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{"id":10189,"date":"2017-12-06T12:28:46","date_gmt":"2017-12-06T19:28:46","guid":{"rendered":"https:\/\/imaginations.space\/?p=10189"},"modified":"2018-08-12T15:28:08","modified_gmt":"2018-08-12T19:28:08","slug":"critique-texte-et-art-contemporain-repenser-lheritage-de-marshall-mcluhan-aujourdhui","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/imaginations.space\/?p=10189","title":{"rendered":"Critique, texte et art contemporain. Repenser l\u2019h\u00e9ritage de Marshall McLuhan aujourd\u2019hui"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/imaginations.space\/?p=10182\">Table of Contents<\/a> | http:\/\/dx.doi.org\/10.17742\/IMAGE.MA.8.3.4 | <a href=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/Issue_8_3_04_Balint.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">PDF<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0|<strong>\u00a0<\/strong>\u00c0 l\u2019\u00e8re d\u2019Internet, quelle signification donner encore \u00e0 l\u2019h\u00e9ritage culturel de Marshall McLuhan? Si la question a inspir\u00e9 des penseurs fran\u00e7ais (Michel Serres, Jean Baudrillard, R\u00e9gis Debray) et canadiens (Derrick de Kerckhove, Pierre L\u00e9vy), nous y revenons sous un nouvel angle, en lien avec les arts plastiques contemporains. Par l\u2019exploration de trois expositions\u00a0: <em>Vision trouble d\u2019Annie Briard, Our Land. Contemporary Art from the Arctic <\/em>et <em>Superimposition: Sculpture and Image<\/em>, qui se sont d\u00e9roul\u00e9es \u00e0 Saint-Boniface et \u00e0 Winnipeg, au Manitoba en 2016-2017, nous soulignons la pertinence actuelle des notions d\u2019exp\u00e9rience de la perception, de mosa\u00efque et de village global de McLuhan. Apr\u00e8s tout, quels liens novateurs s\u2019\u00e9tablissent entre l\u2019art, les nouveaux m\u00e9dias et la pens\u00e9e, \u00e0 partir de Marshall McLuhan aujourd\u2019hui ?<\/p>\n<p><strong>Abstract\u00a0<\/strong>|\u00a0Nowadays, in our interconnected virtual world, how can we rethink Marshall McLuhan\u2019s cultural heritage? If the issue has already inspired a number of thinkers in France (Michel Serres, Jean Baudrillard, R\u00e9gis Debray) and in Canada (Derrick de Kerckhove, Pierre L\u00e9vy), this essay approaches the question under new light, in relation to contemporary visual arts. By studying three exhibitions: <em>Vision trouble d\u2019Annie Briard, Our Land. Contemporary Art from the Arctic <\/em>and <em>Superimposition: Sculpture and Image<\/em> opened in Saint-Boniface and Winnipeg, Manitoba (2016-17), it outlines the current relevance of McLuhan\u2019s concepts, such as: the sensory experience, the mosaic and the global village. After all, how do visual arts, new media and critical thinking contribute to redefining Marshall McLuhan\u2019s theories today?<\/p>\n<hr \/>\n<p>Adina Balint | Universit\u00e9 de Winnipeg<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center;\"><strong>Critique, texte et art contemporain.<br \/>\nRepenser l\u2019h\u00e9ritage de Marshall McLuhan aujourd\u2019hui <\/strong><\/h4>\n<h5><strong>1\/ <\/strong><strong>Critique des m\u00e9dias aujourd\u2019hui\u2026<\/strong><\/h5>\n<p>Nombreux sont ceux qui accusent aujourd\u2019hui les m\u00e9dias d\u2019engendrer tous les maux de la terre, ou peu s\u2019en faut. On critique ces outils de transmission de l\u2019information comme s\u2019il s\u2019agissait de dispositifs autonomes, d\u00e9tach\u00e9s des \u00eatres qui les ont cr\u00e9\u00e9s, qui les animent et les alimentent quotidiennement. L\u2019on se trouverait ainsi confront\u00e9 \u00e0 une sorte de machine infernale qui aurait la capacit\u00e9 de se d\u00e9couper de son cr\u00e9ateur ou de sa cr\u00e9atrice en produisant ses propres signes et significations et en devenant sa propre finalit\u00e9. Son emprise serait quasi infinie, permanente, et l\u2019homme ne parviendrait plus \u00e0 s\u2019y soustraire.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de quelques griefs communs, la critique \u00e0 l\u2019\u00e9gard des m\u00e9dias prend des formes diverses et vari\u00e9es. \u00c0 l\u2019instar du philosophe fran\u00e7ais Jean Baudrillard<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>, th\u00e9oricien de la soci\u00e9t\u00e9 contemporaine, d\u2019aucuns mettent l\u2019accent sur le d\u00e9placement qui se produirait du message vers l\u2019instrument de diffusion lui-m\u00eame, autrement dit, du contenu vers le contenant<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>. Cette inversion des priorit\u00e9s (le moyen se transformant en une fin en soi) renoue avec le sc\u00e9nario d\u00e9j\u00e0 esquiss\u00e9 par le Canadien Marshall McLuhan d\u00e8s les ann\u00e9es 1960\u00a0: le <em>medium <\/em>supplante le message \u2013 le fameux \u201c<em>the media is the message.<\/em>\u201d<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a> Dans la biographie qu\u2019il consacre \u00e0 McLuhan en 2009, Douglas Coupland pr\u00e9cise ce qui est d\u00e9sormais devenu un clich\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">\u201cThe medium is the message\u201d means that the ostensible content of all electronic media is insignificant; it is the medium <em>itself<\/em> that has the greater impact on the environment, a fact bolstered by the now medically undeniable fact that the technologies we use every day begin, after a while, to alter the way our brains work, and hence the way we experience the world. Forget the ostensible content, say, of a television program. All that matters is that you\u2019re watching the TV itself, at the expense of some other technology \u2013 probably books or the internet. Those mediums we <em>do <\/em>choose to spend our time with continually modify the way we emphasize our senses \u2013 seeing versus hearing versus touching \u2013 on a scale so large and spanning so many centuries that it took at least a decade after Marshall\u2019s death for him to be proven right, with the triumph of the internet. (18-19)<\/p>\n<p>Apr\u00e8s tout, cette conception du <em>medium<\/em> qui supplante le message aboutit-elle \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019un univers priv\u00e9 de toute authenticit\u00e9 ? Un univers balay\u00e9 par des images vid\u00e9es de leur essence, \u00e0 des jeux d\u2019apparence et \u00e0 des \u00ab\u00a0simulacres\u00a0\u00bb ? Oui, selon Jean Baudrillard, qui, dans son ouvrage <em>Simulacres et Simulation<\/em>, parle de surfaces sans profondeur, de miroirs qui ne r\u00e9fl\u00e9chiraient qu\u2019eux-m\u00eames et derri\u00e8re lesquels ne se cacherait aucune v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, afin de remonter \u00e0 l\u2019origine de ces r\u00e9actions critiques, n\u2019oublions pas que dans les ann\u00e9es 1960, McLuhan \u00e9tait le premier \u00e0 attirer l\u2019attention du monde vers les nouveaux m\u00e9dias et \u00e0 exalter leur toute-puissance, que ce soit la radio, la t\u00e9l\u00e9vision, le t\u00e9l\u00e9phone, le t\u00e9l\u00e9copieur, la presse, etc.. Il est d\u00e9sormais connu que McLuhan a consid\u00e9r\u00e9 les m\u00e9dias d\u2019une fa\u00e7on globale et qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 ainsi le chef de file d\u2019une pens\u00e9e technod\u00e9terministe\u00a0des m\u00e9dias dont l\u2019influence se fait encore sentir plus d\u2019un demi-si\u00e8cle plus tard chez des th\u00e9oriciens au Canada et ailleurs sur la plan\u00e8te. Dans la lign\u00e9e de McLuhan, rappelons les penseurs fran\u00e7ais contemporains Michel Serres ou R\u00e9gis Debray et le Canadien Derrick de Kerckhove ou encore, Pierre L\u00e9vy, dont la notion de \u201cglobal brain\u201d<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a> est une expansion du \u201c<em>global village<\/em>\u201d macluhanien, par exemple.<\/p>\n<p>Que dit McLuhan ? C\u2019est le progr\u00e8s technologique qui d\u00e9termine prioritairement la forme de civilisation au sein de laquelle l\u2019homme \u00e9volue\u00a0: \u00e0 l\u2019\u00e8re des m\u00e9dias \u00e9lectroniques, nous quittons la \u00ab\u00a0Galaxie Gutenberg\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a> pour anticiper ce qui deviendra la Galaxie Internet. Ou encore\u00a0: la roue est un prolongement du pied, le livre un prolongement de l\u2019\u0153il, la radio l\u2019extension de l\u2019oreille, le t\u00e9l\u00e9phone et la t\u00e9l\u00e9vision sont l\u2019extension du syst\u00e8me nerveux. L\u2019invention de Gutenberg a d\u00e9velopp\u00e9 le sens de l\u2019abstraction en sollicitant l\u2019\u0153il, notre sens le plus intellectuel ; les <em>mass media<\/em>, au contraire, mettent en valeur nos sens les plus intuitifs et sollicitent l\u2019ou\u00efe, un sens plus archa\u00efque. Et paradoxe ! Les d\u00e9couvertes de la modernit\u00e9 nous renverraient \u00e0 un tribalisme d\u2019antan.<\/p>\n<p>Marshall McLuhan a s\u00e9duit toute une g\u00e9n\u00e9ration d\u2019intellectuels et de penseurs qui ont fait de la noosph\u00e8re, du cyberespace, de la logosph\u00e8re, de la m\u00e9diasph\u00e8re, des formules-miracle parce qu\u2019elles permettent de r\u00e9duire toute complexit\u00e9 du monde \u00e0 un syst\u00e8me de relations cod\u00e9es. Selon ces penseurs, les m\u00e9dias d\u00e9terminent la forme de soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle nous vivons\u00a0: \u00ab\u00a0le village global\u00a0\u00bb est au fond la m\u00e9taphore de la mondialisation. Les m\u00e9dias contribuent au nivelage des cultures, annonc\u00e9 comme la fin apocalyptique de l\u2019histoire et de la civilisation. Si la pens\u00e9e de McLuhan a \u00e9t\u00e9 si bien accept\u00e9e par un large public dans les ann\u00e9es 1960, c\u2019est qu\u2019elle surestimait le r\u00f4le des m\u00e9dias de masse et \u00e9tablissait la pr\u00e9pond\u00e9rance des grandes entreprises sur les industries culturelles. Mais si ce syst\u00e8me contente du monde, en m\u00eame temps, il hypostasie la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p>\u00c0 partir de cette mise en contexte et en nous penchant sur trois expositions d\u2019art contemporain canadien, nous proposons de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la pertinence de la pens\u00e9e de McLuhan aujourd\u2019hui en vue d\u2019une meilleure compr\u00e9hension du milieu artistique. Comment les nouveaux outils de communication agissent-ils sur les arts plastiques contemporains au Canada ? Quelle est l\u2019influence des divers m\u00e9dias sociaux sur les pratiques artistiques ? Ou encore, \u00e0 quel point Internet a-t-il modifi\u00e9 le milieu artistique, notre fa\u00e7on de concevoir, d\u2019analyser et de percevoir les arts ?<\/p>\n<h5><strong>2\/ Lire McLuhan aujourd\u2019hui <\/strong><\/h5>\n<p>Lire McLuhan aujourd\u2019hui, ce serait chercher le mot ou la phrase qui \u00e0 un endroit quelconque du texte envahit soudain la conscience du lecteur tel un souvenir auquel il ne s\u2019attendait pas. L\u2019image que l\u2019on se fait de l\u2019exp\u00e9rience int\u00e9rieure change qualitativement. Une sorte de transparence semble illuminer le texte qu\u2019on est en train de lire. La m\u00e9moire individuelle du lecteur c\u00e8de \u00e0 une m\u00e9moire plus vaste, soucieuse de ne pas imposer ses pr\u00e9jug\u00e9s. Ces r\u00e9sonnances jettent un d\u00e9fi au discours logique et suscitent souvent un espace de perceptions multisensorielles qui captivent le lecteur. Cependant, la m\u00e9thode de pens\u00e9e dans l\u2019\u00e9criture de McLuhan a ceci de particulier et de parfois irritant\u00a0: elle se dispense d\u2019analyse en fournissant plut\u00f4t des synth\u00e8ses. Disciple des artistes et \u00e9crivains symbolistes, McLuhan ne semble donner que des conclusions \u00e0 l\u2019instar des po\u00e8tes\u00a0: comme eux, il propose des effets sans donner les causes. \u00c9crivant \u00e0 partir de la synth\u00e8se d\u00e9j\u00e0 faite, il ne se soucie pas de faire remonter le lecteur au point de d\u00e9part d\u2019une pens\u00e9e. Il l\u2019invite \u00e0 y faire face d\u2019un coup ou \u00e0 y renoncer. Il place ses phrases en rapport de r\u00e9sonance. Rappelons une technique des surr\u00e9alistes qui consistait \u00e0 juxtaposer deux termes naturellement incompatibles pour faire surgir un \u00e9clat d\u2019intelligence entre eux. Il s\u2019agit d\u2019un <em>mini-happening<\/em>, au sens d\u2019une performance, d\u2019une pratique artistique. C\u2019est cet effet de <em>happening <\/em>que nous fait ressentir McLuhan dans ce passage sur les \u201c<em>hidden effects<\/em>\u201d dans <em>The Global Village.<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\"><\/a><\/em><a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a> Dans sa biographie <em>Marshall McLuhan<\/em>, Coupland paraphrase<em>\u00a0<\/em>:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">If you have ever sat in a hot and airless lecture room trying to follow the speaker\u2019s line of argument, you have experienced the psychic nature of a figure: it is the momentary area of your mind\u2019s attention. As you sit there, you will notice perhaps successively a sudden shift in the air, the radiator knocking, an insect buzzing between the screen and the pane, or the pressure of your legs against the chair. Within the context of all the things that exist in that room, points of awareness (attention) will arise and recede. In a larger sense, nothing has meaning except in relation to the environment, medium, or context that contains it. The type on this page is the figure against the ground of the blank page. The figure of the geometric construct is revealed against the void in which it is imagined. The left hemisphere of the brain is figure against the ground of the right brain in Western culture and the opposite for the Oriental. (18)<\/p>\n<p>Dans ces quelques propos de Coupland, McLuhan semble nous inviter \u00e0 tirer de notre propre exp\u00e9rience des id\u00e9es stimulantes : c\u2019est la nature des moyens de communication et non pas leur contenu qui donne du sens au monde dans lequel nous vivons ; ce sont les techniques nouvelles, non pas d\u2019embl\u00e9e l\u2019\u00e9volution de l\u2019esprit humain, qui font que l\u2019homme pr\u00eate attention \u00e0 ce qui l\u2019entoure. Ces techniques agissent comme des \u00ab\u00a0extensions\u00a0\u00bb de nos sens, comme il le souligne dans sa vision du concept de \u201c<em>global village<\/em>\u201d, qui est : \u201ca way of paraphrasing the fact that electronic technologies are an extension of the human central nervous system, and that our planet\u2019s collective neural wiring would create a single 24-7 blobby, fuzzy, quasi-sentient metacommunity\u201d (Coupland 18-19). L\u00e0 encore, les moyens de diffusion se verraient d\u00e9pouill\u00e9s de leur substance, et la communication s\u2019\u00e9rigerait en but ultime de la communication, dans une sorte de tendance autophage. McLuhan ne cesse de poursuivre sa r\u00e9flexion en conc\u00e9dant aux outils technologiques le pouvoir de s\u2019\u00e9manciper de leur cr\u00e9ateur, puis d\u2019agir \u00e0 leur tour sur lui en produisant des effets impr\u00e9vus qui modifient sa fa\u00e7on d\u2019\u00eatre et de penser.<\/p>\n<p>Lire McLuhan, c\u2019est aussi essayer \u2013 apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 saisi de la synth\u00e8se \u2013 de la rendre disponible, mais c\u2019est avant tout de la percevoir comme le but m\u00eame de la lecture. C\u2019est dans le m\u00eame ordre d\u2019id\u00e9es que Maurice Blanchot souligne, en guise d\u2019avant-propos pour <em>L\u2019espace litt\u00e9raire\u00a0<\/em>:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">Un livre m\u00eame fragmentaire, a un centre qui l\u2019attire\u00a0: centre non pas fixe, mais qui se d\u00e9place par la pression du livre et les circonstances de sa composition. Centre fixe aussi, qui se d\u00e9place, s\u2019il est v\u00e9ritable, en restant m\u00eame et en devenant toujours plus central, plus d\u00e9rob\u00e9, plus incertain, plus imp\u00e9rieux. (13)<\/p>\n<p>Comme ce n\u2019est pas l\u2019espace litt\u00e9raire, mais l\u2019espace acoustique qui int\u00e9resse surtout McLuhan, son intuition du centre n\u2019est pas d\u2019embl\u00e9e bas\u00e9e sur la logique. \u00ab\u00a0L\u2019espace acoustique est une sph\u00e8re dont le centre est partout et la circonf\u00e9rence nulle part\u00a0\u00bb, \u00e9crit-il dans <em>Du clich\u00e9 \u00e0 l\u2019arch\u00e9type<\/em><a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>, en reprenant une id\u00e9e de Blaise Pascal dans les <em>Pens\u00e9es <\/em>(1670)<em>. <\/em>Nous savons que l\u2019espace acoustique est une des m\u00e9taphores les plus courantes dans l\u2019\u0153uvre de McLuhan. C\u2019est l\u2019espace de la r\u00e9sonance et de la simultan\u00e9it\u00e9 globale de toute exp\u00e9rience humaine. L\u2019art en est une des clefs.<\/p>\n<p>Pourquoi le r\u00f4le de l\u2019art est-il crucial pour McLuhan ? Rappelons que dans son \u0153uvre-phare, <em>Pour comprendre les m\u00e9dias\u00a0: les prolongements technologiques de l\u2019homme<\/em>, paru au Canada en anglais en 1964 et traduit en fran\u00e7ais en 1968, McLuhan ne parle pas explicitement de l\u2019art. N\u00e9anmoins, depuis les ann\u00e9es 1950, le th\u00e9oricien se consacre activement \u00e0 la compr\u00e9hension des m\u00e9dias comme enjeux \u00e9pist\u00e9mologique et artistique. Ainsi, il est possible de synth\u00e9tiser ses id\u00e9es sur l\u2019art \u00e0 partir de ce qu\u2019il \u00e9crit sur les m\u00e9dias (presse, t\u00e9l\u00e9vision, radio, livre etc.) et leurs impacts sur le syst\u00e8me nerveux. Dans ce sens, McLuhan distingue quatre caract\u00e9ristiques de l\u2019art\u00a0: 1\/ l\u2019\u0153uvre d\u2019art s\u2019adresse d\u2019abord aux sens ; 2\/ l\u2019\u0153uvre d\u2019art engage le spectateur, entre autres, en exposant le processus de cr\u00e9ation ; 3\/ l\u2019\u0153uvre d\u2019art cr\u00e9e des relations formelles nouvelles, souvent \u00e0 travers la mosa\u00efque ; 4\/ l\u2019\u0153uvre d\u2019art repr\u00e9sente une \u00e9nigme\u00a0: elle va toujours au-del\u00e0 du r\u00e9el.<\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce que cela veut dire pour les arts au Canada aujourd\u2019hui\u00a0? En discutant certaines r\u00e9percussions d\u2019internet et des nouveaux outils de communication sur les arts de la francophonie contemporaine, nous nous pencherons particuli\u00e8rement sur une exposition qui a eu lieu \u00e0 La Maison des artistes visuels francophones de Saint-Boniface, au Manitoba\u00a0: <em>Vision trouble <\/em>de l\u2019artiste Annie Briard. Ensuite, nous examinerons la notion de mosa\u00efque \u00e0 travers deux expositions de Winnipeg\u00a0: <em>Our Land. Contemporary Art from the Arctic<\/em> \u00e0 Winnipeg Art Galery et <em>Superimposition\u00a0: Sculpture and Image<\/em> \u00e0 la galerie d\u2019art contemporain, Plug In Institute of Contemporary Art (ICA).<\/p>\n<h5><strong>3\/ <em>Vision trouble <\/em>d\u2019Annie Briard et l\u2019impact d\u2019Internet sur l\u2019art aujourd\u2019hui<\/strong><\/h5>\n<p>Pour Annie Briard, artiste montr\u00e9alaise qui vit \u00e0 Vancouver et qui a expos\u00e9 dans de nombreuses galeries au Canada et \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, l\u2019image est intimement li\u00e9e au sens de la vue, la vision \u00e9tant \u00ab\u00a0le moyen le plus poignant pour saisir ce que nous comprenons du monde qui nous entoure\u00a0\u00bb.<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a> L\u2019artiste s\u2019int\u00e9resse aux \u00ab\u00a0actes physiques de la lumi\u00e8re\u00a0\u00bb et tente de \u00ab\u00a0comparer [s]a r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 la [n]\u00f4tre\u00a0\u00bb,<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a> ce qui fait, entre autres, l\u2019objet de l\u2019exposition pr\u00e9sent\u00e9e du 21 avril au 28 mai 2016 \u00e0 la Maison des artistes visuels de Saint-Boniface au Manitoba.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019instar de McLuhan qui s\u2019interroge sur l\u2019impact des m\u00e9dias sur la vue, Annie Briard r\u00e9fl\u00e9chit \u00e0 la mani\u00e8re dont l\u2019image influence nos regards et le positionnement de nos yeux. Dans son art, l\u2019image peut \u00eatre en mouvement, capt\u00e9e, simul\u00e9e, construite, fixe, et m\u00eame provenir de divers horizons\u00a0: de la m\u00e9moire, de ses souvenirs, ses r\u00eaves, ses fantasmes. Au fond, le parti pris de <em>Vision trouble <\/em>est de r\u00e9fl\u00e9chir aux espaces entre le visible et l\u2019imaginaire\u00a0en jouant sur l\u2019image et, par le fait m\u00eame, sur la vision. Passionn\u00e9e de d\u00e9tails et minutieuse dans sa technique, Annie Briard semble pi\u00e9ger le regardeur le plus assidu, qui aurait du mal \u00e0 d\u00e9jouer les artifices de sa d\u00e9marche quand il s\u2019agit de retracer les \u00e9tapes de son processus cr\u00e9atif derri\u00e8re les s\u00e9ries d\u2019images qui lui sont pr\u00e9sent\u00e9es. Car, pour reprendre McLuhan\u00a0: une exposition d\u2019Annie Briard, \u00e7a ne se regarde pas, \u00e7a s\u2019\u00e9prouve.<\/p>\n<p>L\u2019exposition <em>Vision trouble <\/em>met en lumi\u00e8re, d\u2019une part, la troisi\u00e8me dimension des arts plastiques, avec des installations immersives et des productions utilisant la vid\u00e9o, la sculpture, le dessin et la photographie, qui nous plongent dans le champ de la ph\u00e9nom\u00e9nologie de la r\u00e9ception, voire dans celui de l\u2019intersubjectif et de la relation \u00e0 l\u2019\u0153uvre. D\u2019autre part, le montage de Briard se situe dans la fausse troisi\u00e8me dimension, celle de l\u2019illusion optique rendue possible par l\u2019interm\u00e9diaire de lunettes 3D devant une \u0153uvre \u00e0 deux dimensions. Bref, nous sommes immerg\u00e9s, \u00ab\u00a0dedans\u00a0\u00bb, pour reprendre Blanchot. Difficile donc de s\u2019imaginer cette exposition\u00a0; il faudrait, plus que la voir, la vivre, l\u2019\u00e9prouve de tout son corps pour en d\u00e9ployer le sens. Par ailleurs, Douglas Coupland, dans sa biographie sur McLuhan, reconna\u00eet l\u2019importance de l\u2019exp\u00e9rience\u00a0dans la perception de l\u2019espace et du volume : \u201cMarshall wasn\u2019t simply discussing the way we perceive volume but rather the way those volumes are <em>experienced<\/em>\u201d (Coupland 147).<\/p>\n<p>Pour revenir \u00e0 Annie Briard\u00a0: elle d\u00e9tient un bac en Beaux-Arts de l\u2019universit\u00e9 Concordia et une ma\u00eetrise en arts m\u00e9diatiques de l\u2019Universit\u00e9 d\u2019art et design Emily Carr. Sa pratique artistique est fortement engag\u00e9e dans une recherche formelle et th\u00e9orique \u00e0 la crois\u00e9e de la psychologie, des neurosciences et de la litt\u00e9rature (pensons \u00e0 son \u0153uvre <em>Le Marronnier<\/em>, inspir\u00e9e de <em>La Naus\u00e9e<\/em> de Sartre). Nous n\u2019avons pas tort d\u2019affirmer que par l\u2019interdisciplinarit\u00e9 de ses pr\u00e9occupations, son travail explore des questions dans la lign\u00e9e de Marshall McLuhan. Dans son <em>artist statement<\/em>, Annie Briard affirme<em>\u00a0<\/em>:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">I am interested in the multiplicity of perception paradigms, differing within the fields of psychology, phenomenology, neuroscience and film theory. There is space for creative experimentation within the gaps and intersections between these models. Our sensorial system \u2013 physically fallible and influenced by memory, mood, ideology \u2013 mediates what we know of the surrounding world. Sometimes, the limits between our ideal and physical visions become blurred. How, then, does what I see compare to what you see? How does this perception influence our way of being in the world, of encountering wonder, and communing with one another?<\/p>\n<p>Les \u0153uvres de <em>Vision trouble<\/em> rel\u00e8vent d\u2019une \u00ab\u00a0multistabilit\u00e9 dans la perception humaine \u00bb.<a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a> Suivant ce concept, le monde est \u201ca fictional construct, [\u2026] where \u2018truth\u2019 is always provisional, subject to interpretation, relative to the position of the observer\u201d (Jirgens, \u201cVirtual Realities and Chaos\u201d\u00a0148).<\/p>\n<p>Il en va de m\u00eame pour le titre de l\u2019exposition, <em>Vision trouble<\/em>, o\u00f9 le mot \u00ab\u00a0vision\u00a0\u00bb est au singulier. On pourrait le prendre pour une v\u00e9rit\u00e9 objective, mais c\u2019est plut\u00f4t une construction d\u00e9termin\u00e9e par nos diff\u00e9rentes perceptions. Selon cette perspective, on pourrait avancer une id\u00e9e de Gaston Bachelard, pour qui l\u2019\u0153uvre permet l\u2019exp\u00e9rience du monde ext\u00e9rieur et int\u00e9rieur et montre \u00ab\u00a0la correspondance de l\u2019immensit\u00e9 de l\u2019espace du monde et de la profondeur de \u201cl\u2019espace du dedans\u201d\u00a0\u00bb (Bachelard, <em>La Po\u00e9tique de l\u2019espace<\/em> \u00a0186). Le spectateur attentif devant les installations d\u2019Annie Briard remarque que les images \u2013 sortes de paysages-lumi\u00e8re qui semblent fixes au premier regard \u2013 changent et se transforment\u00a0: la lumi\u00e8re du soleil sur les arbres fluctue, l\u2019image prend vie, la t\u00eate d\u2019un personnage remue. Certains spectateurs s\u2019en rendent compte, d\u2019autres peut-\u00eatre pas du tout. Entre ce qu\u2019on per\u00e7oit ou non, un objet artistique nous fait pourtant signe, nous rappelant qu\u2019il y a l\u00e0 quelque chose \u00e0 voir.<\/p>\n<p>Si en 1962, Marshall McLuhan, dans son livre <em>The Gutenberg Galaxy,<\/em> soulignait l\u2019\u00e9volution de l\u2019homme d\u2019une communaut\u00e9 tribale \u00e0 la modernit\u00e9 en se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 des cultures orales et \u00e0 des cultures m\u00e9caniques (\u201c<em>acoustic space<\/em>\u201d vs. \u201c<em>mechanical culture<\/em>\u201d) &#8211; aujourd\u2019hui, nous pouvons mesurer l\u2019impact d\u2019internet, des sites de partage et des r\u00e9seaux sociaux en termes de transformation des pratiques artistiques et d\u2019assurance d\u2019une p\u00e9rennit\u00e9 des \u0153uvres. Rappelons encore Coupland, qui \u00e9crit :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">Marshall defined tribal societies as oral cultures whose members used emotionally laden speech to communicate. These non-literate societies were politically engaged, emotionally charged, tightly woven together, and unified. They lived in what Marshall called \u201cacoustic space.\u201d<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">This space was eroded by the phonetic alphabet. It stripped speech of its emotional dimension, creating in its Finneganian wake linear, individualistic, Western Man \u2013 \u201cGutenberg Man\u201d. Beginning in the sixteenth century, the eye overtook the ear as man\u2019s dominant sense organ. The printing press was ultimately responsible for the Industrial Revolution, the middle class, nationalism, and capitalism, ultimately creating a \u201cmechanical culture.\u201d (Coupland 164)<\/p>\n<p>Il est certain que de nos jours, internet est devenu presqu\u2019un passage oblig\u00e9 pour nombre d\u2019artistes, surtout s\u2019ils tiennent \u00e0 garder l\u2019attention sur leur art et s\u2019ils souhaitent privil\u00e9gier des rencontres \u2013 virtuelles, et pas seulement \u2013 avec d\u2019autres artistes, des collectionneurs, des commissaires d\u2019exposition, des directeurs de galerie, des critiques et le public. La pr\u00e9sence culturelle sur internet se traduit de diff\u00e9rentes mani\u00e8res\u00a0: conception et r\u00e9alisation de vid\u00e9os, partage de ces derni\u00e8res sur les r\u00e9seaux ou en exposition\u00a0; mise en service de sites d\u2019artistes en arts visuels avec acc\u00e8s \u00e0 une galerie virtuelle\u00a0; apparition de l\u2019art mobile, qui est toute forme de cr\u00e9ativit\u00e9 compos\u00e9e \u00e0 partir d\u2019un appareil mobile, d\u2019un t\u00e9l\u00e9phone ou d\u2019une tablette.<\/p>\n<p>Au fond, au centre de ce type d\u2019art, l\u2019instantan\u00e9it\u00e9, la connectivit\u00e9 et la dimension collective priment. Ajoutons \u00e0 cela, la d\u00e9mat\u00e9rialisation des \u0153uvres et l\u2019hybridation des pratiques. Dans tous les cas, nous sommes plac\u00e9s devant l\u2019exp\u00e9rience\u00a0; l\u2019exp\u00e9rience qui \u00e9tait essentielle pour McLuhan et qui a motiv\u00e9 son d\u00e9sir d\u2019analyser presque tout ce qui l\u2019entourait.<a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a> C\u2019est ce d\u00e9sir d\u2019exp\u00e9rimentation et d\u2019exp\u00e9rience auquel nous convie \u00e9galement l\u2019exposition d\u2019Annie Briard.<\/p>\n<h5><strong>4\/ Critique et effet de mosa\u00efque dans deux expositions d\u2019art contemporain \u00e0 Winnipeg<\/strong><\/h5>\n<p>La contribution la plus marquante de McLuhan \u00e0 l\u2019examen de la pens\u00e9e occidentale dans les ann\u00e9es 1960 a \u00e9t\u00e9 de lui faire prendre conscience d\u2019un certain nombre d\u2019impasses, parmi lesquelles le fait que la logique formelle est remise en cause dans un monde acoustique. \u00c0 cela s\u2019ajoute le fait que l\u2019\u00e9poque de l\u2019\u00e9lectrique n\u2019est plus celle du raisonnement d\u00e9ductif et de l\u2019analyse des op\u00e9rations \u00e9l\u00e9mentaires. Elle est celle de la simultan\u00e9it\u00e9, donc celle de la r\u00e9flexion sur les encha\u00eenements et les constructions hybrides. Il est d\u00e9sormais connu que la r\u00e9volution des m\u00e9diums bouleverse le sens de la perception, la notion d\u2019environnement, la capacit\u00e9 d\u2019assimilation et la conception des arts en g\u00e9n\u00e9ral, que ce soit la peinture, la sculpture, l\u2019architecture, le cin\u00e9ma, etc., qui deviennent d\u2019\u00ab\u00a0anciennes\u00a0\u00bb formes d\u2019art par rapport aux nouvelles\u00a0: la radio, la t\u00e9l\u00e9vision, la vid\u00e9o, par exemple.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1960, McLuhan posait une question qui n\u2019a pas perdu de sa pertinence\u00a0: les \u00ab\u00a0anciennes\u00a0\u00bb formes d\u2019art, qui ne semblent plus g\u00e9n\u00e9ratrice d\u2019avant-gardes, sont-elles condamn\u00e9es \u00e0 perdre de leur importance\u00a0? Ou bien, continuent-elles \u00e0 subir des m\u00e9tamorphoses dont on ne cesse de discuter la teneur\u00a0? Pour y r\u00e9pondre, sans doute a-t-on besoin de reconna\u00eetre le dynamisme des transformations successives qui ont eu lieu dans le domaine des arts plastiques, pas seulement au temps de McLuhan mais bel et bien aujourd\u2019hui. C\u2019est ce que nous allons montrer \u00e0 partir de deux expositions d\u2019art contemporain \u00e0 Winnipeg.<\/p>\n<p>Avant de parler de l\u2019exposition <em>Our Land. Contemporary Art from the Arctic<\/em>, organis\u00e9e par la Winnipeg Art Galery en collaboration avec le gouvernement de Nunavut et le mus\u00e9e Peabody Essex en Nouvelle-Angleterre, arr\u00eatons-nous un instant sur la mani\u00e8re dont le penseur qu\u00e9b\u00e9cois Pierre Bertrand con\u00e7oit l\u2019artiste. Bertrand \u00e9crit\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">L\u2019artiste, dans son art comme dans sa vie, ne proc\u00e8de pas \u00e0 partir d\u2019une foi, d\u2019une croyance, d\u2019un principe. Mais c\u2019est quelque chose en lui, d\u2019invisible, d\u2019imperceptible qui ne demande qu\u2019\u00e0 \u00eatre, \u00e0 la source de tous les devenirs, qu\u2019\u00e0 s\u2019exprimer, \u00e0 \u00eatre \u00e0 la source de toutes les actions. [\u2026] Cette force de vie, qui est essentiellement <em>force de joie<\/em>, est r\u00e9ellement invisible, imperceptible, elle est m\u00eame presque au-del\u00e0 de la sensation, de la perception. C\u2019est comme \u00eatre en vie. [\u2026] Tel est le moteur de tout art digne de ce nom, y compris bien s\u00fbr l\u2019art de vivre. (15-16)<\/p>\n<p>Pourquoi cette \u00e9vocation de l\u2019artiste\u00a0ici ? Parce que l\u2019exposition <em>Our Land <\/em>se pr\u00e9sente comme une mosa\u00efque d\u2019histoires individuelles \u2013 joyeuses et sombres \u2013 d\u2019artistes qui partagent leur art de vivre et de cr\u00e9er, et qui nous d\u00e9voilent ainsi la grande histoire de leur communaut\u00e9, celle des Inuit \u2013 ces populations qui occupent depuis des centaines de g\u00e9n\u00e9rations, la vaste \u00e9tendue de l\u2019Arctique, de la Sib\u00e9rie \u00e0 l\u2019Alaska, du Canada au Groenland. Dans le catalogue de l\u2019exposition <em>Our Land<\/em>, on lit\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">L\u2019art inuit puise dans un riche patrimoine culturel. Il a fait na\u00eetre, autrefois, chants, r\u00e9cits, danses, sculptures et certains objets utilitaires d\u2019une beaut\u00e9 remarquable. Aujourd\u2019hui, viennent s\u2019ajouter \u00e0 ce patrimoine d\u2019expression, la gravure, la photographie, la musique populaire et la r\u00e9alisation vid\u00e9o. (Monroe 24)<\/p>\n<p>Les \u0153uvres d\u2019art inuit pr\u00e9sent\u00e9es dans\u00a0 l\u2019exposition\u00a0: sculptures, gravures, litographies, tapisseries, photographies, vid\u00e9os, manteaux en fourrure port\u00e9s par les shamans, constituent une v\u00e9ritable mosa\u00efque de l\u2019univers inuit, et \u00e0 la fois, elles d\u00e9peignent des r\u00e9cits de vie et le quotidien de ces gens. Les Inuit respectent la parole r\u00e9fl\u00e9chie et l\u2019\u00e9coute, aptitudes qu\u2019ils estiment essentielles \u00e0 la coh\u00e9sion et la survie collective. Dans cette optique, l\u2019art du r\u00e9cit d\u00e9passe le simple divertissement. Il s\u2019agit d\u2019une expression privil\u00e9gi\u00e9e de transmission des valeurs de la collectivit\u00e9. Avant tout, l\u2019art inuit fait \u00e9tat de l\u2019\u00eatre. Etre Inuit ne signifie pas simplement parler l\u2019Inuktitut ou ma\u00eetriser les comp\u00e9tences n\u00e9cessaires \u00e0 la vie dans l\u2019Arctique. Il s\u2019agit d\u2019\u00eatre un <em>Inuk<\/em>\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">[\u2026] un \u00eatre humain qui incarne la perspective, l\u2019optique et le regard de l\u2019Inuk sur le monde. Le savoir ancestral inuit, <em>l\u2019Inuit Qaujimajatuqangit<\/em>, v\u00e9hicule les valeurs inuites, la vision du monde, la langue, l\u2019organisation sociale, le savoir dynamique de la vie, les perceptions et les attentes. (Monroe 24)<\/p>\n<p>Il est int\u00e9ressant de noter que dans les ann\u00e9es 1950 et 1960, dans <em>Explorations 8 <\/em>(1957) et dans la version revue de ce recueil, <em>Verbi-Voco-Visual Explorations<\/em><a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a>, parue en 1967, Marshall McLuhan s\u2019int\u00e9ressait d\u00e9j\u00e0 aux cultures et aux pratiques artistiques des peuples autochtones du Grand Nord canadien, particuli\u00e8rement aux Inuits appel\u00e9s alors Eskimos. Le chapitre \u201cNo Upside Down in Eskimo Art\u201d (1-2) est r\u00e9v\u00e9lateur de ses int\u00e9r\u00eats. Dans les pas de l\u2019anthropologue Edmund Carpenter, avec qui il a collabor\u00e9, McLuhan reconna\u00eet la force\u00a0des \u201cEskimo space concepts, their mechanical skill and their power of accurate mapping of islands whose shores had not been seen but where the sounds of water alone gave them contour\u201d (1). Il est \u00e9vident que les capacit\u00e9s sensorielles autant des Inuit que des Eskimos sont remarquables, ce qui nous permet de souligner la pertinence de l\u2019intuition de McLuhan et Carpenter, et l\u2019actualisation de ces r\u00e9flexions dans des productions artistiques contemporaines, comme l\u2019exposition <em>Our Land<\/em>.<\/p>\n<p>Mais quelle est la situation des Inuit aujourd\u2019hui\u00a0? Qu\u2019est-ce que l\u2019exposition <em>Our Land<\/em> nous apprend sur la vie et l\u2019art des Inuit contemporains\u00a0?<\/p>\n<p>En parcourant l\u2019espace du mus\u00e9e, en lisant les extraits de texte dispos\u00e9s sur les murs dans les salles d\u2019exposition, on r\u00e9alise vite que les Inuit d\u2019aujourd\u2019hui, y compris le peuple du Nunavut, font face \u00e0 d\u2019\u00e9normes d\u00e9fis, bien diff\u00e9rents des contraintes d\u2019il y a une ou deux g\u00e9n\u00e9rations. Les pr\u00e9occupations de sauvegarde de la langue, des traditions et des savoirs inuits sont brouill\u00e9es par une nouvelle r\u00e9alit\u00e9 o\u00f9 priment la t\u00e9l\u00e9vision, la radio, internet, les r\u00e9seaux sociaux etc. Dans ce contexte, une exposition comme <em>Our Land <\/em>fait bel et bien figure d\u2019initiative exceptionnelle de sauvegarde de l\u2019h\u00e9ritage ancestral et contemporain inuit. Il s\u2019agit aussi d\u2019une belle collaboration entre les gouvernements du Canada et du Nunavut, le minist\u00e8re de la Culture, de la Langue, des A\u00een\u00e9s et de la Jeunesse et le mus\u00e9e Peabody Essex<a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\">[13]<\/a> pour pr\u00e9server un h\u00e9ritage unique des peuples du Nord canadien.<\/p>\n<p>En outre, l\u2019exposition multilingue (Inuktitut, anglais et fran\u00e7ais), la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la s\u00e9rie t\u00e9l\u00e9visuelle <em>Nunavut<\/em> et au film de renomm\u00e9e internationale <em>Atanarjuat\u00a0: l\u2019homme rapide<\/em> qui a influenc\u00e9 le montage des \u0153uvres dans l\u2019exposition, ainsi que la diversit\u00e9 des objets d\u2019art (sculptures, gravures, peintures, tapisseries, vid\u00e9os, etc.) r\u00e9alis\u00e9s par des artistes issus de diff\u00e9rentes r\u00e9gions polaires : Cape Dorset, Igloolik, Panniqtuuq \u2013 tout cela nous permet d\u2019\u00e9voquer la notion de \u00ab\u00a0mosa\u00efque\u00a0\u00bb qu\u2019a explor\u00e9e Marshall McLuhan dans les ann\u00e9es 1960. C\u2019est une mani\u00e8re de jeter des passerelles entre le pass\u00e9 et le pr\u00e9sent en soulignant l\u2019importance de la pens\u00e9e de McLuhan et sa pertinence aujourd\u2019hui en vue d\u2019\u00e9claircir la mise ensemble de diff\u00e9rents objets dans une exposition contemporaine et leurs significations.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s tout, que dit McLuhan sur la mosa\u00efque\u00a0? Pour y r\u00e9pondre, contextualisons d\u2019abord la question. Lorsqu\u2019il \u00e9crit pour des contemporains immerg\u00e9s dans une civilisation de l\u2019audiovisuel, McLuhan rompt d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment avec les formes de l\u2019\u00e9crit lin\u00e9aires et rationnelles, telles que les a consacr\u00e9es l\u2019usage acad\u00e9mique. De la sorte, pour mieux rendre compte de la rupture apport\u00e9e par la \u00ab\u00a0p\u00e9riode typographique\u00a0\u00bb dans le cours des civilisations, il r\u00e9dige <em>The Gutenberg Galaxy<\/em> sous la forme d\u2019une mosa\u00efque de petits paragraphes, les chapitres \u00e9tant pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s de r\u00e9sum\u00e9s qui ajoutent de l\u2019information, contribuant \u00e0 la complexit\u00e9 du total. McLuhan justifie son choix dans ces mots\u00a0: \u00ab\u00a0La mosa\u00efque constitue le seul moyen de faire appara\u00eetre les op\u00e9rations causales dans l\u2019histoire\u00a0\u00bb (McLuhan, <em>The Gutenberg Galaxy<\/em> 45).<\/p>\n<p>Par ailleurs, McLuhan introduit une perspective radicalement nouvelle dans la fa\u00e7on de conceptualiser les m\u00e9dias. Refusant de se cantonner aux technologies capables de v\u00e9hiculer des messages \u2013 telles que l\u2019\u00e9criture, l\u2019imprim\u00e9, le cin\u00e9ma ou la t\u00e9l\u00e9vision \u2013 il consid\u00e8re toutes les technologies susceptibles de transformer, pour l\u2019homme, l\u2019exp\u00e9rience sensible de la distance et du temps, et donne \u00e0 la notion de m\u00e9dia, une extension consid\u00e9rable\u00a0: la roue est m\u00e9diatrice du pied et ainsi son \u00ab\u00a0agent anti-inflammatoire\u00a0\u00bb (McLuhan, <em>The Gutenberg Galaxy <\/em>45), le v\u00eatement est m\u00e9diateur de la peau, etc. Comme nous disions plus haut\u00a0: ces technologies font sens par elles-m\u00eames et non par le contenu des messages qu\u2019elles v\u00e9hiculent\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">C\u2019est une des principales caract\u00e9ristiques des m\u00e9dias que le contenu nous en cache la nature [\u2026]. La lumi\u00e8re et l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 en effet sont distinctes de l\u2019usage qu\u2019on en fait. Elles abolissent le temps et l\u2019espace dans la soci\u00e9t\u00e9 exactement comme la radio, le t\u00e9l\u00e9graphe, le t\u00e9l\u00e9phone et la t\u00e9l\u00e9vision et imposent une participation en profondeur. (McLuhan, <em>Pour comprendre les m\u00e9dias <\/em>62)<\/p>\n<p>L\u2019originalit\u00e9 de cette vision est certes rassembl\u00e9e dans l\u2019aphorisme\u00a0: <em>the medium is the message<\/em>. Prenant \u00e0 contre-pied le sch\u00e9ma lin\u00e9aire de la communication, McLuhan affirme que les m\u00e9dias, par leur existence m\u00eame, et ind\u00e9pendamment des messages qu\u2019ils v\u00e9hiculent, imposent leur logique de consommation aux civilisations qui les fa\u00e7onnent. Cela lui permet de repenser une histoire de l\u2019humanit\u00e9 en trois grandes \u00e9poques\u00a0: d\u2019abord, l\u2019\u00e8re tribale, o\u00f9 dominait la parole, puis, l\u2019\u00e8re typographique, d\u00e9termin\u00e9e par l\u2019imprim\u00e9, et enfin, l\u2019\u00e8re moderne, retribalis\u00e9e par les m\u00e9dias \u00e9lectroniques. Cette vision ne fait-elle pas figure de mosa\u00efque ? Oui, puisque nous pouvons envisager la mosa\u00efque comme \u00ab\u00a0un lieu composite o\u00f9 coexistent, de mani\u00e8re ir\u00e9nique (tol\u00e9rance envers les croyances diff\u00e9rentes), et non contradictoire, toutes les valeurs entass\u00e9es au cours de l\u2019histoire\u00a0\u00bb (D\u00e4llenbach, <em>Mosa\u00efque<\/em> 167), selon la conception de Lucien D\u00e4llenbach.<\/p>\n<p>\u00c9tant donn\u00e9 que la diversit\u00e9 de l\u2019exposition <em>Our Land. Contemporary Art from the Arctic <\/em>porte sur la multiplicit\u00e9 des productions artistiques, sur l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des individus, des populations et des histoires de vie, la notion de mosa\u00efque \u2013 telle qu\u2019expos\u00e9e par McLuhan, et plus tard, par D\u00e4llenbach \u2013 nous permet d\u2019envisager l\u2019\u00eatre-ensemble des diff\u00e9rences dans un montage stimulant et inclusif<a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\">[14]<\/a>. Cette approche est \u00e9galement celle des perspectives multi- et transculturelles articul\u00e9es \u00e0 la litt\u00e9rature, dans la conception du critique canadien Patrick Imbert, pour qui\u00a0: \u00ab\u00a0ce qui importe dans les r\u00e9cits multi- et transculturels, c\u2019est justement cet instant plein, complet, mais dans sa dimension positive, celle de la reconnaissance de l\u2019autre et de soi vis-\u00e0-vis de l\u2019autre\u00a0\u00bb (Imbert, \u00ab\u00a0Multiculturalisme, violence fondatrice et r\u00e9cit\u00a0 29). Ainsi est-il du \u00ab\u00a0coup de foudre\u00a0\u00bb qui agit comme une \u00e9piphanie permettant de reconna\u00eetre l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 positivement et d\u2019aller au-del\u00e0 du clich\u00e9 ou des situations probl\u00e9matiques.<\/p>\n<p>L\u2019id\u00e9e de mosa\u00efque comme cohabitation d\u2019\u00e9l\u00e9ments cosmopolites se retrouve aussi dans la deuxi\u00e8me exposition qui nous int\u00e9resse. Cette fois, il s\u2019agit d\u2019une exposition d\u2019art contemporain occidental, intitul\u00e9e <em>Superimposition: Sculpture and Image<\/em>, qui a eu lieu \u00e0 la galerie Plug In Institute of Contemporary Art de Winnipeg. C\u2019est un montage-mosa\u00efque qui r\u00e9unit le travail de huit femmes artistes\u00a0canadiennes et europ\u00e9ennes\u00a0: Nadia Belerique, Val\u00e9rie Blass, Ursula Johnson, Kelly Lycan, Ursula Mayer, Kristin Nelson, Dominique Rey et Andrea Roberts. Ces artistes (2 francophones, 3 anglophones, 1 autochtone et 2 germanophones) travaillent toutes dans l\u2019interdisciplinaire\u00a0: de la sculpture \u00e0 l\u2019architecture, en passant par la photographie, la vid\u00e9o, la science-fiction, le textile ou la performance. Par-del\u00e0 la diversit\u00e9 de leurs pr\u00e9occupations, ce qui donne l\u2019unit\u00e9 de cette attrayante exposition est la mani\u00e8re dont chacune des artistes et les huit ensemble r\u00e9fl\u00e9chissent \u00e0 la capacit\u00e9 de l\u2019homme et de la femme contemporains de faire l\u2019exp\u00e9rience des objets, des images, des films et des performances \u2013 ce qui rejoint la conception de McLuhan sur le r\u00f4le d\u00e9terminant de la perception et de l\u2019exp\u00e9rience dans la compr\u00e9hension des m\u00e9dias et du monde.<\/p>\n<p>Il y a plus d\u2019une \u00ab\u00a0superposition\u00a0\u00bb (\u201c<em>superimposition<\/em>\u201d) dans cette exposition\u00a0: entre la sculpture et l\u2019image, entre la photographie et l\u2019installation. Mais ce qui est int\u00e9ressant, c\u2019est que l\u2019acte de \u201c<em>superimposition<\/em>\u201d introduit le visiteur \u00e0 un espace en trois dimensions, o\u00f9 il se d\u00e9place et se positionne en sorte que ce qui est cach\u00e9 ou presqu\u2019invisible se d\u00e9voile, devient visible. Dans cette d\u00e9marche ludique, s\u2019active ce que Marshall McLuhan nommait exp\u00e9rimenter le monde et l\u2019art par les sensations, et non pas d\u2019embl\u00e9e, par la logique et la raison.<\/p>\n<p>En bref, les \u0153uvres de l\u2019exposition\u00a0:\u00a0rel\u00e8vent d\u2019une passion \u00e9vidente pour le travail sur l\u2019image et la mani\u00e8re dont diff\u00e9rentes images-mosa\u00efque entrent en relations et se transforment pour donner l\u2019impression d\u2019espace ; pas seulement un espace plat, uni-dimensionnel, mais tri-dimensionnel.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Nadia Belerique<\/strong>, <em>I hate you don<\/em><em>\u2019t leave me<\/em>, 2015 (4 inkjet photographs mounted to aluminum and Plexiglas; 3 powder coated rolled steel; carpet)<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Val\u00e9rie Blass<\/strong>, <em>Vices \u2013 \u00e9pater, <\/em>2014 (Photographic print on plaster base, pipe, pigment)\u00a0; <em>High-up, dignitary, panjandrum, high muckamuck<\/em>, 2015 (Styrofoam, foamcoat, gouache, steel, rubber, inkjet print on cotton, metal hanging structure).<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ursula Johnson<\/strong>, <em>Ode to Miss Easgle Testickle<\/em>, 2016 (yellow\/silver birch bark, black ash ribbon, acid free watercolour paper, PH neutral adhesive).<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Kelly Lycan<\/strong>, <em>Save<\/em>, 2008 (carpet bench)\u00a0; <em>I Walked Into a Moment<\/em>, 2014 (2 inkjet prints).<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ursula Mayer<\/strong>, <em>Drawing Abdroid 6<\/em>, 2014 (cast concrete)\u00a0; <em>See you in the Flesh 1,2,3, &amp; 4<\/em>, 2014 (glass and metal)\u00a0; <em>Gonda<\/em>, 2012 (16mm film on HD\u00a0; 30 min).<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Kristin Nelson<\/strong>, <em>A Model for Living<\/em>, 2016 (porcelain).<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Dominique Rey<\/strong>, <em>Untitled #3 (Photo Assemblage) <\/em>(laser cut Plexiglas, inkjet prints, wood)\u00a0; <em>Continental Drift, <\/em>2016 (collage)\u00a0; <em>Sejourn, diptych<\/em>, 2016 (collage)\u00a0; <em>A Momentary Lapse of Reason<\/em>, 2016 (assemblage).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Andrea Roberts<\/strong>, <em>The Stridents #1<\/em> <em>(sigh, gasp, hiss, rale),<\/em> 2016 (mixed-media)\u00a0; <em>The Stridents #2(total insolvency),<\/em> 2016 (polycotton, steel)\u00a0; <em>The Strident #3 (there is gold dust),<\/em> 2016 (mixed-media)\u00a0; <em>A Mirror for Recluses, <\/em>2016 (sound installation). <em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p>Ainsi, par le biais de l\u2019exposition d\u2019art contemporain <em>Superimposition: Sculpture and Image<\/em>, nous revenons \u00e0 McLuhan et \u00e0 son id\u00e9e du \u201c<em>the medium is the message<\/em>\u201d,<em>\u00a0<\/em>pour affirmer que toute \u0153uvre d\u2019art est susceptible de stimuler notre pens\u00e9e par elle-m\u00eame, ind\u00e9pendamment de son contenu.<\/p>\n<h5><strong>4<\/strong><strong>\/<\/strong><strong>Conclusion <\/strong><\/h5>\n<p>Les \u00e9crits de Marshall McLuhan ont suscit\u00e9 \u00e0 la fois passion et critique. On lui a notamment reproch\u00e9 d\u2019\u00eatre ouvertement d\u00e9terministe et de faire comme si la soci\u00e9t\u00e9 \u00e9tait aveugle \u00e0 elle-m\u00eame et qu\u2019une \u00e9lite devait se charger de lui r\u00e9v\u00e9ler ce qui est occult\u00e9. Par ailleurs, Umberto Eco, dans <em>La guerre du faux<\/em><a href=\"#_ftn15\" name=\"_ftnref15\">[15]<\/a> en 1985 a violemment critiqu\u00e9 autant le parti pris \u00e9pist\u00e9mologique \u2013 ne pas s\u00e9parer le message et le vecteur \u2013 que la forme du propos de McLuhan, d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment obscure, notamment dans l\u2019analyse des m\u00e9dias \u00ab\u00a0chauds\u00a0\u00bb, tels l\u2019imprimerie, la presse et le cin\u00e9ma, capables de permettre un d\u00e9tachement critique, et des m\u00e9dias \u00ab\u00a0froids\u00a0\u00bb, telle la t\u00e9l\u00e9vision, engageant les sens et les facult\u00e9s du spectateur et produisant une forme d\u2019hallucination. Enfin, on a reproch\u00e9 \u00e0 McLuhan le fait d\u2019associer \u00e9troitement une \u00e9poque \u00e0 un m\u00e9dia dominant, ce qui permettrait mal de rendre compte de ph\u00e9nom\u00e8nes importants comme le r\u00e9investissement de contenus d\u2019un m\u00e9dia ancien dans un m\u00e9dia nouveau ou les liens entre divers m\u00e9dias \u00e0 une m\u00eame \u00e9poque.<\/p>\n<p>En effet, McLuhan est un de ces auteurs exceptionnels \u00e0 la pens\u00e9e aussi cr\u00e9ative que d\u00e9concertante qui continue \u00e0 nous interpeller aujourd\u2019hui, comme le montre l\u2019analyse des pratiques artistiques des trois expositions d\u2019art contemporain ici convoqu\u00e9es. McLuhan est parmi ces \u201c<em>extraordinary Canadians<\/em>\u201d \u2013 pour reprendre l\u2019intitul\u00e9 de la collection o\u00f9 est publi\u00e9e la biographie de Dougas Coupland, <em>Marshall McLuhan<\/em> \u2013 dont l\u2019\u0153uvre simultan\u00e9e au d\u00e9veloppement mondial de la t\u00e9l\u00e9vision a donn\u00e9 lieu \u00e0 des concepts stimulants et souples, qui ont permis de penser non seulement les transformations en cours dans la soci\u00e9t\u00e9, mais aussi les mutations dans les domaines de l\u2019art et de la culture, en g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p>Finalement, nous n\u2019avons pas tort d\u2019affirmer que des notions comme le \u201c<em>global village<\/em>\u201d ou la \u00ab\u00a0mosa\u00efque\u00a0\u00bb, par exemple, nous permettent aujourd\u2019hui de d\u00e9voiler de nouvelles significations dans l\u2019art actuel et de mesurer la force d\u2019anticipation de la pens\u00e9e de Marshall McLuhan qui, d\u00e8s les ann\u00e9es 1960, semblait nous avertir \u00e0 la fois des aspects positifs et des travers du monde virtuel.<\/p>\n<h5><strong>Ouvrages cit\u00e9s <\/strong><\/h5>\n<p>Bachelard, Gaston. <em>La Po\u00e9tique de l\u2019espace<\/em>. Quadrige\/PUF, 2004.<\/p>\n<p>Baudrillard, Jean. <em>Simulacres et Simulation<\/em>. Galil\u00e9e, 1985.<\/p>\n<p>Bertrand, Pierre. <em>L\u2019Artiste<\/em>. L\u2019Hexagone, 1985.<\/p>\n<p>Blanchot, Maurice. <em>L\u2019Espace litt\u00e9raire<\/em>. Gallimard, 1988.<\/p>\n<p>Briard, Annie. Site web de l\u2019artiste. URL\u00a0: <a href=\"http:\/\/www.anniebriard.com\/artist-statement\/\">http:\/\/www.anniebriard.com\/artist-statement\/<\/a><\/p>\n<p>Coupland, Douglas. <em>Marshall McLuhan<\/em>. Penguin Canada, 2009.<\/p>\n<p>D\u00e4llenbach, Lucien. <em>Mosa\u00efque.<\/em> Seuil, 2001.<\/p>\n<p>Eco, Umberto. <em>La Guerre du faux.<\/em> Trad. de l\u2019italien par Myriam Tanant, Grasset et Fasquelle, 1985.<\/p>\n<p>Imbert, Patrick (dir.). <em>Rencontres multiculturelles. Impr\u00e9vus et co\u00efncidences<\/em>. Chaire de recherche de l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Ottawa\u00a0: Canada\u00a0: Enjeux sociaux et culturels dans une soci\u00e9t\u00e9 du savoir, 2013.<\/p>\n<p>Jirgens, Karl E. \u2018Virtual Realities and Chaos: The Fictions of Nicole Brossard, William Gibson, Don DeLillo, Michael Ondaatje and Others.\u2019 <em>Revista Canaria de Estudios Ingleses<\/em>, no. 39, 1999, p. 136-151.<\/p>\n<p>L\u00e9vy, Pierre. <em>The Semantic Sphere I: Computation, Cognition and Information Economy. <\/em>London, ISTE, 2011.<\/p>\n<p>McLuhan, Marshall. <em>Du clich\u00e9 \u00e0 l&#8217;arch\u00e9type, la foire du sens<\/em>. Avec Wilfred Watson, trad. de l\u2019anglais par Derrick de Kerckove, Mame\/Hurtubise HMH, 1973.<\/p>\n<p>&#8212;. <em>The Global Village. Transformation in World Life and Media in the 21st Century<\/em>. Oxford University Press, 1989.<\/p>\n<p>&#8212;. <em>The Gutenberg Galaxy<\/em>. University of Toronto Press, 1962.<\/p>\n<p>&#8212;. <em>Pour comprendre les m\u00e9dias : les prolongements technologiques de <\/em>l\u2019homme. trad. de l\u2019anglais par J. Par\u00e9, Seuil, 1968.<\/p>\n<p>&#8212;. <em>Understanding Media: The Extension of Man.<\/em> Mentor, 1964.<\/p>\n<p>&#8212;. <em>Verbi-Voco-Visual Explorations<\/em>. Something Else Press Inc., 1967.<\/p>\n<p>Monroe, Dan. (ed). <em>Our Land. Contemporary Art from the Arctic.<\/em> Peabody Essex Museum, 2004.<\/p>\n<p>Pascal, Blaise. <em>Pens\u00e9es et Opuscules.<\/em> \u00c9d. L\u00e9on Brunschvicg, Paris, Hachette, 1909.<\/p>\n<p>Sfez, Lucien, Gilles Coutl\u00e9e (dir.). <em>Technologies et symboliques de la communication.<\/em> Presses universitaires de Grenoble, 1990.<\/p>\n<h5>Notes<\/h5>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Jean Baudrillard, <em>Simulacres et Simulation<\/em>, Paris, Galil\u00e9e, 1985.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Voir\u00a0: Lucien Sfez, Gilles Coutl\u00e9e (dir.), <em>Technologies et symboliques de la communication<\/em>, Grenoble, Presses universitaires de Grenoble, 1990.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Marshall McLuhan, <em>Understanding Media: The Extension of Man, <\/em>Mentor, New York, 1964.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Voir\u00a0: Pierre L\u00e9vy, <em>The Semantic Sphere I: Computation, Cognition and Information Economy, <\/em>London, ISTE, 2011, particuli\u00e8rement le chapitre\u00a0: \u2018The prophets of media and the \u2018global brain\u2019\u2019.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> Voir\u00a0: Marshall McLuhan, <em>The Gutenberg Galaxy, <\/em>Toronto, The University of Toronto Press, 1962.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> Voir : Marshall McLuhan, <em>The Global Village. Transformation in World Life and Media in the 21st Century<\/em>, New York, Oxford University Press, 1989.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> Marshall McLuhan, <em>Du clich\u00e9 \u00e0 l&#8217;arch\u00e9type, la foire du sens<\/em>, avec Wilfred Watson, trad. de l\u2019anglais par Derrick de Kerckove, Montr\u00e9al\/Paris, Mame\/Hurtubise HMH, 1973. *Il existe dans les <em>Pens\u00e9es <\/em>de Blaise Pascal une comparaison devant laquelle depuis deux cents ans s\u2019extasie la critique\u00a0: Pascal parlant de ce monde visible qui n\u2019est qu\u2019\u00ab\u00a0un trait imperceptible dans l\u2019ample sein de la nature\u00a0\u00bb, ajoute, sans aucune r\u00e9f\u00e9rence \u2013 \u00ab\u00a0C\u2019est une sph\u00e8re dont le centre est partout et la p\u00e9riph\u00e9rie nulle part\u00a0\u00bb (\u00c9d. L\u00e9on Brunschvicg, Section II, 72).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> Propos de l\u2019artiste cit\u00e9s sur les murs de l\u2019exposition.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> <em>Ibid. <\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a> D\u00e9pliant de pr\u00e9sentation de l\u2019exposition.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a> En parlant de McLuhan, Coupland \u00e9crit : \u201cAs for an anthropologist, any artifact that might represent a culture was up for analysis\u201d (116).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a> New York\/Frankfurt\/Villefranche-sur-Mer, Something Else Press, Inc., 1967.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a> Voir le catalogue de l\u2019exposition. <em>Our Land. Contemporary Art from the Arctic<\/em>, <em>op.cit., <\/em>p. 24.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[14]<\/a> Lien avec le multiculturalisme canadien.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref15\" name=\"_ftn15\">[15]<\/a> Umberto Eco, <em>La Guerre du faux<\/em>, trad. de l\u2019italien par Myriam Tanant, Paris, Grasset et Fasquelle, 1985.<\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: center;\">This article is licensed under a\u00a0<a href=\"https:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-nc-nd\/4.0\/\">Creative Commons 4.0 International License<\/a>\u00a0although certain works referenced herein may be separately licensed, or the author has exercised their right to fair dealing\u00a0under the\u00a0Canadian\u00a0Copyright Act.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"3695\" data-permalink=\"https:\/\/imaginations.space\/?attachment_id=3695\" data-orig-file=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2012\/09\/88x31-1.png\" data-orig-size=\"88,31\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Copyright Information\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2012\/09\/88x31-1.png\" class=\"aligncenter size-full wp-image-3695\" src=\"https:\/\/imaginations.space\/wp-content\/uploads\/2012\/09\/88x31-1.png\" alt=\"\" width=\"88\" height=\"31\" \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Table of Contents | http:\/\/dx.doi.org\/10.17742\/IMAGE.MA.8.3.4 | PDF R\u00e9sum\u00e9\u00a0|\u00a0\u00c0 l\u2019\u00e8re d\u2019Internet, quelle signification donner encore \u00e0 l\u2019h\u00e9ritage culturel de Marshall McLuhan? Si la question a inspir\u00e9 des penseurs fran\u00e7ais (Michel Serres, Jean Baudrillard, R\u00e9gis Debray) et canadiens (Derrick de Kerckhove, Pierre L\u00e9vy), nous y revenons sous un nouvel angle, en lien avec les arts plastiques contemporains. 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