup plus encore. Ne vous g\u00eanez surtout pas pour vous joindre \u00e0 la conversation. (Blogue de l\u2019ONF \u00ab\u00a0\u00c0 propos\u00a0\u00bb)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous sommes donc invit\u00e9s \u00e0 \u00eatre divertis par des s\u00e9lections vari\u00e9es, lesquelles s\u2019adaptent ais\u00e9ment aux circonstances les plus courantes et diverses de la vie quotidienne\u00a0: \u00ab\u00a0Ma liste de cadeaux \/ 20 courts \u00e0 regarder dans les transports en commun \/ 5 films rafraichissants. D\u00e9couvrez notre solution \u00e0 la canicule\u00a0! \/ Quels sont vos films d\u2019automne pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s?\u00a0\u00bb Le r\u00f4le du blogue est essentiel en ce qu\u2019il vient personnaliser\u2014comme son genre le prescrit\u2014l\u2019accueil dans le site et la valorisation du patrimoine. L\u2019action patrimoniale consiste ici \u00e0 <em>fouiller<\/em> dans les tr\u00e9sors innombrables du grenier de l\u2019ONF\u00a0: \u00ab\u00a0En fouillant sur ONF.ca pour rassembler ses 10 plus belles histoires d\u2019amour [\u2026]\u00a0\u00bb. <em>En fouillant<\/em>, l\u2019on trouve ou l\u2019on retrouve, on sort les films de l\u2019oubli\u00a0: \u00ab\u00a0Film oubli\u00e9, tr\u00e9sor retrouv\u00e9, <em>Le dernier glacier <\/em>est plus que jamais d\u2019actualit\u00e9 avec la mise en chantier du Plan Nord par le gouvernement qu\u00e9b\u00e9cois. Je vous recommande chaleureusement ce film magnifique.\u00a0\u00bb Le discours de mise en valeur sur le blogue rel\u00e8ve de cette \u00ab\u00a0logique de la trouvaille\u00a0\u00bb par quoi Davallon caract\u00e9rise l\u2019objet du patrimoine\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019objet patrimonialis\u00e9, \u00e9crit ce dernier, passe de son monde d\u2019origine au patrimoine par une d\u00e9couverte (la \u00ab\u00a0trouvaille\u00a0\u00bb selon Umberto Eco), c\u2019est-\u00e0-dire du fait que cet objet-l\u00e0, quand on le d\u00e9couvre, on a vraiment l\u2019impression que l\u2019on est tomb\u00e9 sur quelque chose poss\u00e9dant une valeur inestimable\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0Du patrimoine \u00e0 la patrimonialisation\u00a0\u00bb).<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Authenticit\u00e9\u00a0: valeur par excellence de toute patrimonialisation<\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span class=\"cb-dropcap-small\">\u00abL<\/span>\u2019administration de l\u2019authenticit\u00e9\u00a0\u00bb, pour reprendre le terme \u00e0 Nathalie Heinich, est une des actions patrimoniales les plus actives et constantes sur ONF.ca. Comme beaucoup d\u2019autres th\u00e9oriciens du patrimoine, Heinich \u00e9l\u00e8ve cette valeur au premier rang des valeurs patrimoniales.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px; text-align: justify;\">C\u2019est ainsi que l\u2019administration du patrimoine a bien pour mission d\u2019administrer\u2014au sens de g\u00e9rer\u2014les \u00e9l\u00e9ments du pass\u00e9 qu\u2019elle a produit ; mais elle a aussi et avant tout pour mission d\u2019administrer\u2014au sens d\u2019attribuer\u2014de la valeur \u00e0 ces m\u00eames produits. Il s\u2019agit donc bien, au double sens du terme, d\u2019une \u00ab\u00a0administration de l\u2019authenticit\u00e9\u00a0\u00bb (259-260).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans la litt\u00e9rature institutionnelle, le terme circule partout, et notamment pour sp\u00e9cifier une <em>canadianit\u00e9<\/em> de la production\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px; text-align: justify;\">La collection ONF refl\u00e8te pr\u00e8s de 75 ans d\u2019histoire canadienne, soit depuis la cr\u00e9ation de l\u2019ONF en 1939. \u00c0 travers leurs \u0153uvres, les cin\u00e9astes de l\u2019ONF, qu\u2019ils soient exp\u00e9riment\u00e9s ou d\u00e9butants, issus des peuples autochtones, des minorit\u00e9s culturelles ou linguistiques, de la majorit\u00e9 anglophone ou francophone t\u00e9moignent des enjeux de soci\u00e9t\u00e9, des pr\u00e9occupations et de la r\u00e9alit\u00e9 des Canadiens et Canadiennes des quatre coins du pays, mais aussi de celles de gens de partout dans le monde, tout en pr\u00e9sentant un point de vue <em>authentiquement canadien<\/em>. (Site institutionnel de l\u2019ONF, Onglet \u00ab\u00a0Notre collection\u00a0\u00bb, nous soulignons)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur les deux sites qui nous occupe, la rh\u00e9torique de l\u2019authenticit\u00e9 est pr\u00e9dominante et peut \u00eatre entendue en deux sens\u00a0: celui de tradition et celui d\u2019unicit\u00e9. L\u2019authenticit\u00e9 comme valeur de tradition nous renvoie \u00e0 la \u00ab\u00a0continuit\u00e9 du lien entre l\u2019objet en question et son origine\u00a0: continuit\u00e9 substantielle, stylistique, tra\u00e7abilit\u00e9\u00a0\u00bb (Heinrich 239). C\u2019est l\u00e0 son premier sens, tr\u00e8s pr\u00e9sent dans l\u2019encadrement discursif des collections, comme dans les films r\u00e9alis\u00e9s pour comm\u00e9morer l\u2019institution et ses productions pass\u00e9es. Le \u00ab\u00a0Depuis 1939\u00a0\u00bb de la citation ci-haut, vient bien marquer cette int\u00e9grit\u00e9 du lien avec l\u2019origine. Concept commode parce vague, on retrouve la notion d\u2019authenticit\u00e9 et sa forme adverbiale, <em>plac\u00e9es<\/em> partout, par une main invisible\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px; text-align: justify;\">L\u2019influence de Grierson sur le d\u00e9veloppement ult\u00e9rieur de l\u2019ONF est consid\u00e9rable. Le mandat qu\u2019il avait \u00e9labor\u00e9 pour l\u2019organisme d\u00e8s juin 1938, soit de faire conna\u00eetre le Canada aux Canadiens est encore pertinent aujourd\u2019hui. La mission \u00e9ducative de l\u2019ONF se poursuit toujours et la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019offrir un point de vue authentiquement canadien reste au c\u0153ur de la production actuelle. (<em>61 portraits vivants<\/em>, sur le site de l\u2019ONF)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le plus r\u00e9cent plan strat\u00e9gique (2013-2018) qui en use \u00e0 profusion, en propose une d\u00e9finition sommaire mais pr\u00e9cieuse en ce qu\u2019elle est la seule que nous ayons pu trouver dans notre parcours de la litt\u00e9rature institutionnelle\u00a0: \u00ab\u00a0Pour le producteur public qu\u2019est l\u2019ONF, l\u2019authenticit\u00e9 signifie que ses productions doivent avoir un sens et refl\u00e9ter les multiples textures de la r\u00e9alit\u00e9 sociale canadienne\u00a0\u00bb (8). Nous comprenons ici que l\u2019authenticit\u00e9 signifie que pour avoir un sens, ou encore <em>faire sens<\/em>, ses productions doivent refl\u00e9ter la diversit\u00e9 canadienne. Authenticit\u00e9 et diversit\u00e9 sont les deux termes qui reviennent le plus fr\u00e9quemment dans le dernier plan strat\u00e9gique.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px; text-align: justify;\">Le patrimoine est un discours, \u00e9crit Di M\u00e9o, il participe d\u2019un principe narratif (il a donc besoin de narrateurs) qui raconte les mythes originels, qui d\u00e9crit les \u00e9pop\u00e9es fondatrices et les grands moments historiques d\u2019un groupe ou d\u2019un territoire. Il conf\u00e8re \u00e0 toute r\u00e9alit\u00e9 sociale une consistance temporelle (dur\u00e9e) et spatiale. Il l\u2019invite \u00e0 se projeter vers l\u2019avenir, \u00e0 formuler un projet collectif. (Di M\u00e9o 18)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le tout r\u00e9cent<em> Propagande t\u00e9m\u00e9raire<\/em> (2013), v\u00e9ritable hymne \u00e0 la grandeur de l\u2019institution et du pays qui l\u2019a vu na\u00eetre, son r\u00e9alisateur, Robert Lower, propose un retour aux origines en se concentrant sur \u00ab\u00a0l\u2019effort de propagande le plus important de notre histoire\u00a0\u00bb, lit-on dans le r\u00e9sum\u00e9. Une voix off omnipr\u00e9sente assure l\u2019administration de l\u2019authenticit\u00e9 \u00e0 telle point que le spectateur se demande si le titre ne s\u2019adresse pas au projet du film lui-m\u00eame, \u00e0 sa teneur fortement nationaliste, plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 son contenu historique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le deuxi\u00e8me sens v\u00e9hicul\u00e9 par la valeur d\u2019authenticit\u00e9 est dans l\u2019id\u00e9e d\u2019unicit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px; text-align: justify;\">L\u2019ONF a un r\u00f4le unique : fournir du contenu canadien innovateur et audacieux qui ne verrait pas le jour sans lui. C\u2019est que, dans un march\u00e9 o\u00f9 la concurrence et les pressions sont de plus en plus vives, un march\u00e9 o\u00f9 la r\u00e9volution num\u00e9rique entra\u00eene rapidement des incidences destructives, le secteur priv\u00e9 est incapable de prendre les risques artistiques, financiers et technologiques n\u00e9cessaires pour que le Canada demeure \u00e0 l\u2019avant-sc\u00e8ne de l\u2019industrie culturelle. (Site institutionnel de l\u2019ONF \u00ab\u00a0\u00c0 propos\u00a0\u00bb)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si dans les ann\u00e9es quarante et jusqu\u2019aux ann\u00e9es soixante-dix l\u2019institution pouvait accomplir sa mission sans se soucier de la concurrence, elle devra progressivement tenir compte de cette r\u00e9alit\u00e9\u2014ce qu\u2019elle fera \u00e0 partir de la d\u00e9cennie quatre-vingt par des partenariats avec le priv\u00e9\u2014tout en s\u2019en <em>distinguant. <\/em>La chose n\u2019est cependant plus aussi \u00e9vidente que par le pass\u00e9. Mais qu\u2019\u00e0 cela ne tienne\u00a0: l\u2019authenticit\u00e9 est inh\u00e9rente et irr\u00e9futable, elle r\u00e9side dans la proposition de valeur unique qu\u2019offre <em>encore<\/em> l\u2019ONF \u00e0 la population canadienne. La valeur patrimoniale de l\u2019authenticit\u00e9 joue donc ici comme une valeur ajout\u00e9e pour l\u2019institution elle-m\u00eame et permet de la distinguer de d\u2019autres entreprises de production et de distribution audiovisuelles qui n\u2019ont pas derri\u00e8re elles une histoire aussi imposante que celle de l\u2019ONF. \u00ab\u00a0\u00c0 la diff\u00e9rence de ces nouvelles cultures de masse v\u00e9hicul\u00e9es par les <em>mass media <\/em>et les industries culturelles, le patrimoine instaure une mystique de l\u2019unique et de l\u2019authentique : il n\u2019y a qu\u2019une abbaye de la Sauve-Majeure, qu\u2019une citadelle de Blaye\u00a0!\u00a0\u00bb (Di M\u00e9o 10). Avec son histoire, son savoir-faire, son ancrage culturel av\u00e9r\u00e9, bref, son authenticit\u00e9 et son unicit\u00e9, l\u2019ONF s\u2019expose m\u00eame au mus\u00e9e.<a id=\"_ednref4\" href=\"#_edn4\">[4]<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On remarque enfin que la rh\u00e9torique de l\u2019authenticit\u00e9 se conjugue souvent \u00e0 celle de diversit\u00e9, rapprochant le discours de mise en valeur de celui de la promotion touristique. \u00ab\u00a0Comme le terme authenticit\u00e9, le terme de diversit\u00e9 (le substantif autant que l\u2019adjectif) est en usage dans le discours promotionnel, pour assurer le voyageur d\u2019une vari\u00e9t\u00e9s de paysages [\u2026]\u00a0\u00bb (Cornu 26-27). C\u2019est donc dire que si la diversit\u00e9 et l\u2019authenticit\u00e9 participent d\u2019un discours socio-politique qu\u2019il faut promouvoir, ce dernier est aussi un discours promotionnel\u00a0: celui d\u2019une offre diversifi\u00e9e sur l\u2019authenticit\u00e9 canadienne. \u00ab\u00a0Ses \u0153uvres offrent un acc\u00e8s privil\u00e9gi\u00e9 \u00e0 la diversit\u00e9 de notre culture et constituent un \u00e9l\u00e9ment important du patrimoine culturel du Canada\u00a0\u00bb peut-on lire sur le site institutionnel (onglet \u00ab\u00a0Accueil\u00a0\u00bb). Si le caract\u00e8re unique et <em>\u00e0 pr\u00e9server<\/em> de l\u2019ONF est dans sa relative ind\u00e9pendance \u00e0 l\u2019\u00e9gard des r\u00e8gles de l\u2019industrie des mass m\u00e9dias, les traits du discours qui sous-tendent son action patrimoniale ne s\u2019en rapproche pas moins de ceux de la logique du march\u00e9.<\/p>\n<h3><strong>La c\u00e9l\u00e9bration par le film\u00a0 <\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span class=\"cb-dropcap-small\">L<\/span>a c\u00e9l\u00e9bration est sans conteste le registre privil\u00e9gi\u00e9 de toute patrimonialisation et sur ONF.ca on s\u2019adonne avec ferveur \u00e0 cette pratique caract\u00e9ristique de notre \u00e9poque. <em>On court apr\u00e8s les dates<\/em>, pour reprendre l\u2019expression \u00e0 Pierre Nora dans \u00ab\u00a0L\u2019\u00e8re de la comm\u00e9moration\u00a0\u00bb. Mais ce qui se c\u00e9l\u00e8bre sur ONF.ca, est-ce le Canada ou bien l\u2019ONF\u00a0? Le Canada et son patrimoine \u00e0 travers l\u2019ONF, ou bien l\u2019ONF en tant que patrimoine canadien\u00a0? On aura tendance \u00e0 r\u00e9pondre\u00a0: les deux. Car il convient de ne pas perdre de vue que nous sommes en pr\u00e9sence d\u2019une <em>politique d\u2019\u00e9tat<\/em> \u00e0 la culture. L\u2019ONF est une institution \u00e9tatique qui cherche encore, en phase avec le projet moderne des \u00c9tats-nations, \u00e0 structurer le lien social et \u00e0 construire des identit\u00e9s. \u00ab\u00a0Culturellement diversifi\u00e9, favorisant la coh\u00e9sion sociale\u00a0\u00bb, peut-on lire un peu partout sur les deux sites au chapitre des \u00ab\u00a0valeurs fondamentales\u00a0\u00bb. Mandat f\u00e9d\u00e9ral oblige, l\u2019ONF se doit de promouvoir, en m\u00eame temps que les films de son Fonds, des valeurs nationales. L\u2019action patrimoniale ne doit donc pas n\u00e9gliger les grands moments de l\u2019histoire du pays. On va c\u00e9l\u00e9brer le bicentenaire de la guerre de 1812, honorer un r\u00e9giment des Forces arm\u00e9es canadiennes (avec <em>Je me souviens\u00a0: 100 ans du Royal 22e r\u00e9giment<\/em>), d\u00e9couvrir une s\u00e9lection de \u00ab\u00a0Sept films pour la Semaine de l\u2019histoire du Canada\u00a0\u00bb, et bien d\u2019autres initiatives encore, qui viendront ponctuer le calendrier national et multiculturel du pays. \u00c0 ces grands moments de l\u2019histoire canadienne vont s\u2019adjoindre les grands moments de l\u2019histoire on\u00e9fienne, de plus en plus valoris\u00e9s depuis une quinzaine d\u2019ann\u00e9es. Le film <em>Propagande t\u00e9m\u00e9raire<\/em>, d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9, est exemplaire d\u2019un m\u00e9lange des valeurs canadiennes et on\u00e9fiennes, nationales et patrimoniales. C\u00e9l\u00e9brer l\u2019histoire de l\u2019ONF, et non pas seulement celle du Canada, a l\u2019avantage d\u2019\u00e9largir l\u2019\u00e9ventail des dates d\u2019anniversaire\u00a0: \u00ab\u00a0Le chat dans le sac a 50 ans\u00a0\u00bb \/ \u00ab\u00a0En souvenir de Wolf Koening (1927-2014)\u00a0\u00bb \/\u00a0\u00ab\u00a0Le 100e anniversaire de McLaren.\u00a0\u00bb Le \u00ab\u00a0Patrimoine audiovisuel Inuit\u00a0\u00bb, un des plus r\u00e9cents grands projets de num\u00e9risation de l\u2019Office, sera pr\u00e9sent\u00e9 comme une \u00ab\u00a0c\u00e9l\u00e9bration de soixante-dix ans d\u2019histoire et de tradition du peuple inuit\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0un tr\u00e9sor inestimable pour les g\u00e9n\u00e9rations futures\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0l\u2019ensemble des canadiens [\u2026] se doivent de partager et de c\u00e9l\u00e9brer ce patrimoine\u00a0\u00bb. Le 75<sup>e<\/sup> anniversaire de l\u2019institution en 2014 a vu les c\u00e9l\u00e9brations se multiplier et se succ\u00e9der pendant toute l\u2019ann\u00e9e\u00a0: un petit film anniversaire d\u2019une minute intitul\u00e9 <em>75 ans de gens qui se d\u00e9placent<\/em>. <em>L\u2019avenir fait partie de notre histoire<\/em>, une <em>S\u00e9lection de films oscaris\u00e9s<\/em>, un jeu interactif sur des <em>Questions quiz \u00e0 propos des 75 ans de l\u2019ONF<\/em>, et enfin, une infographie intitul\u00e9e <em>Les moments marquants de l\u2019ONF<\/em>, pr\u00e9sent\u00e9e comme suit\u00a0: \u00ab\u00a0Le 2 mai dernier, l\u2019ONF c\u00e9l\u00e9brait son 75e anniversaire. Afin de souligner l\u2019importance de l\u2019institution canadienne dans l\u2019histoire du cin\u00e9ma, nous vous avons concoct\u00e9 une infographie amusante r\u00e9unissant les grandes \u00e9tapes et les moments marquants de son existence. Jetez-y un coup d\u2019\u0153il et partagez-la\u00a0!\u00a0\u00bb (Perreault \u00ab\u00a0Infographie\u00a0\u00bb). De la fondation par John Grierson en 1939 comme point de d\u00e9part jusqu\u2019au lancement d\u2019ONF.ca en 2009 comme point d\u2019arriv\u00e9e, en passant par le premier Oscar, l\u2019\u00c2ge d\u2019or du cin\u00e9ma direct, le \u00ab\u00a0premier film sacr\u00e9 plus grand film canadien de tous les temps\u00a0\u00bb, chaque moment du parcours historique est pr\u00e9sent\u00e9 comme un \u00e9v\u00e9nement, une victoire, ou un honneur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si l\u2019infographie est une forme br\u00e8ve grand public, d\u2019autres initiatives proposent une histoire c\u00e9l\u00e9brative de l\u2019ONF plus d\u00e9ploy\u00e9e, remarquables il faut le souligner quant \u00e0 l\u2019\u00e9tendue de leur savoir sur l\u2019objet. Nous pensons \u00e0 <em>ONF 70 ans<\/em> de Jean-Fran\u00e7ois Pouliot (disponible sur le site de l\u2019ONF), une impressionnante histoire \u00e9v\u00e8nementielle de l\u2019institution, men\u00e9e de fa\u00e7on chronologique, et structur\u00e9e selon des axes th\u00e9matiques\u00a0: L\u2019ONF \/ Les cin\u00e9astes et leurs \u0153uvres \/ Recherches et applications technologiques \/ Diffusion des films. Mentionnons aussi,\u00a0<em>Une histoire du cin\u00e9ma\u00a0: 61 portraits vivants<\/em> de Denys Desjardins et Johanne Robertson, un projet web cr\u00e9e pour les c\u00e9l\u00e9brations du 70<sup>e<\/sup> anniversaire de l\u2019ONF (Onglet \u00ab\u00a0Interaction\u00a0\u00bb). Les \u00ab\u00a061 portraits\u00a0\u00bb sont regroup\u00e9s en 13 cat\u00e9gories th\u00e9matiques combinant des entrevues et des extraits de Classiques de l\u2019ONF. L\u2019encadrement discursif est, l\u00e0 aussi, des plus \u00e9labor\u00e9s. \u00c0 l\u2019onglet \u00ab\u00a0\u00c0 propos\u00a0\u00bb de cette plateforme, on peut lire que l\u2019ONF est une \u00ab\u00a0formidable \u00e9cole de cin\u00e9ma o\u00f9 sera invent\u00e9 un cin\u00e9ma canadien original, \u00e9clat\u00e9 et diversifi\u00e9\u00a0\u00bb. On parle aussi de \u00ab\u00a0fabrique de chefs-d\u2019\u0153uvre\u00a0\u00bb, de la \u00ab\u00a0cr\u00e9ation des fondements d\u2019une tradition cin\u00e9matographique canadienne\u00a0\u00bb, et des \u00ab\u00a0l\u00e9gendaires cr\u00e9ateurs et cr\u00e9atrices [\u2026] qui ont \u00e9crit l\u2019histoire de l\u2019ONF depuis ses d\u00e9buts en 1939 jusqu\u2019au milieu des ann\u00e9es 1960.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Que tout ou presque soit pr\u00e9texte \u00e0 c\u00e9l\u00e9bration sur ONF.ca, on ne s\u2019en \u00e9tonnera pas tant la comm\u00e9moration est aujourd\u2019hui r\u00e9pandue. \u00ab\u00a0C\u2019est le pr\u00e9sent qui cr\u00e9e ses instruments de comm\u00e9moration, \u00e9crit Nora, qui court apr\u00e8s les dates et les figures \u00e0 comm\u00e9morer, qui les ignore ou qui les multiplie [\u2026]\u00a0\u00bb (96). Les th\u00e8ses de Nora autour de l\u2019obsession comm\u00e9morative sont bien connues qui sp\u00e9cifiait que\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px; text-align: justify;\">L\u2019important, ici, n\u2019est cependant pas l\u2019inflation prolif\u00e9rante du ph\u00e9nom\u00e8ne, mais sa transformation interne\u00a0: la subversion et le d\u00e9litement du mod\u00e8le classique de la comm\u00e9moration nationale [\u2026] et son remplacement par un syst\u00e8me \u00e9clat\u00e9, fait de langages comm\u00e9moratifs disparates, qui suppose avec le pass\u00e9 un rapport diff\u00e9rent, plus \u00e9lectif qu\u2019imp\u00e9ratif, ouvert, plastique, vivant, en perp\u00e9tuelle \u00e9laboration. (92)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plus critique que Nora sur le ph\u00e9nom\u00e8ne de cette transformation, Alain Brossat parle de \u00ab\u00a0mobilisation soft et festive\u00a0\u00bb.\u00a0 Il poursuit ainsi: \u00ab\u00a0Dans le registre l\u00e9ger on va s\u2019aviser que le pass\u00e9 est une r\u00e9serve in\u00e9puisable de dates, d\u2019actions, de personnages, de lieux, d\u2019objets (etc.) qui au fond se valent tous en tant qu\u2019ils pr\u00e9sentent une certaine <em>valeur d\u2019anciennet\u00e9<\/em> (A. Riegl) et sont donc <em>comm\u00e9morables<\/em> \u00bb (97-98).<\/p>\n<h3><strong>La valeur artistique\u00a0: une valeur proscrite pour le documentaire<\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span class=\"cb-dropcap-small\">O<\/span>n a d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9 le \u00ab\u00a0r\u00e9gime de communaut\u00e9\u00a0\u00bb des objets du patrimoine, reprenant \u00e0 Heinich cette caract\u00e9risation. Ce r\u00e9gime s\u2019oppose au \u00ab\u00a0r\u00e9gime de singularit\u00e9\u00a0\u00bb qui, toujours selon l\u2019auteur \u00ab\u00a0valorise l\u2019objet en tant qu\u2019il est hors du commun, exceptionnel, atypique\u00a0\u00bb (194). Le film comme <em>typicum<\/em> ou <em>unicum<\/em> est donc un choix administratif qui prend position sur la modalit\u00e9 de mise en valeur que l\u2019on veut privil\u00e9gier. Ce que mettrait de l\u2019avant des crit\u00e8res qui rel\u00e8veraient de la valeur esth\u00e9tique et du registre de l\u2019\u00e9valuation artistique, ce serait pr\u00e9cis\u00e9ment les <em>unicums,<\/em> les films singuliers qui, bien souvent, ont op\u00e9r\u00e9 une forme de d\u00e9prise en regard des normes de composition en vigueur comme en regard des convenances politiques du moment. Or, on serait bien en peine de trouver des consid\u00e9rations d\u2019ordre artistique sur ONF.ca. On pourrait m\u00eame en conclure \u00e0 une valeur non reconnue (la valeur esth\u00e9tique) et \u00e0 un registre proscrit (celui de l\u2019\u00e9valuation artistique). Une des seules occurrences que nous ayons trouv\u00e9e d\u2019une mise en avant et d\u2019une justification du crit\u00e8re esth\u00e9tique se retrouve dans la S\u00e9lection \u00ab\u00a0Identit\u00e9s et Territoires\u00a0\u00bb, pr\u00e9sent\u00e9e comme suit\u00a0: \u00ab\u00a0Bien que r\u00e9unis sous le m\u00eame th\u00e8me, les films ont ultimement \u00e9t\u00e9 choisis pour leur int\u00e9r\u00eat cin\u00e9matographique. [\u2026] De plus cette s\u00e9lection qui vise \u00e0 rendre accessible certaines \u0153uvres peu connues, parfois quasiment oubli\u00e9es et constituant pourtant des joyaux du patrimoine cin\u00e9matographiques canadien\u00a0\u00bb (dans \u00ab\u00a0s\u00e9lections d\u2019invit\u00e9\u00a0: Nicolas Renaud\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est donc rarement question, s\u2019agissant d\u2019une \u0153uvre documentaire, de mettre de l\u2019avant son \u00ab\u00a0int\u00e9r\u00eat cin\u00e9matographique\u00a0\u00bb, comme si tout ce qui relevait du travail du m\u00e9dium, ou encore d\u2019audace formelle, \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9 au genre de l\u2019animation. La raison de cette marginalisation tiendrait-elle au fait que ce crit\u00e8re est associ\u00e9, plus souvent qu\u2019autrement, au registre <em>auteurial<\/em> et que, contrairement \u00e0 l\u2019animation, le documentaire \u00e0 l\u2019ONF n\u2019est pas consid\u00e9r\u00e9 comme un cin\u00e9ma d\u2019auteur\u00a0? C\u2019est du moins ce que laisse entendre un des \u00e9nonc\u00e9s promotionnels de l\u2019Office\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 titre de producteur et distributeur public du Canada, l\u2019ONF cr\u00e9e des \u0153uvres interactives, des documentaires \u00e0 caract\u00e8re social, des animations d\u2019auteur et des fictions alternatives qui pr\u00e9sentent au monde un point de vue authentiquement canadien\u00a0\u00bb (Site institutionnel de l\u2019ONF, onglet \u00ab\u00a0\u00c0 propos\u00a0\u00bb). Un coup d\u2019\u0153il sur la S\u00e9lection \u00ab\u00a0Les inclassables\u00a0\u00bb pourrait venir confirmer notre hypoth\u00e8se. Ces \u00ab\u00a0Films exp\u00e9rimentaux, films fous, films forts\u00a0\u00bb, formule qui pr\u00e9sente la s\u00e9lection, sont en grande majorit\u00e9 des animations (cha\u00eenes\u00a0: les inclassables).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On trouve un constat similaire dans l\u2019\u00e9tude que propose Treleani du site INA.fr. Ce dernier avance que \u00ab\u00a0si on consid\u00e8re la valeur d\u2019un document audiovisuel stratifi\u00e9 sur plusieurs couches (la valeur historique, th\u00e9matique, audiovisuelle), on remarque que l\u2019on a tendance \u00e0 op\u00e9rer une mise en valeur th\u00e9matique plut\u00f4t qu\u2019audiovisuelle (soit en terme formel de montage, d\u2019effets sonores, de mise en sc\u00e8ne, de relation entre voix et image)\u00a0\u00bb (131). Mentionnons toutefois que dans <em>61 portraits vivants<\/em>, des axes audiovisuels (\u00ab\u00a0Montage et Effet sonore\u00a0\u00bb), ainsi que des questions esth\u00e9tiques (\u00ab\u00a0L\u2019art du montage\u00a0\u00bb \/ \u00ab\u00a0Effets sonores\u00a0\u00bb) c\u00f4toient les autres th\u00e8mes, et contribuera sans doute, du moins l\u2019esp\u00e9rons-nous, \u00e0 renverser la tendance d\u2019un primat de la valeur d\u2019un contenu sur celui de l\u2019expression, si bien ancr\u00e9 dans la philosophie de l\u2019ONF.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019impression parfois que la mise en valeur rate ce que les films pourraient offrir de plus pertinent, pour reprendre le vocabulaire maison, qu\u2019elle demeure trop en dessous de leur potentiel de signification (de leur significabilit\u00e9 et interpr\u00e9tabilit\u00e9 dirait Heinich), concerne donc souvent ce qu\u2019il faut bien appeler l\u2019invention po\u00e9tique. Quand la repr\u00e9sentation ne r\u00e9pond plus de mani\u00e8re transitive \u00e0 son contenu, mais revient sur elle-m\u00eame, exhibe ses signes en tant que signes, questionne son propre fonctionnement, un trouble formel et po\u00e9tique est \u00e0 l\u2019\u0153uvre. Or, ce dernier ne semble pouvoir concerner que le genre de l\u2019animation, comme si la grande tradition documentaire n\u2019avait jamais pu\u2014ou voulu\u2014y acc\u00e9der.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>M\u00e9moire patrimoniale et m\u00e9moires filmiques\u00a0: la question de l\u2019\u00e9cart<\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span class=\"cb-dropcap-small\">A<\/span>fin de se donner les moyens d\u2019appr\u00e9cier comment les discours et interpr\u00e9tations de l\u2019encadrement discursif rencontrent ou non ce qui se joue dans les films, on distinguera la m\u00e9moire patrimoniale de la m\u00e9moire cin\u00e9matographi\u00e9e (filmique). Que la premi\u00e8re se constitue \u00e0 partir de la deuxi\u00e8me n\u2019implique nullement qu\u2019elle en soit un reflet fid\u00e8le. La question est bien plut\u00f4t celle de leur articulation. C\u2019est l\u00e0 un des enjeux du patrimoine, \u00e9crit L\u00e9niaud, pour qui la question du patrimoine se cristallise dans la dialectique m\u00e9moires particuli\u00e8res \/ m\u00e9moires patrimoniales. La m\u00e9moire cin\u00e9matographi\u00e9e est \u00e0 chaque fois une m\u00e9moire vive, port\u00e9e par des individus et m\u00e9diatis\u00e9e par un appareillage technique. Les notions de \u00ab\u00a0trace\u00a0\u00bb, de \u00ab\u00a0poids du pass\u00e9\u00a0\u00bb et de processus subjectif de rem\u00e9moration permettent d\u2019en circonscrire la manifestation <em>dans<\/em> et <em>par<\/em> le film. La m\u00e9moire patrimoniale est dict\u00e9e par l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral et, en tant qu\u2019unificateur du corps social, renvoie \u00e0 des attendus diff\u00e9rents de ceux de la m\u00e9moire (des films) cin\u00e9matographi\u00e9e. Elle op\u00e8re dans les m\u00e9moires particuli\u00e8res cin\u00e9matographi\u00e9es selon un processus de discrimination qui fait que l\u2019on mettra cette fois davantage l\u2019accent sur les notions de \u00ab\u00a0choix du pass\u00e9\u00a0\u00bb et, comme on l\u2019a vu plus haut, sur le processus social de comm\u00e9moration, qui est le registre pr\u00e9dominant sur ONF.ca (Lavabre 46).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La notion de \u00ab\u00a0choix du pass\u00e9\u00a0\u00bb pour cerner les contours de la m\u00e9moire patrimoniale pourrait \u00eatre envisag\u00e9e \u00e0 partir de ce qui constitue le ma\u00eetre-mot du site\u00a0: la diversit\u00e9. On trouve des formulations autour de ce terme, mais aussi de son qualificatif \u00ab\u00a0divers\u00a0\u00bb un peu partout dans les nombreuses sections et sous-sections du site institutionnel et grand public de l\u2019organisme. La notori\u00e9t\u00e9 de cette notion de diversit\u00e9 culturelle\u2014venue supplanter celle de multiculturalisme\u2014lui vient de l\u2019approbation, en 2001, de la D\u00e9claration universelle sur la diversit\u00e9 culturelle de l\u2019Organisation des Nations Unies pour l\u2019\u00e9ducation, la science et la culture. Pour le Canada, cette notion aura l\u2019avantage d\u2019\u00eatre plus neutre et consensuelle que celle de multiculturalisme, dont la promulgation en 1971, touchera tr\u00e8s rapidement l\u2019ONF. En tant qu\u2019agence f\u00e9d\u00e9rale au service du gouvernement, l\u2019Office sera invit\u00e9 \u00e0 agir dans le sens de cette action du gouvernement f\u00e9d\u00e9ral et, \u00e0 partir de la fin des ann\u00e9es soixante-dix, de nombreux programmes seront mis en place afin de servir la diversit\u00e9 culturelle canadienne. Sous forme de concours, d\u2019ateliers de perfectionnement professionnel, de mentorat, on donnera la possibilit\u00e9 aux minorit\u00e9s culturelles canadiennes de faire l\u2019apprentissage des m\u00e9dias afin de mettre en \u00e9vidence le souci du gouvernement canadien \u00e0 la composante multiculturelle de son territoire, une multiculturalit\u00e9 qu\u2019il entend valoriser \u00e0 la fois \u00ab\u00a0devant et derri\u00e8re la cam\u00e9ra\u00a0\u00bb (Site institutionnel de l\u2019ONF, \u00ab\u00a0Diversit\u00e9 culturelle et points de vue autochtone\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s le d\u00e9but de la d\u00e9cennie quatre-vingt, cette mani\u00e8re de repr\u00e9senter m\u00e9diatiquement l\u2019espace public est devenue pr\u00e9dominante, espace public dans lequel les th\u00e8mes reli\u00e9s \u00e0 la diversit\u00e9 culturelle avec son id\u00e9al de repr\u00e9sentativit\u00e9 et de r\u00e9partition de la communaut\u00e9, seront fortement encourag\u00e9s : films sur des communaut\u00e9s culturelles, mouvements des femmes, des homosexuels ; reconnaissance des droits des handicap\u00e9s, des personnes \u00e2g\u00e9es, etc. En offrant un espace m\u00e9diatique \u00e0 la politique multiculturelle du Canada, l\u2019ONF va ainsi contribuer, par le film, \u00e0 promouvoir une \u00ab\u00a0politique de la reconnaissance\u00a0\u00bb (Charles Taylor), ou encore une \u00ab\u00a0citoyennet\u00e9 multiculturelle\u00a0\u00bb (Will Kymlicka), pour reprendre le vocabulaire des deux penseurs lib\u00e9raux canadiens les plus renomm\u00e9es de cette vision de la soci\u00e9t\u00e9 canadienne. L\u2019usager qui clique sur la s\u00e9lection th\u00e9matique intitul\u00e9e \u00ab\u00a0La diversit\u00e9 culturelle\u00a0: un regard en quatre temps\u00a0\u00bb apprend que depuis les d\u00e9cennies quatre-vingt-dix et deux mille, toutes les \u00ab\u00a0communaut\u00e9s ethnoculturelles\u00a0\u00bb qui composent la soci\u00e9t\u00e9 canadienne sont repr\u00e9sent\u00e9es, voire se repr\u00e9sentent elles-m\u00eames. La boucle semble boucl\u00e9e et la production avoir atteint son id\u00e9al de repr\u00e9sentativit\u00e9. Mais on pourrait tout aussi bien parler ici\u2014et le terme serait sans conteste plus ad\u00e9quat\u2014d\u2019id\u00e9al d\u2019authenticit\u00e9, compris cette fois dans le sens \u00e9valuatif de poursuite d\u2019une expressivit\u00e9 particuli\u00e8re, une authenticit\u00e9 dans le rapport \u00e0 soi, qui est souvent celui de sa propre identit\u00e9, soit culturelle, sexuelle, etc. Cette \u00ab\u00a0politique de la reconnaissance\u00a0\u00bb constitue sans conteste l\u2019id\u00e9al d\u2019une repr\u00e9sentation authentique, pierre de touche de toute patrimonialisation. C\u2019est donc autour de cette \u00ab\u00a0vision identitaire de la politique\u00a0\u00bb canadienne que va s\u2019ordonner la m\u00e9moire patrimoniale, une \u00ab\u00a0vision de la politique comme affaire de groupes pourvus de leurs identit\u00e9s\u00a0\u00bb ethnique, culturelle, sexuelle, religieuse, handicap\u00e9e (Ranci\u00e8re 2009).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, il fut un temps o\u00f9 les films de l\u2019ONF se consacraient \u00e0 autre chose qu\u2019\u00e0 c\u00e9l\u00e9brer la diversit\u00e9 culturelle, o\u00f9 la vision de la soci\u00e9t\u00e9 qu\u2019ils proposaient\u2014et autant que celle-ci leur proposait\u2014n\u2019\u00e9tait pas celle d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 multiculturelle. Les enjeux sociaux et politiques\u2014de m\u00eame que les discours qui en \u00e9manaient\u2014\u00e9taient bien plut\u00f4t ceux de l\u2019autogestion, de l\u2019organisation du travail, de l\u2019habitat populaire, de la r\u00e9partition des richesses, du fonctionnement des tribunaux, etc.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px; text-align: justify;\">\u00c0 certaines \u00e9poques, \u00e9crit Alain Brossat, c\u2019est la politique qui constitue le champ d\u2019attraction majeur et qui \u00ab\u00a0capte\u00a0\u00bb les ph\u00e9nom\u00e8nes et les d\u00e9bats culturels. C\u2019est le cas des dans les ann\u00e9es 1960-1970 [\u2026]. On assiste aujourd\u2019hui, et d\u2019une mani\u00e8re tout \u00e0 fait croissante, \u00e0 l\u2019effet inverse\u00a0: ce sont les manifestations politiques qui voient leurs espaces propres toujours davantage rogn\u00e9s par l\u2019expansion des dispositifs culturels. (139-140)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce champ d\u2019attraction reli\u00e9 aux th\u00e8mes de la diversit\u00e9 culturelle<a id=\"_ednref5\" href=\"#_edn5\">[5]<\/a> aura comme principale cons\u00e9quence de laisser dans l\u2019ombre moins des films ou une \u00e9poque pass\u00e9e, que la singularit\u00e9 historique\u2014ou encore l\u2019historicit\u00e9\u2014\u00e0 laquelle ces derniers renvoient et qui les d\u00e9termine. En d\u2019autres termes, ce qui manque sur ONF.ca, ce ne sont pas des productions qui nous racontent l<em>\u2019histoire<\/em> de l\u2019ONF\u2014on a vu qu\u2019elles \u00e9taient de plus en plus nombreuses\u2014mais des points de vue sur les films qui tiennent davantage compte de leur <em>historicit\u00e9<\/em>. Or ce qui est historique est tout autant de l\u2019ordre d\u2019un vocabulaire que de pratiques concr\u00e8tes, touche aux formes disponibles (comme aux limites) de la dicibilit\u00e9 d\u2019une \u00e9poque. Il semble en effet qu\u2019on \u00e9prouve quelques difficult\u00e9s \u00e0 rejoindre, par le discours, ce qui s\u2019est jou\u00e9 dans un grand nombre de films de ces d\u00e9cennies, comme si le vocabulaire n\u2019\u00e9tait plus disponible, avait disparu, ou encore avait \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9 par un autre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019histoire de l\u2019ONF, la volont\u00e9 de rendre lisibles (visibles et audibles) les rapports de domination, les antagonismes sociaux-\u00e9conomiques, les rouages de l\u2019exploitation, constitue le sujet d\u2019un grand nombre de films des d\u00e9cennies soixante et soixante-dix. Ce qui s\u2019affirme dans la dimension socio-\u00e9conomique, ce sont des diff\u00e9rences (de classes) engendr\u00e9es par un syst\u00e8me \u00e9conomique\u2014et qui concernent une bonne partie de la population, toutes identit\u00e9s ou minorit\u00e9s culturelles confondues. Je renvoie le lecteur aux films r\u00e9alis\u00e9s dans le cadre du programme Challenge for Change\/Soci\u00e9t\u00e9 nouvelle (1969-1980). Dans le Plan strat\u00e9gique 2008-2013, l\u2019ONF mentionne fi\u00e8rement ce programme, \u00e9voque en passant sa port\u00e9e \u00ab\u00a0r\u00e9volutionnaire de par sa forme [et] son contenu\u00a0\u00bb mais en r\u00e9sume ainsi l\u2019enjeu principal\u00a0: \u00ab\u00a0sa capacit\u00e9 \u00e0 inciter les communaut\u00e9s au dialogue\u00a0\u00bb (10).<a id=\"_ednref6\" href=\"#_edn6\">[6]<\/a> Une s\u00e9lection des films de ce programme est pr\u00e9sent\u00e9e sur ONF.ca par trois universitaires, Thomas Waugh, Ezra Winton, Michael Baker, co-\u00e9diteurs de l\u2019ouvrage collectif, <em>Challenge for Change\u00a0: Activist Documentary at the National Film Board of Canada<\/em> (2009). Dans la pr\u00e9sentation de cette s\u00e9lection, on lit\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px; text-align: justify;\">L\u2019acc\u00e8s aux \u0153uvres de la v\u00e9n\u00e9rable et controvers\u00e9e s\u00e9rie documentaire de l\u2019ONF, est difficile depuis des d\u00e9cennies. Gr\u00e2ce au lancement du livre <em>Challenge for Change\u00a0: Activist Documentary at the the National Film Board of Canada <\/em>et \u00e0 la s\u00e9lection en ligne sans cesse croissante, nous, les \u00e9diteurs de cet ouvrage, sommes ravis de pr\u00e9senter des \u0153uvres comme <em>The Ballad of Crowfoot<\/em>, <em>The Children of Fogo Island<\/em> et <em>VTR St-Jacques<\/em>, \u00e0 la lumi\u00e8re d\u2019\u00e9crits documentant leurs aspects artistiques et politiques. (dans \u00ab\u00a0s\u00e9lections d\u2019invit\u00e9s\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0Thomas Waugh\u00a0\u00bb)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Six films nous sont pr\u00e9sent\u00e9s mais aucun d\u2019entre eux, comme c\u2019est l\u2019usage sur ONF.ca, n\u2019a fait l\u2019objet de \u00ab\u00a0Films reli\u00e9s\u00a0\u00bb (autres que les six s\u00e9lectionn\u00e9s par les invit\u00e9s). Sur les 250 productions r\u00e9alis\u00e9es sur une dur\u00e9e de treize ans, c\u2019est bien peu. Et pourtant, comme le mentionne le texte de pr\u00e9sentation, il s\u2019agit d\u2019une s\u00e9rie consid\u00e9r\u00e9e unanimement comme \u00e9tant la plus prestigieuse de l\u2019histoire de l\u2019institution, \u00ab\u00a0l\u2019un des tr\u00e9sors du cin\u00e9ma documentaire de l\u2019ONF et du Canada\u00a0\u00bb\u00a0; elle est aussi la plus comment\u00e9e en termes d\u2019articles et d\u2019ouvrages savants. Lorsqu\u2019il aborde les films de ce programme, Jean-Marc Garand, longtemps chef du programme documentaire fran\u00e7ais de l\u2019Office, parle de leur \u00ab\u00a0allure socialiste\u00a0\u00bb, et explique que ces derniers ne se contentaient pas de refl\u00e9ter le changement, mais aussi et surtout, \u00e0 en \u00ab\u00a0catalyser le processus\u00a0\u00bb. Et il ajoute\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px; text-align: justify;\">C\u2019est une p\u00e9riode tr\u00e8s importante parce qu\u2019elle a marqu\u00e9 l\u2019\u00e9volution de notre documentaire, d\u2019une part, et d\u2019autre part, parce qu\u2019elle a permis d\u2019identifier \u00e0 travers le monde la production de l\u2019ONF. Le programme Soci\u00e9t\u00e9 nouvelle s\u2019est fait une r\u00e9putation, les gens en parlent \u00e0 travers le monde. (<em>Les 50 ans de l\u2019ONF<\/em> 48)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On ne peut donc que s\u2019\u00e9tonner du peu de visibilit\u00e9 de cette s\u00e9rie sur la plateforme. Imprudence ou climat d\u2019\u00e9poque, la d\u00e9nomination d\u2019un des programmes les plus <em>controvers\u00e9s<\/em> de l\u2019Office, et ayant produit le plus grand nombre de ses meilleurs documentaires, ne propose\u2014ou n\u2019impose\u2014aucune d\u00e9finition pr\u00e9alable de la mani\u00e8re dont une communaut\u00e9 s\u2019appr\u00e9hende, sur ce qui constituerait son identit\u00e9 commune ou son probl\u00e8me commun. Cette d\u00e9nomination\u2014<em>Soci\u00e9t\u00e9 Nouvelle\/Challenge for Change<\/em>\u2014ouvrait bien plut\u00f4t sur un champ de possibles, non d\u00e9finis \u00e0 l\u2019avance, et dans lequel se sont d\u00e9ploy\u00e9es des exp\u00e9riences collectives filmiques marquantes \u00e0 la fois pour les personnes concern\u00e9es comme pour les spectateurs de l\u2019\u00e9poque et d\u2019aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce que montrent un grand nombre de films r\u00e9alis\u00e9s tout au long des d\u00e9cennies soixante et soixante-dix, c\u2019est qu\u2019\u00e0 une certaine \u00e9poque la lutte la plus fondamentale d\u00e9finissant la politique (ou son absence) \u00e9tait celle entre la \u00ab\u00a0d\u00e9mocratie\u00a0\u00bb et le \u00ab\u00a0capitalisme\u00a0\u00bb. Si l\u2019on prend la peine d\u2019insister sur ce terme par des guillemets, c\u2019est bien parce que son absence est un des traits les plus remarquables de la mise en valeur sur ONF.ca. Un petit d\u00e9tour par le r\u00e9sum\u00e9 propos\u00e9 d\u2019un des films censur\u00e9s par l\u2019Office au d\u00e9but des ann\u00e9es soixante-dix\u2014p\u00e9riode houleuse comme on sait de l\u2019histoire du Qu\u00e9bec et du Canada\u2014illustrera notre propos d\u2019une indiff\u00e9rence persistante \u00e0 l\u2019\u00e9gard des questions li\u00e9es au syst\u00e8me \u00e9conomique sur lequel repose le Canada. La description de <em>24 heures ou plus<\/em>\u2014film consid\u00e9r\u00e9 aujourd\u2019hui comme un Classique par l\u2019institution, va comme suit\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px; text-align: justify;\">Pamphlet cin\u00e9matographique r\u00e9alis\u00e9 par Gilles Groulx \u00e0 un moment de fi\u00e8vre populaire exceptionnelle au Qu\u00e9bec, quelques mois apr\u00e8s le front commun des trois principaux syndicats qu\u00e9b\u00e9cois les plus importants (CSN, FTQ, CEQ) face au gouvernement qu\u00e9b\u00e9cois. \u0152uvre personnelle et militante d\u2019un cin\u00e9aste qu\u00e9b\u00e9cois engag\u00e9, sa philosophie s\u2019oppose \u00e0 la \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9 de consommation\u00a0\u00bb per\u00e7ue comme la supr\u00eame incarnation du mal.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si l\u2019on s\u2019adonne au jeu des antonymes sur un segment de la description qui nous est offert, nous aurions \u00e0 peu pr\u00e8s ceci\u00a0: \u0152uvre impersonnelle et \u00e9tatique d\u2019un cin\u00e9aste objectif. Une s\u00e9rie de d\u00e9placements\u2014du social vers le personnel, d\u2019une id\u00e9ologie vers une philosophie, du capitalisme vers la soci\u00e9t\u00e9 de consommation\u2014vient sugg\u00e9rer que le film serait davantage tributaire d\u2019une philosophie personnelle de la soci\u00e9t\u00e9 de consommation que d\u2019une critique sociale de l\u2019id\u00e9ologie capitaliste. Que la censure du film\u2014qui n\u2019est bien s\u00fbr pas mentionn\u00e9e ici\u2014se poursuive dans sa description\u2014et peu importe ici les (bonnes) intentions du r\u00e9dacteur\u2014est r\u00e9v\u00e9lateur de ce qui demeure difficile \u00e0 encadrer discursivement quand on est en pr\u00e9sence d\u2019un film comme celui-ci, dont les pr\u00e9occupations se sont tellement \u00e9loign\u00e9es de celles de notre pr\u00e9sent, ou plut\u00f4t, que ce dernier aurait tellement \u00e9loign\u00e9es de lui-m\u00eame. On touche ici aux proc\u00e9dures d\u2019identification et de nomination des objets du patrimoine qui d\u00e9terminent ce que Heinich appelle leur \u00ab\u00a0significabilit\u00e9\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0interpr\u00e9tabilit\u00e9\u00a0\u00bb. En parlant des films avec le vocabulaire du pr\u00e9sent et son id\u00e9ologie ambiante, l\u2019action patrimoniale op\u00e8re, souvent bien malgr\u00e9 elle, un recodage culturel des questions politiques port\u00e9es par les films. Dans ce registre herm\u00e9neutique fortement culturalisant, le sens historique des films passe trop souvent \u00e0 la trappe. L\u2019\u00e9cart est <em>anachronique<\/em> dans la mesure o\u00f9 les temps se confondent et, par le fait m\u00eame, les id\u00e9ologies ou sensibilit\u00e9s d\u2019\u00e9poque. Si l\u2019on ne peut toujours \u00e9viter de parler du pass\u00e9 avec le vocabulaire de son temps, on peut regretter que la mise en valeur des films anciens occulte trop souvent leur sens historique\u2014que ce dernier loge dans la forme de leur expression comme dans celle de leur contenu\u2014affaiblissant par l\u00e0, comme c\u2019est le cas avec les films de Gilles Groulx, l\u2019\u00e9nergie critique et \u00e9mancipatrice qui les traverse. L\u2019activation de la valeur historique pose des questions cruciales \u00e0 la r\u00e9ception patrimoniale documentaire, comme par exemple celle du jeu entre coupure et continuit\u00e9\u00a0: insiste-t-on sur la coupure entre nous au pr\u00e9sent et eux dans le pass\u00e9, ou bien sur une continuit\u00e9\u00a0? On l\u2019a souvent relev\u00e9\u00a0: le discours patrimonial actuel dilue les ruptures temporelles s\u00e9parant les \u00e9poques historiques (voir le texte de James Cisneros dans le pr\u00e9sent num\u00e9ro). La perspective temporelle patrimoniale la plus r\u00e9pandue est d\u2019\u00e9tablir une continuit\u00e9. Il s\u2019agit d\u2019aller chercher l\u2019objet dans le pass\u00e9 (m\u00eame tr\u00e8s r\u00e9cent) pour l\u2019installer dans le pr\u00e9sent et \u00e9tablir une continuit\u00e9 entre les deux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On peut se demander ce qu\u2019il y a aurait de si p\u00e9rilleux aujourd\u2019hui \u00e0 prendre davantage en compte les questions politiques et \u00e9conomiques dont sont pourtant porteurs un grand nombre de films des d\u00e9cennies soixante et soixante-dix. Il est vrai qu\u2019elles touchent plus souvent qu\u2019autrement \u00e0 des \u00e9l\u00e9ments de vuln\u00e9rabilit\u00e9 de l\u2019identit\u00e9 canadienne et qu\u2019une des tendances actuelles de l\u2019action patrimoniale est d\u2019assurer la \u00ab\u00a0recollection d\u2019une identit\u00e9 menac\u00e9e\u00a0\u00bb (Choay 182). \u00c0 cet \u00e9gard, on remarque que les probl\u00e8mes des Autochtones du Canada, qui refont surface r\u00e9guli\u00e8rement dans l\u2019actualit\u00e9 politique canadienne, ne donnent pas vraiment l\u2019occasion d\u2019actualiser des documentaires anciens sur la question. Sans doute parce qu\u2019un tel geste donnerait l\u2019impression que la cause autochtone n\u2019avance pas, qu\u2019elle demeure une question non r\u00e9gl\u00e9e, malgr\u00e9 les bienveillantes politiques du film \u00e0 l\u2019\u00e9gard de cette portion \u00e0 part de la population multiculturelle canadienne. On pourrait parler, \u00e0 cet \u00e9gard, d\u2019occasions manqu\u00e9es, ou prudemment contourn\u00e9es, d\u2019actualisation. Tout en demeurant plus acceptables que la critique de son syst\u00e8me \u00e9conomique, les litiges r\u00e9p\u00e9t\u00e9s entourant les revendications politico-constitutionnelles des peuples canadiens, et plus particuli\u00e8rement celles \u00e9manant des peuples autochtones, font l\u2019objet d\u2019un grand nombre de films r\u00e9alis\u00e9s par des Blancs ou des Autochtones. Point sensible de l\u2019identit\u00e9 \u00e9tatique canadienne, la m\u00e9moire filmique autochtone a donn\u00e9 lieu \u00e0 un travail minutieux de s\u00e9lection et de mise en valeur (voir le texte consacr\u00e9 au site Visions autochtones dans ce num\u00e9ro). Et pourtant, les films sont nombreux qui montrent un <em>peuple qui manque<\/em> m\u00eame s\u2019il est bien visible et qu\u2019on encourage cette visibilit\u00e9 par la patrimonialisation. Ces derniers viendraient plut\u00f4t d\u00e9montrer qu\u2019un peuple politique n\u2019est pas exactement la m\u00eame chose que la somme d\u2019une population, mais une \u00ab\u00a0forme de symbolisation toujours litigieuse\u00a0\u00bb (Ranci\u00e8re 2004, 152-153). En r\u00e9activant les enjeux politiques \u00e0 propos de questions non r\u00e9gl\u00e9es, d\u2019injustices non r\u00e9par\u00e9es, ce que nous pouvons voir dans un grand nombre de ces films est bien le principe de continuit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat en mati\u00e8re d\u2019oppression historique. \u00ab\u00a0Toute politique, sugg\u00e8re encore Ranci\u00e8re, cr\u00e9e une autre sc\u00e8ne que celle du d\u00e9coupage gouvernemental des r\u00e9alit\u00e9s et des populations\u00a0\u00bb (2009, 179). Dans ces films, la sc\u00e8ne politico-constitutionnelle, objet de critique politique, se r\u00e9p\u00e8te de d\u00e9cennie en d\u00e9cennie inlassablement, ce que vient bien illustrer <em>L\u2019art de tourner en rond<\/em> r\u00e9alis\u00e9 par Maurice Bulbulian (1988). Absente pourtant des discours de mise en valeur, cette continuit\u00e9 historique commence pourtant \u00e0 peser lourd dans le temps long de l\u2019histoire canadienne. Comme si une articulation faisait d\u00e9faut entre la m\u00e9moire patrimoniale qui c\u00e9l\u00e8bre son unit\u00e9 dans la diversit\u00e9 et celles \u00e9manant de films qui se sont charg\u00e9s d\u2019exposer l\u2019absence imm\u00e9moriale de leur peuple, et ce, par la sc\u00e8ne r\u00e9p\u00e9t\u00e9e d\u2019un statu quo politico-institutionnel.<\/p>\n<h3><strong>Conclusion\u00a0: une exemplarit\u00e9 <em>politically correct<\/em><\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span class=\"cb-dropcap-small\">C<\/span>ertes, toute m\u00e9moire particuli\u00e8re ne peut pr\u00e9tendre \u00e0 la dimension patrimoniale et ce n\u2019est pas de la somme des m\u00e9moires particuli\u00e8res que se forme la m\u00e9moire patrimoniale. L\u2019\u00e9cart est donc in\u00e9vitable, m\u00eame s\u2019il faut s\u2019efforcer de le r\u00e9duire. C\u2019est sur ce constat, inspir\u00e9 de celui de B\u00e9ghain, que nous aimerions conclure cette r\u00e9flexion dans la mesure o\u00f9 il aura \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019origine de notre propre r\u00e9flexion.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px; text-align: justify;\">La patrimonalisation, [\u2026] doit offrir une occasion de lucidit\u00e9 par une approche critique de l\u2019objet concern\u00e9, appr\u00e9hend\u00e9 dans son historicit\u00e9 de fa\u00e7on \u00e0 r\u00e9duire l\u2019\u00e9cart qui existe souvent entre m\u00e9moire collective et patrimoine du fait que l\u2019une porte sur un v\u00e9cu et que l\u2019autre est une construction pour l\u2019avenir qui ne peut se constituer dans la dur\u00e9e que par un apport critique. Il ne faut toutefois pas avoir une approche exclusivement n\u00e9gative de cet \u00e9cart. En effet, il garantit aussi la conduite d\u00e9mocratique du processus de patrimonialisation. (119)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est bien ce que tente l\u2019institution dans la valorisation de son patrimoine, et c\u2019est bien \u00ab\u00a0Ce que l\u2019on attend de l\u2019\u00c9tat, \u00e9crit encore B\u00e9ghain [\u2026]\u00a0: qu\u2019il proc\u00e8de \u00e0 la s\u00e9lection des m\u00e9moires par un ensemble tel que le corps social s\u2019y reconnaisse dans sa diversit\u00e9 et dans son unit\u00e9\u00a0\u00bb (178). Mais cette \u00ab\u00a0conduite d\u00e9mocratique du processus\u00a0\u00bb n\u2019en a pas moins son point d\u2019achoppement, comme toute tentative de ce genre et, \u00e0 cet \u00e9gard, l\u2019on pourrait parler d\u2019une m\u00e9moire patrimoniale qui se fabrique de fa\u00e7on plus ou moins <em>artificialiste<\/em> (L\u00e9niaud 178). Ce que l\u2019on peut observer sur ONF.ca n\u2019est donc pas sp\u00e9cifique \u00e0 la mani\u00e8re \u00ab\u00a0canadienne\u00a0\u00bb de patrimonialiser et se retrouve aussi ailleurs, dans d\u2019autres contextes de patrimonialisation. La plupart des sp\u00e9cialistes insistent sur sa dimension fortement consensuelle. La d\u00e9marche patrimoniale consisterait surtout \u00e0 rassembler autour de gestes relevant de l\u2019apaisement des conflits, de la r\u00e9conciliation nationale, de la coh\u00e9sion sociale. Elle se caract\u00e9riserait par une d\u00e9finition et une fixation des identit\u00e9s et des l\u00e9gitimit\u00e9s politiques, la production d\u2019une unit\u00e9 du corps social et, en ce sens, serait une figure du conservatisme culturel. Davallon avance que la \u00ab\u00a0notion de patrimoine est une notion fondamentalement pi\u00e8ge. Puisque tout le monde est d\u2019accord sur ce qui fait patrimoine\u00a0; il y a effectivement un consensus, et c\u2019est une des caract\u00e9ristiques du patrimoine que de produire du consensus\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0Du patrimoine \u00e0 la patrimonialisation\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En assignant au film toutes sortes de signes le plus souvent positifs, la mise en valeur produit une relecture et des recontextualisations, en d\u00e9finitive, \u00ab\u00a0politiquement correctes\u00a0\u00bb de son Fonds. La figure de la division, au c\u0153ur de tant de films produits, semble proscrite dans les discours de mise en valeur. Tout au plus parle-t-on de \u00ab\u00a0controverse autour de\u2026\u00a0\u00bb sans prendre la peine de sp\u00e9cifier davantage. \u00c0 cet \u00e9gard, la m\u00e9moire patrimoniale on\u00e9fienne propose une image du Canada plut\u00f4t conviviale et rassembleuse, la d\u00e9chargeant du poids et des symboles de la division. On le sait\u00a0: dans une perspective patrimoniale, le rapport au pass\u00e9 et sa r\u00e9-appropriation (ici un pass\u00e9 cin\u00e9matographi\u00e9) est port\u00e9 par des int\u00e9r\u00eats qui ne sont pas ceux de la connaissance, mais de l\u2019exemple ou de l\u2019identit\u00e9. Mais faut-il pour autant exon\u00e9rer ce dernier de tout bl\u00e2me quand les films sont l\u00e0\u2014ou devraient \u00eatre l\u00e0 davantage\u2014pour nous inviter \u00e0 une meilleure connaissance et compr\u00e9hension de l\u2019histoire\u00a0? Si donc l\u2019institution du patrimoine, comme on le r\u00e9p\u00e8te, c\u2019est l\u2019institution d\u2019un rapport au passe\u0301, tout se joue dans la dose d\u2019exemplarit\u00e9 qu\u2019on lui injectera \u00e0 partir des films. Que serait l\u2019envers de cette exemplarit\u00e9 du pass\u00e9\u00a0? En paraphrasant Brossat, on r\u00e9pondra\u00a0: toutes les asp\u00e9rit\u00e9s de l\u2019histoire, les esp\u00e9rances d\u00e9\u00e7ues, les bifurcations \u00e0 peine esquiss\u00e9es, les s\u00e9cessions \u00e9touff\u00e9es dans l\u2019\u0153uf, les mouvements de fuite imperceptibles. Il en va de m\u00eame avec le registre de l\u2019identit\u00e9. Si un droit \u00e0 l\u2019identit\u00e9 peut s\u2019exercer, droit fortement encourag\u00e9 par la politique identitaire canadienne\u2014et qu\u2019un grand nombre de films illustrent depuis plus de quarante ans\u2014\u00ab\u00a0c\u2019est \u00e0 la condition de ne pas porter pr\u00e9judice \u00e0 l\u2019unit\u00e9 du corps social\u00a0\u00bb (L\u00e9niaud 176).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Fran\u00e7oise Choay a sans doute raison de parler d\u2019une fonction d\u00e9fensive de la patrimonialisation\u00a0: \u00ab\u00a0Sugg\u00e9rer un patrimoine, \u00e9crit-elle, renverrait donc aux traditions qui fondent l\u2019unicite\u0301 des lieux et des soci\u00e9t\u00e9s. Dans ce cadre, le patrimoine aurait ainsi perdu sa fonction constructive au profit d\u2019une fonction d\u00e9fensive qui assurerait la recollection d\u2019une identit\u00e9 menac\u00e9e\u00a0\u00bb (182). Force est d\u2019admettre que sur ONF.ca, la patrimonialisation s\u2019effectue sur un mode apais\u00e9, conciliant, rassembleur, et parfois m\u00eame, <em>bon enfant<\/em>. Les effets d\u2019une telle modalit\u00e9 affective sont bien s\u00fbr dans l\u2019escamotage des conflits<a id=\"_ednref7\" href=\"#_edn7\">[7]<\/a> et des diff\u00e9rends politiques, ou encore, dans l\u2019all\u00e8gement de la mauvaise conscience. Envisager une patrimonialisation plus constructive pourrait consister \u00e0 montrer comment les films permettent de faire ressortir un jeu complexe de sensibilit\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9gard du pass\u00e9 cin\u00e9matographi\u00e9 canadien, et englobant, sans frilosit\u00e9, de nombreux positionnements id\u00e9ologiques. Mais l\u2019expression m\u00eame de \u00ab\u00a0positionnements id\u00e9ologiques\u00a0\u00bb fait grincer les dents aujourd\u2019hui, ne va plus de soi et, pour beaucoup, serait certainement consid\u00e9r\u00e9e comme une expression anachronique\u2026 Dans la mesure o\u00f9 les conflits entre plusieurs configurations du commun sont le lot d\u2019une d\u00e9mocratie ouverte et pluraliste, une patrimonialisation qui permettrait une red\u00e9finition conflictuelle de la d\u00e9mocratie canadienne <em>par les images<\/em> et <em>gr\u00e2ce \u00e0 elles<\/em>, n\u2019est peut-\u00eatre pas un si mauvais projet. Apr\u00e8s tout, n\u2019auraient-elles pas droit, elles aussi, \u00e0 une meilleure reconnaissance de leur identit\u00e9\u00a0?<\/p>\n<h5><a href=\"#top\">Retourner au haut<\/a><\/h5>\n<hr \/>\n<h4 style=\"text-align: center;\"><strong>Ouvrages cit\u00e9s<\/strong><\/h4>\n<p>B\u00e9ghain, Patrick. <em>Patrimoine, politique et soci\u00e9t\u00e9<\/em>. Paris\u00a0: Presses de Sciences Po, 2012. Imprim\u00e9.<\/p>\n<p>Brossat, Alain. <em>Le grand d\u00e9go\u00fbt culturel<\/em>. Paris\u00a0: Seuil, 2008. Imprim\u00e9.<\/p>\n<p>Choay, Fran\u00e7oise. <em>L\u2019all\u00e9gorie du patrimoine<\/em>. 1992. Paris\u00a0: Seuil, 1996. Imprim\u00e9.<\/p>\n<p>Cornu, Laurence. \u00ab\u00a0Diversit\u00e9 dans la diversit\u00e9.\u00a0\u00bb <em>Diversit\u00e9 culturelle et figures de l\u2019h\u00e9t\u00e9rogen\u00e9it\u00e9<\/em>. Dir. Georges Navet et Susana Villavicencio. Paris\u00a0: L\u2019Harmattan, 2013. 21-34. Imprim\u00e9.<\/p>\n<p>Davallon, Jean. <em>Le don du patrimoine, Une approche communicationnelle de la patrimonialisation<\/em>. Paris\u00a0: Lavoisier, 2006. Imprim\u00e9.<\/p>\n<p>&#8212;. \u00ab\u00a0Du patrimoine \u00e0 la patrimonialisation.\u00a0\u00bb <em>S\u00e9minaire<\/em> <em>La fabrique d\u2019un patrimoine partag\u00e9. PR\u00c9AC Patrimoine et Diversit\u00e9, 28 nov. 2012, Cit\u00e9 de l\u2019architecture et du patrimoine, Paris<\/em>. Centre R\u00e9gional de Documentation P\u00e9dagogique de Paris (CRDP). Web. 10 mars 2015.<\/p>\n<p>Di M\u00e9o, Guy. \u00ab\u00a0Processus de patrimonialisation et construction des territoires.\u00a0\u00bb <em>Colloque Patrimoine et industrie en Poitou-Charentes\u00a0: conna\u00eetre pour valoriser, sept. 2007, Poitiers-Ch\u00e2tellerault, France<\/em>. Deux-S\u00e8vres\u00a0: Geste \u00e9ditions, 2008. 87-109. Web. <em>HALSHS<\/em>. 10 mars 2015. PDF.<\/p>\n<p>Druick, Zo\u00e9. <em>Projecting Canada <\/em>: <em>Government Policy and Documentary Films at the National Film Board<\/em>. Montr\u00e9al\u00a0: McGill-Queen\u2019s University Press, 2007. Imprim\u00e9.<\/p>\n<p>Froger, Marion. \u00ab\u00a0Patrimonialization and Filiation at the National Film Board of Canada\u00a0: Cinema as a Heritage.\u00a0\u00bb <em>Quebec Cinema in the 21st Century.<\/em> Hors s\u00e9rie<em> American Review of Canadian Studies<\/em> 43.2 (2013)\u00a0: 253-266. Imprim\u00e9.<\/p>\n<p>H\u00e9bert, Catherine, Carlos Ferrand, Jean-Fran\u00e7ois Caissy, Serge Gigu\u00e8re, Isabelle Lavigne, F\u00e9lix Dufour-Laperri\u00e8re, Lucie Lambert, Michel Lam, Caroline Martel, Richard Brouillette, Fernand Dansereau, Jeannine Gagn\u00e9, Luc Bourdon et Pedro Ruiz. \u00ab\u00a0L\u2019ONF r\u00eav\u00e9 par\u2026\u00a0\u00bb <em>24 images<\/em> 149 (2010)\u00a0:27-34. Web. <em>Erudit. <\/em>10 mars 2015.<\/p>\n<p>Heinich, Nathalie. <em>La fabrique du patrimoine<\/em>. <em>De la cath\u00e9drale \u00e0 la petite cuill\u00e8re<\/em>. Paris\u00a0: \u00c9ditions de la Maison des Sciences de l\u2019Homme, 2009. Imprim\u00e9.<\/p>\n<p>Kymlicka, Will. <em>La citoyennet\u00e9 multiculturelle, Une th\u00e9orie lib\u00e9rale du droit des minorit\u00e9s<\/em>. Paris\u00a0: \u00c9ditions La d\u00e9couverte, 2001. Imprim\u00e9.<\/p>\n<p>Lavabre, Marie-Claire. \u00ab\u00a0Entre histoire et m\u00e9moire. \u00c0 la recherche d\u2019une m\u00e9thode.\u00a0\u00bb<em> La guerre civile, entre histoire et m\u00e9moire<\/em>. Dir. Jean-Cl\u00e9ment Martin. Nantes\u00a0: Ouest \u00c9ditions, 1995. 39-47. Imprim\u00e9.<\/p>\n<p>L\u00e9niaud, Jean-Michel. \u00ab\u00a0La mauvaise conscience patrimoniale.\u00a0\u00bb <em>Le D\u00e9bat<\/em> 78 (1994)\u00a0: 159-169. Imprim\u00e9.<\/p>\n<p><em>Les 50 ans de l\u2019ONF<\/em>. Montr\u00e9al\u00a0: \u00c9ditions Radio-Canada, 1989. Imprim\u00e9.<\/p>\n<p>Mouvement spontan\u00e9 pour la survie de l\u2019ONF (MSSO). \u00ab\u00a0Lettre ouverte aux partis politiques concernant la survie du Cin\u00e9ma ONF et de la Cin\u00e9Roboth\u00e8que.\u00a0\u00bb <em>Coalition Culture.<\/em> 22 ao\u00fbt 2012. Web. 10 mars 2015.<\/p>\n<p>Nora, Pierre. \u00ab\u00a0L\u2019\u00e8re de la comm\u00e9moration.\u00a0\u00bb <em>Les lieux de m\u00e9moire, tome 3<\/em>. Paris\u00a0: Quarto Gallimard, 1997. Imprim\u00e9.<\/p>\n<p>Office national du film du Canada. <em>\u00c9valuation de l\u2019espace de visionnage en ligne ONF.ca<\/em>. ONF, 2012. Web. 9 mars 2015.<\/p>\n<p>&#8212;. <em>Onf.ca<\/em>. Web. 10 mars 2015.<\/p>\n<p>&#8212;. <em>Plan strat\u00e9gique de l\u2019Office national du film 2002-2006<\/em>. ONF<em>,<\/em> jan. 2002. Web. 4 mars 2015.<\/p>\n<p>&#8212;. <em>Plan strat\u00e9gique <\/em><em>de l\u2019Office national du Film <\/em><em>2008-2013<\/em>. ONF<em>,<\/em> 22 avr. 2008. Web. 4 mars 2015. PDF.<\/p>\n<p>&#8212;. <em>Plan strat\u00e9gique de l\u2019Office<\/em><em> national du film 2013-2018<\/em>. ONF, 12 juin 2013. Web. 4 mars 2015. PDF.<\/p>\n<p>&#8212;. Site institutionnel. <em>Onf-nfb.gc.ca<\/em>. Gouvernement du Canada, 2015. Web. 10 mars 2015.<\/p>\n<p>Palmer, Robert. \u00ab\u00a0Pr\u00e9face.\u00a0\u00bb<em> Le patrimoine et au-del\u00e0.<\/em> Strasbourg\u00a0: \u00c9dition du Conseil de l\u2019Europe, 2009. 7-9. Web. 10 mars 2015. PDF.<\/p>\n<p>Perreault, Catherine. \u00ab\u00a07 films avec Marcel Sabourin.\u00a0\u00bb <em>ONF\/blogue<\/em> 24 avr. 2012. Web. 10 mars 2015.<\/p>\n<p>&#8212;. \u00ab\u00a0Infographie | Les moments marquants de l\u2019ONF.\u00a0\u00bb <em>ONF\/blogue<\/em> 26 mai 2014. Web. 10 mars 2015.<\/p>\n<p>&#8212;. \u00ab\u00a0L\u2019ONF s\u2019anime au Mus\u00e9e de la civilisation.\u00a0\u00bb <em>ONF\/blogue<\/em> 5 juin 2014. Web. 10 mars 2015.<\/p>\n<p>Ranci\u00e8re, Jacques. <em>Malaise dans l\u2019esth\u00e9tique.<\/em> Paris\u00a0: Galil\u00e9e, 2004. Imprim\u00e9.<\/p>\n<p>&#8212;.<em> Moments politiques<\/em>. Montr\u00e9al\u00a0: Lux, 2009. Imprim\u00e9.<\/p>\n<p>Riegl, Alo\u00efs. <em>Le Culte moderne des monuments<\/em>. 1903. Paris\u00a0: Seuil, 2013. Imprim\u00e9.<\/p>\n<p>Schiele, Bernard. <em>Patrimoines et identit\u00e9s<\/em>. Qu\u00e9bec\u00a0: \u00c9ditions MultiMondes, 2002. Imprim\u00e9.<\/p>\n<p>Taylor, Charles. <em>The Ethics of Authenticity<\/em>. Harvard\u00a0: Harvard University Press, 2005. Imprim\u00e9.<\/p>\n<p>Treleani, Matteo. \u00ab\u00a0Enjeux s\u00e9miotiques de la valorisation audiovisuelle. Le cas de Ina.fr.\u00a0\u00bb <em>Inter media\u00a0: litt\u00e9rature, cin\u00e9ma et interm\u00e9dialit\u00e9<\/em>. Portugal\u00a0: Harmattan, 2011. 127\u2013138. Imprim\u00e9.<\/p>\n<p>Watremez, Anne. \u00ab\u00a0Comprendre une relation au patrimoine par une analyse s\u00e9miotique du sensible.\u00a0\u00bb <em>Communication et langages<\/em> 166 (2010)\u00a0: 163-177. Web. 9 mars 2015.<\/p>\n<hr \/>\n<h4 style=\"text-align: center;\">Notes<\/h4>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"_edn1\" href=\"#_ednref1\">[1]<\/a> Le terme de \u00ab\u00a0gouvernementalit\u00e9\u00a0\u00bb, qui vient de Michel Foucault, a \u00e9t\u00e9 repris par Zo\u00e9 Druick dans son ouvrage <em>Projecting Canada <\/em>: <em>Government Policy and Documentary Films at the National Film Board<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"_edn2\" href=\"#_ednref2\">[2]<\/a> Pour aborder ce corpus de remake, Marion Froger propose de parler plut\u00f4t de \u00ab\u00a0gestes de filiation\u00a0\u00bb, qu\u2019elle oppose au \u00ab\u00a0processus de la patrimonialisation\u00a0\u00bb, la fronti\u00e8re entre les deux modalit\u00e9s d\u2019appropriation faisant ici l\u2019objet d\u2019une diff\u00e9rence tr\u00e8s marqu\u00e9e. Le corpus de ces suites documentaire est assez substantiel et justifie qu\u2019on s\u2019y penche avec attention\u00a0: <em>\u00c0 Saint Henri, le 26 ao\u00fbt<\/em> (Shannon Walsh, 2011), suite <em>\u00c0 Saint-Henri, le 5 septembre<\/em> (Coll.; 1962)\u00a0; <em>\u00c9loge du Chiac-part 2<\/em> (Marie Cadieux, 2010), suite \u00e0 <em>\u00c9loge du chiac<\/em> (Michel Brault, 1969)\u00a0; <em>L\u2019\u00e2ge des passions<\/em> (Andr\u00e9 Melan\u00e7on, 2007), suite \u00e0 <em>Les vrais perdants<\/em> (Andr\u00e9 Melan\u00e7on, 1987)\u00a0; <em>Le plan<\/em> (Isabelle Longtin, 2011), suite \u00e0 <em>Les habitations Jeanne-Mance<\/em> (Eug\u00e8ne Boyko, 1964)\u00a0; <em>Wow 2<\/em> (Jean-Philippe Duval, 2001), suite au<em> Wow <\/em>(Claude Jutra, 1969)\u00a0; <em>Au pays des colons<\/em> (Denys Desjardins, 2007), suite au cycle abitibien de Pierre Perrault. Il faudrait aussi citer des exp\u00e9riences plus singuli\u00e8res de r\u00e9appropriation du patrimoine comme <em>La m\u00e9moire des anges<\/em> (Luc Bourdon, 2008), film qui fait l\u2019objet d\u2019un texte dans le pr\u00e9sent num\u00e9ro. Voir r\u00e9f\u00e9rence compl\u00e8te dans les ouvrages cit\u00e9s en fin d\u2019article.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"_edn3\" href=\"#_ednref3\">[3]<\/a> Il s\u2019agit de Maurice Blackburn, Manon Barbeau, Luc Bourdon, Nicolas Renaud, Douglas Roche, Denys Desjardins, Thomas Waugh, Donald McWilliams.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"_edn4\" href=\"#_ednref4\">[4]<\/a> Cette transmission d\u2019un savoir-faire a d\u2019ailleurs fait l\u2019objet d\u2019une r\u00e9cente exposition mus\u00e9ale de l\u2019ONF\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019ONF s\u2019anime au Mus\u00e9e de la civilisation\u00a0\u00bb. Voir le billet du blogue de l\u2019ONF (Perreault).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"_edn5\" href=\"#_ednref5\">[5]<\/a> Voir les deux \u00e9tudes consacr\u00e9es \u00e0 des th\u00e8mes de la diversit\u00e9 culturelle dans ce num\u00e9ro\u00a0: celui de Christine Albert sur les Droits de la personne et celui de Nina Barada sur la diversit\u00e9 culturelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"_edn6\" href=\"#_ednref6\">[6]<\/a> Nous avons d\u00e9j\u00e0 trait\u00e9 cette question ailleurs dans un ouvrage collectif consacr\u00e9 aux questions du multiculturalisme canadien. Voir Mich\u00e8le Garneau. \u00ab\u00a0La culture sous condition du politique \u00e0 l\u2019Office national du film du Canada\u00a0\u00bb. <em>Multiculturalisme et diversit\u00e9 culturelle dans les m\u00e9dias au Canada et au Qu\u00e9bec<\/em>. Dir. Hans-J\u00fcrgen L\u00fcsebrink and Christoph Vatters. W\u00fcrzburg<em> :<\/em> K\u00f6nigshausen &amp; Neumann, 2013. 35\u201350.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"_edn7\" href=\"#_ednref7\">[7]<\/a> Mais les conflits sur ONF.ca, sont \u00ab\u00a0internationaux\u00a0\u00bb, et non pas canadiens. Sur la page d\u2019accueil, \u00e0 l\u2019onglet \u00ab\u00a0\u00c0 propos\u00a0\u00bb, on peut lire\u00a0: \u00ab\u00a0Les films qui composent la collection de l\u2019ONF [\u2026] prennent position sur des enjeux mondiaux importants pour les Canadiens et les Canadiennes\u00a0: l\u2019environnement, les Droits de la personne, les conflits internationaux, les arts et plus encore\u00a0\u00bb.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>MICH\u00c8LE GARNEAU | UNIVERSIT\u00c9 DE MONTR\u00c9AL | Si tout au long des d\u00e9cennies cinquante et soixante, et m\u00eame encore pendant la d\u00e9cennie soixante-dix, on pouvait esp\u00e9rer, \u00e0 l\u2019ONF, la constitution d\u2019un imaginaire national et citoyen, le r\u00e9gime d\u2019images g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9es qui s\u2019est peu \u00e0 peu impos\u00e9 au cours des d\u00e9cennies suivantes aura consid\u00e9rablement dilu\u00e9 le projet initial d\u2019une \u00ab gouvernementalit\u00e9 \u00bb par le film, raison d\u2019\u00eatre institutionnelle de l\u2019Office.<\/p>\n","protected":false},"author":4062,"featured_media":7652,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[114,4],"tags":[],"class_list":["post-6569","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-lonf-6-1","category-article","wpautop"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/Imaginations-stand-in.jpg","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p707hj-1HX","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/imaginations.space\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6569","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/imaginations.space\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/imaginations.space\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/imaginations.space\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4062"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/imaginations.space\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=6569"}],"version-history":[{"count":54,"href":"https:\/\/imaginations.space\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6569\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8490,"href":"https:\/\/imaginations.space\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6569\/revisions\/8490"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/imaginations.space\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/7652"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/imaginations.space\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=6569"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/imaginations.space\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=6569"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/imaginations.space\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=6569"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}